manipuler le cerveau, la mémoire

Une série de huit (8) articles sur le cerveau semble prometteuse, et en français s’il-vous-plait, sur le Webzine InternetActu ! Les deux premiers ont été publiés : 1. Hacker le cerveau ?; 2.Le plus complexe non-ordinateur du monde. Sur le même site, Hubert Guillaud dans un article intitulé Comment la ville nuit-elle à notre cerveau, cite d’entrée de jeu Jonah Lehrer, journaliste à  l’excellent magazine Seed, mais aussi au Boston Globe, qui écrivait lui-même il y a quelques jours un article au titre très proche : How the city hurts your brain. Quelques jours plus tard Lehrer publiait, toujours dans le Globe ces quelques tours illusionnistes, bien illustrés (Hack your brain : How to hallucinate with ping-pong balls and a radio).

Mais c’est surtout le livre récent du même auteur : Proust was a neuroscientist que je me promet de lire prochainement. Ayant terminé aujourd’hui La neuroéconomie, tout en poursuivant The overflowing brain, je devrais sans doute m’astreindre à résumer, ordonner toutes ces lectures… Une des choses que je retiens du livre de Sacha Gironde touche à cette question que je posais il y a quelques jours : y a-t-il une ou des « tendances naturelles » sur lesquelles une stratégie de sauvetage de la planète pourrait s’appuyer, au même titre que la tendance à l’accumulation et l’appropriation a pu servir au développement rapide et délétère des générations récentes ? Il semble y avoir des mécanismes neuronaux mesurables qui poussent les hommes à choisir l’égalité, le partage… ou encore d’autres qui montrent que les humains sont prêts à payer, même cher, pour punir celui qui a transgressé les normes collectives.

nouvelles diverses

One of the most worrying effects of this trend has been a boom in the prescription of antidepressant medication and quotes the worrying figures that « Roughly 10% of women and 4% of men in the United States take antidepressant medication at any time. By 2000, antidepressants were the best-selling prescription drugs of any type ». [An Epidemic of Depression]

The debate over whether depression is being over-diagnosed hit the pages of the British Medical Journal last year with the both pro and anti positions being argued with full force.

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A clinical trial showed the Pfizer pill, called Sutent, delays cancer progression for six months at an estimated treatment cost of $54,000. But at that price, Hardy’s life is not worth prolonging, according to the UK’s National Institute for Health and Clinical Excellence, which has decided that, except in rare cases, the government can only afford about $22,750 to save six months of a citizen’s life. [How Much Is A Life Worth? The Cost Of A Drug]

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Une lecture passionnante du moment : comment les liens sociaux sont affectés et soutenus par les mécanismes primaires, biochimiques du cerveau : Brain and Culture: Neurobiology, Ideology, and Social Change. Wexler shows how childhood learning affects brain development, arguing that it is not individual brain functions but systems that are developed in the brain which reflect our learning and our development. But once in place, it is more difficult to change brain patterns. Thus what is familar is better, and we tend to fear the unknown because it is not part of how our brains interpret the world. Wexler shows how these patterns affect everything from cultural wars to fears of immigrants to how we tend to prefer the familiar in everyday life. On the other dise of the coin he shows how parents can be affected by the learning of their children. Une fascinante petite plaquette de… Oups après vérification le bouquin fait quand même 253 pages avant références. Mais le format de poche, la minceur du papier et le souvenir d’un prix abordable (16$) expliquent sans doute cette impression de légèreté.

liens du lundi

Neuroanthropology : a collaborative weblog created to encourage exchanges among anthropology, philosophy, social theory, and the brain sciences. Parmi les billets d’intérêt : cerveau en 5 saveurs; après la géographie critique, les neurosciences critiques !

Géographie critique : une revue (ACME) et un recueil de textes en accès libre tous deux. Une présentation de ces initiatives critiques.

Social Reporter, un site animé par David Wilcox, l’auteur du site bien connu de Designing for Civil Society.

