philanthropie et changement social – 2

une banque d’infrastructure sociale ?

L’idée d’une Banque d’infrastructure sociale était avancée par M. Stephen Huddart, PDG de la fondation McConnell, lors du colloque de PhiLab le 21 avril dernier. Il s’agirait de favoriser l’action conjointe des investissements privés, publics et philanthropiques autour d’objectifs de développement social.

Dans le contexte du débat entourant la mise en place de la Banque de l’infrastructure du Canada, dont on vient d’annoncer que les bureaux seront à Toronto, cette proposition d’une Banque de l’infrastructure sociale devient doublement intéressante. Il est important de répondre à des besoins distincts qui exigent des compétences particulières (on ne développe pas des infrastructures sociales comme on développe des ponts ou des systèmes de distribution électriques) avec une ressource, une banque qui possède une telle expertise. Et cette expertise se trouve nettement plus développée au Québec.

Les investissements « dans l’apprentissage et la garde des jeunes enfants, dans le logement abordable, dans les soins à domicile, et dans les infrastructures culturelles et récréatives» sont des infrastructures sociales visées par le budget fédéral 2017 et sont des secteurs où la longue expérience du Québec pourrait être mise à profit pour un développement pan-canadien. L’expérience avancée du Québec dans le domaine de l’économie sociale et solidaire devrait aussi être mise à profit dans le cadre d’une éventuelle Banque d’infrastructure sociale (BIS).

Actuellement, le projet gouvernemental prévoit investir des milliards, des dizaines de milliards, « 21,9 milliards de nouveaux investissements sur 11 ans», sans utiliser le moyen d’une « banque d’infrastructure ».  Qu’est-ce qu’une BIS apporterait de plus ? La possibilité de mobiliser des fonds privés et ceux de l’épargne collective (fonds de travailleurs, fonds de pension) de manière concertée autour de projets d’envergure visant un développement social intégré. Ne plus voir l’investissement public dans le domaine social comme venant réparer les pots cassés par le développement privé mais comme un levier pour impulser, avec les ressources collectives, communautaires et philanthropiques des investissements responsables orientés vers la Transition écologique et sociale.

Les fondations subventionnaires canadiennes ont l’obligation de donner, chaque année, à des organisations charitables 3,5% de leur capital. Le reste, soit 96,5% des 46,2 G$ qu’ils possèdent (Lévesque, 2017), est investi afin de générer des revenus (le 3,5%) qui seront distribués ou accumulés. Certaines fondations ont pris le virage de la responsabilité : Béati ou McConnell investissent leurs capitaux non seulement afin de produire des revenus, mais aussi afin d’avoir un impact social qui soit congruent avec la mission qu’ils poursuivent avec leur « 3,5% ». Une Banque d’infrastructure sociale pourrait faciliter, favoriser ce virage vers des investissements responsables de la part des fondations mais aussi de la part des fonds collectifs que sont les fonds de pension et fonds de travailleurs.

_______________
À noter que plusieurs textes des présentations faites lors du colloque du 20-21 avril dernier sont maintenant disponibles sur le site de PhiLab.

de la charité à la solidarité

C’est le chemin que je voulais parcourir, en passant d’un parvis d’église à l’autre sur cette rue Adam – dans le cadre des Promenades Jane Jacobs – où plusieurs lieux de culte ont été transformés en centres communautaires. Cliquez le lien ci-haut pour voir le détail du parcours de 3 km.

L1015970.jpg
L’église Saint-Clément-de-Viauville, coin Viau et Adam


Il y a une filiation de la charité catholique traditionnelle vers le travail communautaire, le travail social auprès des démunis, des poqués  de la société. La générosité et l’entraide, basées auparavant sur le sentiment d’appartenance à la même communauté religieuse et locale, générosité et entraide qui trouvaient à s’exprimer à travers des occasions et activités organisées par la paroisse ou une de ses nombreuses organisations de bienfaisance, ont migré, se sont transformées. L’ampleur des crises et l’enrichissement collectif de l’après-guerre ont amené l’établissement de programmes publics d’assurance et de soutien à la formation et la réinsertion des déplacés ou expulsés du marché du travail. Une intervention étatique qui arrivait à point nommé pour remplacer la ferveur chancelante de la charité catholique. Mais l’invention, sur le terrain, des modèles d’assistance et d’intervention profiteront de l’expertise et de l’engagement de plusieurs religieuses et religieux. Ils et elles ont été souvent des pionnières au coeur de plusieurs initiatives communautaires qui ont remplacé ou succédé aux anciennes soupes populaires et paniers de Noël.

