cartographiez votre communauté

Statistique Canada lance un projet participatif (crowdsourcing) visant à documenter (et rendre accessible gratuitement) l’information sur les immeubles commerciaux, industriels, gouvernementaux dans les villes et municipalités du pays. Projet pilote dans Gatineau-Ottawa.

approcheparticipative

Si vous vivez à Ottawa ou à Gatineau, vous pouvez compter parmi nos premiers contributeurs. Si vous vivez ailleurs, restez en contact avec nous! Votre ville ou municipalité pourrait être la prochaine. Nous sommes très enthousiastes à l’idée de travailler avec les collectivités de partout au pays.

En tant que contributeur au projet, vous pouvez aider à créer une source d’information gratuite et ouverte des immeubles commerciaux, industriels, gouvernementaux et autres au Canada. Nous avons besoin de votre aide pour combler cette importante lacune en matière de données! Votre travail améliorera la connaissance des bâtiments de votre collectivité, ce qui permettra d’orienter les politiques et les programmes conçus pour vous aider.

transition et VLS

Les promoteurs de VLS, voitures en libre service, argumentent :

 » Ne veut-on pas, d’abord et avant tout, réduire le nombre de voitures sur nos routes ? C’est le nombre de voitures en partage qui fait la différence, bien plus que le fait qu’elles soient électriques ou non. »

Dans leur réplique aux pressions et crocs-en-jambe de la Ville de Montréal à l’endroit des propriétaires de flottes de VLS (Communauto et Car2go). Voir L’inutile guerre de l’autopartage, article de La Presse +.

La voiture individuelle continuera de faire rêver.

On n’a qu’à regarder cette annonce de Tesla

Il deviendra de plus en plus clair qu’il ne sert à rien de changer un aspect seulement du système dans lequel nous nous  enfonçons, comme de réduire notre consommation d’essence et notre production de gaz à effet de serre sans tenir compte de nos autres consommations excessives, nos autres productions de pollutions diverses.

Économie circulaire, jour de la Transition (plus de 300 événements en France le 24 septembre prochain); Transition et intention


Cet autre graphique tiré du même article, publié d’abord sur le site de Transition2.

transition fulgurante et Apocalypse

Je découvre Marie Noël, dans les suites d’un article sur le site de Paul Jorion. Le dernier qui s’en va… en réponse/lien avec La transition fulgurante. Vers un bouleversement systémique du monde.

Voir ce long extrait de Chants d’arrière-saison. Poème au ton apocalyptique. On le serait à moins : on est en 1961, c’est le paroxysme de la guerre froide et du danger de guerre nucléaire. Un discours qui semble pourtant plus que jamais d’actualité.

Résurgence du christianisme, de la foi, dans ces moments de désarroi où les repères se vident de leur sens, perdent pied ? [Ce qui semble contredire le discours de Marie Noël qui dénonce (avec combien de finesse et d’élégance) le caractère figé, incapable de la réponse de la tradition religieuse aux drames et troubles imprévus, non traditionnels.]

 J’ai horreur de l’incontinence sentimentale… des gens qui font tout leur cœur sous eux. Mon cœur, je n’en parle pas. Je le tais ou je le chante. (…)

Ces proches, bienveillants ou non, se prêtent main-forte en bons alliés dans les cas de malheurs officiels, décès, accouchements, accidents, maladies, mais comme nul d’entre eux, au fond, ne connaît l’autre – et bien moins que les étrangers – ils ne sont d’aucune ressource dans les crises profondes, aux heures mystérieuses du mal vrai. Ils ne sont là, alors, que pour imposer à la douleur, un masque, un silence, une bonne tenue. [Marie Noël, Notes intimes]

Quel souffle, tout de même.

transitionfulguranteLe livre de Giorgini est celui d’un chrétien qui s’ouvre à un humanisme basé sur « une transcendance issue de l’immanence de l’amour ». La fulgurance des transformations concomitantes ouvre sur une « guerre contre nous-même ». Urgence de la responsabilité.

Qui est le plus responsable, le plus conscient ? Le chrétien militant pour la justice et luttant avec empathie auprès des pauvres et exclus ? ( En contrepoint, Marie Noël : « Il y a dans le catholique un être satisfait, supérieur, celui qui possède la vérité. ») Ou l’athée portant sur ses épaules la résolution des problèmes de l’humanité… Un athée qui sera lui aussi, le plus souvent, militant d’une organisation, d’un mouvement, d’un parti qui comme la religion, viendra soutenir, orienter sa conscience. En ce sens, il ne faut pas confondre athée et libre penseur. On peut être athée et conformiste, confortable, consommateur… On peut être athée et con.

depuis 20 000 ans

Impressionnante illustration

Illustration de la température moyenne depuis 20 000 ans, par tranches de  500 ans. Ici les deux premières. Cliquer pour aller sur le site de XKCD, pour la carte complète. Assez impressionnant comme résumé, et comme démonstration de la rapidité / radicalité des changements en cours.

timeline_temperature_terre

 

entre communs et économie sociale

Inverser les enclosures du marché et réinventer les communs

Pour faire suite au billet précédent, et expliciter un peu plus ce que sont les communs...

