du sable bitumineux vert ?

Can Canadian oil green-clean itself ? – Tel est le titre d’un article « punch » de Margaret Atwood dans le G&M ce matin. Comment traduire ce titre ? Le pétrole canadien peut-il se verdir ? Se rendre acceptable écologiquement ? Toujours est-il que j’ai tellement aimé cet article, où elle ne ménage ni Harper ni les pétrolières canadiennes, que je vous en propose une traduction…

« Le pétrole canadien a un problème. Ou plutôt il en a plusieurs. Ces problèmes sont : 1. Le bas prix du pétrole; 2. L’image de « pétrole sale » qui colle aux sables bitumineux; 3. Le leadership politique inepte; 4. Les nouvelles formes d’énergie qui arrivent chaque jour.

Parce que le pétrole canadien a des problèmes, le Canada en a aussi. Les deux ont été « joints à la hanche » : si l’un est dans la m… l’autre aussi y est. Ou dans une sorte de m… Que faire ?

Le premier problème – le bas prix du pétrole – est hors de notre contrôle mais l’étendu de nos investissements dans le secteur ne l’est pas. Malheureusement pour nous le gouvernement Harper a trop investi dans le pétrole. Ce qui a pu sembler comme un pari défendable, ce qui explique sans doute que nous n’ayons pas réagi quand Stephen Harper a soutenu le secteur avec des tas (sack-loads) de subventions  : 34 milliards $ par an, selon le Fonds monétaire international, correspondant aux coûts sociaux de cette industrie au Canada. Les emplois et la prospérité seront grands, nous assurait-on. Quiconque osait souffler mot contre le flot de subvention était vu comme non patriotique et quasiment traité comme un terroriste.

Le retour n’a jamais été à la hauteur de l’investissement, mais qui était là pour faire le décompte ? Maintenant que le prix du pétrole est dans la cave et que le dollar a été entrainé à sa suite, signifiant que la plupart de nos importations nous coûtent maintenant 30% de plus. Si on avait diversifié nos investissements sur plusieurs secteurs on aurait aujourd’hui plus d’atouts en main.

Le second problème est l’image de « pétrole sale ». Le sable bitumineux s’est attiré une « aura beurk » (Yuck aura) malgré les efforts faits pour les cadrer comme un pétrole plus éthique que d’autres et les réassurances concernant la sécurité des pipelines, l’efficacité des nettoyages etc. Qu’est-ce qu’une pétrolière intelligente pourrait faire ? Continuer la lecture de « du sable bitumineux vert ? »

transitions écologiques

château de Cerisy-la-Salle, construit au début XVIIe

Le colloque Quelles transitions écologiques ? se tiendra du 1er au 10 juillet prochain, au Centre culturel international de Cerisy en Basse-Normandie.

Dix jours de colloque, avec deux demi-journées de répit seulement. Soixante-dix conférenciers. C’est tout un programme (pdf).

Deux auteurs, découverts au cours des derniers mois (Bihouix et Méda), seront présents, cette dernière comme conférencière et membre du comité directeur de l’évènement. C’est ce qui a d’abord attiré mon attention. Je dois avouer que, mis à part Bernard Perret, je ne connais pratiquement aucun des autres conférenciers ! Les notes biographiques et bibliographiques associées à chacun m’assurent cependant que ce ne sont pas des nouveaux venus…

Cette question de la transition est transversale. Elle devra toucher les partis politiques, les mouvements sociaux et réseaux d’influence les plus divers. Parce que la planète n’a été jusqu’ici qu’un contexte, un non-dit des grandes forces labourant les mers et terres du monde… il faut une prise de conscience nouvelle, qui amène les humains à se situer à cette nouvelle échelle, en regard de nouveaux acteurs, de nouvelles valeurs. Comment ces valeurs seront-elles institutionnalisées, promues, défendues ?

Dix jours de réflexion et de travail, dans un décor planté il y a quatre siècles…

Bon. Après mure réflexion je n’ai pas les moyens de soutenir à moi seul une telle participation (même si le tarif de 800€ pour l’inscription et la pension me semble très raisonnable). Si jamais un lecteur de ce blogue s’inscrit à cet évènement… j’aimerais bien pouvoir échanger avec lui ou elle, et suivre de près, même si ce n’est que virtuellement, le déroulement de ce colloque.

le pic de tout

On a parlé depuis longtemps du Peak Oil, le pic du pétrole, point de la plus haute consommation (ou extraction) au delà duquel la consommation diminuera, inexorablement, et les prix augmenteront tout autant. La mise en production récente de plusieurs nouvelles sources d’énergies fossiles, notamment par le fractionnement hydraulique (fracking), a repoussé quelque peu ce pic pétrolier, au grand dam des écologistes qui comptaient sur ce nouveau choc pétrolier pour accélérer la réduction de la consommation (et des gaz à effets de serre) et induire le passage à des énergies plus propres.

Il semble (We will never run out of oil) que des sources importantes de gaz, pour l’instant peu exploitées, pourraient encore prolonger le règne des énergies fossiles à bon marché : le gaz naturel issu de l’hydrate de méthaneatlantic1305, cette glace qui brûle qu’on trouve sur les fonds marins. Si l’on compte sur les pressions économiques dues à la rareté pour faire changer les habitudes de consommation énergétiques… il faudra se résoudre à créer une rareté artificielle, par des taxes et droits. À moins que la rareté ne se fasse sentir ailleurs.

