élitisme et individualisme

Éléments de réflexion suite aux billets sur Chantal Mouffe et sur le populisme.

Est-ce qu’ils faut sauver « les élites », ceux qui sont souvent pris à partie par les populismes  ? Mais on en a besoin des élites, et des administrateurs en général, pour gérer le système industriel et technique mondial.
La particularité du système actuel est de permettre à chacun d’avoir son petit monde, à chaque sous-culture de se développer plus ou moins librement. Chaque sous-culture… grunge, new wave, techno, rock… écolos, féministes, localisées… chacun son monde avec ses icones, ses chanteurs, ses artistes. Est-ce que « construire un peuple » ça veut dire uniformiser la culture, les icônes ? C’est sûr que ce serait plus facile de danser tous sur la même chanson…

Mais la culture dominante, celle de Hollywood avec ses figures mythiques, cette culture des grands moyens et mass media ne s’est-elle pas nourrie ou approvisionnée à même cette myriade des sous-cultures régionales, de cohortes et de genres différents ?

L’anti-élitisme, le populisme…

Qui aurait cru que la télé-réalité allait conduire à l’élection du prochain président américain ? La chance à tout le monde, sur une petite scène bien circonscrite…

Un rejeton du « cinéma vérité » que cette télé-réalité ? Mais sans le respect que le premier avait pour la réalité des gens ordinaires. Car dans le cas de la télé dite réalité, on prend bien soin de tourner dans des environnements artificiels et aseptisés.

Est-ce que l’individualisme qui permet à chacun d’avoir son petit monde, sa petite « playlist » personnelle, ne constitue pas une facette de l’élitisme ? Comme si chacun devenait une élite ? Non, pour être élite, il faut une masse, un groupe au dessus duquel s’élever, non ?

Mais si l’individualisme ne conduit pas à l’élitisme, ça peut certainement être un empêchement à la construction de l’unité du peuple. Qui dit peuple, dit intérêts collectifs, définis contre les grands, les exploiteurs, l’aristocratie, les parasites. Qui dit individualisme, dit petite-bourgeoisie qui ne veut surtout pas se laisser amalgamer avec le peuple. Qui veut se distinguer… En ce sens on s’approche de l’élitisme. À défaut de s’élever d’un groupe particulier, d’un secteur technique ou artistique, le petit-bourgeois s’élève au dessus du peuple. Et à moins qu’il ne trouve sa place dans une conception assez libérale-démocratique du peuple, il sera plutôt enclin (le petit-bourgeois) à se mettre du côté de l’élite bourgeoise.

Construire une hégémonie, une nouvelle logique, nouvelle culture qui imprègne les manières et les valeurs. Les valeurs dominantes depuis deux siècles, sont celles du capital qui réussit à tirer son profit de la liberté, des manières de faire. On a exporté la pauvreté crasse ailleurs – et en la présentant comme étant une amélioration sur les situations antérieures. Vous n’aurez plus la famine assurée tous les trois ans, mais seulement un risque de famine sur dix ans, à condition de vendre votre sous-sol, vos terres et votre culture.

D’après Chantal Mouffe, est-ce l’un ou l’autre : une position irrationnelle ou un faux semblant rationnel ? Certaines coalitions politiques sont-elles plus juste, plus stratégique ? Et en ce sens articulent rationalité limitée (comme toujours) et attachement, engagement politique-émotif ?

À propos du populisme : voir

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La reconnaissance des espaces locaux de quartiers se pose-t-elle sur le même plan que la dissolution des espaces régionaux ? La capacité de ces forums d’articuler la parole d’acteurs inhabituels, des rencontres improbables : petite population et grands partenaires institutionnels… Des rencontres plus fréquentes dans les espaces régionaux que les quartiers? Y-a-t-il là des leçons importantes ou si certains n’y voient que des « sparages » dont on peut se défaire, reportant le plus possible sur le monde privé tous les problèmes qui ne peuvent être gérés par quelques grands programmes …

Les micro-batailles qui se mènent en marge des espaces publics plus normés ou institutionnalisés : des conciliabules (Michel Roy).

un lien vert à protéger

En marge de la consultation sur le développement d’une Cité Logistique dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve…

L’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve a protégé et mis en valeur l’emprise de l’ancienne voie ferrée qui traverse le cœur du quartier Hochelaga-Maisonneuve contribuant ainsi à maintenir et améliorer de ces rares espaces qui ne sont pas soumis à la domination de l’automobile. Une voie « verte » promouvant les déplacements actifs.