Les travaux d’Elinor Ostrom (et le prix Nobel d’économie qu’ils lui valurent en 2009) ont remis en lumière l’importance des communs, entendus non seulement comme une ressource partagée mais surtout comme un ensemble de principes expliquant la pérennité ou la défaillance de la gestion collective et collaborative de ces ressources.

Entre le droit exclusif relevant de la propriété privée et l’ouverture à tous d’un bien public, [Ostrom]montre qu’il existe un « faisceau de droits »(bundle of rights) – le droit d’accès, le droit de prélèvement, le droit de gestion, le droit d’exclure et le droit d’aliéner (céder un des droits précédents) – répartis différemment entre les associés au partage d’une ressource, selon qu’ils sont propriétaires avec ou sans droit d’aliénation, détenteurs de droits d’usage et de gestion ou usagers autorisés. [Les communs : la théorie du milieu]

Huit (8) « principes de conception » clés pour des communs réussis, selon Ostrom (résumés par Hervé Le Crozier) :

  • des groupes aux frontières définies ;
  • des règles régissant l’usage des biens collectifs qui répondent aux spécificités et besoins locaux ;
  • la capacité des individus concernés à les modifier ;
  • le respect de ces règles par les autorités extérieures ;
  • le contrôle du respect des règles par la communauté qui dispose d’un système de sanctions graduées ;
  • l’accès à des mécanismes de résolution des conflits peu coûteux ;
  • la résolution des conflits et activités de gouvernance organisées en strates différentes et imbriquées.

Tout comme l’économie sociale, la gestion des communs se pose en alternative à la dichotomie public / privé. Les objectifs du « faire en commun » décrit par David Bollier dans Faire en commun :  un paradigme social de transformation (2015) :

Ils veulent faire reculer la privatisation généralisée et la marchandisation de leurs ressources partagées – de la terre et de l’eau aux connaissances et espaces urbains – et réaffirmer une plus grande maîtrise participative sur ces ressources et la vie communautaire. Ils souhaitent rendre certaines ressources inaliénables, les protéger de la vente sur le marché et les conserver pour les générations futures. Ce projet – qui vise à inverser les enclosures du marché et à réinventer les communs – cherche à réaliser ce que la régulation de l’État a généralement échoué à faire : un contrôle social efficace du comportement d’un marché abusif et non durable. (…)

Dans la pratique, un commun ne consiste pas seulement en une ressource, mais aussi en une communauté qui gère une ressource en élaborant ses propres règles, traditions, et valeurs. (…)

L’échec singulier de la gauche a été son incapacité à proposer des solutions de rechange fonctionnelles à échelle humaine qui peuvent favoriser activement l’initiative des citoyens, la participation et l’innovation : la « démocratie forte » qui a un sens et un impact au quotidien. [lien à faire avec Lars Hulgard – réconciliation de la réciprocité et de la redistribution – in  L’avenir de la social-démocratie, publié dans Les gauches du XXIe siècle]

Le texte de Bollier, dans sa version anglaise, est diffusé avec plusieurs autres textes d’auteurs différents sur le site The next system project. Les titres publiés (en mars, avril et août 2016) dans les trois premiers volumes de la « New Systems Series » :

 

Autre texte récent de Bollier : Transnational Republics of Commoning: Reinventing Governance Through Emergent Networking (pdf)

Aussi de Bollier : Think Like a Commonerbollier

Aussi, sur la gouvernance en réseau, l’émergence de nouvelles formes d’économies collaboratives et de gestion des communs : P2P Foundation et Commons Transition, par Michel Bauwens.

 

milliers de projets, quelques principes

Le pouvoir qu’une collectivité a de punir ceux qui profitent de la richesse partagée sans y contribuer à hauteur de ce qu’ils en tirent constitue un vecteur d’équité et de mobilisation

Après l’ACFAS du mois de mai, où plus de 3000 conférenciers sont venus à Montréal présenter leurs projets, théories et résultats, le Forum social mondial réunissait en août quelques milliers de participants autour de centaines d’ateliers, de conférences et discussions définissant de mille façons différentes et plus ou moins convergentes des alternatives au développement extractiviste, capitaliste, court-termiste. Et voici que s’ouvre aujourd’hui le Forum mondial en économie sociale où sont présentées des expériences d’ici et d’ailleurs faisant la preuve qu’il est possible de produire autrement qu’en visant simplement le meilleur prix-profit, en mariant objectifs sociaux et économiques.