Dans le graphique suivant on illustre, non pas les « pics » de consommation mais bien, les dates d’épuisement des ressources ! (Voir aussi Metal stocks and sustainability – pdf)

Et ce tableau ne comprend pas les richesses surexploitées que sont l’eau potable (peak water) et les terres arables. Est-ce la « gratuité » de l’eau qui en a accéléré la déplétion ? La fameuse (1968) Tragédie des biens communs (Tradedy of the commons – texte original) de Garrett Hardin semble bien en cours de réalisation. La critique qu’en a fait, à juste titre, Ostrom en mettant en valeur les modes traditionnels coopératifs de gestion du bien commun n’a pas ouvert pour autant de solution aux excès de la logique du marché qui s’applique encore à la majorité des ressources de la planète.

Water in the Anthropocene from WelcomeAnthropocene on Vimeo.

Nous sommes entrés dans l’anthropocène (Wikipedia-fr) : les hommes ont façonné la planète au point de la rendre géologiquement différente de la période précédente, l’holocène. Ont « façonné »… il serait plus juste de parler de saccage, de gabegie aveugle et à court terme, égoïste et cynique de la part de quelques générations d’humains, particulièrement dans quelques régions de la planète (Was America’s Economic Prosperity Just a Historical Accident?). Que faire ? S’orienter vers des sources d’énergie plus propres… réduire drastiquement et rapidement les consommations de charbon à des fins industrielles et de chauffage domestique. Même s’il faut remplacer par d’autres sources fossiles « transitoires », tel le méthane hydrate.

Mais on peut pas seulement changer les sources d’énergie : il faut radicalement réduire la quantité d’énergie (et de matières non renouvelables) consommée par chaque génération, chaque famille, chaque individu. Poursuivre le cours actuel des choses nous conduit droit à un nouvel âge de fer, car il ne restera plus de nickel (ni de cadmium, de cobalt ou de platine…) pour faire de l’acier.

il n’y a pas assez de lithium ou de cobalt sur la terre pour équiper plusieurs centaines de millions de véhicules électriques (…) Le salut passe par ralentissement de la vitesse des cycles, c’est à dire une augmentation considérable de la durée de vie des produits. [Décroissance ou âge de fer]

L’obsolescence (planifiée ou non). Flocons d’avoine et PlayStation.

Lutter contre l’obsolescence c’est exiger des produits garantis pour 5 ans (10 ans, pour certains, non ?) ; c’est exiger des produits réparables ; des produits recyclables, démontables, dont on peut extraire facilement les composantes métalliques… Il semble que l’Europe s’apprête à légiférer en ce domaine. Processus lent, long et fastidieux, plus difficile encore à faire respecter qu’à adopter comme règlement. Mais processus incontournable et utile s’il s’accompagne de l’éducation et de la mobilisation des populations. Ce n’est pas la conscience individuelle, la compréhension intellectuelle des effets nocifs de nos comportements qui nous en fera changer, c’est la conscience collective en acte qui instillera et imposera ces nouveaux comportements. Une conscience allumée, nourrie par tous ces débats mais aussi ces projets, ces actions concrètes – même si très locales.

Il y aura des moments difficiles à passer. Il faut s’y préparer. Et ces petites victoires, ces petits gestes sont autant d’expérimentations et de pratiques construisant les savoirs et les liens dont nous aurons grandement besoin. Un million de révolutions tranquilles sont en marche. La richesse et le nombre des projets collectifs et mobilisations citoyennes décrits par Bénédicte Manier dans ce livre font un peu oublier, compensent pour l’absence de cohérence, de convergence dans ce fourmillement. Naturellement l’auteure ne peut pas inventer ce qui n’existe pas encore… J’aimerais bien transcrire ici la liste des sites web auxquels on réfère dans cet ouvrage.

quartiers en transition

Terminé la lecture de ce fascinant petit bouquin, qui m’introduisait (entre autres) au concept et au réseau des Villes en transition, en transition vers – non pas le développement durable mais – la décroissance.

Le réseau des Villes et communautés en transition est étendu (en anglais : Transition Network). Il y a même un réseau québécois : Réseau transition Québec ! Dans lequel on retrouve quelques quartiers de Montréal : Villeray en transition, Transition Plateau, Transition NDG… Un réseau qui n’a pas encore dix ans, né à l’initiative d’une petite ville anglaise Totnes, visant à préparer les communautés locales à la décroissance, à la réduction de l’empreinte énergétique. Comme le disait Dennis Meadows, en conclusion du livre Penser la décroissance (voir la table des matières) : Il est trop tard pour le développement durable. Cet auteur du livre The Limit to Growth (Halte à la croissance) est bien placé pour le dire. Quarante ans après la publication de ce rapport commandé par le Club de Rome, Meadows peut en effet constater que nous aurions pu, en 1972, éviter l’obligation de décroissance en s’orientant dès lors vers le développement durable. Mais après quatre décennies de développement sans vergogne, sans restriction… il faut se rendre à l’évidence : il faudra réduire, drastiquement, nos consommations d’eau, d’énergie, de métaux…

Nos sociétés sont accrocs au pétrole et aux énergies bon marché, au développement rapide et sans égard à l’avenir et pour lutter contre cette addiction il nous faut d’abord la reconnaître. Même si, à l’évidence, il faudra agir à l’échèle planétaire, les transformations qui seront nécessaires sont tellement profondes que l’approche très locale, quartier par quartier, village par village me semble incontournable. La culture des quartiers, c’est aussi cela.

Une réflexion qui résonnait à l’écoute de l’émission diffusée hier soir Last Call for the Oasis (encore disponible pour 30 jours sur le site de la CBC – mais aussi disponible sur Netflix et iTunes).

<Ajout – 07.24> Voir aussi Anthropocene.info </>