Les aménagements de part et d’autre de la Place Valois ont été suivis par la réfection, au cours des dernières années, des tronçons allant du Marché Maisonneuve (rue Bennett) jusqu’à la rue Viau.

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Ce chemin piétonnier et cyclable pourrait, devrait se poursuivre vers l’est en suivant l’actuelle voie ferrée jusquà rejoindre, moins de 1 kilomètre plus loin,

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la piste cyclable en site propre qui longe le côté nord de la rue Souligny jusqu’à la rue Honoré-Beaugrand.

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La partie ouest de ce tracé fait l’objet d’un projet d’aménagement (le Lien vert) proposé dans le cadre de la démarche de revitalisation urbaine intégrée (RUI) Hochelaga qui souhaiterait prolonger l’actuelle Promenade Luc Larivée qui, partant de la Place Valois vers l’ouest, s’arrête actuellement à la rue Joliette.

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Relier les tronçons Mercier et Hochelaga-Maisonneuve donnerait déjà une plus grande utilité à cette voie piétonne et cycliste. Mais si on resitue le projet de la cité Logistique dans son environnement en s’élevant juste un peu on peut voir que cette voie pourrait, éventuellement, conduire jusqu’au parc national des iles de Boucherville.

Une perspective qui déborde le cadre de l’actuelle consultation sur la Cité Logistique mais qui resitue l’importance de protéger et d’aménager la continuité dans cette trame verte qui pourrait s’intégrer elle-même dans une accessibilité plus grande et active au fleuve et à cette aire exceptionnelle de loisirs actifs (canot, cyclisme, randonnée, ski, golf).

nous définir contre « eux »

Chantal Mouffe critique la « démocratie délibérative » (en référence à Habermas) comme masquant la dimension conflictuelle du politique et la dénonce comme porteuse d’une illusion consensuelle (L’illusion du consensus) qui sert d’abord les intérêts néo-libéraux : comme si tous les intérêts pouvaient être servis par une approche pluraliste inclusive et les conflits résolus par la seule délibération rationnelle. Pourtant « les questions proprement politiques impliquent toujours des décisions qui exigent de faire un choix entre des alternatives qui sont indécidables d’un point de vue strictement rationnel » (Politique et agonisme,  Chantal Mouffe, 2010). Autrement dit il faut choisir son camp, et mener une lutte pour en imposer les règles.

Sa référence à Gramsci et son concept d’hégémonie me semble bien adaptée à l’obligation de changement de paradigme devant laquelle nos sociétés se trouvent. Nous devrons  changer profondément nos manières et valeurs, alors que les forces populaires semblent plus que jamais divisées en un patchwork de luttes, réseaux et communautés intentionnelles. Chantal Mouffe insiste sur l’importance du conflit comme élément constitutif du politique, créateur d’un « nous » qui se définit contre un « eux », sans lequel il n’y a pas de démocratie véritable.

Le rationalisme performant du néolibéralisme s’accommode bien d’une approche inclusive de tous les acteurs sous le grand chapiteau d’un démocratisme libéral ou délibératif. Pourtant, il n’y aura pas de décision, d’action significative, suffisamment puissante pour changer le cours de choses sans l’identification d’adversaires, sans l’opposition entre des systèmes de valeurs,  formant programmes ou plus, des projets hégémoniques et contre-hégémoniques.

Cette nouvelle culture hégémonique, la seule apte à transformer en profondeur les habitus et manières, institutions et marchés qui ont façonné jusqu’ici nos sociétés, sera le produit de moments instituants, de négociations historiques entre différentes portions, différents mouvements sociaux porteurs de valeurs particulières ou sectorielles ou régionales. Des valeurs jugées équivalentes ou complémentaires et valant pour cela d’être inclues au programme collectif.