Un tel foisonnement de projets, d’idées, de pratiques sociales innovantes a de quoi donner le tournis. Tous ces mouvements pourront-ils un jour converger pour faire pencher la balance ? Naturellement, « ces mouvements » n’ont pas tous la même conception de leur place, la même vision de l’avenir… Certains se préoccupent (c’est le thème du FMES) de leur articulation avec les gouvernements municipaux – qui sont eux-même à se redéfinir en tant que « gouvernements de proximité ». Alors que d’autres se tiendront le plus loin possible de toute forme de gouvernement.

Lorsqu’on posait la question aux porte-paroles d’un projet de développement local en Inde, The Timbaktu collective, qui a réussi après vingt-cinq ans d’intervention et d’accompagnement à sortir de la pauvreté et redonner espoir à quelque 20 000 familles : mais comment porter à plus grande échelle de tels objectifs ? Comment passer de quelques milliers à quelques centaines de millions dans un pays comme l’Inde ? La réponse n’est pas simple : on ne peut faire porter sur les plus fragiles et pauvres la responsabilité supplémentaire de changer le monde ! Sûr que ces projets de développement local, d’économie sociale et de lutte à la pauvreté et l’exclusion font partie de la solution. Ce sont même des démonstrations vivantes de la possibilité de faire autrement, de la faisabilité d’une autre économie. Ce sont aussi des écoles et des laboratoires de l’action collective vers un développement durable…

powerofdoingCertains font de l’addition de ces projets locaux une stratégie, une philosophie d’action, comme le professe Rob Hopkins, fondateur de Transition Network dans son The Power of Just Doing Stuff : How local action can change the world ou encore les auteurs et interlocuteurs du film Demain. Mais il faudra bien un jour, et demain plutôt qu’après demain, fédérerlivre1-Demain ces mouvements et expériences, aussi jalouses soient-elles de leur autonomie, si l’on veut faire changer de cap au paquebot de l’extra
ctivisme forcené de nos sociétés industrielles. Faut-il attendre un mouvement politique unificateur, qui saura articuler le local, le régional, le national et l’international en même temps que négocier l’équité entre les genres, les générations, les classes ?

Ceux qui se sont frottés à l’action politique savent d’expérience à quel point il est facile de tomber dans le sectarisme, les guerres de clocher et excommunications entre alliés potentiels… À chaque étape, étage d’unification doivent être résolus les différends dans l’interprétation des augures, la définition des possibles et la mise bas du réel. Que l’enjeu soit local et très proche des acteurs engagés ou global et propice à toutes les idéations, il y aura toujours des opinions et stratégies divergentes. Il faudra apprendre la délibération sans qu’elle paralyse l’action. Il faudra dégager des principes partagés, communs et s’entendre sur des cibles à court-moyen terme. Et cela en laissant aux collectivités, mouvements et réseaux la marge de manoeuvre qui leur est essentielle.

Est-ce à dire que tout le monde il est gentil et que nous devrons attendre que le dernier et le plus irréductible des climatosceptiques soit convaincu avant d’agir ? Non. Certainement pas. La dénonciation de l’ignorance inacceptable, de l’inconscience et du refus de changer des riches peut devenir un levier d’unification des forces… Je n’ose dire « forces du progrès », tellement ce terme a servi de paravent au développement sans vergogne, à court terme et aveugle. Les forces humanistes ? Celles promouvant la transition ? Peu importe l’étiquette, le branding, l’unification des forces peut se faire autant par l’accord sur des principes et sur un programme que par la dénonciation des délits, des défaillances et des dévoiements.

C’est une des leçons, un des 7 ou 8 principes qu’Elinor Ostrom tirait tant des expériences réalisées en laboratoire que de celles recensées sur le terrain pour définir les contours d’une action collective résiliente, apte à traverser le temps et les épreuves1. Le pouvoir qu’une collectivité a de critiquer, de punir ceux qui profitent de la richesse partagée sans y contribuer à hauteur de ce qu’ils en tirent constitue un vecteur d’équité, de maintien de l’engagement des personnes dans l’intérêt commun et de mobilisation de nouvelles personnes dans l’action collective.

