Languirand résume Les sources du moi

Tombé par hasard sur cette partie d’une émission Par quatre chemins, où Languirand résume en 5 minutes la brique de Taylor “Les sources du moi”. Il m’aura fallu, à moi, plusieurs mois pour terminer l’oeuvre (excellente) de ce philosophe canadien. Et je n’ai pas osé tenter un résumé. Je trouve celui-ci fort intéressant… aussi l’ai-je transcrit, pour vous.

Par Jacques Languirand, émission Par quatre chemin,  16 mars 2013 (à partir de la minute 29:10  jusqu’à 34:10) . Transcription de G.B.

D’où vient le sentiment que nous éprouvons ordinairement d’être soi, nous dit Taylor, d’être doté d’une consistance et d’une profondeur intérieure ?

L’enquête du philosophe canadien montre que cette identité moderne a une histoire. Il y a tout d’abord une histoire de la pensée qui légitime peu à peu le recours à l’introspection. Dans ses confusions (Rires). Excusez moi.

Dans ses Confessions, Saint-Augustin donne ainsi cette consigne : Au lieu d’aller dehors rentre en toi-même, c’est au coeur de l’homme qu’habite la vérité. Puis ce sera Montaigne qui écrira : Chacun regarde devant soi; moi je regarde dedans moi, et je n’ai affaire qu’à moi. Mais Taylor évoque également le fameux « Je pense, donc je suis » de René Descartes. Le protestantisme apportera ensuite la valorisation de la vie ordinaire, c’est-à-dire  matérielle. Le travail, la production, le bien, la famille, enfin le processus de sécularisation achève de débarrasser l’homme de toute transcendance pour mieux retrouver en lui-même la vérité de ses actes. Taylor reprend à son compte la phrase du poète Herbert qui dit chaque être a sa propre mesure.


Les Sources du moi est une contribution importante à la compréhension de l’individu contemporain. Il montre que l’individualisme de notre temps n’est pas, ou pas seulement une conséquence du libéralisme politique et économique dominant. La quête d’authenticité qui semble marquer notre époque possède, selon lui, une véritable force morale. Elle est source d’exigence éthique et de nouvelles valeurs pour la société car chacun attend désormais une reconnaissance sociale de son identité. Taylor échappe ainsi aux polarisations habituelles des analyses de l’individualisme. Des auteurs comme Christopher Lasch, Richard Sennet ou plus près de nous, Alain Ehrenberg ont ainsi décrit un individualisme corrosif entrainant un replis narcissique, valorisatif de la vie privée, désengagement politique, souci de soi etc. Soit la dépression née de l’obligation d’être autonome. D’un autre côté des sociologues comme Anthony Giddens, Jean-Claude Kaufman, et (Françoise Lesimple ?) ont pointé comment ont récemment émergé une réflexion sur une invention de soi, ou encore, des relations familiales démocratiques. Démocratie familiale, bien, qui offre pour le meilleur de nouvelles marges, marges d’action et de choix aux individus. Pour Taylor l’individualisme contemporain ne saurait se réduire à l’une ou l’autre de ces facettes. Certes la dimension narcissique et ses dangers sont inhérents à la constitution du moi moderne. Mais, il dit, un subjectivisme total, et parfaitement conséquent, tend vers le vide. Aucun accomplissement n’aurait de valeur dans un monde où littéralement rien n’aurait d’importance que l’accomplissement personnel. De fait le moi comporte également une dimension altruiste et de bienêtre et de justice en ce que chaque individu est considéré comme digne, respectable. L’exigence de liberté, enfin, sauve l’individu de l’isolement puisque ce droit individuel doit être garanti collectivement. Être libre. Être libre c’est entretenir un lien politique avec les autres qui définit les conditions de notre conscience. Et de notre coexistence. Souvent classé comme « communautariste », le philosophe rappelle aussi que l’identité personnelle est aussi toujours une identité collective. Reconnaissant l’individu comme valeur positive il le met en garde contre ses propres excès. Trop d’individualisme tue l’individualisme.

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