langage et cerveau : deux conférences

L’école d’été de l’Institut des sciences cognitives de l’UQAM porte sur le thème de l’origine du langage cette année. La conférence d’ouverture par Ray Jackendoff : What is language ? est ouverte à tous. Lundi, 21 juin, à 19h30 à la salle Alfred-Laliberté du pavillon Judith-Jasmin de l’UQAM. “(…) evidence that the syntactic component of language has a layered structure, with more “primitive” means of mapping between sound and meaning operating alongside of the more sophisticated mappings we are accustomed to considering in syntactic theory. These more primitive mappings constitute a scaffolding that is revealed in language acquisition, in language processing, and in language deficits.

Celle donnée par le professeur Roger Moore, aussi ouverte à tous, sur la question : Spoken Language Processing: Where Do We Go From Here? (pdf) se tiendra à 11h00, le même jour, à la salle 603, du McConnell Engineering Building, 3480 rue University. Le professeur Moore s’intéresse au traitement informatisé du langage, qui semble rencontrer des difficultés (the quantity of training data required to improve state-of-the-art systems seems to be growing exponentially) dans la forme actuelle. En s’inspirant des découvertes récentes en neurobiologie, de nouvelles perspectives semblent s’ouvrir. Quatre dimensions seront examinées :

[T]he growing evidence for an intimate relationship between sensor and motor behaviour in living organisms, the power of negative feedback control to accommodate unpredictable disturbances in real-world environments, mechanisms for imitation and mental imagery for learning and modeling, and hierarchical models of temporal memory for predicting future behaviour and anticipating the outcome of events.

Cette deuxième conférence n’est pas directement au programme de l’école d’été de l’Institut, mais elle est drôlement bien placée pour intéresser ceux qui seront déjà dans la région pour l’événement !

et les interrogatoires ?

A memory is only as real as the last time you remembered it. The more you remember something, the less accurate the memory becomes. [Frontal cortex, memory is fiction] Cela soulève toutes sortes de questions à propos de l’effet que les multiples interrogations (que les enquêteurs ou policiers réalisent auprès des témoins lors de leurs interventions…) peuvent avoir sur la mémoire des dits témoins : consolider une mémoire de plus en plus éloignée de ce qui s’est vraiment passé… autour d’un discours de plus en plus fidèle à lui-même plutôt qu’à l’événement dont on a été témoin !

neurosciences et prévention

Jusqu’où irons-nous dans l’utilisation des savoirs neurologiques pour rendre nos campagnes de promotion-prévention plus efficaces ?

Sans doute avons-nous encore beaucoup de chemin à faire seulement pour “accoter” les campagnes des promoteurs de substances et dépendances… Le Centre d’analyse stratégique français publiait une étude en mars dernier : Nouvelles approches de la prévention en santé publique – L’apport des sciences comportementales, cognitives et des neurosciences (PDF 156 pages), avec des têtes de chapitre éloquentes :

  • Dans le cerveau du fumeur : neurosciences et prévention du tabagisme (ch. 7)
  • Agir sur les comportements à différents niveaux dans la prévention des maladies chroniques (ch. 2)
  • Les neurosciences du consommateur au service de la prévention ? (ch. 4)…

Les Britanniques aussi y sont allés d’un substantiel rapport, avec MINDSPACE: Influencing behaviour through public policy. Le rapport complet fait 96 pages, et le «guide pratique», 23.

Ces références (et d’autres) tirées de cet article de Hubert Guillaud, L’étude des comportements peut-elle permettre de les changer ? (3/4) : Transformer les politiques publiques.

Paru aujourd’hui sur internetActu.net.

simulations du cerveau

144 teraoctets de mémoire, 147 000 processeurs… les ensembles de connexions prétendant simuler la complexité neuronale deviennent géants ! Mais ils ne sont pas plus convaincants. Comme le dit Lehrer:

the talents of our mind are inseparable from the evolved quirks of its machinery, which suggests that simply crossing some arbitrary computational threshold – such as simulating 1.6 billion ersatz “neurons” – doesn’t mean very much if those simulations aren’t rooted in biological reality. A neuron isn’t just another electrical switch; our cells are much more interesting than that. (…) [w]e sometimes forget that the “mind is like a computer” metaphor is only a metaphor. The mind is really just a piece of meat.

La simulation du cerveau par un ordinateur me semble aussi improbable que la simulation de la vie : les seules choses qu’on réussit à simuler sont des caricatures de vie (ou de fonctionnement neuronal) parce que la “programmation” de la vie (et du cerveau) ont été faites par un horloger aveugle.

quarante ans de neurosciences

 

 

Pour le quarantième anniversaire de la Society for Neuroscience  la revue Journal of Neuroscience fait un bilan du développement des dernières décennies.

Des articles accessibles gratuitement in extenso, dont certains sont plus techniques que d’autres. Mais Eric Kendel, prix Nobel de physiologie en 2000, écrit dans un langage clair et accessible. Pour ceux qui préfèrent le français, il a publié chez Odile Jacob, À la recherche de la mémoire.

art et science

Je ne pouvais passer sous silence cet excellent petit bouquin (199 pages, avant notes et index): Proust was a neuroscientist, par Jonah Lehrer.

D’une lecture passionnante, Lehrer nous présente les oeuvres d’un écrivain (Whitman) puis d’un chef-cuisinier (Escoffier), et Proust, puis Cézanne, puis Stravinsky, puis, finalement deux autres écrivainEs (Gertrude Stein et Virginia Wolfe) où chaque fois, dans un langage clair, il nous démontre comment ces artistes ont précédé la connaissance scientifique en neurophysiologie. À chaque fois ces auteurs ont découvert ou utilisé, le plus souvent à l’encontre des canons de leur époque, des dimensions essentielles du fonctionnement du cerveau : la mémoire n’est pas un miroir mais bien un processus créatif; l’oeil aussi doit recréer, réinterpréter ce qu’il voit… le 5e goût, l’umami, n’a été reconnu scientifiquement que longtemps après que les recettes d’Escoffier en aient mis en valeur l’essence… alors que Wolfe mettait en scène la fragile et contradictoire unité du sujet… reconnue finalement par les sciences de l’humain.

Non seulement Lehrer fait-il le tour de 8 auteurs ou artistes, mais il a le talent d’inscrire ces derniers dans le contexte de leur époque, de nous faire saisir (au moins en partie) les enjeux de leur art. Il termine sur un “Coda” plus contemporain et polémique où il critique Steve Pinker (The Blank Slate),  et E.O. Wilson (Consilience). C’était bon, jusqu’à la dernière page. Vivement How We Decide.