manifestation policière

manifestation policière

De passage coin Ontario et St-Denis, hier, je me demandais ce qui pouvait justifier une telle démonstration de force : j’ai dénombré plus de 100 auto-patrouilles stationnées dans les alentours (et sans faire de relevé systématique). Pour une centaine de manifestants, il y avait, facilement, de quatre à cinq fois plus d’agents (à pied, à cheval, à bicyclette, en voiture…). Il s’agissait de la manifestation « annuelle » contre la brutalité policière.

Pourtant ce matin, aucun journaliste ne semble relever la disproportion de la présence policière en regard du nombre de manifestants. On met plutôt l’accent sur le fait que les policiers n’ont pas fait la gaffe de tabasser les manifestants. Bon pour eux. Et pour nous. Suis-je le seul à me demander combien une telle manifestation de force inutile a pu couter au contribuable, ce dimanche de mars ?

On aurait pu en faire de la prévention et de la formation, avec de montant…

échanges internationaux & interprovinciaux

Un article du G&M (Canada’s blockated bridges to provincial trade) de ce lundi 24 juin, sur les blocages traditionnels dans les échanges entre les provinces canadiennes qui empêchent actuellement la finalisation d’ententes internationales d’échanges commerciaux, avec l’Europe notamment.

Le Québec, encore plus s’il devenait indépendant, aura toujours besoin d’accroitre son accès au marché européen, parce qu’il continue de s’inscrire dans l’économie mondiale et qu’il ne veut pas être à la merci des seuls marchés américains.

Si l’exemple de l’interdiction de l’addition de lait à la margarine peut faire sourire, la victoire récente du Japon devant le tribunal de l’OMC (Organisation mondiale du commerce – World Trade Organisation) contre l’Ontario qui exigeait un certain contenu local… nous laisse songeur. Est-ce à dire que toutes les campagnes visant à « acheter local » deviendront illégales ?

Pourtant l’Europe, celle qui pousse actuellement pour qu’on donne un accès plus libre à leurs fournisseurs, n’est pas sans avoir ses nombreuses et importantes limites aux échanges commerciaux : appellations contrôlées, marques de commerce, exigences de qualité sont autant de grilles et barrières auxquelles s’ajuster.

Quand les camionneurs et constructeurs ontariens viennent bloquer le pont entre Ottawa et Gatineau, pour dénoncer les « tracasseries bureaucratiques » les empêchant de travailler au Québec, on se demande : faudra-t-il avoir un code du bâtiment uniforme ? Avoir des écoles de métier synchronisées ? Avoir des codes de conformité alimentaire, de transport, de formation, de communication et de commerce qui soient compatibles, comparables à ceux des Européens ? Ça sera pas de la tarte ! « a new generation of much more expansive international trade agreements », en effet.

Dans un second article sur le thème, What’s delaying our trade negotiations? Trade negotiators, Jeffrey Simpson laisse entendre que les protections culturelles demandées par la France sont exagérées : France wants to protect its “cultural industries.” (Against what – films from Quebec?) Il me semble évident que la protection des industries culturelles françaises, c’est face à la concurrence de Hollywood et des conglomérats culturels anglo-saxons qu’elle prend son sens. Et comme l’entente entre le Canada et l’Europe devait se conclure avant celle de l’Europe avec les USA, l’inscription de l’exception culturelle devenait précédent.

Il n’est plus impensable qu’une entente entre l’Europe et les USA se négocie avant que celle engagée entre le Canada et l’Europe se finalise. Évidemment que le Canada ne fait pas le poids devant un demi-milliard d’Européens. C’est plus gros, plus complexe que les USA. Peut-être les Européens croyaient-ils pouvoir utiliser le « petit » Canada pour établir un moule, créer un « pattern » qui leur soit favorable ? Le partenaire canadien se voyant incapable de « livrer la marchandise », c’est à dire se conformer à des normes plus sévères, plus complexes, déjà établies et mises à l’épreuve dans les échanges entre les 27 pays d’Europe, les négociations se feront maintenant entre les deux grands blocs de l’Union européenne (504 millions d’habitant – 2012) et des États-Unis d’Amérique (315 millions d’h. – 2012).

