Portraits de santé et d’inégalités de santé

Le ministère de la santé publiait récemment Pour guider l’action, portrait de santé du Québec et de ses régions. Un relevé de statistiques de 369 pages est aussi disponible.

Le directeur de la santé publique de Montréal publiait aussi son dernier rapport annuel : Les inégalités sociales de santé à Montréal, le chemin parcouru.

 

comment allez-vous aujourd’hui ?

Un rapport de l’OCDE (310 pages, en français) : Comment va la vie ?

Si le bien-être a progressé au cours des 15 dernières années, « certains groupes de la population, en particulier les personnes moins éduquées et à faible revenu, ont tendance à moins bien s’en tirer dans toutes les dimensions du bien-être considérées dans ce rapport : par exemple, ils vivent moins longtemps et rapportent plus de problèmes de santé ; leurs enfants obtiennent de résultats scolaires moins bons ; ils participent moins à des activités politiques ; en cas de besoin, ils ont moins de réseaux sociaux sur lesquels s’appuyer ; ils sont plus exposés à la criminalité et à la pollution ; ils ont tendance à être moins satisfaits avec leur vie en général que les personnes plus instruites ou plus riches.« 

Vie économique et santé

La revue Vie économique publie un numéro sur le thème de la santé : Comment va la santé ? Les articles sont accessibles en ligne, dont un Comment va le système de santé québécois ? par Paul Lamarche; Le viellissement et les services de santé : une réorientation des pratiques cliniques plutôt qu’un défi économique par Louise Lafortune, François Béland et Howard Bergman…

Ajout – Dans l’ordre d’idées soulevées par l’article de Lafortune, Béland, Bergman, une étude de l’OCDE vient de paraître Help Wanted? Providing and Paying for Long-Term Care. Une version française est annoncée pour le 17 octobre.

12 300 naissances

J’avais annoncé un document que j’ai mis du temps à finaliser… Le voici, traçant le portrait de plus de 12 000 naissances sur le territoire du CSSS Lucille-Teasdale (soient les quartiers Hochelaga-Maisonneuve, Mercier-Ouest et Rosemont) de 2005 à 2010 (6 ans).

Format PDF, 23 pages – 4,4 Mo.

mères immigrantes et santé des bébés

J’ai travaillé depuis quelques semaines à produire un rapport à partir des 12 000 naissances du territoire [quelques corrections encore et validations et vous pourrez le voir]. J’y compare les taux de bébés de faible poids, de prématurité, de retard de développement intra-utérin… en fonction de la scolarité, de l’âge ou du statut d’immigrant des mères. Des différences importantes existent, donnant l’impression que les enfants nés de mères immigrantes sont en meilleure santé que les autres. Mais il est possible que cela soit dû au fait que les mères immigrantes soient arrivées depuis peu au pays. C’est une hypothèse seulement car l’information disponible dans les avis de naissance ne permet pas de savoir quand ces mères sont arrivées. Ce sont les résultats d’une recherche du Dr. Marcelo Urquia, à l’hôpital St Michael’s de Toronto, dont on parle aujourd’hui dans les médias qui m’y ont penser.

Time since migration modifies the neighborhood deprivation gradient in preterm birth among immigrants living in Ontario cities. Immigrants reached the level of inequalities in preterm birth observed at the neighborhood level among the Canadian-born after 14 years of stay, but neighborhoods did not influence preterm birth among more recent immigrants, for whom the maternal country of birth was more predictive of preterm birth.

Le même Dr Urquia avait publié en 2008 une recherche, rapport disponible sur Statistique Canada,  comparant les taux d’issues défavorables de la grossesse (la naissance avant terme, le faible poids à la naissance et l’enfant né à terme avec un faible poids de naissance) avec le niveau de faible revenu des quartiers de résidence des mères.

Les corrélations entre le poids des bébés et la scolarité des mères, ou le faible revenu sont connues et étaient attendues. L’impact de l’immigration semble différencié suivant l’origine ethnique… mais cela est peut-être lié plus au temps écoulé depuis l’arrivée au pays.

