si on le sait, pourquoi on le fait pas ?

The Secret to Good Health – Listen to the Data | Brain Blogger: « A recent study proved what we all already know… that healthy living really does improve long-term health. A lot. The US-based study found that not smoking, maintaining a healthy weight (BMI <30), exercising regularly (3.5 hours/week) and eating a balanced diet (high in fruits, vegetables, and whole grains, low in meat) reduced the risk of developing chronic disease by nearly 80% over the course of the study. 80%! Just imagined if a new drug promised an 80% reduction in chronic diseases — it would be a wonder drug! People would be beating a path to their primary care providers, demanding a prescription. Shareholders in the manufacturers would never have to work again! » (Via Brain Blogger.)

Ce commentaire sur une étude allemande publiée dans la revue Archives of Internal Medecine vient renforcer ce qu’on sait : les bonnes habitudes de vie sont payantes. Mais pourquoi est-ce si difficile de mettre en pratique de telles habitudes ? Oui, les fruits coûtent plus cher que la « junk »… la télé est plus attirante (ou facile) que la marche… ou encore le déplacement en automobile est parfois obligatoire, selon l’endroit où l’on vit et celui où l’on travaille…

Mais il y a aussi, je crois, une dimension sous-jacente : pour vivre plus longtemps il faut apprécier la vie… au point d’en vouloir plus ! Combien de fois ai-je entendu un fumeur dire en allumant une cigarette « Un autre clou de cercueil ». Une blague, avec un fond de sérieux…

cause ou effet ?

Une recherche australienne ayant suivi plusieurs années durant plus de 1000 femmes concluait… qu’il y a corrélation entre le fait de fumer beaucoup et celui d’être déprimée. Pas trop compliqué à comprendre… mais les conclusions qu’en tirent les journaux, à voir les grand titres : « La cigarette cause la dépression » !

Et pourquoi ce ne serait pas la (tendance à la) dépression qui causerait le tabagisme ? ?

santé mentale des Québécois

Deux publications de l’Institut de la statistique du Québec disponibles sur leur site depuis ce matin : La détresse psychologique chez les Québécois en 2005 , un feuillet de 4 pages de données tirées de la dernière itération (2005) de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes.

L’autre document « dresse un portrait de l’état de santé mentale de la population de 15 ans et plus vivant en ménage privé au Québec en 2002, à partir des résultats de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, cycle 1.2 (ESCC). » Le cycle 1.2 portait spécifiquement sur la santé mentale. Troubles mentaux, toxicomanie et autres problèmes liés à la santé mentale chez les adultes québécois. 68 pages.

hospitalisation & santé mentale

L’ICIS, l’Institut canadien d’information sur la santé, publiait récemment un rapport sur les Services de santé mentale en milieu hospitalier au Canada, 2005-2006 (pdf, 45p). Les journaux (le Globe & Mail) ont fait état de ce rapport en soulignant la tendance à la baisse (importante) de la durée moyenne de séjour (DMS) des personnes hospitalisées pour problèmes de santé mentale. On se questionne à savoir si les gens sont bien encadrés et trouvent hors de l’hôpital les services dont ils ont besoin. Cette tendance la baisse de la durée viendrait surtout des pressions administratives.

Encore une fois, les données canadiennes n’incluent pas celles du Québec, où une note au bas des tableaux indique que ces données sont absentes « en raison d’un problème de qualité des données décelé par la province ».

Comme j’avais consulté récemment les données d’hospitalisation pour les années 2001 à 2006, sur le site du CMIS, en constatant que les hospitalisations pour raison de santé mentale étaient particulièrement importantes (en termes de jours/personnes) dans l’Est de Montréal (les CSSS 11 et 12 du graphe ci-contre).

Je suis donc retourné sur le site du CMIS, où on peut consulter les tableaux de données d’hospitalisation dans les hôpitaux de Montréal (pour la population montréalaise) depuis 2000 (avec diagnostics, âges,… et durées moyennes de séjours). On y constate que la durée moyenne de séjour (pour troubles mentaux) dans les hôpitaux psychiatriques est restée assez stable autour de 37 jours. Dans les hôpitaux généraux, pour le même diagnostique, la DMS est restée sensiblement la même, autour de 18 jours. Dans les hôpitaux universitaires, elle était à 26 jours en 2006, en légère augmentation depuis 2000. Une chose remarquée : les hôpitaux universitaires ont reçu (hospitalisé) plus de patients pour troubles mentaux que les hôpitaux psychiatriques (4000 VS 2700).