Ces négociations entre deux mastodontes s’amorcent seulement et on peut compter qu’elle seront longues et difficiles. Quelle place restera-t-il pour le Canada ? Ou le Québec ? Lui faudra-t-il simplement attendre que « ça se décide entre les grands » ? Le marché interne des USA est-il plus « libre », plus unifié que celui du Canada ? Peut-être sur certains aspects, mais sur d’autres il semble encore plus divisé, les politiques locales davantage sous influence que les politiques canadiennes. Si c’est possible ! Ce n’est pas en rabotant l’exceptionnalisme culturel Français qu’on avancera vers une solution. C’est sûr que les fromages québécois ne se seraient pas développés aussi bien au cours des dernières décennies si les marchés avaient été inondés par les fromages français. Mais cette industrie n’est plus naissante et elle pourrait profiter d’un accès à un marché plus appréciatif de la qualité de ses produits que les mangeurs de Cracker Barrel canadiens.

Les produits culturels québécois ont, jusqu’à un certain point, un bon accès au marché français. Qu’en est-il des travaux des ingénieurs, des informaticiens, des avocats et comptables ? Des administrateurs et des animateurs ? Des plombiers ?

« In many ways, Canadian provinces are more powerful than nations are within the EU. There remain more trade and labour mobility barriers among the 10 provinces than exist among the 27 EU countries. Welfare and health-care policies are harmonized among the EU states, but remain largely chaotic and disorganized among the provinces.

The provinces will always be with us. But when Canada has accomplished things in the world, it has been because national leaders have been able to rise above the provincial morass, strike deals, make compromises, buy off grievances and deal with the world as a unified country.

As the Europeans have been amazed and horrified to discover, that kind of leadership does not exist at the moment. »,disait Doug Saunders dans Our petty provincialism threatens free trade ambitions.

L’exception culturelle française, racontée comme une saga : Pourquoi l’«Exception culturelle» est un combat légitime, sur Slate.fr mercredi dernier.

l’affaire Rogoff-Reinhart

Je n’avais pas entendu parler de Rogoff et Reinhart avant ce matin, quel ignorant j’étais ! Il semble que ces économistes américains aient fourni les arguments « scientifiques » aux prêcheurs d’austérité en Europe… mais que leurs erreurs méthodologiques aujourd’hui reconnues semblent tout à coup invalider.  Yakabuski, en conclusion de son article A simple data error, and Europe’s pain : Une simple erreur de donnée et l’Europe se remet à dépenser. Il n’y va pas de main morte dans son diagnostic sur l’Europe : « too much spending toward supporting those over 60 ». Il faudra des réformes structurelles pour intégrer les jeunes qui chôment à 40, 50 ou 60 % dans les pays endettés.

Mais ces réformes semblent orientées vers une vision particulière « No amount of austerity will do the trick unless structural reforms needed to spur entrepreneurship and private investment are implemented ». La confiance des investisseurs et la réforme des lois du travail semblent les seules voies possibles, en complément de l’austérité, pour sortir l’Europe de la crise.

La plume colorée du journaliste du G&M (« the bite of a poor pinot noir ») nous fait presqu’oublier le ton lourdement idéologique de ce commentaire, ou le jugement de valeur l’emporte sur l’argument. La scène est campée dans l’opposition entre dépensiers et économes… le privé et le public… alors que, finalement, la leçon à tirer de cette affaire Rogoff-Reinhart est qu’il n’y a pas de mesure simple ni se seuil magique (comme 90 % du PIB d’endettement) pour dire la relation entre l’endettement et la croissance. Voir Krugman.

Normand Baillargeon raconte avec beaucoup de pédagogie cette affaire Rogoff-Reinhart, posant finalement la question « Comment expliquer que des idées aussi simplistes, puis discréditées, que celles de Laffer et de Reinhart et Rogoff aient pu avoir l’influence qu’elles ont eue? » Le biais de confirmation. Cette tendance qu’a l’esprit humain à préférer ne retenir de l’information disponible que celle qui vient confirmer son point de vue. Ce qui conduit aux discussions de sourds, aux parti-pris idéologiques qui ne s’emm…êlent pas avec des considérations méthodologiques ou scientifiques – ne retenant des faits que ceux qui viennent confirmer l’opinion, le sens commun, le préjuger.

Mais si c’est vraiment ce biais de confirmation qui est à l’oeuvre, la théorie Rogoff-Reinhart, qui n’était en fait qu’une rhétorique, sera remplacée par une autre. Mais ce qui est en jeu ne sera pas résolu par une théorie ou une autre. Cela le sera par la pratique, la négociation, l’innovation, le risque, le compromis, la continuité et la rupture… Ne voir l’avenir (et mesurer le présent) qu’à travers la « confiance des investisseurs » ou la liberté d’entreprendre… et réduire le volet public de l’équation à « la réforme du travail »… c’est peut-être une position confortable dans certains salons, entre amis, mais ça n’ouvre pas vraiment de porte au dialogue constructif et inventif dont nous avons le plus grand besoin.