Une autre corrélation vient complexifier le portrait : celle avec l’âge de la mère. N’étant pas spécialiste en la matière, j’étais sous l’impression que les mères jeunes (moins de 20 ans) étaient la cible première des programmes de prévention (du genre SIPPE). Pourtant, le nombre de bébés de faible poids et prématurés est de beaucoup supérieur chez les mères de plus de 35 ans… Dans le cas des bébés de faible poids (moins de 2 500 grammes à la naissance), on parle de 26 naissances pour les mères de moins de 20 ans et de 191 pour celles de plus de 35 ans. Est-ce ma vision tronquée et extérieure au domaine ou si on n’accorde pas un peu trop d’importance aux mères très jeunes et pas assez aux plus âgées ?

bonheur, économie

Un article du G&M (que je ne réussis pas à retrouver sur leur site !) de la fin de semaine m’apprend que le gouvernement Cameron de Grande-Bretagne vient de financer une commission pour étudier des alternatives à la mesure « brute » du PIB. Des mesures alternatives de la prospérité, qui ont déjà fait l’objet de travaux par une commission française dirigée par MM Sen et Stiglitz qui remettait son rapport l’an dernier et dont je parlais ici en début d’année. L’article du Guardian commentant la nouvelle, il y a 3 semaines, pointe vers son Data Blog, qui lui même introduit les National Accounts of Well-being (Comptes nationaux du bien-être), où l’on peut comparer les pays (Europe) sur différents indicateurs, mais aussi répondre soi-même au questionnaire qui a servi à construire cet indicateur de bien-être… On peut télécharger le rapport d’analyse ainsi que les tableaux de données à cette adresse.

Suivant le statisticien canadien John Helliwell, « The UK plans are putting into action the two most important elements of the Stiglitz/Sen report: systematically measuring subjective wellbeing as part of a broader national accounting system, and using these data to inform policy choices.» Lorsqu’on cite à plusieurs reprises le Canada comme étant un pays qui sonde ses résidents sur l’appréciation de leur bien-être, je présume qu’on fait référence aux Enquêtes sur la santé des collectivités canadiennes. Lire la suite

rapports de santé

Quelques rapports tirés de différentes sources de veille :

urgences, hôpitaux et CSSS

Le rapport Ross, The Patient Journey Through Emergency Care in Nova Scotia (pdf – 104 pages), sur les services d’urgence en Nouvelle-Écosse, résumé ici par André Picard du Globe and Mail, soulève des questions (et suggère des réponses) qui, même si elles s’inspirent de la situation dans cette province pourraient bien s’appliquer au Québec et ailleurs au Canada.

Plusieurs des recommandations sont connues et ont déjà fait l’objet de multiples rapports ici et ailleurs : de meilleurs services à domicile, des suivis plus adéquats pour les malades chroniques et les personnes avec problèmes de santé mentale… Mais l’une d’entre elles mérite d’être soulignée : salarier les médecins de l’urgence. Ici j’avoue mon ignorance : est-ce que les médecins à l’urgence d’un hôpital comme Maisonneuve-Rosemont sont encore rémunérés « à l’acte » ? Si c’est le cas (comme ça l’est en Nouvelle-Écosse) on peut comprendre qu’ils n’aient pas beaucoup de motivation à ce que les urgences soient libérées des cas bénins car ce sont ces cas qui sont la principale source de leurs revenus.

On peut consulter sur le site de la Régie de l’assurance-maladie du Québec le manuel de facturation des omnipraticiens (464 pages), les lettres d’entente et accords particuliers (996 pages) pour avoir une idée des mécanismes (complexes) de rémunération à l’acte ou mixtes qui sont actuellement appliqués. Il y a aussi un autre manuel de facturation (725 pages) et un ensemble de lettres d’ententes et accords particuliers (417 pages) pour les médecins spécialistes.

