23 janvier 2026 – Chine | Photographie

« Une vie sans hégémonie dans un monde post-américain » // Lee Miller : la mode en période de pénurie

Traduction de la première partie de l’article de Andrew Curry 23 January 2026: China | Photography, 23 janvier 2026.


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1 : « La vie sans hégémon dans un monde post-américain »

Le Conseil européen des relations étrangères a publié un nouveau rapport basé sur des recherches concernant l’évolution des attitudes mondiales à l’égard de la Chine. Le ton est résumé par le titre : « Comment Trump rend la Chine à nouveau grande », et le rapport est rédigé par Timothy Garton Ash, Mark Leonard et Ivan Krastev, une équipe assez crédible. Voici l’un des graphiques principaux concernant les attitudes à l’égard de la Chine.

(Source : ecfr.eu)

En bref, en dehors de l’Ukraine et de la Corée du Sud, davantage de personnes considèrent la Chine comme un allié ou un partenaire nécessaire plutôt que comme un rival ou un adversaire, même si dans certains pays, dont le Royaume-Uni, cette différence se situe dans la marge d’erreur.

Il existe un graphique similaire pour les États-Unis, mais l’aspect le plus révélateur de ces données est l’évolution d’une année sur l’autre entre novembre 2024 et novembre 2025.

Source : ecfr.eu

En dehors de l’Inde, ces chiffres évoluent dans une seule direction. Les échantillons de recherche sont suffisamment importants pour être crédibles : 25 949 personnes interrogées dans 21 pays en novembre 2025, bien qu’il existe certaines restrictions concernant les recherches en Russie, en Chine et en Inde.

Non seulement davantage de personnes pensent que la Chine est en plein essor sur le plan géopolitique et qu’elle domine des secteurs importants, mais peu semblent craindre cette évolution… En fait, l’essor de la Chine est considéré comme quelque chose qui convient aux habitants de la plupart des pays non occidentaux. La plupart des gens semblent imaginer le monde post-américain comme une vie sans hégémon.

L’autre aspect de cette situation est que les États-Unis sont de plus en plus considérés comme « une grande puissance parmi d’autres dans un monde post-occidental ».

C’est ce que l’on peut lire dans un long article de Richard Hames intitulé « Haunted By Its Own Reflection » (Hanté par son propre reflet), qui réfléchit avec beaucoup d’irritation à la manière dont l’attaque illégale de l’administration Trump contre le Venezuela a été systématiquement assimilée par les experts et les médias occidentaux à l’intérêt de la Chine pour Taïwan :

Ce qui s’est passé au Venezuela était une intervention extraterritoriale d’une puissance lointaine qui considère depuis longtemps l’hémisphère occidental comme son arrière-cour. Ce qui pourrait se passer autour de Taïwan, en revanche, est lié à un siècle de guerre civile, d’occupation étrangère, de promesses non tenues et à une revendication contestée mais continue de souveraineté que Pékin n’a jamais abandonnée.

C’est un long article, et je ne vais pas pouvoir faire beaucoup plus ici que d’en analyser quelques points saillants, mais il vaut la peine de s’y attarder. Je dois dire d’emblée que, d’après le ton de l’article, il n’est pas un apologiste de la Chine. Ce qui l’intéresse, ce sont les visions du monde :

La vision moderne du monde occidental s’est développée dans ce que j’ai appelé l’économisme industriel : une civilisation organisée comme une usine-marché, alimentée par l’extraction, la concurrence et la croissance comme une fin en soi. Dans ce paradigme, les États se comportent comme des prédateurs corporatifs. Ils se font concurrence pour les marchés, les ressources et la main-d’œuvre. Ils projettent leur force militaire pour protéger les chaînes d’approvisionnement et réprimer toute contestation. Ils justifient ce comportement par des doctrines universalistes… chacune convenant parfaitement à leurs propres intérêts.

Ce modèle a des racines culturelles profondes, suggère-t-il, ce qui signifie qu’il est projeté sur tous les autres :

Lorsque vous avez passé des siècles à quitter votre propre port pour refaire le monde des autres, vous vous attendez à ce que tous les autres fassent de même dès qu’ils ont suffisamment de navires.

Il en résulte que lorsque les analystes occidentaux regardent la Chine, ils recherchent ce qui leur est familier, et s’ils ne le trouvent pas, ils le formulent en termes familiers. Par exemple,

l’initiative « Belt and Road » devient un complot sinistre de « diplomatie de la dette », tandis que les institutions financières occidentales, dont les conditions ont dépouillé des dizaines de nations de leur souveraineté, sont présentées comme des « partenaires de développement ».

Une partie de son argument ici est que la vision du monde de la Chine est très différente de celle-ci, tant à long terme, sur plusieurs milliers d’années, qu’à court terme, sur cent cinquante ans.