Naturellement ces initiatives communautaires n’ont pas que remplacé la bienfaisance catholique, elles ont été portées et soutenues par des acteurs et des valeurs qui n’étaient pas que catholiques : démocratie, création, expression, liberté, autonomie, dignité, justice… Des valeurs portées par de nouvelles générations, croisées comme fers aux précédentes. Puis alliées entre elles contre la bêtise, la discrimination, le chauvinisme, l’égoïsme ou la bureaucratie…

Finalement je ne suis pas sûr que nous soyons passé de la charité à la solidarité. Il y a plutôt eu ajout, de solidarité à la charité, et des ajouts aussi de formes nouvelles de l’une et l’autre. Ce qui n’a pas empêché les frictions, les tensions d’être grandes lorsqu’il s’est agi de disposer d’un patrimoine collectif historique. Quelles levées de fonds a-t-il fallu faire pour racheter ou remodeler les lieux de culte désertés de Saint-Mathias et Saint-Barnabé ! Jusqu’où les fonds recueillis par la collectivité aujourd’hui doivent-ils être versés pour racheter à la Fabrique et l’Église ce qui a déjà été payé par la collectivité d’hier ? — plutôt que versé pour la transformation et la préservation du patrimoine ? Ces questions n’ont pas été faciles à résoudre, mais elles l’ont été, à l’évidence dans ces deux cas. Reste celui de l’église Saint-Clément… et de beaucoup d’autres sans doute ailleurs !

Il ne faut pas réduire la valeur historique de ces églises à leurs pierres et vitraux. Continuer la lecture de « de la charité à la solidarité »

philanthropie et changement social – 1

Un colloque était organisé par le PhiLab (Laboratoire montréalais sur la philanthropie canadienne), les 20 et 21 avril dernier sur le thème Crises socioéconomique et environnementale : rôles et responsabilités des fondations subventionnaires, de la réflexion à l’action… (programme en PDF)

Plus d’une centaine de personnes ont participé aux ateliers et plénières des deux jours.

Un thème plutôt costaud qui interpellait à la fois les fondations mais aussi les partenaires (communautaires, étatiques, privés, universitaires) avec qui ces fondations sont appelées à définir leurs stratégies et moyens d’action.

Je ne tenterai pas de résumer les 13 conférences(*) qui ont ouvert le colloque, préparé aux ateliers ou conclu l’évènement. Seulement quelques mots, autour de certaines questions posées (ou non) par quelques uns  des conférenciers.

La place (ou l’absence) du politique, de l’État

Même si la ministre du Revenu du Canada, madame Diane Leboutillier, a ouvert la conférence et qu’elle est même restée pour la plus grande partie du colloque, cela n’a pas tout à fait comblé le vide (ou le peu de présence) des autres paliers de gouvernement. Le ministère de la santé, qui a depuis longtemps développé des alliances et programmes conjoints avec des fondations, aurait été pertinent avec une réflexion sur les leçons qu’il en tire. Mais peut-être le thème « crises socioéconomique et environnementale » n’était pas assez « santé » pour notre médecin de ministre.

Je n’ai pas épluché la liste des inscriptions mais je n’ai pas vu beaucoup de gens de la santé publique, qui gèrent (avec des représentants de la Ville, parfois) pourtant d’importants programmes de subvention conjointement avec de grandes fondations.

La ministre Leboutillier nous informait, pour sa part, que plus de 20 000 personnes ont participé à la consultation lancée l’automne dernier par son ministère sur les activités politiques des organismes de bienfaisance. Le rapport synthèse devrait être bientôt rendu public.

La conférence suivante était donnée par monsieur Tim Draimin, directeur du SIG, Social innovation generation. Elle avait pour titre : Foundations’ Emerging Roles Tackling Grand Challenges (pdf). Décrivant l’évolution du rôle et de l’agir des fondations qui sont aujourd’hui moins discrètes, et ont une approche, une philosophie plutôt basées sur l’investissement que la levée de fonds. Elles  ont développé des collaborations hybrides, reliant les silos. Ces collaborations sont passées du mode transactionnel au transformationnel. On voit venir le « collective impact 3.0« , où l’on construit un mouvement plutôt que de simplement gérer des organisations; où l’on partage des aspirations et non seulement ses agenda; où l’on fait des apprentissages stratégiques et non seulement partager des règles et des données; où les collaborations visent aussi le changement et non seulement le renforcement mutuel . L’innovation sociale doit être vue comme un projet de société s’inscrivant dans une vision écosystémique (Mondragon).