  1. Collective Action and the Evolution of Social Norms, Elinor Ostrom, 2000. Voir aussi The Calculus of Commitment: The Ostroms, The Workshop and The Commons, par Charlotte Hess, 2010  (retour)

des théories pour nos pratiques

Deux écrits rassemblant des dizaines d’auteurs, du Nord comme du Sud, et une conférence de lancement à Montréal.

La facilité avec laquelle les gouvernements (conservateur ou libéraux) ont pu défaire récemment des forums, espaces de concertation, de réflexion et d’action collectives est liée à la dépendance de ces mêmes espaces à l’endroit du soutien public.

Un soutien qui peut d’autant mieux se détourner et changer de cap que les gouvernements que nous avons s’appuient sur des portions de plus en plus congrues de la population. On peut aujourd’hui former un gouvernement « majoritaire » avec moins de 40% d’appui électoral.

Qui sommes « nous » ? Ce nous dans Nous.blogue ? Je me suis demandé en préparant ce billet…

Nous sommes moins des porte-paroles que des accompagnateurs, des animateurs, des professeurs… Témoins et facilitateurs de processus collectifs qui mettent ensemble des acteurs et agents de différentes origines, des agents qui sentent le besoin de tisser une toile commune définissant des communautés d’appartenance ou d’intention. Définir ensemble des projets porteurs d’espoirs et d’avenir.

S’il faut se distinguer pour se définir, c’est peut-être autour des concepts de société civile et d’espaces publics que nous pouvons le mieux circonscrire ce que nous sommes, ce à quoi nous tenons.

La mise en échec, la déconstruction des espaces et organisations démocratiques et sociales qui se consacraient à des objectifs de santé, de développement social concerté – ce recul de la place accordée aux acteurs et réseaux de la société civile mobilisant citoyens et volontaires, au profit d’une société plus centralisée autour d’une alliance politico-technocratique – ce reflux pourrait être l’occasion d’une alliance renouvelée de forces professionnelles conscientes de la toxicité de tels mouvements avec des forces citoyennes, civiques et communautaires pour formuler la prochaine mouture de politiques publiques favorables à la santé et au développement social.

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Dans un solide recueil de textes de différents collaborateurs autour du thème « Associations et Action publique [1] », sous la direction de Jean-Louis Laville et Anne Salmon, plusieurs auteurs d’ici nous proposent des retours historiques riches de souvenirs et d’enseignements. Benoît Lévesque y va d’un historique des politiques entourant la garde d’enfants retraçant le long processus d’institutionnalisation s’étalant sur plus de quatre décennies. Yves Vaillancourt examine pour sa part les évolutions de six politiques publiques co-construites qui mettent en lumière les conditions favorisant l’établissement de politiques résilientes, capables de résister au changement des gouvernements. Les exemples tirés de la France, du Maroc, d’Espagne, de Tunisie, de l’Équateur et de Bolivie permettent une compréhension renouvelée des relations entre le monde associatif et des politiques publiques différenciées selon les États et les conjonctures.

Les textes introductifs et de conclusion par Laville et Salmon nous permettent une compréhension des principes fondant les politiques néolibérales actuelles, notamment en résumant les positions encore influentes de Hayek. Habermas, Ostrom, Polanyi, Dewey (entre autres) éclairent les enjeux confrontant les associations dans le monde d’aujourd’hui.

Il ne suffira pas de défendre et faire valoir la place des associations et de la société civile pour « changer le monde ». Il faudra encore que les secteurs « marché » et « État » soient aussi intégrés dans un éventuel « plan de Transition ». Et pour cela il faudra que les différentes « gauches » trouvent à s’entendre pour pouvoir, enfin, faire contrepoids à une droite devenue quasi hégémonique depuis trois décennies.

Le même Jean-Louis Laville vient aussi de publier (2016), aux éditions Le bord de l’eau, « Les gauches du XXIe siècle. Un dialogue Nord-Sud ». Ce sont 28 auteurs en provenance de 4 continents qui posent les perspectives des gauches à venir : réinvention de l’État, redéfinition de la solidarité, rénovation de la social-démocratie, socialisme du XXIe siècle, bien vivre…

Incidemment l’auteur (Laville) sera à Montréal à l’occasion du congrès de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF). Un séminaire où il présentera cette dernière publication. Il semble que les places sont déjà toutes prises… Je me ferai un plaisir de vous en reparler !

Bon été, bonnes lectures, bons débats !

[1] Publié en 2015 aux Éditions Desclée de Brouwer, 630 pages.

biais de confirmation de préjugé…

Tellement plus simple (simpliste) de ne montrer que les données d’un quartier « difficile », sans point de comparaison. Veut-on faire peur ou informer ?

