le mort saisit le vif

L’arrondissement d’Anjou s’apprête à paver son golf.

La société mourante se défend avec l’énergie du désespoir. Elle empoisonne les meilleurs éléments. Le mort saisit le vif.

Telle est la définition donnée au sens figuré de cette ancienne expression juridique dans le « wiktionaire« . Et je crois que cette expression vieillotte s’applique très bien aux manoeuvres actuelles de certains édiles municipaux.

L’expression m’est venue, sans doute, parce que l’on s’apprête à tuer des espaces vivants, à minéraliser un des rares espaces verts de l’Est de Montréal. Alors qu’il faudrait augmenter ces espaces et les relier entre eux, afin d’en accroître la résilience et la vivacité.

La proposition actuelle a été adoptée par le Conseil de l’arrondissement d’Anjou et elle est soumise depuis le 6 mars à la consultation populaire pour une période de 15 jours se terminant le 20 mars, soit dans 3 jours. La proposition vise à transformer le golf d’Anjou en un immense entrepôt entouré d’espaces de stationnement et de stockage. Mais le golf, ce n’est pas juste un golf. C’est d’abord une éponge pour les pluies, et une zone tampon de protection pour le parc adjacent. C’est une partie importante de l’hydrographie des ruisseaux qui irriguent et pourraient irriguer un Grand parc dans l’Est.

Le parc, le golf dans leur environnement
Le parc et le golf qui lui est adjacent sur deux côtés.

Voir aussi, pour une visite sur le terrain avec M. François Plourde (et merci pour la rapidité de la production !) :

Comme le soulignait le Conseil régional de l’environnement de Montréal, dans sa lettre du 16 mars dernier (Dézonage du golf d’Anjou : urgence de se prononcer!) :

« La consultation à grande échelle présentement en cours pour doter Montréal d’un Plan d’urbanisme et de mobilité digne du 21e siècle ne serait-elle pas une bonne occasion de nous demander, collectivement, comment lier relance économique verte et aménagement urbain ? Et plus spécifiquement : comment éviter de vendre nos derniers vastes terrains végétalisés aux GAFAM de ce monde, dans une vision court-termiste. »

Le Plan d’urbanisme et de mobilité à propos duquel la mairesse Plante annonçait, lors de son allocution de clôture à la conférence de Vivre en ville le 12 mars dernier, qu’une consultation serait lancée en juin… Est-ce que ça fait partie de la conversation nationale sur l’urbanisme et l’aménagement du territoire, lancée en janvier dernier par le gouvernement de la CAQ ? J’ai eu beau chercher des infos sur le site de l’Office des consultations ou celui d’urbanisme… pas un mot.

Vous pouvez signifier à l’arrondissement votre désaccord ici. Pour un exemple de lettre à adresser au greffe d’Anjou (avant samedi, 20 mars, minuit) : Non au pavage du golf d’Anjou.

CHSLD ou quoi ?

À propos des leçons à tirer de la tragédie qui s’est déroulée en 2020 dans les CHSLD et autres organisations de soins de longue durée. 

J’attendais avec impatience la sortie, le 4 mars, du livre de André Picard, journaliste au Globe and Mail. Ses analyses critiques sont habituellement solides et bien écrites. Et puis je me suis rappelé cet autre livre publié récemment, en juin dernier, sur la situation dans les CHSLD et les EHPAD, par des chercheurs, dont Yves Couturier et François Aubry avec qui j’ai pu collaborer dans le cadre d’ARIMA. Je crois que c’est en visitant la bibliothèque virtuelle d’EspaceRézo, mise en place pour soutenir les suites du projet de recherche partenariale ARIMA, que je me suis rappelé du livre de Aubry et Couturier.

Les deux sources documentaires principales pour ce billet : 

Pendant la plus grande partie de ma carrière comme organisateur communautaire dans le réseau de la santé j’ai travaillé de près avec les équipes de soins et services à domicile, de même qu’avec des associations d’aînés, pour développer et soutenir les services aux personnes âgées en perte d’autonomie. De 1976 à 2012 j’ai assisté à la croissance et la transformation des services à domicile de même qu’à la transformation des « centres d’accueil » en centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) qui, d’organisations indépendantes, ont été rattachées aux CSSS (puis, aujourd’hui, aux CIUSSS).

<Flash-mémoire>Une image me revient en mémoire de cette période du début de ma participation à l’équipe « maintien à domicile » du CLSC Hochelaga-Maisonneuve : je participe à un panel filmé avec un ministre du premier gouvernement Lévesque, le jésuite Jacques Couture. Le débat portait sur l’importance de développer les services à domicile plutôt que de construire des « centres d’accueil ». J’avais cité un exemple récent d’une aînée qui avait « cassé maison », c’est-à-dire vendu tous ses meubles, pour entrer dans un centre d’accueil mais qui avait finalement décidé de ressortir, parce qu’elle ne se sentait pas « si vieille ». C’était en janvier 1977 et notre équipe était souvent sollicitée pour témoigner des enjeux liés aux services à domicile… La première Politique de services à domicile du Québec sera adoptée en 1979. Je me souviens d’avoir utilisé, de manière un peu crasse, le passage concomitant du premier ministre René Lévesque à New York devant L’Economic Club pour laisser entendre que le gouvernement péquiste se préoccupait plus de l’opinion des capitalistes que des besoins des aînés ! J’avais 25 ans, j’étais encore marxiste-léniniste, et c’était (feu) l’Office du film du Québec qui avait filmé ce panel.<Fin>

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