Les différences avec les données canadiennes sont étonnantes : les hôpitaux psychiatriques là-bas avaient une DMS de 100 jours en 2006, et de 160 en 2001. Les hôpitaux généraux canadiens, incluant les hôpitaux d’enseignement, ont vu leur DMS passer de 36 à 16 jours durant la même période. À noter que dans le cas des hôpitaux généraux, les données incluent le Québec, alors que données sur les hôpitaux psychiatriques ne comprennent pas celles du Québec. J’ai trouvé une explication à la différence : les données du CMIS n’incluent que les hospitalisations de « courte durée ». Alors que celles du Canada sont calculées à partir des dossiers de sorties : on a calculé la durée des séjours qui se sont achevés durant l’année, incluant donc ceux de plus longue durée. Pourquoi n’est-il pas possible d’avoir les mêmes données au Québec ? Serait-ce qu’il n’y a pas nécessairement de différence claire entre les sorties… et les sorties vers des ressources de l’hôpital dans le milieu ? C’est d’ailleurs ce qu’un commentateur faisait remarquer : ce n’est pas tant la durée du séjour qui compte (ou qui inquiète si elle raccourcit) que les conditions dans lesquelles les patients sont « relâchés ». On ne peut plus évaluer la qualité des services hospitaliers en santé mentale sans mettre dans la balance les services communautaires et « intermédiaires », comme on appelle au Québec certaines créations institutionnelles.

santé mentale

Les personnes âgées et la santé mentale : le second rapport anglais, portant sur les avenues de développement (rapport complet, pdf 124 p., résumé) faisant suite à un premier rapport (2006) portant sur la promotion de la santé mentale chez les personnes âgées.

Parlant de santé mentale, le gouvernement écossais publiait en décembre 2006 son orientation en la matière : Delivering for Mental Health (pdf, 34 pages).

paiement direct et désinstitutionnalisation

La tendance à la « personnalisation » des services, en Grande-Bretagne, prend, entre autre, la forme du paiement direct, c’est à dire de la liberté donnée à la personne aidée de choisir son fournisseur de services, ou même le type de service qu’elle souhaite avoir. Il semble que la politique, au delà du buzzword de la personnalisation, ne soit pas près d’être implantée largement : peu de personnes y ayant droit y ont eu recours, particulièremenet chez les aînés et les personnes avec problèmes de santé mentale. Voir cet article du Guardian, par un des auteurs de la recherche Direct Payments Survey: A national survey of direct payments policy and practice.

Le même auteur, Martin Knapp, publiait en collaboration une comparaison européenne des coûts et résultats des politiques de désinstitutionnalisation (Deinstitutionalisation and Community Living: Outcomes and costs – a report of a European Study). Résumé en français (pdf, 19 pages) et rapport complet (anglais, 140 pages).

dépression postnatale

Management of postnatal depression — Musters et al. 337 (81): a736 — BMJ
the principal risk factors for postnatal depression are depression or anxiety during pregnancy; a history of depression; a history of other psychiatric conditions; recent stressful life events; and poor social support, particularly the lack of a supportive partner.

GMF, acessibilité et problèmes de santé mentale

C’est un petit document de 4 pages constitué de réflexions de retour de vacances faites à partir des données 2005-2006 sur l’utilisation des services médicaux de première ligne par les Montréalais, des Orientations pour le développement des groupes de médecine familiale à Montréal publiées par l’Agence, et la localisation des GMF sur l’Île de Montréal (il faut choisir le vue pour la région 06) offerte par cette carte du MSSS.

Notes de l’observatoire – juillet 08. Allez-y, ouvrez-le et faites vos commentaires dans Acrobat Reader, j’ai activé cette fonction (qui demande une version récente de AR – 6 ou 7). Vous m’enverrez votre copie commentée…

sens du travail et santé

irsst.jpgJ’ai toujours eu l’impression que de travailler dans un « quartier difficile » avait un effet positif sur la santé mentale, même si parfois le manque de moyens en regard de l’ampleur des problèmes et le peu d’impact mesurable peuvent avoir des effets décourageants. Cette recherche de l’Institut Robert-Sauvé (recherche sur la santé et la sécurité au travail) Sens du travail, santé mentale et engagement organisationnel (pdf) vient confirmer mon intuition : Un travail qui a du sens est utile pour la société ou pour les autres.

À partir d’une étude terrain dans 3 milieux de travail (dont un CSSS).

sentiment d'appartenance et santé

La dernière livraison de Rapports sur la santé, publié par Statistique Canada, comprend un article de Margot Shields sur la relation entre le sentiment d’appartenance à sa communauté locale et la perception de son état de santé (pdf) général et de santé mentale. Fortement correlée (négativement) avec le degré d’urbanisation — les régions le moins urbaines sont celles ayant le plus fort sentiment d’appartenance — des facteurs culturels entrent aussi en ligne de compte: le Québec se distingue là encore en tenant une solide dernière place (54,7 % ayant déclaré un sentiment fort ou plutôt fort d’appartenance à la communauté) la province la plus proche ayant un score 10% plus élevé. Mais lorsqu’on compare les régions du Québec, celles qui sont significativement plus basses que la moyenne ne sont pas les plus urbaines mais bien Laval et Lanaudière.