Si les conservateurs et autres apôtres de l’austérité (des comptes publics – car les personnes privées doivent continuer de pratiquer les vertus de l’enrichissement) peuvent perdre un peu de leur assurance vindicative à l’occasion de ce retournement – il ne faudrait pas que les Keynésiens se contentent de glousser de joie.  C’est l’occasion rêvée de construire des ponts, ouvrir des discussions sur de nouvelles bases, un peu moins idéologiques, un peu plus « au ras des pâquerettes ».

inégalité sociale et émeutes de 2011 en Angleterre

Une commission gouvernementale (Riots, Communities and Victims Panel) rendait son rapport public (After the riots – pdf) en mars dernier. Si vous ne souhaitez pas vous taper les 150 pages, un résumé (digest) de 7 pages vient d’être publié par le blog Equality trust. Inequality and the riots – pdf. Les effets à long terme de l’inégalité sur les résultats scolaires, l’engagement social, la criminalité…

Le rappel de cette période trouble qu’a vécue la plus vieille démocratie moderne devrait aider à relativiser les propos de ceux qui trouvaient les manifestations de casseroles québécoises dérangeantes !

la contribution des riches

Deux semaines que j’ai sur mon bureau ces quelques paragraphes tirés de quatre textes, que j’avais ambitieusement titré La contribution des riches… Tant pis si je n’ai pas un billet à la hauteur, ces citations vous inspireront sans doute autant que moi !

There are plenty of very rich Americans who have a sense of perspective, who take pride in their achievements without believing that their success entitles them to live by different rules. But Mitt Romney, it seems, isn’t one of those people. And that discovery may be an even bigger issue than whatever is hidden in those tax returns he won’t release. [Paul Krugman, Pathos of the Plutocrats]

Les deux premiers textes parlent de la même chose : la propension qu’ont certains riches à oublier qu’ils ne se sont pas faits tout seuls et que, à vouloir absolument réduire la taille de l’État ou les réglementations, on finit par scier la branche sur laquelle on est assis. La plume de Krugman est plus concise, et plus douloureuse aux flancs du camp Romney.

To me, this is the nature of the strain on the system at present. It’s not that incomes at the top are soaring while those at the middle have been stagnant for several decades. It’s that those at the top seem, for the most part, to have abandoned any sense of responsibility for maintaining public support in the system that enriches them. On the contrary, they seem to have become ever more willing to flout societal norms in pursuit of ever greater wealth.

That’s their right, of course. But I think Mr Obama is on to something in suggesting that this behaviour is ultimately corrosive to the free-market system. Elites may agree that free markets are both more efficient and moral than alternatives. They should also recognise that free markets can only be sustained by the consent of the majority. The public grants the rich the right to their wealth if and only if they agree that the rich deserve it. [« You didn’t build that », Free exchange, The Economist]

On peut se demander si, comme le laisse entendre la fin du second extrait, la légitimité de la richesse est vraiment « accordée par le public »… Il est surprenant, et décevant, de constater qu’on se chicane encore à savoir s’il faut plus ou moins d’État, de taxes – et ce dans le pays développé qui en impose le moins ! – alors que les grandes questions, les grands enjeux sont passés sous silence. On fait comme si les marchés financiers n’avaient pas failli, à plusieurs reprises au cours des dernières décennies; failli à leur devoir de favoriser le développement, l’innovation, le progrès. On fait comme si la crise environnementale et écologique n’était encore qu’une hypothèse, une menace lointaine – ou un contexte naturel sur lequel l’homme n’aurait que peu d’emprise ou de responsabilité. Après moi, le déluge semble l’attitude généralisée…

Malgré la chaleur ambiante, l’extrait suivant donne des frissons dans le dos.

There is much more warming already baked into the cake based on the carbon that has been released into the atmosphere. Bill McKibben writes that so far, the global temperature has risen 0.8 degrees Celcius, and that the carbon already emitted into the atmosphere will probably generate another 0.8 degree increase—distressingly close to the 2-degree threshold governments have agreed would be too risky to cross. To keep the world below that threshold, Mr McKibben says, would require humanity to limit future emissions to an estimated 565 gigatonnes of CO2. But if you estimate the emissions that would be generated by burning all the fossil fuels in the known reserves of private energy companies and sovereign governments—just the known reserves—that adds up to 2,795 gigatonnes of CO2. [The heat is on, The Economist]

Les décideurs agissent comme si les manières de faire pouvaient encore se perpétuer et même servir à trouver des solutions, alors qu’elles sont à l’origine de la crise actuelle. Laisser le marché régler, gérer le secteur des énergies conduit à accélérer la consommation d’énergies fossiles plutôt qu’à la réduire. On pouvait encore imaginer une régulation par le marché dans le contexte d’une « théorie du pic pétrolier » où la rarefaction de la ressource amenerait une augmentation des prix, et la recherche d’alternatives… mais l’irruption des gaz de schistes dans l’équation a conduit à une baisse des prix : le marché n’a jamais été aussi florissant. Le réchauffement climatique accroît la demande en énergie, notamment pour la climatisation, et accélère d’autant le réchauffement ! Comment compter sur la vertu autorégulatrice du marché dans ce contexte ?