Mais on ne passe pas d’une culture de la diversité et de l’éclatement, du repli identitaire, localiste ou  xénophobe  à un cosmopolitisme solidaire en prenant une décision à majorité, qu’elle soit simple ou absolue. Ce sont des processus qui permettront d’établir la confiance entre partenaires et parties. Une confiance qui devra aussi s’étendre aux adversaires s’ils acceptent, au delà des oppositions et conflits, de préserver les règles et un espace démocratique communs.  Des processus portés, pratiqués par des collectivités, des organisations. Des fils réunis en faisceau qui seront tissés en toiles humaines ou tissus urbains pour former la culture d’une nouvelle société plus juste parce que plus durable et plus durable parce que plus juste.

La liberté guidant le peuple, par Eugène Delacroix. À défaut d’une illustration claire de la lutte pour l’hégémonie 😉

Continuer la lecture de « nous définir contre « eux » »

le passé et l’avenir du RQIIAC

Le Regroupement des intervenantes et intervenants en action communautaire en centres intégrés de santé (RQIIAC) rassemble, depuis 1988, une bonne majorité des organisateurs et organisatrices communautaires travaillant dans le réseau de la santé québécois. Ayant été moi-même organisateur dans un CLSC (puis un CSSS) pendant 36 ans, et ayant participé au développement de ce regroupement (premier président, responsable du bulletin de liaison pendant une dizaine d’années, puis du site web; j’administre encore la liste de discussion ) je me permet cette réflexion au moment où le regroupement se penche sur son avenir.

Si je devais résumer en termes simples la « mission centrale » du RQIIAC  je dirais que son premier objectif est de permettre une formation continue grâce aux échanges entre professionnels de l’organisation communautaire et avec des enseignants, chercheurs et autres praticiens du domaine. Autrement dit, le RQIIAC est une « communauté de pratique ». C’est ce que je proposais dans un court texte écrit il y a 14 ans, utilisant le RQIIAC comme exemple pour définir ce qu’est une communauté de pratique : Communauté de pratique et gestion de savoirs.

Il y a 30 ans es CLSC étaient des acteurs complices du développement global des collectivités locales – ce qui impliquait, exigeait le déploiement de diverses stratégies d’organisation communautaire : action sociale, développement local et planning social, en collaboration avec les réseaux et acteurs des collectivités.

Cette intervention professionnelle aura contribué à la création de plusieurs ressources visant à répondre à des besoins de la communauté (garderie, services à domicile, centre jeunesse…) ou encore à en soutenir le développement (économique, social, culturel) grâce aux CDEC, CDC, Tables de quartier…

L’évolution du cadre institutionnel des CLSC vers les CIUSSS fut accompagnée par l’instauration de programmes d’intervention (santé publique, lutte à la pauvreté, persévérance scolaire) mobilisant une part de plus en plus grande des efforts d’organisation communautaire. Alors que les OC de CLSC pouvaient participer aux efforts de réflexion et de planification du développement des communautés locales, sans trop se préoccuper des silos ministériels, les OC des CIUSSS sont plus susceptibles de travailler dans des cadres étroits, tout en étant rattachés à des structures plus distantes des collectivités locales. Il reste moins de liberté et d’occasions (de facilités) pour innover, pour inventer des solutions pour des problèmes complexes, multidimensionnels. En relation significative, étroite et complice avec les acteurs qui seront porteurs de ces innovations. Continuer la lecture de « le passé et l’avenir du RQIIAC »

populisme de gauche – démocratie radicale

Le problème est qu’il semble que nous ne pouvons pas arrêter, ni même ralentir. C’est le choix ultime et fatal du capitalisme: nous devons détruire l’avenir de nos enfants pour nous accrocher à nos emplois aujourd’hui. (Richard Smith, Six Theses for Saving the Planet – ma traduction)

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La victoire de Trump aux États-Unis mais aussi la victoire du « Brexit » en Grande-Bretagne ont mis en lumière à la fois la montée de l’influence d’un populisme de droite et la faiblesse de la gauche à rejoindre et unifier les différentes fractions et luttes populaires.