La forte corrélation entre l’autoperception de sa santé mentale comme étant excellente ou très bonne et le très fort sentiment d’appartenance à la communauté me rappelle celle qu’il y a entre sentiment de contrôle sur sa vie (empowerment) et sa santé… Voir les ressources et références dans inégalités sociales de santé. Mais aussi ce « vieux » texte de 1989 par Marmot et Smith Why are the Japanese living longer?disponible en ligne ! -  cité par Marc Renaud dans son fameux article (Expliquer l’inexpliqué) de l’ancienne revue de l’ACFAS Interface (1994) – malheureusement non disponible en ligne…

les antidépresseurs sont-ils efficaces ?

La question de l’efficacité des antodépresseurs, le premier remède proposé aux personnes souffrant de dépression (mais aussi d’anxiété…) fait l’objet de beaucoup de débats… depuis longtemps. Le British Medical Journal publiait en éditorial la semaine dernière un compte-rendu critique d’une méta-analyse publiée sur PLoS Medecine. L’enjeu porte sur la manière de mesurer un effet significatif : utiliser un seuil au delà duquel on considère qu’il y a un effet, et en deça duquel on dit qu’il n’y en a pas ne correspond pas à la réalité plus graduée.

C e qui n’enlève pas l’importance du constat que l’impact des médicament est grandement surévalué et qu’il se rapproche bien souvent de l’effet placebo. Une étude publiée en janvier dans le NEJM montrait à quel point les résultats des recherches étaient publiées en fonction de leur résultats positifs, introduisant un biais de perception de l’efficacité des médicaments.

Reste que, si l’efficacité des approches psychothérapeutiques s’en trouve accrue comparativement, l’accessibilité financière (et culturelle ?) de ces traitements reste encore à améliorer.

This article reviews a wide range of well-controlled studies comparing psychological and pharmacological treatments for depression. The evidence suggests that the psychological interventions, particularly cognitive behavioral therapy, are at least as effective as medication in the treatment of depression, even if severe. [PsycINFO, cité par BMJ]

Ressources complémentaires:

problèmes de santé mentale et santé physique

Disparities in appendicitis rupture rate among mentally ill patients: « Many studies have been carried out that focus on mental patients’ access to care for their mental illness, but very few pay attention on these same patients’ access to care for their physical diseases. Acute appendicitis is a common surgical emergency.  »

« These findings suggest that given the fact that the NHI program reduces financial barriers to care for mentally ill patients, they are still at a disadvantage for obtaining timely treatment for their physical diseases. Of patients with a major mental illness, schizophrenic patients may be the most vulnerable ones for obtaining timely surgical care. » (Via BMC Public Health – Latest articles.)

C’est une vérification qui pourrait être facilement faite par le CMIS, puisqu’ils ont déjà créé une banque de données croisées pour les personnes ayant consulté avec diagnostic relatif à la santé mentale. Pourquoi pas comparer les services en général que ces gens ont reçus, à ceux que la population en général a « consommés ».

Dans le même ordre d’idée…

Mental Health Patients Disadvantaged In Access To Appropriate End-of-life Care, Australia: « health professionals working in institutional mental health can face significant obstacles in their efforts to care for their dying patients. » (Via Mental Health News From Medical News Today.)

quelques rapports et données récents

L’ICIS publiait récemment un rapport sur Les soins de santé au Canada 2007 où l’on peut voir que la part des hôpitaux dans le « gâteau de la santé » est passée de 45% à 30%.

Le langage n’est pas innocent (on s’attendrait à mieux de la part d’un institut qui se veut être au dessus de la mêlée ) « Le secteur public a englouti environ 72 % de ces dépenses, et les 28 % restants ont été pris en charge par le secteur privé, principalement par des paiements directs. » C’est moi qui souligne.