Pour avoir fréquenté ces dernières années l’urgence de cet hôpital plus souvent que je ne l’aurais souhaité, en l’occurrence pour y retrouver ou accompagner ma mère, je suis encore surpris, à chaque fois, du nombre effarant de personnes qu’on entasse dans les corridors. Car c’est cela l’urgence : des dizaines de patients couchés sur des civières le long des corridors. Lire la suite

les coûts de santé du vieillissement

Le poids du vieillissement démographique sur les coûts de santé… moindre que prévu ! Cet article Remeasuring Aging, paru dans la dernière livraison de la revue Science, propose deux autres manières de mesurer le vieillissement démographique, en plus du traditionnel indice de dépendance des aînés (proportion des 65 ans et plus sur les 15-64 ans).

Les auteurs proposent un indice prospectif de dépendances des aînés, (POADR, prospective old-age dependency ratio) où, plutôt que d’inclure l’ensemble des personnes de 65 ans et plus, pour tenir compte du fait de la croissance de L,espérance de vie, on établit la proportion des personnes ayant 15 ans d’espérance de vie ou moins, sur les personnes de 20 ans et plus ayant plus de 15 ans d’espérance de vie. Si cet indice a l’avantage de tenir compte d’une espérance de vie en croissance constante, il ne tient pas compte de la proportion, relativement limitée, des personnes ayant besoin de soins et services. C’est ce que tente de faire le deuxième indice proposé par les auteurs : le ratio de dépendance des adultes ayant une incapacité (ADDR, adult disability dependency ratio). Il s’agit du nombre d’adultes de 20 ans ou plus ayant une incapacité rapporté sur le nombre d’adultes de 20 ans ou plus n’ayant pas d’incapacité.

cliquez sur le tableau pour le voir en taille originale

Lorsqu’on utilise ce dernier indice, l’effet du vieillissement démographique prévisible pour les prochaines années n’est plus synonyme de catastrophe ! Au contraire, les perspectives laissent plutôt entrevoir une très grande stabilité dans la plupart des pays quand on compare les prévisions d’ici 20 ans et 40 ans. Le tableau suivant est tiré de l’article en question. À noter que même si l’accès à cet article est limité (sauf pour le résumé – abstract) aux abonnés, il semble que les notes et tableaux supplémentaires (pdf) soient accessibles à tous ! Incidemment, si vous souhaitez obtenir une copie de ce court article (2 pages) je me ferai un plaisir de vous la faire parvenir.

profil de santé – 2009

Un Profil de la santé publié le 15 juin dernier par Statistique Canada, permet d’extraire des tableaux (par région ou province) pour un ensemble de données tirées principalement de la dernière itération (2009) de l’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes.

Par ailleurs, le tableau CANSIM – 105-501 – rassemble quant à lui des indicateurs de santé par régions, et par année (2003, 2005, 2007, 2008 et 2009). Ce qui m’a permis de tracer l’évolution depuis 2003 pour ces régions (Montréal, Québec, Ontario, Toronto et le Canada) sur un certain nombre de questions.

À noter qu’il s’agit de pourcentages. Pour en savoir plus sur les variables on peut consulter la liste ci-contre, pour celles qui se trouvent aussi dans le « profil de la santé » mais j’ai dû me rendre jusqu’au questionnaire de l’ESCC 2009 [pdf] pour avoir des précisions sur la question de l’allaitement. Pour des précisions à propos des rapports entre embonpoint, obésité et l’effet de l’autodéclaration. voir cette page de Statistiques Canada.




Certains graphiques sont plutôt difficile à lire au format actuel : vous pouvez les visualiser en mode plein écran (le petit bouton en bas à l’extrême droite) ou encore cliquer sur les images et les voir dans une fenêtre séparée (que vous pourrez sauvegarder…).

la santé « down under »

the Government will reform the health system to place a greater emphasis on the importance of keeping people healthy and out of hospital, and implement its response to the report of the Preventative Health Taskforce.

Plusieurs commissions australiennes relatives à la santé ont remis leurs rapports en 2009 :

Le budget santé et vieillissement 2010-2011 (pdf de 863 pages) du gouvernement australien tente de répondre à ces constats. En mai dernier, la publication de Taking Preventative Action traçait les grandes lignes de la réponse gouvernementale au rapport du groupe de travail sur la santé préventive.

