placements à impact social

Des placements à impact peuvent-ils être « prudents » ? Réflexion libre et ancrée. Publication du CRISES et événements en février.

Durant cette période à chaque année, les banques, caisses, fonds divers se bousculent à l’écran pour nous rappeler qu’il faut placer notre argent en escomptant les meilleurs rendements, pour nos vieux jours ou nos petits enfants… Des rendements qui se mesureront : ferez-vous du 3%, du 8 % ou bien du 0,85% ? Mais les effets d’un placement peuvent se mesurer autrement qu’en termes simples de dollars et cents : impact social, placements éthiques ou responsables.

Un aspect intéressant de la conjoncture actuelle où les retours sur les épargnes des petits épargnants sont tellement modeste qu’ils en deviennent microscopiques : le placement éthique n’est pas « coûteux », il peut rapporter autant que le placement « prudent », tout en ayant des impacts non financiers hautement désirables.

Pédagogique comme toujours, Gérald Fillion invitait récemment Brenda Plant, du groupe Éthiquette, pour nous expliquer la différence entre investissement responsable, placement éthique ou à impact social. Effectivement, ce site est bien fait, et se veut neutre à l’égard des différents produits financiers sur le marché. Pour ma part j’ai découvert cette ressource par le biais de la Caisse d’économie solidaire de Desjardins.

À titre d’épargnant mais aussi à titre d’administrateur d’OBNL, j’ai été agréablement surpris de découvrir l’existence de l’obligation communautaire. Une obligation émise par une OBNL, donnant lieu à un intérêt, qu’on imagine corrélatif au risque. Imaginez, dans le domaine du logement, une obligation communautaire permettant à une OBNL d’acquérir, de rénover de nouveaux logements.

Naturellement si cette OBNL en habitation, grâce de telles obligations, ne faisait que se poser en compétiteur de l’investissement privé… comment pourrait-elle poursuivre ses buts non-lucratifs de logement abordable et de qualité pour ménages à faible revenus ? L’obligation communautaire ne peut remplacer l’intervention publique dans le domaine du logement. Une intervention qui est depuis quelques années mise à mal, comme en témoigne le dernier Cahier du CRISES : AccèsLogis Québec (1997-2015) : les hauts et les bas de la co-construction d’une politique publique (PDF), par Yves Vaillancourt, Marie-Noëlle Ducharme, François Aubry et Stéphane Grenier. Réduction drastique du nombre de logements construits, bris de contrat  avec le Fonds québécois d’habitation communautaire (FQHC)…

Est-ce que les projets d’investissement dans les infrastructures du gouvernement fédéral pourraient annoncer un « retour » du fédéral dans le domaine du logement social ? C’est une question que pose les auteurs de l’étude en fin de parcours historique. Mais quelle que soit la réponse à cette question, l’obligation communautaire m’apparait non seulement comme un levier financier mais aussi une manière d’enraciner l’organisation dans sa communauté, de stimuler l’attachement et la responsabilité des membres de la communauté à l’égard de leur milieu de vie.

Deux évènements aborderont prochainement des questions similaires.

Tout d’abord le Symposium Économie sociale et finance solidaire, qui soulignera simultanément plusieurs anniversaires : le 50e anniversaire du CIRIEC-Canada, le 45e anniversaire de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, le 30e anniversaire du CRISES et le 20e anniversaire de Fondation. Le programme de la journée du 4 février s’ouvre avec des conférences de Benoit Lévesque et Gérald Larose. Malheureusement pour moi je ne pourrai participer à cette matinée, étant engagé à l’autre bout de la ville pour une réunion dont je ne peux être dispensé. Mais je me précipiterai peut-être pour la seconde moitié de l’évènement sur le thème de l’émergence de nouvelles entreprises sociales. du capital patient et de la finance solidaire. Si quelqu’un pouvait m’enregistrer les conférences de Lévesque et Larose… j’aimerais bien !

