entre communs et économie sociale

Pour faire suite au billet précédent, et expliciter un peu plus ce que sont les communs...

Les travaux d’Elinor Ostrom (et le prix Nobel d’économie qu’ils lui valurent en 2009) ont remis en lumière l’importance des communs, entendus non seulement comme une ressource partagée mais surtout comme un ensemble de principes expliquant la pérennité ou la défaillance de la gestion collective et collaborative de ces ressources.

Entre le droit exclusif relevant de la propriété privée et l’ouverture à tous d’un bien public, [Ostrom]montre qu’il existe un « faisceau de droits »(bundle of rights) – le droit d’accès, le droit de prélèvement, le droit de gestion, le droit d’exclure et le droit d’aliéner (céder un des droits précédents) – répartis différemment entre les associés au partage d’une ressource, selon qu’ils sont propriétaires avec ou sans droit d’aliénation, détenteurs de droits d’usage et de gestion ou usagers autorisés. [Les communs : la théorie du milieu]

Huit (8) « principes de conception » clés pour des communs réussis, selon Ostrom (résumés par Hervé Le Crozier) :

  • des groupes aux frontières définies ;
  • des règles régissant l’usage des biens collectifs qui répondent aux spécificités et besoins locaux ;
  • la capacité des individus concernés à les modifier ;
  • le respect de ces règles par les autorités extérieures ;
  • le contrôle du respect des règles par la communauté qui dispose d’un système de sanctions graduées ;
  • l’accès à des mécanismes de résolution des conflits peu coûteux ;
  • la résolution des conflits et activités de gouvernance organisées en strates différentes et imbriquées.

Tout comme l’économie sociale, la gestion des communs se pose en alternative à la dichotomie public / privé. Les objectifs du « faire en commun » décrit par David Bollier dans Faire en commun :  un paradigme social de transformation (2015) :

Ils veulent faire reculer la privatisation généralisée et la marchandisation de leurs ressources partagées – de la terre et de l’eau aux connaissances et espaces urbains – et réaffirmer une plus grande maîtrise participative sur ces ressources et la vie communautaire. Ils souhaitent rendre certaines ressources inaliénables, les protéger de la vente sur le marché et les conserver pour les générations futures. Ce projet – qui vise à inverser les enclosures du marché et à réinventer les communs – cherche à réaliser ce que la régulation de l’État a généralement échoué à faire : un contrôle social efficace du comportement d’un marché abusif et non durable. (…)

Dans la pratique, un commun ne consiste pas seulement en une ressource, mais aussi en une communauté qui gère une ressource en élaborant ses propres règles, traditions, et valeurs. (…)

L’échec singulier de la gauche a été son incapacité à proposer des solutions de rechange fonctionnelles à échelle humaine qui peuvent favoriser activement l’initiative des citoyens, la participation et l’innovation : la « démocratie forte » qui a un sens et un impact au quotidien. [lien à faire avec Lars Hulgard – réconciliation de la réciprocité et de la redistribution – in  L’avenir de la social-démocratie, publié dans Les gauches du XXIe siècle]

Le texte de Bollier, dans sa version anglaise, est diffusé avec plusieurs autres textes d’auteurs différents sur le site The next system project. Les titres publiés (en mars, avril et août 2016) dans les trois premiers volumes de la « New Systems Series » :

 

Autre texte récent de Bollier : Transnational Republics of Commoning: Reinventing Governance Through Emergent Networking (pdf)

Aussi de Bollier : Think Like a Commonerbollier

Aussi, sur la gouvernance en réseau, l’émergence de nouvelles formes d’économies collaboratives et de gestion des communs : P2P Foundation et Commons Transition, par Michel Bauwens.

 

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