Une planche résume l’écosystème de l’innovation sociale, selon M. Draimin.

M. Draimin termine sur un programme visant la transformation des stratégies et des objectifs des fondations en 5 points :

  • Pour le personnel des fondations : passage de la gestion des subventions à l’établissement de relations profondes aptes à soutenir des écosystèmes de solutions des Grands défis du Canada
  • Les fondations développent les capacités trans-sectorielles en partageant outils et approches avec les acteurs du privé/secteur public/société civile afin d’accroître la capacité de tous à travailler ensemble
  • Les fondations identifient les trous et manques dans l’écosystème de l’innovation et se font catalyseurs de nouvelles infrastructures sociales pouvant combler ces manques
  • Les fondations deviennent promoteurs d’un agenda canadien de l’innovation s’attachant à résoudre les inégalités sociales et le changement climatique
  • Les fondations deviennent pro-actives dans la promotion d’un nouveau régime de régulation des organisations charitables qui sache libérer les capacités innovatrices des fondations et de leurs partenaires.

« …Canada’s current systems, structures, policies and legislation could be viewed as risk-averse, outdated and constraining, limiting opportunities for innovation, experimentation, revenue generation and cross-sector collaboration. » Extrait de Charting a Path Forward Strengthening and Enabling the Charitable Sector in Canada.

Le troisième conférencier lors de cette plénière d’ouverture était Benoît Lévesque, professeur de sociologie émérite de l’UQAM, qui nous propose une communication (pdf) en trois points :

  • La transition sociale et écologique (TSÉ) ouvre un espace d’innovation et de transformation des besoins de base
  • La philanthropie est doublement interpellée par cette transition
  • Comment institutionnaliser (pérenniser) les innovations utiles à la TSÉ ?
  1. La transition sociale et écologique vers un développement durable repose sur un nouveau paradigme, une nouvelle vision du monde qui s’est construite depuis le début des années ’70 (Halte à la croissance, rapport Bruntland) jusqu’à s’incarner dans des lois sur le développement durable. Des constats de plus en plus irréfutables imposent de transformer nos modes de production, de consommation et d’occupation du territoire. De nombreux passages s’imposent pour atteindre une économie qui soit soutenable : de l’énergie fossile aux énergies renouvelables; du gaspillage à un usage raisonné des ressources naturelles; besoins à repenser : alimentation, mobilité, logement…Une transition qui a un caractère d’urgence pour contrer l’irréversible.Une transition qui doit être sociale, et conduire à plus d’équité parce que les plus défavorisés sont plus durement touchés par la crise écologique; parce que la pauvreté réduit l’ouverture au changement, et que la grande richesse des uns accroit la pression sur l’environnement. Ce à quoi j’ajouterais, personnellement, qu’une plus grande équité favorise l’engagement du plus grand nombre dans cette transformation sociale nécessaire qui sera d’autant plus rapide et profonde qu’elle sera volontaire. Ces transformations sociales élargissent le champ des activités de bienfaisance et imposent un repositionnement de la philanthropie.
  2. Malgré leur faible poids économique (elles fournissent 5% des revenus de l’ensemble des oeuvres de bienfaisance) les fondations ont un impact élevé. Notamment grâce à leur grande flexibilité dans l’utilisation de leurs fonds, et leur capacité d’innovation et de réflexivité et de recherche. Aussi grâce à leur réseautage, leur liens politiques et d’affaires.Les fondations sont doublement interpellées par la TSÉ. D’abord en tant qu’entreprises socialement responsables qui doivent se doter de politiques environnementales internes et accepter les modes de transparence, de reddition de compte et d’audit impliqués par cette responsabilité sociale.Mais aussi comme bailleurs de fonds, en tant qu’investisseurs responsables, les fondations devront redéfinir leurs alliances et activités, accompagner et soutenir les organisations et programmes dans lesquelles elles investissent…
  3. Les innovations sociales nécessaires à la TSÉ devront être stabilisées, institutionnalisées. Des acteurs multiples, à l’échelle individuelle et organisationnelle devront agir en réseau et combiner diverses logiques institutionnelles.Le triangle suivant met en lumière les différents types d’organisations (publiques, privées, formelles, informelles, à but lucratif ou non) et les organisations mixtes qui peuvent agir à la frontière de deux secteurs. La place particulière du tiers-secteur reliant ou participant des trois types fondamentaux (État, marché et communautaire).
    M. Lévesque termine son intervention en invitant les fondations à soutenir les innovations et leur institutionnalisation : comprendre ce qu’est la TSÉ au regard de sa mission; favoriser la constitution de niches d’innovation radicales et d’incubateurs; comprendre le rôle indispensable de l’État dans la TSÉ dans sa capacité à définir l’intérêt général et le bien commun avec l’aide de la société civile; devenir des acteurs réseau dans l’écosystème; contribuer à l’ajustement d’un nouveau cadre juridique et de nouvelles modalités de financement vers un nouvel âge de la philanthropie.