La carte qui suit illustre les entrées par effraction dans la région de Montréal réalisée par Radio-Canada (avec des données policières). Cependant l’article publié sur le site d’ici.radio-canada utilise seulement les données du quartier Hochelaga-Maisonneuve, sans donner de point de comparaison avec les autres quartiers… Ça fait plus « punch » et consolide la réputation de quartier dur… Alors que si on regarde la situation globale, les différences sont plus subtiles…

La différence entre Radio-Canada et le Journal de Montréal s’estompe. Si le diffuseur public ne s’impose plus de faire plus d’éducation que les autres… comment justifier le soutien qu’il reçoit de l’Etat !

effractions
Carte des entrées avec effraction, Montréal. Cliquer pour carte interactive

politique et société

Quelques réflexions à la veille du colloque #ACFASC409 qui s’ouvre demain, vendredi, sur le thème – Austérité ou virage de l’État? Réseaux locaux d’action collective face aux transformations institutionnelles (voir lien à la fin du billet)

Nous avons 25 ans pour réaliser une radicale transition écologique et économique, répétait Benoît Lévesque à sa conférence d’ouverture du colloque qui se tenait hier dans le cadre du 84e congrès de l’ACFAS sur les transferts de connaissance (#ACFASC30 @ACFAS2016). Une transition qui se fera avec ou sans nous, sur laquelle nous aurons, ou pas, du contrôle.

On peut certainement ajouter que cette Transition se devra aussi d’être politique, et culturelle. Sûr qu’on ne peut tout faire en même temps (comme disait encore Benoît), et que nous devrons travailler avec les forces, les ressources en place. Mais comme ces ressources ont été chambardées récemment, autant profiter de l’occasion pour se doter de nouvelles structures en fonction des nouveaux défis.

C’est peut-être mettre beaucoup de pression sur les fameux « gouvernements de proximité ». Mais a-t-on vraiment le choix ? Nous avons 25 ans pour penser, planifier, réaliser et déployer une transformation de nos modes de production-consommation et passer d’un paradigme extractiviste à court terme à une gestion à long terme basée sur l’entretien des capacités de renouvellement de la planète.

Évidemment ces gouvernements de proximité ne porteront pas seuls le poids et les choix des transformations structurelles de nos sociétés. Mais parce qu’ils viennent remplacer, réinventer les liens entre société civile et politique, entre le développement économique et le vivre ensemble, la création de ces nouveaux espaces publics ouvre la possibilité d’une réflexion et d’une mobilisation profondes.

Certains espaces publics régionaux (CRÉ, CLD, forum jeunesse) ont été dissous alors que d’autres sont maintenus ou développés (CI-U-SSS, CAR). Certaines institutions locales (CLSC, CDC) ont été fusionnées-démentelées et ont perdu des capacités d’ancrage et de mobilisation des communautés. Le report sur les MRC, avec la moitié des ressources à la clé, de mandats auparavant discutés régionalement risque d’avoir un effet centralisateur assujettissant les programmes et actions à des cadres plus directifs et étroits en provenance des ministères. À moins que les acteurs des sociétés civile, politique et économique ne s’organisent pour réfléchir, influencer les décideurs locaux, et appuyer le maintien d’une autonomie, d’une capacité locale instituante. Une capacité locale qui se manifestera peut-être d’abord par sa compétence à se concerter régionalement, nationalement.

Parmi les questions de recherche ouvertes par les transformations en cours, la relation entre les professionnels chargés de porter, administrer les programmes publics et les élus responsables devrait être étudiée. À quelles conditions cette relation permettra-t-elle de maintenir une souplesse garante de la qualité de l’intervention publique ? Comment des élus « à temps partiel », dans les petites et moyennes municipalités, apprendront-tils à transiger avec des ressources professionnelles encadrées par des programmes venus d’en haut pas toujours adaptés ?

Le rôle que les organisateurs de CLSC ont pu jouer, alors que les ressources telles les CLD, CDEC, CDC et autres projets d’économie sociale n’existaient pas encore, marqué par l’expérimentation, l’innovation et la contestation des programmes publics inadéquats ou inexistants, ce rôle était sans doute facilité par l’autonomie très grande et la légitimité politique acquise à leur institution de rattachement (CLSC) par l’électivité d’un conseil d’administration où les citoyens occupaient une grande place. Alors que ces institutions locales ont été par deux fois amalgamées au cours des 10 dernières années, elles ont perdu cette qualité d’autonomie et d’espace public local. Mais les professionnels du développement des communautés n’avaient pas pour mandat de défendre une structure institutionnelle particulière. Les structures institutionnelles ont été changées mais les communautés restent. Il faut continuer de travailler, dans un nouveau contexte, à outiller et soutenir les leaders locaux, de la société civile ou politique, mais aussi – Transition oblige – de la société économique.1

