action globale, pensée locale

« Penser global, agir local », cette formule employée par René DUBOS lors du premier sommet sur l’environnement tenu à Stockholm en 1972 pourrait être inversée, en mettant l’accent sur l’agir global – après plusieurs décennies de travail pour élever la conscience sur les enjeux planétaires. Le penser local soulignant quant à lui l’importance de dépasser les slogans et d’adapter, de moduler le plan global en fonction des actifs et des besoins locaux.

Je notais le commentaire récent d’un journaliste sur la question de la réduction des gaz à effet de serre (GES) : « Nous avons dépensé 65% de notre budget collectif de carbone, il ne nous reste que 35% ». Mais une telle formulation ne dit rien de la vitesse, de l’accélération avec laquelle ce « budget » a été consommé. Accélération marquée dans la seconde moitié du XXe siècle par l’arrivée de l’automobile et des électroménagers dans chaque foyer. Une accélération telle que dans les 15 prochaines années nous pourrions consommer autant que durant les cent ans qui ont précédé la seconde guerre.

Faut faire quelque chose, c’est urgent… mais ça fait 40 ans qu’on le dit. Je me demande parfois ce que serait la situation si on avait agi avec détermination dès le rapport du Club de Rome « The limits to growth » et la conférence de Stockholm en 19721. Tergiversation, déni, procrastination l’ont emporté d’autant mieux que les tensions internationales étaient à leur comble : choc pétrolier, guerre du Vietnam, inflation galopante…

Sommes-nous mieux placés aujourd’hui pour agir ? Nous avons sans doute plus de moyens de communiquer, d’apprendre; plus de moyens d’agir, de puissance économique (est-ce à dire plus de flexibilité ?). J’oserais dire que le monde est moins guerrier qu’il l’était durant la guerre froide, même si les drones et les « frappes chirurgicales » alimentent aujourd’hui une guérilla anti-impérialiste, un Jihad qui ne semble pas près de s’éteindre. Un supplément de paix (moins de dépenses militaires) qui devrait nous permettre de dégager des ressources pour construire, imposer, faire respecter de nouvelles règles, de nouvelles limites.

Malheureusement le laisser-faire néo-libéral qui a dominé depuis 30 ans a conduit à une privatisation de la richesse collective, par la réduction radicale de l’impôt sur les hauts revenus (voir Piketty, Le capital au XXIe siècle, p. 805, graphique 14.1) et l’endettement concomitant des gouvernements. G14.1

Les grandes fortunes non seulement ne paient plus autant d’impôt, mais elles prêtent ce qu’elles n’ont pas eu à payer. Ou inversement, les gouvernements doivent emprunter avec intérêts à ceux qu’ils n’ont pas eu le courage de taxer.

Cette offensive de la droite, après les « trente glorieuses » de 1945-1975 où la planification d’État et le développement des services publics avaient dominé, semble avoir mis les socio-démocrates sur la défensive alors que les communistes battaient en retraite. Seule la Chine a pu se mettre à l’abri de ce virage, bien que ce fut en devenant la servante-ouvrière de cette fuite en avant du capitalisme financiarisé.

Mais sommes-nous prêts à changer ? Changer quoi ? Jusqu’où ? À quelle vitesse et avec quels risques ? Des risques pour qui ? Il faudra identifier des cibles, et des contraintes qui seront respectées – imposées – aux récalcitrants sous peine que ces derniers se multiplient et rendent les règles caduques et les cibles inatteignables.

Les solutions ne seront pas que technologiques, mais aussi, surtout culturelles, anthropologiques. Nous sommes des êtres d’habitudes et de tradition plus que de raison. Prendre le chemin des solutions technologiques (le supplément de la revue The Economist de cette semaine en est un bel exemple : « The climate is changing because of extraordinaire inventions like the steam turbine and the internal combustion engine. The best way to cope is to keep inventing.« ) sans changer les habitudes risque d’empirer la situation. Par exemple vouloir remplacer le parc automobiles de moteurs à combustion par un parc d’automobiles électriques alors qu’il faudrait évoluer vers un partage de véhicules (électriques et sans conducteur) et des solutions de  transport collectif. Un autre changement d’habitudes qui risque d’être difficile : réduire la part de viande dans notre alimentation (Un rapport de 2006 de la FAO estime à 18 % la part des GES provenant de l’élevage – Wikipedia).

