logement social et communautaire – jour 1

J’ai rencontré des passionnés, des allumés, des convaincus. C’était des professionnels chevronnés et dévoués, des citoyens engagés, des entrepreneurs sociaux créatifs. Des animateurs de communautés, des défenseurs et promoteurs de droits sociaux et aussi des gestionnaires et élus responsables et à l’écoute.

Pour la seconde fois en deux ans (voir billets d’alors) j’ai eu la chance d’assister au colloque du Réseau québécois des OSBL en habitation (RQOH) qui se tenait à Montréal, accolé cette fois à celui de l’association canadienne : l’ACHRU-CHRA 1. Un rassemblement de 750 personnes avec un programme impressionnant !

L’atmosphère était nettement plus optimiste qu’il y a deux ans. Le nouveau gouvernement libéral promettant des investissements à court terme et l’élaboration collaborative d’une stratégie à long terme d’ici deux ans.2

En plénière d’ouverture du 12 avril, l’architecte Ryan Gravel présenta différents exemples de  revitalisation où des infrastructures obsolètes (ex : voies ferrées inutilisées) sont réaménagées pour faire place à de nouvelles manières de vivre en ville. L’exemple d’Atlanta, où habite l’auteur du livre Where we want to live, était particulièrement démonstratif. Je me demandais comment nous, montréalais, pourrions profiter de tels réaménagements le long de cette voie ferrée qui entoure justement les quartiers centraux. Il nous faudra trouver moyen de négocier avec des compagnies ferroviaires qui ne sont pas faciles d’approche ! Une alliance canadienne des forces et expériences serait certainement utile à ce propos.3

L’atelier portant sur “Permaloge” présenta cette idée, qualifiée d’audacieuse par les promoteurs eux-mêmes (RQOH), qui viserait à appliquer le principe du Fonds des générations au domaine du logement communautaire et social. C’est une proposition complexe sur laquelle je devrai revenir dans un prochain billet. Pour le moment disons en résumé qu’il s’agirait de financer le logement social et communautaire par une émission d’obligations gouvernementales à 3 % dont les résultats en terme de fonds levés seraient réinvestis par une instance compétente (ex. la Caisse de dépôts) produisant des revenus à hauteur de 7-8%. La différence entre les intérêts payés sur les obligations et les revenus tirés de l’investissement servant à financer le logement social. Ici la modélisation appliquée à l’échelle d’un logement.

permaloge_modelisation

Dans la même veine, mon atelier suivant présentait  Valocom, une autre proposition du RQOH qui vise cette fois à répondre aux besoins de travaux et de valorisation de l’équité accumulés par le secteur du logement communautaire dont les actifs sont évalués à près de 5 G$.

Sans aller très loin dans l’analyse de cette approche de financement obligataire je me demande si l’argument de vente principal des promoteurs de Permaloge (libérer le gouvernement de la charge des logements subventionnés par PSL après 15 ans) n’est pas aussi son talon d’Achille. N’est-ce pas là une forme de privatisation de la responsabilité de l’État ? Dans 15 ans seulement, c’est mieux qu’un retrait immédiat comme on en parle en laissant entendre qu’Accès-logis pourrait disparaître. J’y reviendrai. [Pour un retour historique sur ce programme voir AccèsLogis Québec (1997-2015) : les hauts et les bas de la co-construction d’une politique publique (pdf)]

En fait c’est d’un repli de l’investissement « dans la pierre » qu’il est question, en prétextant que la subvention à la personne (PSL) est plus adaptable et que le marché privé peut s’occuper d’investir dans « la pierre ». Cette question “la pierre ou la personne” ouvrait la plénière qui terminait la journée du 12 pour le RQOH : Les municipalités et le développement du logement communautaire. Trois maires, de petite, moyenne et grande municipalités, représentant les deux fédérations et la ville de Montréal ont répondu à des questions telles « Financement de la pierre ou des personnes ? ».

