Institutionnalisme et théorie de l’action

Les travaux institutionnalistes lient l’action individuelle et collective aux institutions (règles, normes, culture) qui structurent la société, offrant une alternative aux approches purement économiques, en montrant que les acteurs sont influencés par des motivations variées (solidarité, rivalité, etc.) et les contraintes de leur environnement. Ils décrivent un processus dynamique où les institutions façonnent l’action (par l’encastrement, la légitimité) tout en étant elles-mêmes créées et modifiées par l’« action institutionnelle » collective, soulignant le rôle de la « futurité » (anticipations) et des ajustements quotidiens. 

Principales contributions institutionnalistes à la théorie de l’action

  • Motivations Plurielles : Contrairement à l’homo economicus, l’institutionnalisme (Veblen) reconnaît des pulsions diverses (solidarité, curiosité, travail bien fait, etc.) qui influencent l’action.
  • Encadrement de l’action : Les institutions (culturelles, économiques) conditionnent les interprétations et les choix des acteurs, les plaçant dans des « champs » spécifiques.
  • Action Collective et Travail Institutionnel : Le changement n’est pas seulement l’œuvre d’entrepreneurs individuels, mais d’un effort collectif et souvent discret pour maintenir, modifier ou créer des institutions, impliquant ajustements et compromis.
  • Importance de la « Futurité » : Les actions sont orientées par des anticipations et des représentations du futur, inscrites dans les cadres institutionnels (Commons, Keynes).
  • Interaction dynamique : Les institutions et les actions s’influencent mutuellement : les institutions contraignent l’action, mais celle-ci, via le travail institutionnel, peut aussi transformer les institutions. 

Lien avec la théorie de l’action (au sens large)

  • L’institutionnalisme enrichit la théorie de l’action en montrant que l’action n’est ni purement rationnelle (choix rationnel) ni totalement déterminée par les normes (cognitivisme pur), mais située et encastrée dans un contexte historique et social complexe.
  • Il met en lumière les « processus » d’institutionnalisation, où les acteurs (individuels et collectifs) créent et recréent constamment le monde social par leurs pratiques. 

En somme, les travaux institutionnalistes fournissent un cadre pour comprendre comment les structures sociales (institutions) et les acteurs interagissent de manière évolutive, loin d’une vision figée de l’action humaine.

À propos de la théorie institutionnaliste

L’apport des théories institutionnalistes au renouvellement de l’approche d’économie politique, par Diane-Gabrielle Tremblay, dans la revue Interventions économiques de 2002, en accès libre. Une douzaine de pages (+ biblio) dont voici le résumé :

Le présent texte s’inscrit dans la perspective d’un renouvellement des approches théoriques en économie politique, et plus particulièrement en réponse à un appel du comité de rédaction de la revue Interventions économiques, qui souhaite lancer un débat sur les positions des chercheurs et intervenants en matière d’économie à l’heure actuelle. Pour commencer ce texte sur la vision institutionnaliste de l’économie, je propose d’interroger d’abord l’attitude actuelle des économistes, en particulier celle de ceux qui soutiennent la vision dominante actuellement en science économique, ainsi que les thèses qui nous mènent à la révision du rôle – pour ne pas dire au retrait – de l’État, ce qui se traduit notamment par le développement de la précarité d’emploi, la hausse du chômage et l’exclusion que nous constatons tous depuis quelques décennies. Je commence donc par présenter ma vision des thèses dominantes en regard de la redéfinition du rôle de l’État et de l’entreprise privée dans le contexte économique actuel, avant de présenter quelques aspects de la vision non orthodoxe, mais tout à fait pertinente à mes yeux, à savoir celle des économistes institutionnalistes, qui suscite nombre de questions par rapport à la vision dominante.