Tous les gouvernements ne sont pas à sabrer dans leurs systèmes de santé pour rééquilibrer leur budget à court terme !

santé, déterminants et promotion

La dernière livraison de Politiquesociales.net porte à notre attention, comme d’habitude, une foule de documents pertinents.

Sur le thème de la santé, plusieurs rapports sur les inégalités de santé et déterminants sociaux : un rapport français sur obésité et milieux sociaux; un rapport canadien dont j’ai déjà parlé; un rapport de l’OMS-Europe… et plusieurs autres, dont un rapport de l’Institut de santé publique irlandais: Economic arguments for addressing social determinants of health inequalities; et cette stratégie de lutte aux inégalités (London Health Inequalities Strategy) publiée par le Greater London Autority.

Les questions de promotion et de prévention rassemblent aussi plusieurs (8) titres, dont ce guide pour une ville active (A healthy city is an active city: a physical activity planning guide) publié par le bureau européen de l’OMS qui comprend plusieurs outils d’évaluation et d’action.

Dans un troisième volet de la section santé, plusieurs études examinent les réseaux de santé primaires : trois rapports de la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé (en français); une revue de littérature; un rapport australien et un autre de l’Université de Colombie-Britannique, mais aussi ce rapport sur l’expérience suédoise des infirmières cliniciennes Experiences of the new role of advanced practice nurses in Swedish primary health care – A qualitative study. Lire la suite

territoire et responsabilité

La dernière livraison du bulletin Infolettre publié par la chaire GETOS pousse une réflexion intéressante sur la question du territoire et de la responsabilité populationnelle des CSSS. Un autre article du même bulletin présente l’Initiative sur le partage des connaissances et le développement des compétences (IPCDC) et son offre de services en matière de développement des compétences : microprogramme en santé publique; formation sur le soutien au développement des communautés, etc. Ce dernier programme est une formation destinée aux cadres et professionnels qui travaillent sur les plans local et régional et qui sont appelés à promouvoir et à soutenir des initiatives visant la création de milieux de vie favorables à la santé et au bien-être. C’est pas une mauvaise idée, en effet, puisqu’on donne de plus en plus aux cadres des mandats d’intervention dans les milieux (participation à des concertations sectorielles ou intersectorielles, négociations d’ententes de services avec des partenaires…), de s’assurer qu’ils ont la formation nécessaire.

Dans ce même bulletin le Dr Jean Rochon signe un court texte sur trois notions du territoire qui se sont superposées avec le temps : comme zone géographique de distribution, comme frontière d’imputabilité et comme population. Dans ce dernier cas, les limites peuvent changer selon les problématiques. « [L]es types de problèmes ou de risques et la nature des déterminants de santé dictent pour les programmes de santé et de services sociaux des regroupements divers au sein de la population qui peuvent transcender les périmètres territoriaux. »

L’article principal du bulletin, par Louise-Hélène Trottier, présente la responsabilité populationnelle des CSSS en termes d’enjeux territoriaux et de gouvernance locale. Lire la suite

état de santé ? ou de santé publique ?

Si nous devions, un jour, mettre en place un système de mesure de l’état de santé des populations locales, par le biais de sondages et autres sources de données, ce système devrait non seulement mesurer les éléments comportementaux et sociologiques habituellement utilisés pour décrire les facteurs de risques associés aux maladies surveillées, mais aussi identifier les caractéristiques des milieux de vie et micro-milieux qui reflètent les choix et les ressources misent en œuvre par leurs habitants pour faire face à leurs besoins sanitaires et  sociaux.

Une telle approche, que je qualifierais humblement d’écosystémique, nous permettrait non seulement de questionner des individus mais de qualifier des milieux de vie qui sont des « filtres » qui attirent certaines personnes ayant des besoins ou des moyens particuliers, ceux-ci étant souvent corrélés aux maladies chroniques que nous désirons « pister ».

Quand je parle de milieux de vie et que je pense aux personnes âgées vulnérables (hors des CHSLD), je pense aux HLM pour aînés, aux ensembles d’habitations de type OBNL… mais aussi, surtout dirais-je, aux petites et moyennes résidences privées offrant des services aux aînés. Pourquoi « surtout » ? Lire la suite