La démocratie participative, sous quelles conditions ? Une bonne introduction à ce livre de Loïc Blondiaux, sous-titré : Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative, 2008.

appartenance et "départenance"

Ça fait longtemps que je n’étais pas allé du côté du blog de Dave Pollard, How to save the world. Un billet de Stephen Downes, cet autre infatiguable blogueur canadien, m’a amené là: Love, Conversation, Community Vs Nobody But Yourself. Sa vision (mais c’est secondaire dans le propos de Pollard) d’une nature primitive qui se moque de ce que pensent les autres :

In a natural world, perhaps, no one would or should care what other people thought about their wild ideas, eccentricities, authentic and unique characteristics.

m’a rappelé qu’au contraire, du point de vue de l’évolution neurophysiologique, la capacité d’interpréter et de comprendre ce que voient et pensent les autres a été une étape importante dans la construction de Sapiens sapiens (voir Comment Homo est devenu sapiens).

Ce qui n’enlève rien à la pertinence de la question : comment appartenir, converser, aimer une communauté (une personne) tout en restant libre, authentique… Comment promouvoir le changement sans s’éloigner, se mettre à dos les autres… De l’amour inconditionnel ? La promotion du changement n’est-ce pas poser des conditions ?? Mais si le changement promu l’est par un renforcement positif il peut y avoir coincidence: acceptation inconditionnelle et respect de la liberté de l’autre… tout en suggérant, proposant, soutenant des avenues qui ne sont pas des conditions.

Dans la vraie vie, cependant, il y a une réalité qui n’est pas toujours « amour » mais bien parfois (souvent) contrainte, mort, douleur.

la conscience illustrée

lien vers Le cerveau à tous ses niveauxL’excellent site Le cerveau à tous ses niveaux vient de mettre en ligne son douzième panneau, l’émergence de la conscience. Après l’examen de dimensions telle l’évolution, le sommeil et les rêves, les mouvements du corps, la mémoire, la douleur, les émotions… il restait encore la conscience, la perception de soi, à présenter.

Et Bruno Dubuc, responsable de ce site à la fois dynamique, pédagogique, scientifique et ludique, relève le défi d’aborder un sujet très complexe de manière simple parce que graduée : structuré en trois niveaux de difficulté pour chacun des 5 niveaux d’organisation (moléculaire, cellulaire, cérébral, psychologique et social) comme il l’a fait pour les 11 autres panneaux, ce dernier élément de cette présentation magistrale semble à la hauteur de nos attentes…

Bravo et merci Bruno !

revues neuros de Sage

J’ai obtenu un accès gratuit pour quelques semaines à ces revues publiées par Sage:

Si vous voulez aussi un tel accès temporaire, je vous ferai parvenir les informations…

la mort moins effrayante qu'on pense… mais la pauvreté, elle ?

Are we happier facing death?: « Here’s one for the annals of counterintuitive findings: When asked to contemplate the occasion of their own demise, people become happier than usual, instead of sadder, according to a new study in the November 2007 issue of ‘Psychological Science’. » (Via CogNews.) Voir aussi l’article du Time.

Dans la même revue (PS), un article relate les conséquences biologiquement mesurables en stress permanent (niveau de cortisols) associées à la durée de la pauvreté durant l’enfance.

Psychological Science, Volume 18 Issue 11 Page 953-957, November 2007 (Article Abstract): « The greater the number of years spent living in poverty, the more elevated was overnight cortisol and the more dysregulated was the cardiovascular response (i.e., muted reactivity). « 

travail du cerveau

La physique quantique à la rescousse des neurologues déistes (ou dualistes ou métaphysiciens). Un  texte reprenant cette théorie développée (entre autres) par Schwartz et Stapp (avec la participation de Beauregard, de l’UdeM).

Comme il m’arrive parfois lorsque je ne suis pas sûr de vouloir lire un livre… je commençai celui de Schwartz et Begley (The Mind & The Brain, Neuroplasticity ans the Power of Mental Force) par le milieu. Mais je suis graduellement revenu aux chapitres précédents car les exemples de la capacité du cerveau de se redéployer physiquement étaient d’intérêt : Taub et ses patients victimes d’AVC (et sa constraint-induced therapy), Piacentini et ses malades de la Tourette, les dyslexiques de Merzenich… et les obsessifs-compulsifs de Schwartz ont tous en commun d’avoir démontré cette plasticité neuronale à l’âge adulte, une chose jugée impossible par la très grande majorité des spécialistes il y a seulement 15 ans.