En conclusion du pannel, M. Jean-Marc Chouinard, président de la Fondation Lucie et André Chagnon, y allait de quelques commentaires inspirés par les conférences. Il y a urgence de travailler ensemble à la solution des crises. Tous les besoins de base doivent être revus. Il faut redéfinir l’action de chacun, les contours étant devenus plus flous entre l’État, le marché et la société civile. Mais le travail collaboratif et collectif est peu encouragé. En perspective : Il faut rester à l’écoute du terrain, organiser une réflexion systémique. Les fondations n’ont pas les clefs, elle ne peuvent être que des facilitateurs, des catalyseurs. Il terminait en soulignant le message contradictoire que reçoivent les fondations : « Prenez des risques, innovez » mais lorsqu’on en prend, on nous questionne :  « Quelle est votre légitimité pour ainsi orienter l’action ? »

La première question posée par une participante en ouverture de la discussion  « Et les 96,5 % des fonds que gèrent les fondations sont-ils investis de manière responsable, conséquente aux principes et intentions soulevés par la TSÉ ? » Il faut se rappeler que la loi canadienne sur les fondations fait une obligation à celles-ci de distribuer sous forme de dons et subventions à des organisations de bienfaisance un minimum de 3,5% de leurs avoirs. Ainsi une fondation qui est dotée d’un capital de 500 millions devra distribuer annuellement au minimum 17,5 millions $. Et cette question m’a semblé cardinale, à poser à l’ensemble des acteurs présents.

J’y reviendrai dans un prochain billet.

________

(*) Plusieurs textes des conférences sont disponibles sur le site de PhiLab.

la promenade du 6 mai

Les choses se précisent et plusieurs personnes se sont déjà inscrites à notre promenade Jane Jacobs du 6 mai sur la rue Adam. Des messages ont été envoyés aux différentes organisations et paroisses installées le long de cette rue dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Déjà la paroisse St-Nom-de-Jésus offre d’ouvrir ses portes pour que nous puissions y jeter un coup d’oeil en passant.

Qu’est-ce qu’une Promenade Jane Jacobs ? Une façon de faire valoir et mieux connaître le riche patrimoine architectural de Montréal, une façon de partager son savoir : il s’agit de conversations entre voisins et citoyens et non d’un cours donné par un spécialiste. Une façon de célébrer le printemps en marchant sa ville, pour en découvrir un nouveau coin, ou revoir des lieux remplis de souvenirs ou de promesses d’avenir…

J’ai été organisateur communautaire au CLSC Hochelaga-Maisonneuve de 1976 à 2012. Depuis 40 ans j’ai eu la chance de voir naître ou se transformer plusieurs des institutions et organisations qui sont logées le long de la rue Adam dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. J’ai répondu à l’invitation de 150 conversations en marche, en proposant cette promenade d’environ 2 Km.

Un parcours où se juxtaposent les œuvres et les installations du Dr Julien, celles de deux paroisses catholiques (Saint-Rédempteur et Saint-Nom-de-Jésus), et de nombreuses organisations communautaires dont plusieurs ont des racines plongées dans l’action de communautés religieuses (Carrefour familial Hochelaga, Resto Pop, CAP St-Barnabé). On soulignera au passage le presbytère qui fut le siège social du CLSC pendant 30 ans avant d’être converti en la Maison des ainés Hochelaga-Maisonneuve en 2003. Une mission d’habitation à but non lucratif avec services que la Maison souhaite poursuivre avec un autre projet de conversion qui est toujours en discussion : la belle église St-Clément, sise au coin de Viau et Adam.

Coopératives et OBNL d’habitation, projets de la SHDM, de l’OMH, et projets privés de condominium ont participé à la réhabilitation du patrimoine industriel dont témoignent les ensembles entourant et incluant l’ancienne usine Viau, coin Ontario et Viau. Poursuivant sur la rue Viau jusqu’à l’emprise de l’ancienne voie ferrée récemment transformée en voie piétonne et cyclable, nous bifurquerons à l’ouest pour rejoindre le Marché Maisonneuve, non sans un coup de chapeau au Garage à musique, une autre organisation de la fondation du Dr Julien, logé dans un édifice de style Art Déco.