Les pôles régionaux d’économie sociale de même que certains centres de recherche ou de transfert de savoirs collaboratifs (CRISES, ARIMA, CACIS, CCROC, TIESS… mais aussi quelques CCTT, ces centre de transfert collégiaux découverts à l’ACFAS ) seront peut-être à même de stimuler, orienter les instances publiques résiduelles. Il faudra aussi compter sur ce que Bourque et Lachapelle ont appelé les ICDC2, des infrastructures communautaires de développement des communautés. La partie « milieu » ne peut être limitée, circonscrite au seul pôle d’économie sociale. Il faudra à ces ICDC un soutien audacieux de la part des fondations philanthropiques, dans l’esprit de ce que proposait Anne Kubisch dans 20 ans d’initiatives de revitalisation au sein de 48 collectivités : « Les fondations sont susceptibles de fournir le financement le plus souple pour les activités liées au développement des capacités d’agir du milieu, tandis que le financement public est susceptible de se limiter à des activités sectorielles. » (p. 96)

Aussi extraits de ce texte, traduit et mis à disposition par Dynamo (ici le pdf complet).

La fonction de bâtir et d’entretenir les liens entre les acteurs locaux et entre la collectivité et les acteurs externes, notamment les entreprises et les organismes publics, doit être mise en évidence et rehaussée comme composante clé de l’action locale. […]

L’action locale ne peut pas à elle seule stimuler les réformes systémiques qui permettent aux résidents de quartiers à faible revenu d’avoir accès à des structures susceptibles d’améliorer leurs conditions de vie. Le domaine doit se doter des moyens de travailler à ces deux niveaux, soit à l’interne et à l’externe. […]

[L]es stratégies visant des réformes politiques plus vastes qui sont axées sur l’affectation des ressources et la réforme des structures qui reproduisent l’iniquité aux États-Unis doivent être activées à une échelle supérieure au palier local.


Ont nourri ma réflexion ces derniers temps :

Ici le programme détaillé du colloque Austérité ou virage de l’État? Réseaux locaux d’action collective face aux transformations institutionnelles.

  1. Le concept de société civile incluait à l’origine les acteurs du monde économique mais la puissance acquise par ces derniers ou plutôt la puissances des structures et réseaux dans lesquels ils doivent s’insérer ont amené la société civile à se déployer avec un appui du politique plutôt que de l’économique.  (retour)
  2. Dans L’organisation communautaire en CSSS, 2010  (retour)

la part du logement social et communautaire

En conclusion des deux billets précédents qui relataient deux jours passés au colloque du RQOH – ACHRU. Le contexte risque de changer radicalement pour la myriade de petites organisations du secteur.

Des perspectives de développement pour le logement social, communautaire et coopératif s’ouvrent avec les investissements annoncés par le gouvernement fédéral dans son dernier budget (voir billet précédent).

Par ailleurs le gouvernement provincial, de son côté, nous informe qu’il entend forcer la fusion des petits Offices municipaux d’habitation, au nombre de 500 actuellement. Ce qui risque d’ébranler un réseau de partenaires essentiels à la cause du logement social et communautaire. Il faut travailler à ce que cette consolidation à marche forcée du secteur de l’habitation sociale municipale n’amène pas l’enfermement sur soi d’une structure plus grosse, plus puissante, mais soumise (et apte à soumettre les autres) à des contrôles bureaucratiques.

Il ne faut sans doute pas idéaliser les relations de collaboration qui peuvent exister entre les Offices municipaux d’habitations et les OBNL et coopératives. Ces réseaux sont aussi des compétiteurs dans la soumission de projets aux programmes de construction ou développement de services (Accès-logis, Services communautaires…).

Le ministre Coiteux, responsable de la SHQ dans le gouvernement libéral de M. Couillard, promet aussi de poursuivre ou maintenir le programme Accès-logis alors que certains redoutaient de le voir disparaitre. Mais maintenir un programme en théorie et s’assurer que les conditions sont réunies pour son application sont deux choses distinctes en politique aujourd’hui. Du même souffle le ministre laissait entendre que les réseaux d’acteurs ne sont pas capables de livrer autant de projets que voulus, acceptés en théorie. Mais, rétorquent les acteurs communautaires, on nous impose de construire en fonction des coûts de 2009…