C’est en arrivant aux derniers chapitres que le petit côté New Age du « mental force » dans le titre du bouquin prit toute sa force : la conscience est affirmée, Chalmers à l’appui, comme un élément aussi fondamental et essentiel que le temps, l’espace ou la masse !  La référence à la théorie quantique tente d’expliquer un mystère (la conscience, l’indétermination, la liberté d’action) par un autre mystère. Un bel exemple de matérialisme partiel, où l’on avance de solides arguments scientifiques pour décrire des phénomènes matériels (la plasticité du cerveau adulte) qui ont même des applications thérapeutiques concrètes… mais on ne peut s’empêcher de réintroduire le bon dieu par la porte de derrière.

Je reviendrai sur ces auteurs mi-scientifiques mi-new age. La courte présentation faite de plusieurs théories sous forme d’entrevues d’une vingtaine de sommités par Suzan Blackmore dans son Conversations on Consciousness est une belle manière de s’introduire rapidement aux diverses positions qui traversent ce champ complexe des sciences et philosophies de l’esprit et du cerveau. De ma tournée récente et relativement intense des derniers mois sur ces questions (ce qui explique en grande partie mon relatif silence des derniers temps sur ce carnet), j’ai été particulièrement impressionné par le Neurophilosophy at Work de Paul Churchland, et les travaux de Edelman (Biologie de la conscience), Ledoux (Synaptic Self), Dennett (Sweet Dreams), Kandel (À la recherche de la mémoire) et Imbert (Traité du cerveau).

J’ai bien tenté au cours des derniers jours de synthétiser d’une manière ou d’une autre les acquis de cette période de boulimie littéraire… mais ça n’a pas encore donné quelque chose de présentable. J’y travaille !

6 mois gratuits de Lancet Neurology

Une autre revue. Mais cette fois c’est pour six mois. Toujours gratuitement ! Il s’agit de la revue The Lancet Neurology. La revue soeur de la grande revue médicale The Lancet. Il suffit (à ce jour à tout le moins) de remplir un court formulaire pour obtenir 6 mois d’accès complet à la revue de neurologie.

P.S. Oups. C’est six mois à compter de mai dernier. Ça se termine en octobre !

le bonheur vu par Cyrulnik

Boris de son prénom, une entrevue de 15 minutes sur « la recette du bonheur ». Sur le site de Radio-Canada. C’est sur le blog de Mario que j’ai trouvé ça, référé par Affordance. Boris Cyrulnik est un auteur que je viens de découvrir, il y a quelques mois, après tout le monde semble-t-il ! Psychiatre, neurologue… et écrivain des mal-aimés, de la résilience et… du bonheur dans son dernier bouquin « De chair et d’âme« .

jeux de mains, jeux de… malin ?

Les orangs-outans utilisent des gestes qui ressemblent à des charades afin de bien se faire comprendre par leurs pairs: « Les orangs-outans utilisent des gestes qui ressemblent à des charades afin de bien se faire comprendre par leurs pairs, ont observé des chercheurs anglais. »[via les fils RSS de Radio-Can]

Faire des gestes des mains favorise notablement l’apprentissage en mathématique.

Hand gestures dramatically improve learning:  »

Kids asked to physically gesture at math problems are nearly three times more likely than non-gesturers to remember what they’ve learned. In today’s issue of the journal Cognition, a University of Rochester scientist suggests it’s possible to help children learn difficult concepts by providing gestures as an additional and potent avenue for taking in information.

D’une façon plus générale il me semble que l’utilisation de son corps, l’inscription de celui-ci dans l’espace sont des choses qui favorisent l’apprentissage, la retention des souvenirs. La proprioception (perception de son corps), la perception géographique de son environnement, deux dimensions de la conscience qui, s’ajoutant au discours, souvent désincarné de la leçon à apprendre, rendent celle-ci non seulement plus vivante mais, mobilisant des réseaux neuronaux différents et plus nombreux, augmente de-facto la potentialisation à long terme : la mémoire. Enfin, me semble !

un nouveau verbe : zoomifier…

Un utilitaire de Photoshop… permetant de créer une version d’une photo en haute définition qui soit relativement rapidement « zoomable ». L’image ci-contre conduit à une vue de Montréal, à partir de la montagne.

sourcisSi vous avez le coeur bien accroché… vous pouvez aussi zoomer sur mon oeil !

Vous noterez qu’en utilisant la glissière au bas du cadre, ou simplement en cliquant dans la photo, il y a un effet de zoom… avec la mise au point graduelle de l’image (il faut parfois attendre quelque secondes que la ise au point se fasse). C’est assez bien fait. Le truc consiste en la transformation d’une grande image en plusieurs petites… Pour celle de Montréal, il y en a 129 ! Mais plus il y a d’images, moins c’est long à télécharger la partie désirée.