Peut-être qu’une taxe sur la carbone (et sur les intrants carboniques des produits importés) pourra faire évoluer les habitudes alimentaires, d’achat et de transport… mais il faudra plus qu’une nouvelle taxe. Il faudra mobiliser toutes les couches de la société, et c’est dans la manière dont nous traiterons les différends, les inégalités et les libertés que nous maintiendrons ou affaiblirons nos démocraties. Nous devons amorcer un changement de paradigme pour redonner sa légitimité à l’action publique, et réduire l’acceptabilité sociale des comportements d’évasion. La Transition écologique et économique qui est nécessaire devra être portée par un large mouvement social si on veut agir à temps. Mais ci ce mouvement doit être large, il faut qu’il n’y ait ni gagnant ni perdant, seulement des participants à hauteur de leurs moyens – des responsables à hauteur de leurs patrimoines, des agents à hauteur de leur impact.

[Publié sur Nous.blogue, le 2 décembre]

  1. Incidemment, voir l’article de John Ralston Saul dans le G&M d’aujourd’hui sur Maurice Strong un Canadien organisateur de ce colloque et premier directeur du PNUD  (retour)

collaboration, concertation, coordination, hybridité

Le colloque sur La collaboration interorganisationnelle dans le domaine de la santé et des services sociaux  (pdf) qui se tiendra le 6 novembre prochain s’ouvre sur une conférence de Gérard Divay et Youssef Slimani : Entre idiosyncrasie locale, encadrement central et configuration d’hybridité. Le cas de l’approche territoriale intégrée dans la lutte à la pauvreté.

J’ai manqué la conférence de M. Divay, lors de la dernière assemblée annuelle de ARIMA (ici les planches de sa présentation : À propos des réformes actuelles dans les institutions locales et régionales ). Mais les documents « Powerpoint » ne sont jamais très explicites et satisfaisants pour saisir le point de vue d’un auteur-chercheur. J’ai donc cherché des publications récentes du même auteur, notamment sur sa page « publications » sur le site de l’ÉNAP. Ce qui m’a amené à ce numéro spécial de la Revue de l’innovation dans le secteur public, portant sur La collaboration intersectorielle, où Divay se commet d’une introduction générale au numéro (pdf) et d’un article intitulé La revitalisation urbaine intégrée à Montréal : L’intersectorialité dans l’action collective locale (pdf).

Parmi les autres intervenants et sujets abordés à ce colloque international : Foisy, St-Amour (UQO) et Savard (U. d’Ottawa) sur la revitalisation intégrée dans le Vieux-Gatineau (le projet ARIMA, le site du RUI);  Beaucourt et Roux (U. de Lille, France) sur l’animation des réseaux sociosanitaires; Breimo (U. de Norland, Norvège) sur l’innovation collaborative dans le soutien aux jeunes adultes; une intervention de Corinne Grenier (KEDGE, France)  Trop de coordination? Faible intégration? Les paradoxes du décloisonnement du champ de prise en charge des personnes âgées ; une autre de Marie-Aline Bloch (Sorbonne, France) Innovation intégrative et développement des réseaux d’acteurs au service des personnes âgées.

Les trois dernières conférences en après-midi par Jean-Louis Denis (ENAP), Jenna M. Evans et al. (U. de Toronto) et David Campbell (U. de Californie – Davis) portent sur les réseaux et la gouvernance des « hybrides ».

Furetages bibliographiques

J’ai voulu en savoir un peu plus sur les conférenciers…

  • Deux articles récents de Corinne Grenier (seuls les résumés sont accessibles sur le site de la revue) :

Performance des organisations et bien-être des usagers : quels modes de pilotage et d’intervention ?

Promouvoir des organisations performantes pour délivrer des prestations de santé de qualité constitue l’agenda de travail d’une grande variété d’acteurs (autorités publiques, agences, directeurs, équipes, professionnels…) qui prend la forme depuis de nombreuses années d’une multitude de réglementations, de recommandations de bonnes pratiques, de dispositifs organisationnels et managériaux et d’outils de sa mesure… Alors qu’on peut légitimement considérer que les organisations de santé ont répondu à ces exigences, l’on peine encore à démontrer une juste relation entre performance et bien-être des usagers. Seraient en cause : une visée appauvrie de la performance vers une logique de rationalisation des services, des instruments qui peinent à intégrer les logiques de soin et de gestion, une multiplicité de recommandations qui ne facilitent pas l’apprentissage dans le temps… Cet article se propose de discuter cet apparent paradoxe, en prônant une impérieuse nécessité de concevoir la performance des organisations de santé de manière systémique, partagée et contextualisée, à travers trois axes de discussion : dépasser le discours de la performance pour la qualité vers de réelles pratiques collectives, la construction et l’utilisation d’outils de mesure appropriés et l’empowerment des acteurs pour soutenir une méthodologie participative de construction du sens de la notion de performance.

