Des entreprises d’économie sociale en rénovation

(en complément de l’article sur le Plan d’action de développement social)

Parmi les nouveaux pouvoirs dont disposera la Métropole, lorsque la Loi 121 sera adoptée, celui de forcer la réparation des immeubles jugés insalubres1 devrait amener le développement rapide du « marché de la rénovation et de l’entretien ». Ce secteur du marché du travail fonctionne trop souvent au noir, sans que les impôts ne soient payés sur les salaires versés, ni les protections sociales et contrôles de la qualité ne soient assurés. Aussi les argents investis par les gouvernements seront récupérés grâce aux impôts dorénavant payés.

Lorsque le gouvernement provincial a décidé de créer, il y a un peu plus de 20 ans au moment du Sommet sur l’économie et l’emploi de 1996, le premier programme d’économie sociale en aide domestique, des arguments semblables ont pu être avancés : sortir un secteur du travail au noir en rehaussant la formation des personnels et soutenant financièrement les entreprises d’économie sociale afin de maintenir l’accessibilité pour les clientèles qui n’avaient pas les moyens de payer les tarifs exigés par les compagnies qui fonctionnaient « au blanc ». Nous avions, à l’époque, contribué à définir les paramètres de cette nouvelle économie sociale, avec un document daté de mars 1996 : Un programme d’allocation de services, un projet d’économie solidaire.

L’émergence d’un nouveau secteur de l’économie sociale en réparation, rénovation et entretien des immeubles viendrait soutenir les OBNL qui hériteront de propriétés qui auront bien besoin de réparation et entretien – dans l’hypothèse raisonnable où les « expropriations pour non conformité » leur seraient cédées. Dans les cas où les réparations seraient faites par les actuels propriétaires, ou de nouveaux propriétaires ayant acquis ces immeubles dépréciés par la pression des exigences municipales de mise à niveau, il sera essentiel de ne pas faire porter par les actuels locataires tous les frais de ces « mises à niveau » : les logements jugés insalubres sont habités par des locataires dont les moyens financiers ne leur laissent pas d’autre choix. Si le rehaussement de la qualité des logements conduit à l’éviction des actuels occupants, cela reviendrait à détruire les taudis pour les remplacer par des condos.

C’est pour conserver l’accessibilité financière des logements actuellement en piteux état que le financement public partiel des travaux de réparation-rénovation est justifié. Mais un tel financement ne doit pas conduire à récompenser les « mauvais propriétaires », ceux qui n’ont pas investi suffisamment dans l’entretien de leurs propriétés. Pour ces raisons la tarification des travaux devra tenir compte à la fois des capacités de payer des locataires en place de même que de la responsabilité des propriétaires en regard des détériorations accumulées.

Une autre raison justifiant l’investissement public dans la structuration de ce secteur du marché du travail : accroitre la qualification et la protection de la main-d’œuvre (et la qualité du travail) dans un secteur où les règles et décrets de la construction ne s’appliquent pas. Beaucoup de jeunes, et moins jeunes, qui n’ont pas de formation académique avancée mais qui montrent de l’intérêt pour le travail manuel profiteraient de plateaux de travail incluant des objectifs de formation et qualification. Les industries d’avenir montréalaises que sont la conception de jeux vidéo, l’aéronautique, l’hôtellerie et la gastronomie ne sont pas des lieux de travail propices à tous ceux qui doivent se recycler parce que leur entreprise a fermé ses portes, parce que l’automation les a déplacés ou qu’ils font partie des 40-50% qui ont quitté l’école sans diplôme… Les métiers de l’entretien et de la rénovation domiciliaire sont des métiers d’avenir (qui ne risquent pas d’être remplacés de sitôt par des robots) et une intervention structurante de la part des gouvernements permettrait non seulement de rehausser la qualité des stocks de logements locatifs mais aussi la qualité des emplois et la solidité des entreprises d’un secteur qui devra se développer rapidement pour répondre à la demande importante de la prochaine période.

15 juillet 2017

  1. « Le droit d’acquérir, de gré à gré ou par expropriation, tout immeuble à l’égard duquel un avis de détérioration a été inscrit au registre foncier depuis au moins 60 jours et sur lequel les travaux exigés dans cet avis n’ont pas été effectués »  (retour)