La gauche (y compris, en fait principalement la gauche social-démocrate) n’a pas su construire une alternative crédible, une unification hégémonique génératrice de l’identité d’un « peuple » (Laclau, 2016). C’est en s’opposant au statuquo et à la bureaucratie de Washington que Trump s’est gagné des appuis populaires. Même si ses affirmations étaient peu précises, souvent peu crédibles du point de vue des experts, elles savaient toucher les points sensibles et préjugés des classes populaires notamment la méfiance à l’endroit des experts (et des immigrants). Durant le règne de Harper on l’a vu souvent jouer de cette corde anti-intellectuelle, anti-experts.

Ernesto Laclau et Chantal Mouffe se sont fait chantres d’un populisme de gauche, acceptant de confronter les connotations péjoratives du terme « populisme » pour en retenir la capacité de mobilisation, d’articulation dans ce « moment horizontal » des équivalences entre les différentes luttes populaires. Premier moment dans création d’une alternative, cette « logique équivalentielle » permet l’émergence d’une solidarité entre les revendications exclues, insatisfaites. Une articulation horizontale « constitutive du peuple en tant qu’acteur collectif »(1). Le second moment de l’établissement de ce « populisme de gauche » étant celui d’un processus d’identification autour d’un leader, où une fraction de l’ensemble exerce un leadership permettant l’établissement d’une nouvelle relation hégémonique capable de remplacer l’ancienne.

Chantal Mouffe critique la « démocratie délibérative » (en référence à Habermas) comme masquant la dimension conflictuelle du politique et la dénonce comme porteuse d’une illusion consensuelle (L’illusion du consensus) qui sert d’abord les intérêts néo-libéraux : comme si tous les intérêts pouvaient être inclus dans une approche pluraliste inclusive et résolus par la seule délibération rationnelle. Pourtant « les questions proprement politiques impliquent toujours des décisions qui exigent de faire un choix entre des alternatives qui sont indécidables d’un point de vue strictement rationnel ». (Politique et agonisme,  Chantal Mouffe, 2010)

Sa référence à Gramsci et son concept d’hégémonie me semble bien adaptée à l’obligation de changement de paradigme devant laquelle nos sociétés se trouvent. Nous devrons  changer profondément nos manières et valeurs, alors que les forces populaires semblent plus que jamais divisées en un patchwork de luttes, réseaux et communautés intentionnelles. Chantal Mouffe insiste sur l’importance du conflit comme élément constitutif du politique, créateur d’un « nous » qui se définit contre un « eux », sans lequel il n’y a pas de démocratie véritable.

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Nous devrons faire plus que changer de gouvernement, nous devrons changer de mode de vie. Il y a urgence en la demeure. Il faut « sauver la maison commune » disait le pape François dans son encyclique Laudato Si. Les mots nous manquent pour dire cette urgence après l’ajout répété de nouveaux superlatifs à chaque rapport produit par les scientifiques du climat, entre autres. Ici une formulation récente (novembre 2016)  « six thèses pour sauver la planète », par Richard Smith, un économiste spécialiste de l’économie chinoise, fondateur du site System Change Not Climate Change (systemchangenotclimatechange.org) Six Theses on Saving the Planet publié sur le site The Next System. Voici, traduites avec l’aide de Google Translate les 6 thèses de Smith, en espérant que cela vous donne le goût d’aller y voir de plus près. Notez l’image ci-contre qu’on trouve en frontispice du document. Ça ressemble drôlement à un frein à disque… Et ça représente assez bien l’idée principale des thèses : arrêtons de faire ce que nous faisons !

Smith-Break

1. Le capitalisme est le principal moteur de l’effondrement écologique planétaire et il ne peut pas être suffisamment réformé pour sauver les humains.

2. Les solutions à notre crise écologique sont aveuglément évidentes et prêtes à l’emploi, mais tant que nous vivons sous le capitalisme, nous ne pouvons pas prendre les mesures évidentes pour prévenir l’effondrement écologique demain parce que cela ferait précipiter l’effondrement économique aujourd’hui.