Pour vous inscrire : c’est gratuit mais le nombre de place est limité à 15.

Ici une affichette (format Word à imprimer) qui reprend les informations essentielles.

Durée de la promenade : une heure et demi.

Heure de départ : 10h00 au parc Hochelaga, coin Lafontaine et Davidson (H1W 2W4)

Voir photos du parcours dans le billet précédent.

conversation en marchant sur la rue Adam

J’ai proposé une promenade parmi les dizaines qui se tiendront les 5-6-7 mai prochain dans le cadre des 150 conversations en marche, l’édition 2017 des Promenades de Jane Jacobs . La mienne se tiendra le 6 mai de 10:00 à midi. L’activité est gratuite mais il faut s’inscrire.

Nous suivrons la rue Adam, d’ouest en est de Davidson à Viau, où plusieurs églises, presbytères et Caisses populaires ont été transformés en centres communautaires ou servent à des organisations communautaires. Une promenade de 2,5 km sur la rue Adam qui se terminera, après avoir remonté la rue Viau et longé les nouveaux développements, au marché Maisonneuve, après avoir longé d’est en ouest l’ancienne voie ferrée maintenant aménagée pour piétons et cyclistes. [Cliquez sur l’image pour voir l’album de 59 photos]

Promenade JJ Rue Adam
Photos prises le long du parcours suivi le 6 mai prochain. Avec vous ? Inscrivez-vous !

Qui est Jane Jacobs ?

Huit principes de gestion des communs

Il me fallait écrire un article pour Nous.blogue (y sera publié le 5 avril). C’était (déjà !) mon tour d’y aller d’un couplet…

Et je suis pris (les deux bras jusqu’aux coudes) dans un processus particulier d’accompagnement d’un organisme local, lui-même aux prises avec des difficultés plutôt éloignées des débats théoriques. Pourtant j’ai trouvé appui dans la lecture de ce recueil Initiatives locales et lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Publié en 2011 sous la direction de Klein et Champagne, on y trouve de nombreuses descriptions de projets développés en, par différents milieux (urbains, ruraux, de banlieues),  et aussi des essais de théorisation, de synthèse tirées de ces expériences toutes plus idiosyncrasiques les unes que les autres. Notamment la conclusion sous la plume de Jean-Marc Fontan et autres, intitulée Conditions de réussite des initiatives locales.

Ces conditions me parlent quand je regarde la situation d’un organisme plein de fougue et de créativité mises au service des plus pauvres et exclus de la communauté… mais qui doit, devra articuler son leadership individuel et organisationnel à celui de sa communauté, au leadership socioterritorial dans lequel il s’est développé historiquement. Ces trois niveaux de leadership se sont articulés pour favoriser l’émergence et la réussite des initiatives décrites dans le recueil cité.

De plus, ces initiatives ont su articuler différentes sources économiques (subventions publiques, économie sociale, bénévolat et dons) tout en apprenant collectivement à gérer les conflits (internes ou avec le milieu). Fontan parle et insiste sur l’importance de l’articulation aux pouvoirs (et programmes) publics et sur le caractère essentiel de l’économie sociale. Et sur la « construction d’une identité positive et d’un sentiment d’appartenance ». Si les frictions et tensions entre l’organisme local et les instances publiques font partie du nœud, l’économie sociale et le sentiment d’appartenance ne vont pas nécessairement résoudre ou trancher ce nœud. En fait, même si l’organisme fait quotidiennement dans l’économie sociale par son articulation fine des contributions salariées et bénévoles, publiques et privées dans les produits et services déployés, notamment en matière de logement, j’ai eu l’impression que la direction hésitait à se placer, s’identifier au terme « économie sociale ». Un jour peut-être ferons-nous  la généalogie de cette dissonnance.