Mixité sociale, mixité du financement, non ségrégation

La mixité sociale a toujours soulevé des questions. Certains n’y voyant qu’une autre façon de nommer la gentrification. D’autres, dont je suis, y voyant plutôt une façon de construire des communautés plus solides et riches de leur diversité. On m’a laissé entendre (je ne sais plus si « on » parlait de la Ville-OMHM ou de la SHQ) que les principes de mixité sociale ne seraient plus appliqués au niveau d’un projet, mais plutôt au niveau d’un quartier. A-t-on fait un bilan sérieux des projets visant des clientèles mixtes ? A-t-on pu distinguer les effets d’échelle, de grosseur des projets des effets dus à la mixité ? Et si on identifiait les effets du mode de financement sur les relations « mixtes » entre locataires subventionnés et non-subventionnés ? Ne pourrait-on imaginer des modes de financement qui seraient moins générateurs de frictions et qui permettraient de mieux tirer partie des contributions volontaires et de l’engagement des acteurs dans les projets mixtes ? Qui dit non-mixité dit ségrégation, stigmatisation, ghetto, même s’ils sont petits… On devrait sérieusement étudier les conditions de réussite de projets mixtes, en terme de grosseur, de proportion de logements subventionnés dans l’ensemble… et expérimenter des modes plus gradués de financement plutôt que l’actuel mode où les plafonds de revenus admissibles sont si bas que les loyers (fixés à 25% de ces revenus) semblent ridicules comparés au voisin qui doit, lui, payer « le prix du marché » pour un logement semblable. Un prix du marché qui, étant calculé sur une base régionale rend l’offre de logement non subventionné encore moins accessible aux habitants des quartiers populaires pour des logements construits dans leur voisinage.

Nous ne manquons pas de moyens pour réaliser de telles études. La SHQ ou la SCHL pourraient le faire, si leurs services de recherche n’avaient pas été charcutés ou paralysés par des coupures profondes et réorganisations multiples ces dernières années. Mais je ne suis pas sûr que la SHQ soit en mesure d’évaluer de tels processus sociaux complexes. Ce sont les porteurs de projets et accompagnateurs (OBNL, coops, GRT et municipalités) qui devront initier de telles évaluations, soutenus par les ressources institutionnelles du logement (SHQ et SCHL) et de la recherche sociale (CRISES, CCROC, TIESS, Santé publique). 1

Un autre réseau d’acteurs se montre utile et risque de le devenir encore plus : l’économie sociale. La Caisse solidaire Desjardins s’est développée une expertise dans l’accompagnement de projets en fin de convention… D’autres acteurs du réseau de la finance solidaire (les Fonds de travailleurs, du mouvement coopératif, du Chantier de l’économie sociale, de certaines fondations), participent de diverses façons aux montages financiers qui permettent de faire des projets de logement sociaux et communautaires des leviers de développement pour des communautés plus solides. Ce sont des alliés dans un monde, celui de la finance, avec qui les projets collectifs de logement ont toujours eu à négocier.

La question du financement à long terme du logement social et communautaire est posée avec acuité par l’échéance de 2 ans établie par le gouvernement fédéral pour en arriver à une « Stratégie nationale du logement ». Pour arriver à faire valoir et insérer dans la Stratégie un certain nombre de principes et d’idées il serait peut-être utile que les acteurs du domaine travaillent de concert, en mettant en commun certaines ressources afin de faire vite et mieux, sans dédoublement des efforts.

Il était symptomatique que le directeur du RQOH avoue ne pas avoir eu les moyens d’embaucher un économiste pour approfondir ou valider certaines dimensions de la « proposition audacieuse » de financement Permaloge avancée par l’organisme. On peut se demander, au sortir du congrès de l’ACHRU à Montréal la semaine dernière, si une association québécoise unique regroupant OMH, OBNL et coopératives ne serait pas mieux outillée pour défendre et promouvoir le logement social et communautaire ? Mais la prochaine période sera intense non seulement des débats entourant la formulation d’une stratégie fédérale en matière de logement mais aussi par les nombreux projets concrets de rénovation et construction qui seront déployés rapidement après des décennies de retrait fédéral. Le temps semble mal choisi pour parler de réorganisations… Pourtant, le réseau des OMH n’y échappera pas, qu’il le veuille ou non. Et puis, il n’y a jamais de « bon moment » pour ces décisions… À moins qu’on utilise la prochaine période d’intenses interactions pour mettre en place des structures temporaires qui serviront à l’atteinte d’objectifs limités et stratégiques, mais pourraient aussi permettre d’évaluer les conditions de réussite et limites d’un travail mieux coordonné, plus intégré des différents réseaux partenaires du logement social et communautaire.

Question d’échelle ?

