jour du dépassement et court-termisme

Le jour du dépassement était le 20 Août. A cette date, l’humanité a épuisé le budget écologique annuel de la planète. Pour le reste de l’année, notre consommation résultera en un déficit écologique croissant qui puisera dans les stocks de ressources naturelles et augmentera l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère. (…)

En 1993, le jour du dépassement était le 21 Octobre. Ce jour représente la date approximative à laquelle notre consommation de ressources naturelles dépasse la capacité annuelle de la planète à les renouveler. En 2003, cette date était le 22 Septembre. (…) [L]a demande de l’humanité en ressources et services écologiques exigerait une fois et demi la capacité de la Terre pour être satisfaite. [Global Footprint Network]

Quelles solutions ? Faut-il compter sur l’éveil (et la conscience) des grandes compagnies pour changer les comportements et éviter le pire ? C’est ce que laisse entendre Carter Roberts dans The Day the Earth Ran Out : “A few companies — Unilever, Wal-Mart, and Coca-Cola among them — have begun to demonstrate that it is possible to seek both profitability and sustainability.” !

Faut-il limiter le développement ? Donner une nouvelle définition du développement ? Le débat fait encore rage (Is Growth Good ?) entre les tenants d’une solution technologique et les promoteurs d’un “sain catastrophisme” – si vous me passez l’expression. Un des auteurs du livre The Limits to Growth, Jørgen Randers, publiait l’an dernier une étude prospective pour les quarante années à venir : 2052: A Global Forecast for the Next Forty Years (un résumé de 15 page pdf). Il est plutôt pessimiste.

So the climate problem will not be solved simply because we will choose not to solve it. Humanity is in the process of postponing action until it is too late. Not so late that the world will come to an end. But so late that our grandchildren will have a harder life than if we acted decisively today. (…) Why this deliberate procrastination? Because it is cheaper. It costs less – in the short term – to postpone than to act. Not much less, but nevertheless less. And what we are deliberately postponing is a small reorientation of societal investment flows. Away from what is most profitable and towards what is more climate-friendly.

Il conclut son texte “Systematic Short-termism” en laissant entendre qu’à défaut de la mise en place d’une structure internationale capable de contrer la tendance aux décisions à court terme des états nationaux, ce sera la Chine qui pourra, grâce à ses plans quinquennaux visant le long terme, non soumis à l’approbation populaire, changer la courbe du développement et protéger l’avenir de nos petits-enfants. « Otherwise, I predict, it will be the Chinese who solve the global climate challenge – singlehandedly. Through a sequence of 5-year plans established with a clear long term vision, and executed without asking regular support from the Chinese. They are already well on the way, for the benefit of our grandchildren. »

Comment nos systèmes démocratiques et économiques orientés vers le profit et la réussite à court terme peuvent-ils soutenir les actions nécessaires immédiatement pour éviter ou diminuer des pertes prévisibles à moyen terme ?

Publié par

Gilles Beauchamp

Organisateur communautaire dans le réseau de la santé, CLSC Hochelaga-Maisonneuve puis CSSS Lucille-Teasdale, à Montréal, de 1976 à 2012.

6 réflexions au sujet de « jour du dépassement et court-termisme »

  1. Je suis aussi du même avis que Jørgen Randers; je n’ai pas lu son livre mais je suis certain que la nature humaine fera en sorte que nous n’agiront pas tant que nous ne serons pas acculé au pied du mur.

    La majorité des gens vivent pour l’argent et c’est bien plus profitable de ne rien faire, de pelleter le problème grandissant vers nos futures générations que de décider de s’en occuper maintenant.

    Peut-être suivront nous un jour l’exemple des Chinois en adoptant leurs modèles de plans à long terme… En tout cas, merci pour l’article c’était bien informatif !

  2. Merci Maxime de ce commentaire. Si les jeunes générations sont aussi pessimistes que les “vieilles”… on est pas sorti du bois !

    Je sens aussi qu’il y a un effet structurel… de l’ordre du “un tiens vaut mieux que deux tu l’auras”… Mais pourquoi n’y aurait-il pas un “mouvement des 99%” qui se lèverait, un beau jour, après que l’on ait répété mille fois qu’il sera trop tard… qu’il est déjà trop tard ? Il faut préparer le terrain, faire comme si ça devait arriver. Et ça arrivera. Même si c’est plus tard qu’on voudrait.

  3. Comment faire pour enclencher le “mouvement des 99%” ? C’est plutôt là le problème, non? Personne n’osera se lever contre le monde entier sans être certain d’être soutenu par la vaste majorité de la population. Et je suis certain que la plupart des gens sont au courant du problème, mais ça ne les touche pas directement.
    Donc pourquoi agir quand on peut tout simplement laisser le problème “disparaître” dans le décor. Des articles sur le sujet sont publiés de temps à autre, on se sent touché par la gravité des choses et puis on se laisse distraire par le premier vidéo de chatons sur youtube, et on oublie.

    Je crois que les gens attendront d’être personnellement affecté avant de bouger le petit doigt. Pour créer un mouvement de masse maintenant, ça prendrait tout un leader…

  4. Oui, je suis d’accord “les gens attendront d’être personnellement affecté avant de bouger le petit doigt”. Et même ils accepteront sans doute d’être passablement affectés avant de s’engager dans des changements “inconfortables”.

    Mais je crois aussi (encore) que l’animal humain peut être entrainé, préparé à changer. Ce qui ne veut pas dire que le changement sera facile. Mais justement parce qu’il sera difficile il faut s’y préparer, acquérir des compétences, des relations, augmenter la résilience de nos sociétés.

    Plus facile à dire qu’à faire… augmenter la résilience. Mais c’est comme ça que je comprend l’intérêt de tous ces projets locaux de villes et quartiers en transition qui n’ont sûrement pas l’ampleur et le pouvoir de régler les choses définitivement, mais qui sont des manières de se faire des muscles démocratiques, de développer la capacité d’agir, de changer, de débattre et faire des choix difficiles en évitant les préjugés et guerres de religion. Même cette avenue (développer la résilience des sociétés et communautés locales-régionales) n’est pas sans ambiguité : la démocratie est parfois longue et source de frustration et blocages. N’est ce pas ce qui faisait dire à Jørgen Randers qu’un gouvernement central non démocratique comme celui de la Chine pourrait agir alors que les autres seraient encore à débattre ou à utiliser les subtilités démocratiques pour repousser ou détourner les changements nécessaires.

    Peut-être… mais ce qui me fait encore croire que la démocratie a plus d’atouts que de défauts, c’est que les changements qui seront nécessaires seront si profonds, si radicaux qu’ils seront mieux atteints par une participation volontaire active que par des appareils décisionnels sophistiqués et puissants.

  5. Effectivement, je crois qu’avec notre modèle de société actuel il vaut mieux commencer par des changements plus locaux, plutôt que d’essayer de changer le monde entier d’un coup. Il est vrai qu’en utilisant la démocratie, le changement sera plus fastidieux et lent mais je suis totalement d’accord avec le fait qu’il sera ancré en nous, puisque nous aurons pris la décision d’obtempérer à ces changements.

    Cette discussion m’a fait réfléchir et je vois désormais la situation d’un autre oeil… Au lieu d’essayer de convaincre le Québec ou le Canada tout entier à changer ses habitudes de vie, je pourrais pousser 2 de mes proches à instaurer des modifications à leur vie quotidienne. Si chaque personne parvient à en convaincre 2 autres, nous pourrions arriver à quelque chose d’intéressant. Au lieu d’essayer de franchir un mur insurmontable, nous pourrions simplement prendre les escaliers juste à côté.

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