Et j’ai comme une certaine réticence quand on me parle du sentiment d’appartenance à développer chez les utilisateurs de l’aide « de dernier recours ». Peut-on appartenir à quelque chose qu’on souhaite quitter le plus vite possible ? Et si les clientèles ne souhaitent plus quitter, sortir de leur situation n’est-ce pas là la marque d’un échec dans la mission de l’organisme qui devrait aider les gens à sortir de la pauvreté ? Mais les choses ne sont pas si simples. On ne sort pas de la pauvreté comme on sort du métro. Il y a des gens pris dans des trappes, des cercles vicieux, des maladies… Il y a la culture de la pauvreté, les familles pauvres de mère en filles, de père en fils…

Le fil peut être coupant entre la pauvreté à long terme et celle, temporaire et conjoncturelle, dont on sort. Ceux qui s’en sortent peuvent en vouloir aux autres, vouloir se distinguer et accuser les autres de ne pas faire autant d’efforts que soi… Ceux qui ont connu la pauvreté ou l’ont côtoyée de près, ceux qui ont vécu, quoi, assez longtemps pour savoir que les choses ne sont pas noires et blanches, mais aussi que le noir et le blanc existent, ceux-là soutiennent l’effort collectif pour soulager la pauvreté.

Il y a une collectivité vivante autour de cette organisation. Une collectivité généreuse, industrieuse même, pour ce que j’ai pu en observer. Une collectivité où les tensions et interactions ne passent pas toujours par la délibération civilisée, où les actions ont plus de poids que les paroles, où le poids de la justice se mesure en kilos et en accès concret. Comme le disait Fontan dans sa conclusion, la gestion des conflits fait partie des apprentissages collectifs essentiels. Conflits internes et conflits entre partenaires qui sont aussi  parfois des concurrents. Il faut renforcer – établir – le consensus autour du problème que la collectivité territoriale reconnaît être au cœur de la mission de l’organisation. Établir le consensus sur la manière d’agir, les stratégies de développement et les innovations portées par l’organisation. Sur la base de ce consensus, clarifier les partenariats locaux et sectoriels.

Cette question de la gestion des conflits comme élément critique ou essentiel dans le maintien d’une collectivité résiliente a été développée par Elinor Ostrom comme un (plusieurs) de ses 8 principes clés (eight key design principles for successful commons).  Dans un article de septembre dernier j’utilisais la traduction proposée par Hervé Le Crozier (2012) de ces 8 principes :

  • des groupes aux frontières définies ;
  • des règles régissant l’usage des biens collectifs qui répondent aux spécificités et besoins locaux ;
  • la capacité des individus concernés à les modifier ;
  • le respect de ces règles par les autorités extérieures ;
  • le contrôle du respect des règles par la communauté qui dispose d’un système de sanctions graduées ;
  • l’accès à des mécanismes de résolution des conflits peu coûteux ;
  • la résolution des conflits et activités de gouvernance organisées en strates différentes et imbriquées.

Règles, règles, frontières, conflits, sanctions… cela semble plutôt punitif et prescriptif comme orientation ! Mais ce sont des leçons tirées par Ostrom de modes de gestion des communs qui ont traversé les âges. Ces communs, qui sont parfois limités, identifiés par les commentateurs (ou traducteurs) aux seules ressources naturelles partagées(1),  correspondent d’abord à la manière plutôt que la matière. Il s’agit moins d’un bien commun que d’une façon de Faire en commun. Un verbe (commoning) plutôt qu’un nom (commons) .

It is less a noun than a verb because it is primarily about the social practices of commoning—acts of mutual support, conflict, negotiation, communication and experimentation that are needed to create systems to manage shared resources. [Commoning as a Transformative Social Paradigm]

On pourrait traduire ce commoning par communage, tiré de communagir !

Mais peut-on vraiment appliquer ces 8 principes de développement à une organisation locale, ses clients et partenaires, son territoire ? Si les communs traditionnels étaient des lieux de pêche ou des réserves aquifères gérées collectivement par les agriculteurs ou pêcheurs utilisateurs, pourquoi pas les ressources de charité publique et privée mises à disposition des personnes dans le besoin d’un territoire ?

Cet article intitulé Patterns of Commoning: Eight Design Principles for Successful Commons, reprend les 8 principes en les développant minimalement : une phrase par principe. Cela les rend un peu plus clair mais reste encore beaucoup centré sur la gestion de biens mis en commun (l’acronyme CPR signifiant common-pool ressource). Alors que plusieurs promoteurs de la « révolution des communs » mettent l’accent sur l’application des principes de gestion des commun à des ressources intangibles ou inappropriables (internet, espace public, savoirs). Dans cet autre article, aussi tiré de la série Patterns of commoning, on reprend les 8 principes mais à partir du point de vue du commoner, celui qui gère, produit, défend, négocie au quotidien le maintien de ces communs : Patterns of Commoning: Eight Points of Orientation for Commoning.  La traduction française proposée à la fin de l’article pêche par une qualité déficiente et une tendance (encore) à réduire les commons aux biens communs. Et l’article original, par David Bollier, date du mois d’août 2012.