J’ai été agréablement surpris de la vigueur avec laquelle les élus municipaux ont défendu l’importance de l’investissement à long terme, « dans la pierre ». Et aussi de quelques réparties critiques, notamment de la Ville de Montréal, à l’endroit de la SHQ : « Accès-logis 2.0, ça ne veut rien dire », ou encore « On travaille avec les coûts admissibles de 2009… On fait du travail que la SHQ refera ! ». Voici quelques gazouillis (tweets) rédigés en rafale (les 12 premiers en 26 minutes !) durant la plénière reprenant, résumant certaines déclarations des maires.

gilles_a gillesenvrac
Municipalités et développement logement communautaire, panel de 16h à 17h30 Copeman (Mtl) Cusson (UMQ), Thibert (FQM)
16-04-12 16:26
gilles_a gillesenvrac
Aide à la personne ou à la pierre ? Les deux… L’un est flexible, l’autre est permanent… La ville de Mtl veut les deux. #untoitundroit
16-04-12 16:31
gilles_a gillesenvrac
L’aide à la pierre est plus structurant. Contribue mieux à la revitalisation des quartiers. Maire Drummondville, UMQ #untoitundroit
16-04-12 16:33
gillesenvrac
FQM, les deux approches sont complémentaires. Le supplément est essentiel dans les petits milieux. Préserver multi approches #untoitundroit
16-04-12 16:35
gillesenvrac
Rôle des municipalités dans le logement communautaire ? On connaît le terrain, accessibilité, exclusion. Mais peu consultés #untoitundroit
16-04-12 16:39
gillesenvrac
Petites municipalités souvent même pas une personne pour s’occuper de ça. connaît les problèmes, mais faut avoir les moyens #untoitundroit
16-04-12 16:40
gillesenvrac
Montréal est mandataire. On travaille avec les coûts admissibles de 2009… On fait du travail que la SHQ refera ! #untoitundroit
16-04-12 16:42
gillesenvrac
Travailler sans être assujettis à des règles parfois archaïque. Montréal. #untoitundroit
16-04-12 16:43
gillesenvrac
FQM Les programmes doivent tenir compte des capacités des petites municipalités #untoitundroit
16-04-12 16:45
gillesenvrac
MTL 25000 ménages en attente de logement. Accès logis 2.0 ne veut rien dire… #untoitundroit
16-04-12 16:46
gillesenvrac
MTL veut répondre aux besoins avec le fédéral et le provincial, prendra beaucoup d’efforts conjoints. #untoitundroit
16-04-12 16:48
gillesenvrac
Qu’arrivera-t-la fin de conventions ? On veut participer aux discussions partenaires du gouv fédéral et avec les org. comm. #untoitundroit
16-04-12 16:52
gillesenvrac
Logement communautaire un investissement, pas une dépense. #untoitundroit M. Cusson
16-04-12 17:00
gillesenvrac
Important d’informer les élus pour soutenir les projets, pour réduire les préjugés. @RQOH_ #untoitundroit
16-04-12 17:07

Atelier municipalités et logement communautaire

gillesenvrac
Impôt foncier, impôt le plus régressif et moins adapté à la redistribution. Mais Ville a rôle lutte pauvreté, itinérance. #untoitundroit
16-04-12 17:09
gillesenvrac
250 000 ménages au Qc paient +50% de leurs revenus pour se loger, faut trav. avec villes pour changer ça. Corriveau @RQOH_ #untoitundroit
16-04-12 17:25
  1. Association canadienne d’habitation et de rénovation urbaine  (retour)
  2. Cette perspective vue du Québec, on peut souhaiter qu’elle ne servira pas d’excuse ou de paravent à la contraction des efforts du gouvernement provincial en matière de logement social.  (retour)
  3. Voir cette petite animation que j’ai développée en 2001-2002 – les techniques d’animation n’étaient ce qu’elles sont devenues !  (retour)

placements à impact social

Durant cette période à chaque année, les banques, caisses, fonds divers se bousculent à l’écran pour nous rappeler qu’il faut placer notre argent en escomptant les meilleurs rendements, pour nos vieux jours ou nos petits enfants… Des rendements qui se mesureront : ferez-vous du 3%, du 8 % ou bien du 0,85% ? Mais les effets d’un placement peuvent se mesurer autrement qu’en termes simples de dollars et cents : impact social, placements éthiques ou responsables.