Proposition d’un modèle d’espaces favorables aux habiletés stratégiques

Continuer la lecture de « collaboration, concertation, coordination, hybridité »

fin de course – ou nouveau départ ?

Un prochain gouvernement Harper s’interdirait de hausser taxes et impôts pour les 4 prochaines années. Quelle preuve de déni des problèmes structuraux, environnementaux et politiques qui attendent nos sociétés ! Laisser les forces du marché (c’est à dire de la finance) régler ces questions… Mais ce sont ces forces du marché, suivant la pente du moindre effort, de l’avidité et du désir aveugle aux conséquences à long terme, qui ont nourri les déséquilibres qui nous confrontent actuellement.

Entre un cynique manipulateur, un optimiste naïf, et un conservateur prudent le choix d’un prochain premier ministre du Canada est difficile. J’ai un peu honte d’avouer que j’ai, moi aussi, un cadavre dans le coffre de mon auto (Un cadavre dans l’auto, David Desjardins). Le cadavre de l’espoir ? De la foi en l’avenir ? Le cadavre du progrès par la croissance.

 

Même si cela n’a pas été beaucoup (du tout ?) discuté au cours des récents débats publics, un des principaux points qui devrait figurer au programme de tout prochain gouvernement qui ne serait pas majoritaire conservateur : l’établissement d’un mode proportionnel de scrutin. Et la transformation conséquente de la culture de collaboration-compétition entre les partis, pour former des gouvernements de coalition viables.

Stephen Harper présentera certainement la signature du PTP comme une victoire de son gouvernement, la preuve de sa capacité à soutenir le développement des produits canadiens dans l’économie-monde. Pourtant, il semble que le Canada n’ait pas eu grand-chose à dire sur les tractations Japon-USA en matière automobile…

Difficile de s’imaginer s’exclure volontairement d’un tel accord, il faut plutôt se demander quel sera le gouvernement le plus à même de parer et pallier aux conséquences sur des secteurs comme la production laitière, d’oeufs, de pièces d’auto. Comment le prochain gouvernement saura-t-il protéger son droit à soutenir l’occupation du territoire, à planifier son développement ?

Les prochaines années imposeront aux gouvernements du monde une obligation morale de réduire, réorienter et bannir (taxer) certains commerces et produits; les gouvernements du monde devront se liguer et s’obliger mutuellement à respecter certains biens communs à l’humanité, dont l’atmosphère mais aussi les ressources des océans. La loi du plus bas prix ne peut plus être la seule règle utilisée pour gérer des ressources limitées, certaines (plusieurs) mises en danger.

 

Les prochaines années devraient accorder plus d’importance à la signature d’accords à caractère économique ET politique. Les conséquences d’une entente internationale sur les émissions de gaz à effet de serre imposeront des changements dans nos modes de vie et de production, dans nos priorités. Il faudra harnacher, soumettre les processus de libéralisation des échanges à une lecture et des contrôles politiques.

Ce ne serait pas la première fois que l’humanité doit se protéger d’elle-même. Nous devons protéger la planète des prédateurs humains laissés à eux-mêmes. Les hommes ne font pas le mal par plaisir, seulement par égoïsme, paresse, peur, ignorance… Les prédateurs humains ont vidé les mers des grands cétacés en quelques décennies de chasse industrielle. Puis ils ont laissé l’huile de baleine pour s’éclairer au kérosène et remplacé le cheval par le moteur à combustion interne. Extrayant chaque jour des quantités phénoménales de pétrole, conduisant à une combustion effrénée sous le chapiteau de l’atmosphère terrestre.

 

Quand on me dit qu’on va investir dans les infrastructures pour relancer l’économie, je me demande : quelles infrastructures ? Celles qui facilitent l’étalement urbain et la consommation ?