D’autre part,

[E]n 2004-2005, les patients qui ont reçu un diagnostic de maladie mentale représentaient 6 % de l’ensemble des sorties (congés ou décès) enregistrées dans les hôpitaux généraux du Canada, mais 13 % de l’ensemble des jours-présence des patients hospitalisés. (…) Au cours de la même période, les chiffres combinés des hôpitaux généraux et psychiatriques démontrent que le diagnostic principal pour plus du tiers (34 %) de l’ensemble des sorties associées à la maladie mentale était lié aux troubles de l’humeur, suivis des troubles schizophréniques et psychotiques (21 %) et des troubles liés à la consommation de psychotropes (16 %). [ Services de santé mentale en milieu hospitalier au Canada 2004-2005]

Aussi, l’évolution du rôle des médecins montre que « en 2003, plus de 84 % des médecins de famille dispensaient des soins de santé mentale (p. ex. counseling et psychothérapie familiale ou de groupe) ». Une proportion n’ayant pas changé de 1994 à 2003. Mais ces chiffres sont pour le Canada. Dans l’analyse des profils provinciaux, on peut voir que ce taux se situe pour le Québec à 79%, soit 10% de moins que l’Ontario. Ce qui s’explique peut-être par la consultations deux fois plus importante des psychologues par les Québécois que les Canadiens (4% VS 2% ont consulté au cours de la dernière année, suivant l’ESCC 1.2 ); ce dernier fait s’explique (à moins qu’il n’explique… la poule ou l’oeuf ?) quand à lui par la présence de deux fois plus de psychologues au Québec qu’au Canada (cité par Fournier). Le problème c’est que les psychologues, eux, ne sont pas couverts par l’assurance publique.

travail du cerveau

La physique quantique à la rescousse des neurologues déistes (ou dualistes ou métaphysiciens). Un  texte reprenant cette théorie développée (entre autres) par Schwartz et Stapp (avec la participation de Beauregard, de l’UdeM).

Comme il m’arrive parfois lorsque je ne suis pas sûr de vouloir lire un livre… je commençai celui de Schwartz et Begley (The Mind & The Brain, Neuroplasticity ans the Power of Mental Force) par le milieu. Mais je suis graduellement revenu aux chapitres précédents car les exemples de la capacité du cerveau de se redéployer physiquement étaient d’intérêt : Taub et ses patients victimes d’AVC (et sa constraint-induced therapy), Piacentini et ses malades de la Tourette, les dyslexiques de Merzenich… et les obsessifs-compulsifs de Schwartz ont tous en commun d’avoir démontré cette plasticité neuronale à l’âge adulte, une chose jugée impossible par la très grande majorité des spécialistes il y a seulement 15 ans.

C’est en arrivant aux derniers chapitres que le petit côté New Age du « mental force » dans le titre du bouquin prit toute sa force : la conscience est affirmée, Chalmers à l’appui, comme un élément aussi fondamental et essentiel que le temps, l’espace ou la masse !  La référence à la théorie quantique tente d’expliquer un mystère (la conscience, l’indétermination, la liberté d’action) par un autre mystère. Un bel exemple de matérialisme partiel, où l’on avance de solides arguments scientifiques pour décrire des phénomènes matériels (la plasticité du cerveau adulte) qui ont même des applications thérapeutiques concrètes… mais on ne peut s’empêcher de réintroduire le bon dieu par la porte de derrière.

Je reviendrai sur ces auteurs mi-scientifiques mi-new age. La courte présentation faite de plusieurs théories sous forme d’entrevues d’une vingtaine de sommités par Suzan Blackmore dans son Conversations on Consciousness est une belle manière de s’introduire rapidement aux diverses positions qui traversent ce champ complexe des sciences et philosophies de l’esprit et du cerveau. De ma tournée récente et relativement intense des derniers mois sur ces questions (ce qui explique en grande partie mon relatif silence des derniers temps sur ce carnet), j’ai été particulièrement impressionné par le Neurophilosophy at Work de Paul Churchland, et les travaux de Edelman (Biologie de la conscience), Ledoux (Synaptic Self), Dennett (Sweet Dreams), Kandel (À la recherche de la mémoire) et Imbert (Traité du cerveau).

J’ai bien tenté au cours des derniers jours de synthétiser d’une manière ou d’une autre les acquis de cette période de boulimie littéraire… mais ça n’a pas encore donné quelque chose de présentable. J’y travaille !

6 "papiers" et un mouvement sur la santé mentale

La revue The Lancet lançait hier une série d’articles sur la santé mentale dans le monde, en même temps qu’un « nouveau mouvement pour la santé mentale« . Dans le premier de la série, No health without mental health, on mesure le poids de la santé mentale dans les affections de santé, et les liens qui existent entre santé mentale et physique; le second article (Resources for mental health) trace le portrait des ressources (insuffisantes) consacrées à la santé mentale; le troisième article fait le point sur les traitements efficaces en première ligne; le quatrième trace la situation des 153 pays à bas et moyen revenus en la matière; le cinquième identifie les barrières qui s’opposent à l’amélioration de la situation et le dernier lance un appel à l’action.