Pendant la majeure partie de l’histoire connue, la Chine était moins un État-nation qu’un bassin civilisationnel, un vaste écosystème culturel lié par la langue, la bureaucratie, la cosmologie, la parenté et les rituels, plus que par les drapeaux et les frontières. Son cauchemar stratégique central a été de savoir comment empêcher le centre de s’effondrer et la périphérie de se détacher.

C’est là l’histoire à long terme.

L’histoire à court terme dont est issu le Parti communiste chinois est celle de la colonisation et de l’humiliation, ce qui explique sa politique :

Cet héritage nourrit un instinct stratégique qui se distingue des habitudes impériales occidentales sur le plan structurel, et non éthique. Pékin se préoccupe davantage de la cohésion interne que des bases à l’étranger ; elle est plus attentive à l’accumulation lente d’avantages qu’aux démonstrations théâtrales de force ; elle est plus encline à un positionnement patient qu’à des victoires spectaculaires.

Tout cela ne rend pas la Chine inoffensive. Mais cela la rend différente.

(Photo par pentium_six/flickr. Domaine public.)

Bien sûr, si cette analyse est correcte, cela soulève la question de savoir pourquoi le discours sur la Chine comme « menace » est si répandu et si puissant en Occident. Hames suggère que cela reflète le malaise de l’Occident à son propre sujet :

Le long boom de l’économisme industriel est en train de s’essouffler. La croissance économique dans de nombreux pays occidentaux est anémique ou tellement déséquilibrée qu’elle enrichit une fine couche de la société tout en vidant les classes moyennes de leur substance… Les systèmes politiques affichent un déclin visible : polarisation, captation institutionnelle, législatures performatives incapables de résoudre même des problèmes fondamentaux comme le coût de la vie et l’immigration.

Face à cela, l’essor de la Chine n’est pas seulement un élément de l’évolution géopolitique, mais il fait écho à ces profondes inquiétudes concernant la fin de la domination occidentale :

La Chine est le méchant ; nous sommes les gardiens ; l’histoire est à nouveau une pièce morale, et nos difficultés ne sont pas causées par une décadence interne, mais par un ogre externe… Le discours sur la menace chinoise fonctionne comme un mécanisme de déplacement, un moyen d’éviter de se confronter plus profondément à un paradigme industriel qui a épuisé à la fois la planète et la légitimité de ceux qui en bénéficient.

Le fait est, comme le fait remarquer Hames, qu’il n’y a pas de pénurie d’informations sur la Chine. Le problème réside dans l’interprétation :

Pour comprendre la Chine selon ses propres termes, il faut faire preuve d’une humilité inhabituelle : accepter que les concepts occidentaux de souveraineté, de sécurité, de démocratie et de pouvoir ne soient pas des critères universels, mais des inventions locales ; que d’autres civilisations possèdent des grammaires d’ordre et de justice tout aussi cohérentes mais différentes ; que l’histoire n’a pas commencé avec le traité de Westphalie, les Lumières ou Bretton Woods.

Or, l’Occident et ses institutions ne font pas vraiment preuve d’humilité :

Pourtant, l’histoire montre que les empires tombent rarement parce qu’ils manquent de faits. Ils tombent parce qu’ils ne peuvent pas interpréter la réalité d’une manière qui leur permette de s’adapter. Lorsqu’un empire perd la capacité de voir le monde autrement que comme un écho de lui-même, il est déjà en déclin.

Mais il ne s’agit pas seulement d’un échec philosophique ou analytique. Cela se traduit par des doctrines et des plans de bataille. Et cela crée à son tour un cycle auto-réalisateur de méfiance mutuelle :

Rien de tout cela n’implique que nous devrions simplement faire confiance aux intentions de Pékin, minimiser ses tendances autoritaires ou ignorer les expériences de ceux qui se sentent menacés par la puissance chinoise…

Le défi est différent. Il s’agit de sortir du réflexe du « soit l’un, soit l’autre » : la Chine comme adversaire monstrueux ou sauveur éclairé. Les deux sont des caricatures. Les deux nous dispensent du travail plus difficile : apprendre à vivre dans un monde où différents projets civilisationnels coexistent, s’affrontent et parfois coopèrent sans qu’aucun d’entre eux ne détienne le monopole du scénario.

Le triomphe de l’administration Trump, semble-t-il, a été de briser ce cycle. Cela me rappelle la notion de « résolution de dilemme », inventée par Charles Hampden-Turner et développée par Anthony Hodgson. Une situation est un dilemme parce qu’il est impossible de choisir entre les deux cornes du dilemme : il faut trouver un moyen de les résoudre. Et si vous choisissez entre les deux ? C’est la voie vers la catastrophe : lorsque vous obtenez ce que vous voulez à court terme, vous perdez ce dont vous avez besoin à moyen et long terme.


Les traductions de 2026 (.xlsx) – celles de 2025 (.html) – par Gilles en vrac

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