 

Plutôt qu’une politique du pire, où les conservateurs reprennent le pouvoir avec l’aide du Bloc, je préfère encore la politique du ABC (n’importe qui sauf les conservateurs), avec l’espoir que ce sera une première étape vers la construction d’une alliance, d’une coalition seule capable d’implanter des changements radicaux avec une participation sociale maximale.

Nos partis nationaux doivent apprendre à travailler ensemble sur des objectifs à moyen et long terme, plutôt que de « poser » dans leurs irréductibles différences, justifiant tous les sarcasmes, toutes les attaques, rendant d’autant plus difficiles et improbables les alliances nécessaires sur les transformations structurelles qui nous attendent, réalisées autant que possible avec la participation volontaire, intelligente sinon enthousiaste, de toutes les parties.

À l’échelle internationale, à l’inverse, il faut se départir d’un oecuménisme de façade et se donner les moyens d’une action innovatrice, avec des États alliés autour d’un projet humain. Des alliances qui, sans être aussi puissantes que les USA ou la Chine, pourront formuler, expérimenter, imposer des normes et objectifs progressistes (à défaut d’un autre terme – humanistes ?).

Au delà des chapelles et des clans, des pays et des nations, des races et religions nous sommes dans l’obligation de transiger à l’échelle internationale parce que l’équilibre est compromis; le laisser faire n’est plus permis. Nous avons, depuis longtemps déjà, atteint les limites, assujetti les principales ressources de la planète au jeu de casino du capital financier (que Bernard Stiegler [La société automatique] appelle le capital mafieux, tellement il est lié aux paradis fiscaux et autres cieux sans foi ni loi).

Il est temps de reprendre le contrôle – ou plutôt de cesser de s’imaginer que nous pouvons contrôler une planète qui nous dépasse mais que nous avons tout de même réussi à ébranler dans ses équilibres profonds, géologiques. Il est temps, plus que temps d’apprendre à restreindre l’appétit des hommes plutôt que de simplement faciliter, accélérer la consommation aveugle des ressources limitées d’une planète fatiguée.

Publié sur Nous.blogue

sciences et politiques

La Chine a dépassé les États-Unis comme principal émetteur de CO2 depuis 2006.

Les pays qui contribuent le plus au réchauffement (par année depuis 1971).

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Le New York Times critique sévèrement la politique Harper. L’article s’intitule « The Closing of the Canadian Mind ».

Mr. Harper’s war against science has been even more damaging to the capacity of Canadians to know what their government is doing. [The New York Times]

Les gouvernements ont été très importants dans le développement des technologies qui font aujourd’hui la fortune des grandes entreprises.

« le fameux iPhone d’Apple, dont presque tous les éléments importants — de l’Internet au GPS en passant par l’écran tactile et le système d’aide vocal — n’auraient jamais vu le jour sans des investissements directs des gouvernements.  » Mariana Mazzucato – citée par Le Devoir, 19 septembre 2015.

Il est temps que les gouvernements se dotent d’un plan de développement. « [N]’importe qui peut aujourd’hui construire n’importe quoi, n’importe où. Ou presque. Pourvu que ça crée des jobs et de la richesse », François Cardinal, La Presse.

5k à Montréal

C’est officiel, Samuel est arrivé 10e (sur 3982 participants) à la course de 5 kilomètres tenue dans le cadre du marathon de Montréal ce matin.

Disons que la mise au point manuelle pour les photos de sport…

Heureusement, rendu au 10e j’avais réussi à faire le point !

Pour voir plus de photos de Sam et des premiers coureurs :

http://www.gillesenvrac.ca/carnet/photos/sam-5k/

deux jours de photographies

Un petit voyage en Ontario, c’était l’occasion de jeter un oeil sur le TIFF, suivi d’une promenade dans le quartier Cabbagetown, et sur le chemin du retour, une visite à la foire de Spencerville, où se produisaient des pros de la trampoline. Deux séries de photos à voir sur ces pages.

Edge, le navigateur de Windows 10

J’ai installé la mise à jour Windows (10) sur l’ordinateur de J. et j’ai été impressionné par le nouveau navigateur Edge. C’est exactement ce que je cherchais comme navigateur « idéal » : une manière simple de prendre des notes, souligner des passages, sur une page web sans avoir à lancer autre chose…

Juste pour ça, la mise à jour (gratuite) vaut d’être faite. Mais ça ne me fera pas passer de Mac à Windows pour autant 😉

logement locatif

Un « indice du logement locatif » – avec données et cartes géographiques par province, régions, villes ou circonscriptions (fédérales) est accessible à cette adresse : http://rentalhousingindex.ca/

Le Réseau québécois des OSBL d’habitation est parmi les partenaires ayant développé cet outil qui fournit des arguments et indicateurs de suivi d’une situation qui s’est passablement détériorée depuis quelques années : la montée de l’offre en « condos » s’est faite au détriment de l’offre de logements locatifs.