Pour tenir compte des gaz à effet de serre déjà émis (already baked into the cake), il faudrait réduire la consommation à moins de 20% des ressources actuellement entre les mains des producteurs… Peut-on compter sur le sens des responsabilités des pétrolières et industries connexes (automobile, développement urbain étalé…) pour orienter différemment le développement ? Quand les seules perspectives structurantes qui nous sont présentées sont des Plan Nord et des pipelines… il y a de quoi douter.

I’ve always felt that as long as Moore’s Law is operating, and it shows no sign of letting up, that we aren’t doing our jobs if the tech industry isn’t tracking its growth in a linear fashion. The boom-bust cycle is a product of the lack of vision of the VCs. Or our over-reliance on VCs to lead the investment decisions of the tech industry. [Dave Winer, The twilight of the User/VC]

Même au niveau strictement technologique la mécanique du libre marché ne semble pas fiable. La contribution des riches… est de s’enrichir ! La richesse accumulée entre les mains de la minorité est sans doute plus fluide, plus disponible pour l’investissement (et le risque associé à l’innovation) mais en même temps, elle est moins responsable, moins liée à la qualité de vie à long terme puisque soumise à des règles de rendement à court terme qui ont plus à voir avec la peur et l’appât du gain qu’avec toute éthique du développement.

Des mouvements comme Occupy Wall Street ont mis en lumière les excès de richesse du « 1% »… mais qui sont vraiment les riches, quand on regarde l’avenir à plus long terme : les 1 % les plus riches, ou les 30 %, ou les 50 % ? À ne fixer son regard que sur l’extrême, on évite de penser aux changements que la majorité d’entre nous aurons à engager pour sortir de la voie sans issue du développement à court terme basé sur la consommation d’énergies fossiles à bon marché…

un manifeste pour le bon sens économique

Dans un langage clair, simple, Paul Krugman résume les arguments fallacieux qui sont donnés pour justifier les mesures de compression dans les dépenses publiques alors que la situation économique globale devrait pousser au contraire. À lire, à traduire !

A Manifesto for Economic Sense

Ajout : une traduction offerte sur Rue89 Manifeste pour le retour à la raison économique.

grande noirceur – droit devant

Après avoir transformé le questionnaire long du recensement américain en un sondage volontaire, le Congrès américain décide de l’abolir. Est-ce ce qui attend l’Enquête nationale auprès des ménages, instituée par le gouvernement Harper en remplacement du questionnaire long ?

Comme le rappelle le blogueur Razib Khan, si les sources d’information publiques fiables disparaissent, les grandes corporations qui accumulent des données sur la population, les comportements sociaux (Google, Facebook, mais aussi Bell, Videotron…), ne sont pas connues pour être « partageuses »…

(…) government data collection is a public good with positive externalities. If we abolish endeavors such as the American Community Survey than social data will be the domain only of corporations, who are not always keen on sharing that data. [Note : trois hyperliens différents]

Plus de prisons, moins de pensions, plus de pauvres, moins d’information… L’avenir d’est pas rose. Ici une plume plus informée que moi, Alex Himelfarb – ancien greffier du Conseil privé du Canada – fait le point sur l’accumulation des politiques qui à première vue ne semblent pas trop radicales, mais prennent un caractère plutôt drastique avec un peu de recul pour voir le plan d’ensemble qui se dessine: Going, Going, Gone: Dismantling the Progressive State. Une référence de Lawrence Martin : The time has come for a progressive revival.

combien valent nos services publics

C’est à cette question que tente de répondre un rapport de recherche récent (février 2012) de l’IRÉC (Institut de recherche en économie contemporaine) : Les services publics : un véritable actif pour les ménages québécois.

