quel projet de société ?

Un autre sondage rappelait récemment à quel point les gens se méprennent sur la signification d’une dette publique, en y appliquant les principes d’un “bon père de famille” qui évite l’endettement. Mais comme le rappelait encore une fois Krugman (Nobody Understands Debt) : une famille, un individu emprunte aux autres, alors que la société s’emprunte à elle-même. Mais les dirigeants aiment bien cette image du ménage de la mère économe (thrifty Swabian housewife), icône chère à Angela Merkel. C’était avant que M. Coiteux, président du Conseil du trésor québécois, reprenne encore une fois cette inepte comparaison des budgets d’un État et d’une famille. Irresponsable, même, pour un gouvernement, disait ce chroniqueur.

Vouloir à tout prix et au plus vite réduire les dépenses et atteindre l’équilibre, puis les surplus budgétaires, c’est vider de sens l’action publique, et renvoyer au privé, à la friche le terrain autrefois occupé, cultivé par celle-ci. C’est appliquer un dogme, celui de la décroissance, planifiée ou provoquée, de la puissance publique, cette capacité d’action collective appuyée sur des institutions et compétences, des contrats, sur une histoire. La décroissance étant le prix à payer pour atteindre l’équilibre, un déséquilibre qu’on a par ailleurs accentué en refusant de récupérer les sommes dues par les riches mais rétifs contribuables ou en réduisant les impôts, supposément pour soutenir l’économie.

Mais il ne faudrait pas donner à la dernière itération (réformes Leitão – Barrette – Couillard, programme Harper) de cette réorganisation permanente utilisée par les politiques pour masquer la vacuité de leurs intentions (c’est Sénèque qui disait cela) plus de sens qu’elle en aura. Ce qui compte vraiment c’est la poursuite, l’approfondissement de l’inaction et de l’impuissance affirmée du pouvoir public, son refus de l’engagement dans un avenir, dans un projet de transformation appuyé sur une vision de notre société qui aille au-delà de la préservation de la cote de crédit du gouvernement et des libertés et garanties offertes aux capitaux.

Combien on gage que dès que l’équilibre sera atteint, ce gouvernement n’aura d’autre projet que de réduire les impôts…

Publié par

Gilles Beauchamp

Formation en recherche culturelle, de 1973 à 1976, puis en sociologie de 1986 à 1993, à l'UQAM. Organisateur communautaire dans le réseau de la santé, CLSC Hochelaga-Maisonneuve puis CSSS Lucille-Teasdale, à Montréal, de 1976 à 2012.

Une réflexion sur « quel projet de société ? »

  1. C’est pas faux!
    C’est en effet la vraie question: quel projet de société? Malheureusement, la plupart des gens n’en ont pas collectivement. Quand le seul projet de société soit de baisser les impôts, ça ne fait pas des enfants forts. Peuple québécois, bordel de merde, réveillons-nous!!!!!!

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