Le nombre annuel de mises en chantier de logements locatifs ne cesse de diminuer dans les centres urbains du Québec depuis 2004. (…) La popularité croissante de la copropriété semble responsable de la diminution des mises en chantier locatives dans la plupart des RMR québécoises. [Habitation Québec, numéro spécial sur Le logement locatif privé au Québec (pdf) – Hiver 2013, Société d’habitation du Québec]

De là l’importance accrue des OBNL et autres agents de développement de logements locatifs abordables.

 

du sable bitumineux vert ?

Can Canadian oil green-clean itself ? – Tel est le titre d’un article « punch » de Margaret Atwood dans le G&M ce matin. Comment traduire ce titre ? Le pétrole canadien peut-il se verdir ? Se rendre acceptable écologiquement ? Toujours est-il que j’ai tellement aimé cet article, où elle ne ménage ni Harper ni les pétrolières canadiennes, que je vous en propose une traduction…

« Le pétrole canadien a un problème. Ou plutôt il en a plusieurs. Ces problèmes sont : 1. Le bas prix du pétrole; 2. L’image de « pétrole sale » qui colle aux sables bitumineux; 3. Le leadership politique inepte; 4. Les nouvelles formes d’énergie qui arrivent chaque jour.

Parce que le pétrole canadien a des problèmes, le Canada en a aussi. Les deux ont été « joints à la hanche » : si l’un est dans la m… l’autre aussi y est. Ou dans une sorte de m… Que faire ?

Le premier problème – le bas prix du pétrole – est hors de notre contrôle mais l’étendu de nos investissements dans le secteur ne l’est pas. Malheureusement pour nous le gouvernement Harper a trop investi dans le pétrole. Ce qui a pu sembler comme un pari défendable, ce qui explique sans doute que nous n’ayons pas réagi quand Stephen Harper a soutenu le secteur avec des tas (sack-loads) de subventions  : 34 milliards $ par an, selon le Fonds monétaire international, correspondant aux coûts sociaux de cette industrie au Canada. Les emplois et la prospérité seront grands, nous assurait-on. Quiconque osait souffler mot contre le flot de subvention était vu comme non patriotique et quasiment traité comme un terroriste.

Le retour n’a jamais été à la hauteur de l’investissement, mais qui était là pour faire le décompte ? Maintenant que le prix du pétrole est dans la cave et que le dollar a été entrainé à sa suite, signifiant que la plupart de nos importations nous coûtent maintenant 30% de plus. Si on avait diversifié nos investissements sur plusieurs secteurs on aurait aujourd’hui plus d’atouts en main.

Le second problème est l’image de « pétrole sale ». Le sable bitumineux s’est attiré une « aura beurk » (Yuck aura) malgré les efforts faits pour les cadrer comme un pétrole plus éthique que d’autres et les réassurances concernant la sécurité des pipelines, l’efficacité des nettoyages etc. Qu’est-ce qu’une pétrolière intelligente pourrait faire ? Continuer la lecture de « du sable bitumineux vert ? »

globalisation, écologie et sciences po

Je crois que c’est le texte (PPT) de Benoit Lévesque (Le modèle québécois, à la suite de la politique d’austérité: conséquences pour l’économie sociale et la société civile?), sa conférence donnée à l’ACFAS le 26 mai dernier à Rimouski, qui m’a amené à lire Paul Hirst pour la première fois. Un théoricien dont j’avais entendu parler pour sa « démocratie associationniste » (Associative Democracy) et qui, dans ses derniers travaux, examinait les limites de la globalisation (Globalization in question).

C’est lui qui m’a conduit à The Structure of World History, from modes of production to modes of exchange par Kojin Karatani.