La seconde activité d’intérêt se tiendra une semaine plus tard, le 11 février, au Chantier de l’économie sociale (rue Fullum à Montréal) sur le thème : Une journée pour plus d’impact social ! Journée de partage et discussions visant à « maximiser l’impact social de nos organisations ». On veut briser les silos et stimuler la créativité dans les échanges.

Vous remarquerez que ces deux activités sont gratuites. Je remarque pour ma part que ces deux événements ont utilisé la plateforme Eventbrite pour gérer l’inscription à leurs activités, une plateforme qui m’a permis de les inscrire directement à mon agenda Google (plusieurs autres agendas possibles). Il était temps !!

convergence et bifurcation

J’ai terminé, deux fois plutôt qu’une, la lecture de La grande bifurcation qui porte en sous-titre En finir avec le néolibéralisme. Rien de moins, en 188 petites pages !

Extraits de la présentation par l’éditeur : [U]ne enquête sur la dynamique historique du capitalisme depuis un siècle. (…) [U]ne structure de classes non pas bipolaire mais tripolaire – comprenant capitalistes, cadres et classes populaires -, qui fut tout au long du siècle dernier le terrain de différentes coalitions politiques. 

Une analyse de classe qui me ramenait aux années ’70, avec Poulantzas et Althusser. Une description concrète des mouvements et intérêts du capital financier international, dominé par les Finances anglo-saxonnes; des coalitions et compromis politiques et sociaux qui ont marqué l’évolution depuis la guerre, particulièrement en Europe où les nations ont évolué différemment sur l’échiquier continental et international tout en construisant l’espace institutionnel politique et économique européen.

Les auteurs, Gérard Duménil et Dominique Lévy, promeuvent une nouvelle alliance, à gauche, pour remplacer la néo-libérale (propriétaires-financiers et gestionnaires) qui a dominé les dernières décennies. À l’évidence on ne pourra se passer de gestionnaires, pour administrer une société industrielle complexe même si on trouvait moyen de la simplifier, de la ralentir. Pour créer cette alliance de gauche (des gauches faudrait-il parler : la gauche économique et sociale [syndicats, mutuelles], la gauche écologiste et la gauche « transformatrice immédiate » [économie solidaire, finance solidaire, développement local]), il faudra briser la domination des finances sur la gestion. Mettre des freins aux transferts de capitaux, aux ventes forcées d’entreprises encore rentables, à la spéculation et même à la sacro-sainte libre circulation des biens et services… ça risque de faire fuir les capitaux… mais cela rendrait les entreprises ainsi dévaluées plus facile à racheter, par des coalitions nationales et régionales de gauche !

On ne peut pas attendre la création d’un parti, ou de partis nationaux… pas plus qu’il ne semble pour le moment possible de créer une gouvernance démocratique mondiale. Mais les coalitions qu’il s’agit de créer, d’impulser ne sont pas tactiques ou à court terme. Elles devront viser des enjeux et des objets qui dépassent, justement, l’électoralisme de courte vue pour construire… des alliances au delà d’un horizon électoral. Des alliances qui devraient être portées par une mouvance, des mouvements d’éducation, de transformation, de conscience et d’engagement.

Mais comment éviter de créer des partis politiques ? Il ne s’agit pas d’éviter de créer de tels partis, mais bien de ne pas s’imaginer qu’un parti règlera, une fois pour toutes, les questions d’orientation et d’alliances. Créer un nouveau parti ou investir un de ceux qui sont en place et attendre de prendre le pouvoir pour réaliser le programme souhaité ? Ou identifier les réformes et actes législatifs et réglementaires à mettre en oeuvre, à la fois immédiatement et graduellement ? Des réformes et des actes qui devront transgresser les lignes de parti et les frontières nationales pour avoir quelque chance de relever les défis nombreux et profonds qui se posent. Non ?

Voir aussi :

Ajout (septembre 2014) : un manifeste dont je ne connaissais l’existence, en août dernier :