Depuis ce temps, David Bollier a publié Think like a commoner, traduit en français : La renaissance des communs (2014) . Et Patterns of commoning (2015). Et tout récemment, le compte-rendu d’un atelier tenu en 2016, rendu public en mars 2017 : Re-imagining Value: Insights from the Care Economy, Commons, Cyberspace and Nature.

Appliquer cette approche des « commons » où les utilisateurs d’une ressource ont leur mot à dire sur les critères d’accès, les règles d’utilisation, les mécanismes de contrôle… Une ressource qui est loin d’être « naturelle » mais qui peut être spoliée, polluée, ou protégée, développée… Une ressource qui a bénéficié d’un appui important des pouvoirs publics, et de donateurs privés. Qui doit assurer son maintien, la résilience de son fonctionnement, comme la poursuite de l’apport des sources extérieures, publiques ou privées.

Là où la communauté des utilisateurs peut être faible en matière de capacités délibératives, où le leadership individuel ou organisationnel peuvent parfois manquer de tact ou d’expérience… le leadership territorial et la supervision collaborative des instances publiques locales pourraient favoriser l’apprentissage collectif en soutenant des démarches réflexives et de résolution de conflits. L’intégration de ces apprentissages et des consensus renouvelés sur les objectifs pourraient se traduire par une gouvernance locale améliorée, reflétant mieux le système d’action local mobilisé.

_____________

(1) l’éditeur français a traduit le texte fondateur de Ostrom, dont le titre original était Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action (Political Economy of Institutions and Decisions) par La gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles

Go Nomades Go !

En finale canadienne du basketball collégial, les Nomades du Collège Montmorency affronteront les Bruins de Sheridan College à 19:00 ce soir (20:00 heures à Charlottetown, PEI).

A voir en direct en suivant ce lien :

https://player.communitylive.ca/player/GetEvent/3644#

 

Et pourquoi pas ?

L’entraîneur de l’année (selon l’Association canadienne du sport collégial) pourrait bien mener son équipe au championnat canadien !

<Ajout 2017.03.19> « Les Nomades du Collège Montmorency ont remporté la médaille d’or au championnat canadien de basketball de l’ACSC. Les Nomades ont gagnés le titre grâce à une victoire de 68-64 aux dépens des Sheridan Bruins. » Association canadienne du sport collégial </>

données cartographiées

Les données du recensement 2011 et certaines données sanitaires sont accessibles, cartographiées par l’Espace montréalais d’information sur la santé. Je reproduis ici certaines cartes illustrant la prévalence de problèmes de santé ( hypertension, diabète) et d’autres montrant la répartition géographique des religions (selon le recensement 2011).

Ce diaporama nécessite JavaScript.

ATTENTION : pour consulter l’Atlas  (duquel sont tirées les cartes ci-haut) ou encore les statistiques interactives (des sections accessibles en cliquant  « Outils » en haut à droite de la page d’accueil), il vous faudra avoir un navigateur compatible avec Flash (sous OS X, Firefox fait l’affaire).

Les tableaux interactifs donnent accès à des données sur les services donnés dans les CLSC (les plus récentes : 2016-2017) ou encore les statistiques d’hospitalisation (les plus récentes : 2014-2015). Ces données sont disponibles pour plusieurs années antérieures. Cependant il semble que les données tirées de iCLSC ne soient plus disponibles, malheureusement, par territoires de CLSC mais seulement par CSSS. Alors que les données d’hospitalisation permettent encore de distinguer les territoires de CLSC d’où viennent les usagers.

logement et santé

Le rapport du directeur de santé publique de Montréal de 2015  portait sur le logement : Pour des logements salubres et abordables (pdf – 106 pages). Ce premier rapport sur le logement et la santé se concentre sur deux dimensions qui préoccupent particulierèment les instances de santé publique montréalaises, à savoir: la salubrité et l’abordabilité.

La ville de Montréal publiait récemment Un logement sain, Mesures préventives pour contrôler l’humidité et éviter la prolifération des moisissures (pdf – 7 pages).

En 2015 la ville publiait aussi Répartition des logements sociaux et communautaires sur l’île de Montréal (pdf – 9 pages), avec cartes et tableaux présentant (données de décembre 2014) les logements en HLM, OBNL, coopératives, par villes et  par « quartiers de planification ». J’y découvre qu’il y a plus de logements administrés par des coopératives que par des OBNL dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (1988 VS 1358) alors que dans Rosemont-Petite-Patrie, c’est l’inverse : 1619 logements gérés par des OBNL VS 1159 logements gérés par des coopératives. À l’échelle de la Ville de Montréal, les OBNL gèrent 15 623 logements et les coopératives, 13 367. Dans le reste de l’agglomération on retrouve 963 logements administrés par des OBNL et 371 logements coopératifs.