 

 

En parallèle j’ai fait un détour écolo, avec Le grand pillage de Ugo Bardi, rapport soumis au Club de Rome, 40 ans après Les limites de la croissance, paru en 1972 et qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque. Pas assez sans doute : et si on avait pris au sérieux les avertissements de ce « manifeste » il y a 40 ans ? Et puis le très beau texte, presque poétique tellement il rend palpable les mouvements et forces qui ont déterminé le climat de la terre depuis 4 milliards d’années : Voyage à travers les climats de la terre, par Gilles Ramstein (2015, chez Odile Jacob).

Et puis j’ai aussi commencé un autre très beau texte, dont il me presse de poursuivre la lecture : Laudato Si, par le pape François. [Voir ce court article de présentation dans Le Devoir]

Après avoir terminé Globalization in question, et commencé dans la foulée à lire Kojin Karatani, j’ai senti le besoin de terminer ma lecture du second volume de Fukuyama, Political order and political decay – from the industrial revolution to the globalization of democracy, que j’avais commencée il y a plusieurs mois (voir un résumé dans la revue The Atlantic). Cela pour me donner un peu de références géopolitiques et historiques afin de mieux apprécier la proposition théorique de Karatani (The Structure of World History).

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Évidemment je ne vous ferai pas ici un résumé de cette boulimie de lectures… mais j’aimerais bien tout de même vous en dire quelques mots. Tout d’abord ce texte de Benoit Lévesque, professeur émérite de sociologie à l’UQAM, qui s’est fait le chantre depuis quelques années d’un renouvellement de la social-démocratie (voir aussi le site consacré), proposait dans sa conférence de Rimouski une critique des politiques d’austérité du gouvernement Couillard, et un retour historique sur le « modèle québécois ». Il suggère en conclusion des pistes d’action pour la société civile organisée…  notamment l’importance de se positionner dans la perspective de la transition écologique tout en misant sur la démocratie délibérative et participative.

Ce que je retiens du texte de Paul Hirst sur la globalisation, c’est que cette dernière n’est pas aussi importante et inévitable que le discours dominant peut laisser croire. Chiffres à l’appui, il démontre que les échanges se font surtout à l’intérieur de blocs géopolitiques continentaux, et que les entreprises, même multinationales, ont en général des racines régionales ou nationales. Ce qui devrait nous amener à relativiser les discours défaitistes des politiciens qui prétendent de rien pouvoir faire face à la « globalisation ». Cela pourrait aussi nous pousser à saisir des leviers d’influence et de pression qui sont plus accessibles.

Le texte de Bardi, Le grand pillage, fait l’histoire de l’extraction minière, y compris celle des ressources pétrolières, montrant à quel point les courbes de l’extraction ne peuvent se poursuivre ; à quel point les alternatives et solutions technologiques sont fallacieuses et dangereuses. Nous épuisons en quelques décennies des ressources non renouvelables que la planète a mis des centaines de millions d’années à constituer, certaines dans des conditions géologiques qui ne se reproduiront plus.

Une histoire géologique que Ramstein, avec son Voyage à travers les climats de la terre, nous présente de façon éloquente et simple (mais pas trop). Comment les équilibres et déséquilibres du carbone et de l’oxygène, dans l’air, les océans et la biomasse ont été marqué par la « petite musique de Milankovitch » (oscillations combinées de l’orbite terrestre, de son obliquité et de la précession des équinoxes [ceux-ci ne se passant pas toujours à même distance du soleil, à cause du caractère elliptique de l’orbite])… De la poésie, que je vous dis. Dont on retient les équilibres fragiles et grandioses mis en danger par l’accumulation rapide de CO2 dans l’atmosphère et les océans. Il faut non seulement réduire nos émissions de d’oxyde de carbone mais il faudrait de toute urgence réduire la pression déjà accumulée dans le système. [L’accroissement de la couverture végétale est un pas dans le bon sens – Green surprise: Why the world’s forests are growing back dans le G&M d’aujourd’hui]

Quant à Fukuyama, il poursuit dans ce deuxième volume – Political Order and Political Decay, après The Origins of Political Order paru en 2011, son histoire érudite des formes de l’État, tant celle de la Chine que du Japon, analysant au passage différents pays de l’Amérique du Sud et de l’Europe, et aussi, différentes époques et administrations publiques des États-Unis. Je sais bien que cet auteur a des affiliations de droite (administrateur de la Rand corporation) mais j’ai apprécié sa connaissance encyclopédique des histoires de pays et cultures qui nous sont méconnus.

Je poursuis ma lecture de Karatani, et celle du pape François. Je vous en reparle certainement.