
Le livre de Manuel Cervera-Marzal et Bruno Frère, Pour une démocratie sauvage, se veut une critique de la sociologie déconnectée, promouvant une pratique engagée, liée aux luttes et expérimentations du terrain (zones à défendre – ZAD, expérience zapatiste). Une liaison qui ressemble à un maillage, un liannaj, selon le terme de Glissant et Chamoiseau cité par Cervera-Marzal et Frère. Je commence seulement ma lecture de Pour une démocratie sauvage, sous-titré Une sociologie charnelle au cœur des luttes et des conflits. L’introduction et la conclusion m’invitent à poursuivre. Comment s’ancrer dans le réel, le concret sans perdre de vue le général.

La critique que fait Abraham de l’innovation sociale dans Les éboueurs du capital est dure. Il se justifie de cette dureté pour en avoir lui-même été promoteur, dans ses cours, d’une forme floue d’innovation sociale. En fait, non, son cours lui a servi de terrain pour clarifier et, finalement, dénoncer le flou de ce concept utilisé à tout crin.
Il dénonce avec verdeur le « capital de bienfaisance » qui finance des activités charitables, communautaires et d’innovation sociale qui ne font que ramasser les ordures du capitalisme, prolongeant d’autant un système néfaste pour la société et la planète. Tout du long d’un texte plutôt court1la plaquette ne faisant pas cent pages… mais tout de même vendue 18$ je me suis demandé « Mais par quoi souhaite-t-il remplacer ce système ? » Ce n’est que dans l’épilogue (page 89) qu’il dit :
C’est le modèle des communs qui doit être privilégié avant tout, du moins celui que promeut la tradition marxiste autonomiste. Par ce terme je désigne des collectifs humains qui se constituent pour satisfaire par eux-mêmes et pour eux-mêmes une ou plusieurs nécessités de l’existence (se nourrir, se loger, se déplacer, se réjouir, se former, se soigner…) en partageant les moyens nécessaires Pour ce faire et en décidant démocratiquement de leur mode de fonctionnement tout en s’entraidant.
Je reviendrai bientôt sur une telle perspective utopique.
La loi du capitalisme
[Présentation de l’éditeur – ma traduction] Même si le capitalisme a traditionnellement été décrit comme un système économique, il s’agit en réalité d’un régime juridique profondément ancré. Le droit fournit les outils permettant de codifier des objets simples, des promesses et des idées en tant qu’actifs de capital. Il offre également les moyens de contourner les contraintes juridiques que les sociétés ont souvent imposées au capitalisme. Souvent salué pour avoir généré des niveaux de richesse sans précédent dans l’histoire de l’humanité, le capitalisme est également en grande partie responsable des deux plus grands problèmes auxquels l’humanité est aujourd’hui confrontée : l’érosion de la cohésion sociale et politique, qui sape l’autogouvernance démocratique, et les menaces découlant du changement climatique.
En explorant la manière dont les systèmes juridiques occidentaux donnent aux individus les moyens de faire valoir leurs intérêts au détriment de la société, Katharina Pistor révèle en quoi le capitalisme est un système non durable conçu pour favoriser les inégalités. Elle propose des pistes de réflexion pour repenser comment la transformation du droit et de l’économie peut nous aider à créer un système plus juste — avant qu’il ne soit trop tard.
Une introduction à ce livre dans cet article : Les enjeux du droit en tant que force productive publié sur Law and Political Economy project.

Une lecture qui fait suite à celles dont je parlais récemment dans mon billet pouvoir, lois et capitaux du 24 septembre, dont ce petit livre La justice du capital.

Un curieux livre que je n’aurais sans doute pas abordé si je n’avais connu depuis longtemps l’auteure dana boyd : Data are made not found. Cette chercheuse s’est vue intégrée pendant des mois à l’équipe en charge du recensement américain, pour témoigner du travail et des relations de pouvoir qui sont à l’œuvre dans une telle entreprise. Un rappel important à l’heure où les données sont cumulées, manipulées, et trop souvent présentées comme « objectives ».
Notes
- 1la plaquette ne faisant pas cent pages… mais tout de même vendue 18$ ↩︎