Les petits projets (OBNL et coopératives) sont-ils condamnés à se fusionner pour survivre ? Est-ce que la petitesse, l’humilité des projets collectifs explique vraiment les difficultés et les peu d’inclinaison de ces formes de propriété à se projeter correctement dans l’avenir — en préservant leurs immeubles par des investissements et un entretien préventif ? Il faudrait en parler aux commissions scolaires, aux responsables municipaux et provinciaux qui n’ont pas tous entretenu de manière optimale leurs actifs immobiliers… préoccupés qu’ils étaient de réduire leurs coûts et budgets à court terme.

Si les efforts de rationalisation et de standardisation associés à la fusion des petites organisations indépendantes peuvent servir des objectifs de réduction des couts, la structure très centralisée peut s’avérer moins adaptée à des objectifs d’innovation et de mobilisation de ressources variées. Il faut préserver la « qualité réseau » de nos ressources et intervenants en reconnaissant la part d’autonomie que les branches locales-régionales de ces plus grandes organisations doivent maintenir pour être à l’écoute des milieux et participer aux innovations qui répondront aux besoins de demain.

Rapprocher les réseaux d’OBNL, de coopératives et de l’économie sociale ça ne se fera pas qu’au niveau national. Dans chaque quartier, chaque MRC les organisations des divers réseaux auront avantage à « se parler », partager leurs analyses des besoins et potentiels des milieux. Car même si le logement social et communautaire ne représente que 5 % du stock de logement, en moyenne, il représente beaucoup plus en terme de levier de développement des quartiers et villages.

Investissements immobiliers communautaires ?

Un investissement immobilier dans des projets de logement communautaire ou social peut représenter un placement à retombées multiples (financières, environnementales, sociales) pour des épargnants des communautés, pour des locataires qui n’ont pas les moyens ou le désir de devenir propriétaires mais qui pourraient profiter d’un tel véhicule d’épargne dans « la pierre ». La moitié de l’épargne de la « classe moyenne » se trouve investie dans l’immobilier2, le plus souvent dans une propriété individuelle (condo, maison unifamiliale ou duplex).

Mais cet investissement dans la propriété individuelle de son logement est inégalement réparti entre les régions urbaines et les moins urbaines ; entre les quartiers d’une même ville ; entre les générations… Seulement 32 % des ménages vivant hors de la région de Montréal sont locataires, alors que c’est près du double (62%) des ménages qui sont locataires à Montréal. Il faut non seulement réinventer la ville en aménageant des pistes cyclables – mais aussi en favorisant les investissements à long terme visant plus de densité ; plus de transport collectifs et actifs ; une utilisation diversifiée des sols ; une participation accrue et responsable des citoyens.

J’ai plusieurs malaises ou questions à l’égard d’une proposition comme Permaloge, avancée par le RQOH.

  • Et si on parvenait à établir un revenu minimum garanti, cela n’affectera-t-il pas les besoins en logements sociaux ?
  • Pourquoi le gouvernement serait-il libéré, même après 15 ans, de sa responsabilité de financer du logement social ?

Il faut que la formule de financement du logement social permette une offre de logement compétitive, un secteur témoin, un aiguillon au flanc du secteur privé qui assure une qualité de logement à la frange moins « payante » tout en permettant que les projets de développement répondent aux besoins de tous, et non seulement de ceux capables de mobiliser du capital.

Imaginons un revenu garanti… Est-ce à dire que les OBNL en habitation n’auraient plus de raison d’être ? Les missions sociales, le soutien communautaire à certains groupes, l’ouverture et l’articulation des milieux de vie aux réseaux de la communauté, le retissage de liens sociaux comme la mobilisation des intérêts, de la volonté collective dans des projets visibles, durables dans les communautés resteront de bonnes raisons de mener des projets de logement communautaires.

Historiquement les ressources de logement social et communautaire se sont développées en réponse aux grands projets de réaménagement urbain des années ‘60-’70 (autoroutes, grands projets institutionnels) ou en réponse plus récente aux problèmes sociaux (désinstitutionalisation et santé mentale ; pauvreté et monoparentalité ; vieillissement démographique). Ces ressources représentent un capital d’expertise et une capacité d’initiatives qui peuvent certainement servir à relever les prochains défis : ceux d’une urbanité plus dense, active, écologique ; ceux d’une occupation du territoire durable ; ceux d’une nouvelle économie plus solidaire, favorisant le développement des ressources humaines et matérielles d’ici dans des projets à long terme structurants pour les communautés locales et régionales.

  1. D’autres questions que la mixité sociale mériteraient certainement d’être étudiées ou réétudiées  (retour)
  2. Piketty, Le capital au XXIe siècle  (retour)