Un aspect intéressant de la conjoncture actuelle où les retours sur les épargnes des petits épargnants sont tellement modeste qu’ils en deviennent microscopiques : le placement éthique n’est pas “coûteux”, il peut rapporter autant que le placement “prudent”, tout en ayant des impacts non financiers hautement désirables.

Pédagogique comme toujours, Gérald Fillion invitait récemment Brenda Plant, du groupe Éthiquette, pour nous expliquer la différence entre investissement responsable, placement éthique ou à impact social. Effectivement, ce site est bien fait, et se veut neutre à l’égard des différents produits financiers sur le marché. Pour ma part j’ai découvert cette ressource par le biais de la Caisse d’économie solidaire de Desjardins.

À titre d’épargnant mais aussi à titre d’administrateur d’OBNL, j’ai été agréablement surpris de découvrir l’existence de l’obligation communautaire. Une obligation émise par une OBNL, donnant lieu à un intérêt, qu’on imagine corrélatif au risque. Imaginez, dans le domaine du logement, une obligation communautaire permettant à une OBNL d’acquérir, de rénover de nouveaux logements.

Naturellement si cette OBNL en habitation, grâce de telles obligations, ne faisait que se poser en compétiteur de l’investissement privé… comment pourrait-elle poursuivre ses buts non-lucratifs de logement abordable et de qualité pour ménages à faible revenus ? L’obligation communautaire ne peut remplacer l’intervention publique dans le domaine du logement. Une intervention qui est depuis quelques années mise à mal, comme en témoigne le dernier Cahier du CRISES : AccèsLogis Québec (1997-2015) : les hauts et les bas de la co-construction d’une politique publique (PDF), par Yves Vaillancourt, Marie-Noëlle Ducharme, François Aubry et Stéphane Grenier. Réduction drastique du nombre de logements construits, bris de contrat  avec le Fonds québécois d’habitation communautaire (FQHC)…

Est-ce que les projets d’investissement dans les infrastructures du gouvernement fédéral pourraient annoncer un “retour” du fédéral dans le domaine du logement social ? C’est une question que pose les auteurs de l’étude en fin de parcours historique. Mais quelle que soit la réponse à cette question, l’obligation communautaire m’apparait non seulement comme un levier financier mais aussi une manière d’enraciner l’organisation dans sa communauté, de stimuler l’attachement et la responsabilité des membres de la communauté à l’égard de leur milieu de vie.

Deux évènements aborderont prochainement des questions similaires.

Tout d’abord le Symposium Économie sociale et finance solidaire, qui soulignera simultanément plusieurs anniversaires : le 50e anniversaire du CIRIEC-Canada, le 45e anniversaire de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, le 30e anniversaire du CRISES et le 20e anniversaire de Fondation. Le programme de la journée du 4 février s’ouvre avec des conférences de Benoit Lévesque et Gérald Larose. Malheureusement pour moi je ne pourrai participer à cette matinée, étant engagé à l’autre bout de la ville pour une réunion dont je ne peux être dispensé. Mais je me précipiterai peut-être pour la seconde moitié de l’évènement sur le thème de l’émergence de nouvelles entreprises sociales. du capital patient et de la finance solidaire. Si quelqu’un pouvait m’enregistrer les conférences de Lévesque et Larose… j’aimerais bien !

La seconde activité d’intérêt se tiendra une semaine plus tard, le 11 février, au Chantier de l’économie sociale (rue Fullum à Montréal) sur le thème : Une journée pour plus d’impact social ! Journée de partage et discussions visant à “maximiser l’impact social de nos organisations”. On veut briser les silos et stimuler la créativité dans les échanges.

Vous remarquerez que ces deux activités sont gratuites. Je remarque pour ma part que ces deux événements ont utilisé la plateforme Eventbrite pour gérer l’inscription à leurs activités, une plateforme qui m’a permis de les inscrire directement à mon agenda Google (plusieurs autres agendas possibles). Il était temps !!