 

élitisme et individualisme

Éléments de réflexion suite aux billets sur Chantal Mouffe et sur le populisme.

Est-ce qu’ils faut sauver « les élites », ces minorités qui sont souvent prises à partie par les populismes  ? Mais on en a besoin des élites, et des administrateurs en général, pour gérer le système industriel et technique mondial.

La particularité du système actuel est de permettre à chacun d’avoir son petit monde, à chaque sous-culture de se développer plus ou moins librement. Chaque sous-culture… grunge, new wave, techno, rock… écolos, féministes, localisées… chacun son monde avec ses icones, ses chanteurs, ses artistes. Est-ce que « construire un peuple » ça veut dire uniformiser la culture, les icônes ? C’est sûr que ce serait plus facile de danser tous sur la même chanson…

Mais la culture dominante, celle de Hollywood avec ses figures mythiques, cette culture des grands moyens et mass media ne s’est-elle pas nourrie ou approvisionnée à même cette myriade des sous-cultures régionales, de cohortes et de genres différents ?

L’anti-élitisme, le populisme…

Qui aurait cru que la télé-réalité allait conduire à l’élection du prochain président américain ? La chance à tout le monde, sur une petite scène bien circonscrite…

Un rejeton du « cinéma vérité » que cette télé-réalité ? Mais sans le respect que le premier avait pour la réalité des gens ordinaires. Car dans le cas de la télé dite réalité, on prend bien soin de tourner dans des environnements artificiels et aseptisés.

Est-ce que l’individualisme qui permet à chacun d’avoir son petit monde, sa petite « playlist » personnelle, ne constitue pas une facette de l’élitisme ? Comme si chacun devenait une élite ? Non, pour être élite, il faut une masse, un groupe au dessus duquel s’élever, non ?

Mais si l’individualisme ne conduit pas à l’élitisme, ça peut certainement être un empêchement à la construction de l’unité du peuple. Qui dit peuple, dit intérêts collectifs, définis contre les grands, les exploiteurs, l’aristocratie, les parasites. Qui dit individualisme, dit petite-bourgeoisie qui ne veut surtout pas se laisser amalgamer avec le peuple. Qui veut se distinguer… En ce sens on s’approche de l’élitisme. À défaut de s’élever d’un groupe particulier, d’un secteur technique ou artistique, le petit-bourgeois s’élève au dessus du peuple. Et à moins qu’il ne trouve sa place dans une conception assez libérale-démocratique du peuple, il sera plutôt enclin (le petit-bourgeois) à se mettre du côté de l’élite bourgeoise.

Construire une hégémonie, une nouvelle logique, nouvelle culture qui imprègne les manières et les valeurs. Les valeurs dominantes depuis deux siècles, sont celles du capital qui réussit à tirer son profit de la liberté, des manières de faire. On a exporté la pauvreté crasse ailleurs – et en la présentant comme étant une amélioration sur les situations antérieures. Vous n’aurez plus la famine assurée tous les trois ans, mais seulement un risque de famine sur dix ans, à condition de vendre votre sous-sol, vos terres et votre culture.

D’après Chantal Mouffe, est-ce l’un ou l’autre : une position irrationnelle ou un faux semblant rationnel ? Certaines coalitions politiques sont-elles plus juste, plus stratégique ? Et en ce sens articulent rationalité limitée (comme toujours) et attachement, engagement politique-émotif ?

À propos du populisme : voir

_-*-_-*-_-*-_-*-_

La reconnaissance des espaces locaux de quartiers se pose-t-elle sur le même plan que la dissolution des espaces régionaux ? La capacité de ces forums d’articuler la parole d’acteurs inhabituels, des rencontres improbables : petite population et grands partenaires institutionnels… Des rencontres plus fréquentes dans les espaces régionaux que les quartiers? Y-a-t-il là des leçons importantes ou si certains n’y voient que des « sparages » dont on peut se défaire, reportant le plus possible sur le monde privé tous les problèmes qui ne peuvent être gérés par quelques grands programmes …

Les micro-batailles qui se mènent en marge des espaces publics plus normés ou institutionnalisés : des conciliabules (Michel Roy).