Dimanche, 18 octobre 2009
Je ne pouvais passer sous silence cet excellent petit bouquin (199 pages, avant notes et index): Proust was a neuroscientist, par Jonah Lehrer.
D’une lecture passionnante, Lehrer nous présente les oeuvres d’un écrivain (Whitman) puis d’un chef-cuisinier (Escoffier), et Proust, puis Cézanne, puis Stravinsky, puis, finalement deux autres écrivainEs (Gertrude Stein et Virginia Wolfe) où chaque fois, dans un langage clair, il nous démontre comment ces artistes ont précédé la connaissance scientifique en neurophysiologie. À chaque fois ces auteurs ont découvert ou utilisé, le plus souvent à l’encontre des canons de leur époque, des dimensions essentielles du fonctionnement du cerveau : la mémoire n’est pas un miroir mais bien un processus créatif; l’oeil aussi doit recréer, réinterpréter ce qu’il voit… le 5e goût, l’umami, n’a été reconnu scientifiquement que longtemps après que les recettes d’Escoffier en aient mis en valeur l’essence… alors que Wolfe mettait en scène la fragile et contradictoire unité du sujet… reconnue finalement par les sciences de l’humain.
Non seulement Lehrer fait-il le tour de 8 auteurs ou artistes, mais il a le talent d’inscrire ces derniers dans le contexte de leur époque, de nous faire saisir (au moins en partie) les enjeux de leur art. Il termine sur un « Coda » plus contemporain et polémique où il critique Steve Pinker (The Blank Slate), et E.O. Wilson (Consilience). C’était bon, jusqu’à la dernière page. Vivement How We Decide.
Dimanche, 18 octobre 2009
Mon bureau, mes bureaux devrais-je dire — physique et électronique — est encombré de documents épars, accumulés avec le temps… que je compte lire un jour… Toujours est-il que ce dimanche matin j’ouvre cet article déposé là, Oliver Williamson et la théorie des coûts de transaction (format PDF), en me demandant ce qui a bien pu me conduire à télécharger ce texte. Peut-être qu’en remontant à la source… aussi je lance une recherche sur Google, pour m’apercevoir que ce Williamson a reçu, il y a une semaine, le prix Nobel d’économie 2009, avec Elinor Ostrom.
Surprenant : j’avais téléchargé un article portant sur une théorie économique d’un auteur qui m’était inconnu, et qui reçoit maintenant le prix Nobel ! Non, je ne suis pas à ce point à l’affut des recherches pointues en économie. Ce serait plutôt Teppo Felin, que je suis de manière sporadique sur le blogue orgtheory.net et qui publiait un billet en mai dernier, en préparation d’un séminaire de doctorat sur l’économie des organisations, où il identifiait un certain nombre de textes importants, incontournables. Un billet que j’avais commenté ici, tout en cherchant à trouver sur le Web quelques-uns des textes qu’il citait. Hé bien, Teppo avait raison d’inclure Williamson dans les écrits fondamentaux !
Les commentaires suscités par cette nomination de la Banque de Suède (le prix Nobel d’économie n’étant pas le fait du comité Nobel mais bien, depuis 1969, de la Banque de Suède) mettent en lumière l’intérêt de cet économiste dans le contexte d’aujourd’hui : partenariats public-privé (fr); surveillance des banques (fr); économie et gouvernance (en); ou économie institutionnelle (fr)… En anglais, ce qui me semble un résumé intéressant des thèses de Williamson.