J’ai finalement changé les deux images de mon visage que j’avais prises hier soir, pour des images prises à la lumière du jour. Non pas que cela m’avantage vraiment (je ne croyais pas avoir autant de rides !) mais les reflets, sur le globe oculaire, de l’arbre devant ma fenêtre… cool !

P.S. Saviez-vous que la quantité de blanc visible autour de l’iris est perçue de manière inconsciente par le cerveau comme un signe de danger ! Je ne me souviens plus si c’est dans Joseph Ledoux ou Christof Koch que j’ai lu ça récemment. À voir l’effet produit par ces gros plans sur un oeil un peu trop ouvert, on peut le croire !

darwinisme neuronal

Telle est le nom donné par Gerald Edelman à sa théorie du fonctionnement du cerveau. J’ai tenté d’expliquer rapidement à quelqu’un ce que j’en comprenais… et j’ai finalement compris (enfin, un petit bout). C’est drôle comment de redire quelque chose dans ses mots, d’enseigner est la seule façon d’apprendre !

Le cerveau ne peut savoir d’avance à quoi serviront les souvenirs qu’il enregistre… le sens même de l’expérience qu’il engrange pourra être interprété sous différents angles, en fonction des savoirs à venir. Un peu comme les mécanismes de l’évolution s’expriment (entre autre) par la variance des différents individus d’une espèce, permettant ainsi de tenir compte de l’imprévisibilité de l’environnement qui confrontera ces individus et de donner à quelques uns la chance de mieux s’en tirer…et donc de mieux se reproduire… le darwinisme neuronal serait la façon dont le cerveau procède pour stocker plus de liens que nécessaire, plus qu’il ne sera possible d’en développer, mais permettant ainsi de nourrir le hasard, l’avenir que l’on ne peut prédire mais qui pourra ainsi renforcer l’un ou l’autre, plusieurs sans doute, des ensembles de neurones qui ont été mis en lien lors de l’expérience précédente.

Ce qui rend la comparaison du cerveau avec un ordinateur pauvre et bancale c’est vraiment cette absence de programmation logique, binaire, ou numérique laissant plutôt place à un maximum d’indétermination, de sens à venir… tout en enrichissant le sens passé déjà accumulé, mais qui est lui-même tellement multiforme, foisonnant, lié aux multiples sources sensorielles, multiples niveaux sémantiques, espaces temporels et physiques… que l’interprétation de ce passé récent ou lointain n’est pas univoque mais plutôt toujours diversifiée, contradictoire, en mouvement.

La conscience rendue possible par un ensemble de mécanismes (cartes) réentrants, permettant de… réfléchir (!) les informations immédiates… de créer une distance entre les infos transportées par les sens et la réaction qu’elles appellent. Une distance permettant de sonder le passé, de faire des liens entre les sources parallèles (ou synchroniques) de stimulations… Des circuits réentrants qui se multiplient, s’additionnent pour devenir plus abstraits, portant sur des stimulations, excitations de plus en plus éloignées des sens et de plus en plus liées à la mémoire, aux concepts, aux projections conceptuelles…

Enfin… je vais aller souper, parlant de stimulations éloignées des sens ! Me semble que c’était plus clair ce midi…

Articles sur, à propos de Edelman, du darwinisme neuronal…

et autres découvertes :

le dernier chic

c.jpgIl semble que mon intérêt pour la neurologie ne soit pas très original. Même les vendeurs de savon s’y mettent ! Sans compter les neurochirurgiens à la mode… Le Time magazine en faisait sa première page récemment et un dossier dont un article de Steven Pinker The Mystery of Consciousness.

J’attend toujours après le dernier volet du plus hot des sites sur le cerveau, celui qui portera sur la conscience, pour donner corps (ou des mots) aux objections que j’intuitionne à la lecture de cette « Enquête neurobiologique » à la recherche de la conscience… Et le petit Freedom & Neurobiology aussi m’a laissé sur ma faim… d’autant que je me suis rendu compte en lisant l’introduction que la version française était, en fait, l’original de cette plaquette (109 p.). Mais j’aime bien John R. Searle. J’ai même découvert dans ma bibliothèque son Mind, a brief introduction, que je n’avais pas encore lu !