Le coût des services publics fait l’objet d’une véritable lutte idéologique. Les partisans de la privatisation et du retrait de l’État laissent souvent entendre que ces services sont trop coûteux. Les uns affirment qu’ils sont inefficaces et qu’en conséquence les contribuables n’en auraient pas pour leur argent. Les autres laissent entendre que l’offre de services publics est trop large et que le Québec vivrait au-dessus de ses moyens. Quels que soient les registres argumentaires en présence, il est assez rare de voir les études établir rigoureusement la valeur des services effectivement consommés par les ménages et estimer du coup la part et la valeur que représentent la consommation et l’usage de ces services dans le budget des ménages. (extrait de l’introduction)

Une référence du troisième numéro de la Veille sur la social-démocratie de la Chaire du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie.

budget fédéral

On va se faire ami-ami avec les entreprises qui sauront « innover ». J’ai l’impression qu’il va y avoir une vague bleue dans le monde des entreprises : seules celles qui sauront se montrer belles auprès des fonctionnaires du gouvernement Harper seront soutenues. Finis les programmes pour tout le monde, pas de soutien à ceux qui n’innovent pas, ne sont pas « compétitifs ».

On laissera les vieux pauvres encore plus longtemps pauvres – ceux qui ont dû s’arrêter pour cause de maladie, d’épuisement. Car les autres, ceux qui ont pu contribuer à un fonds de pension, prennent leur retraite à 60 ans, ou même 50 ans comme les policiers. Ils n’auront qu’à cotiser un peu plus pour pouvoir encore partir tôt. Ceux qui comptaient uniquement sur les régimes publics… Mais combien sont-ils ?

On nous rabâche le fait que les personnes vivent plus longtemps en meilleure santé, mais où sont les programmes permettant de réduire plutôt que d’arrêter le travail ? On ne veut pas se préoccuper de déployer des politiques de retrait progressif, parce que c’est plus compliqué et qu’on veut en finir au plus tôt… pour revenir à la normale, ou encore pour réduire le champ de responsabilité de l’État.

charité nouvelle

En décembre dernier le Groupe dʼétude canadien sur la finance sociale publiait un rapport (La mobilisation de capitaux privés pour le bien collectif) duquel semble s’inspirer la ministre fédérale des ressources humaines dans son orientation visant à repenser la manière dont les dons de charité sont reconnus et administrés.

Le Globe and Mail publie aujourd’hui tout un dossier sur le don et la charité, mettant en valeur une nouvelle philanthropie où l’accent est mis sur le résultat plutôt que les intentions. On cite les grandes fondations et les initiatives qui ont fait beaucoup parler d’elles récemment (Bill Gates, Soros, Clinton…). On y trace le portrait canadien des donateurs par âge, provinces, sujets… Encore une fois, le Québec a l’air cheap, donnant beaucoup moins que les autres. Pourtant c’est au Québec que les inégalités sont les moins fortes (coefficient Gini – Québec-Canada – mais pour être précis, lÎle du Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick montrent un meilleur indice en 2008) . N’y aurait-il pas là un lien à faire ?

Le fait que les États-Unis soient le pays le plus généreux mais aussi celui le plus inégal parmi les pays développés – ne devrait-on pas y voir les deux faces d’une même réalité ? Cette peur obsessive de la dépense publique et du Big Government n’est-elle pas à la source d’une vision de l’autonomie citoyenne où on préfère donner volontairement, à qui l’on veut… plutôt que d’être taxé. Mais, si l’administration publique de certains services était plus efficace et génératrice de plus de richesse, de moins d’inégalité et de pauvreté…

Je ne dis pas que les grandes fondations et entreprises charitables ne devraient pas être tenues pour responsables. Lorsqu’on reçoit plus de 250 M$ en dons de charité dans une année, comme ce fut le cas de World Vision Canada en 2009, le public est en droit de suivre de près les résultats d’un tel investissement. Mais les campagnes comme celle de Big Society lancée par le premier ministre britannique, dont semble s’inspirer M. Harper, peuvent accompagner une réduction de la responsabilité publique qui n’est pas de bon augure.

Il y a sans doute place pour une « nouvelle charité », une réflexion en regard de la transformation de la démographie des donateurs et bénévoles, qui vieillit inexorablement. Et les représentants québécois de cette Philanthropie 3.0 ne sont sans doute pas les derniers de classe, en matière de mesure d’impact et d’efficience quand on pense aux Québec en forme et Avenir d’enfants. Pourtant, même si ces initiatives sont soutenues à parts égales par l’État et une fondation privée, cela ne fait pas d’elles des modèles en matière de synergie public-privé. Et c’est peut-être à ce niveau qu’une société comme le Québec devrait faire porter sa réflexion : comment faire travailler ensemble les investissements publics, privés et communautaires, plutôt que de les opposer.