3. Si le capitalisme ne peut s’empêcher de détruire le monde, alors quel choix y a-t-il de socialiser la plupart des économies industrielles du monde et de les planifier directement pour le bien commun?

Que devrions-nous faire pour sauver la planète?

A. Nous devrions supprimer radicalement la consommation de combustibles fossiles dans les pays industrialisés dans toute l’économie, de la production d’énergie au transport, à la fabrication, à l’agriculture et aux services.

B. Nous devrions «contracter et faire converger» la production autour d’une moyenne mondiale qui soit soutenable et, espérons-nous, heureuse qui puisse fournir un niveau de vie digne pour tous les peuples du monde.

C. Nous devrons révolutionner la production des biens et services pour minimiser la consommation de ressources et produire des biens durables, réparables, recyclables et partageables, au lieu d’être jetables.

D. Nous devons orienter les investissements vers les choses dont la société a besoin, comme les énergies renouvelables, l’agriculture biologique, les transports publics, les systèmes publics d’approvisionnement en eau, l’assainissement de l’environnement, la santé publique et les écoles de qualité.

E. Nous devons élaborer une approche rationnelle et systématique pour traiter et éliminer autant que possible les déchets et les substances toxiques.

F. Si nous devons fermer les industries nuisibles, nous devons fournir des emplois équivalents à tous les travailleurs déplacés, non seulement parce que c’est une obligation morale, mais aussi parce que, sans emploi garanti ailleurs, ces travailleurs ne peuvent pas supporter les énormes changements structurels que nous devons faire pour sauver les humains.

4. La planification rationnelle exige la démocratie.

5. La démocratie exige une égalité socio-économique minimale (rough).

6. Impossible? Peut-être, mais quelle est l’alternative?

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En résumé, le capitalisme vert ne sauvera pas la planète (2). Il faudra encadrer, réduire la liberté du capital : sa liberté d’utiliser des énergies et composantes sans égard à leur coûts environnementaux; sa liberté d’investir là où ça rapportera le plus à court terme sans égard aux conséquences sociales-environnementales.  Mais comment pourrons-nous supprimer radicalement la consommation d’énergies fossile, réorienter la production, fermer des industries ? Avec quels pouvoirs ? Quels argents ? Smith produit une éloquente dénonciation des absurdités du capitalisme, ce système qui ne va pas à sa (notre) perte, il y coure ! Mais quand il s’agit de se donner collectivement les moyens d’ambitions aussi audacieuses ou radicales : « completely reorganize and reprioritize the whole economy, indeed the whole global industrial economy »  ou encore « abolish “the great wealth concentrated in the hands of the few” »,  l’auteur se rabat sur des articles de la Déclaration des droits de l’homme de 1948, ou encore l’exemple de la gestion publique américaine de l’électricité! (ne sont-ce pas ces mêmes commissions qui bloquent encore l’émergence du solaire dans plusieurs États américains ?)

Autrement dit, ses thèses s’évaporent dans un nuage idéaliste lorsqu’elles n’osent pas dire les conflits qui s’annoncent. Les conflits que nous devrons envisager, engager si nous sommes sérieux dans la dénonciation de l’imminence du danger, associé par Smith à un suicide collectif.

De là l’intérêt de Mouffe et Laclau. J’y reviendrai.

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(1) Logiques de construction politique et identités populaires, Ernesto Laclau publié dans Les gauches du XXIe siècle sous la direction de Jean-Louis Laville et José Luis Coraggio, 2016.

(2) C’est d’ailleurs le titre du livre du même auteur, Green Capitalism: the God that Failed, publié par World Economic Association Press, en 2015

Pour aller plus loin

optimisme réaliste

Les données justes, les faits et non les données biaisées et les préjugés. Les choses se sont améliorées depuis cent ans, et aussi depuis 40 ans. Écoutez cette conférence TED de 19 minutes en deux parties, la première étant donnée par le professeur Hans Rosling, un éducateur et chercheur de réputation internationale dans le domaine de la santé publique (dont j’ai déjà parlé ici). Il nous montre à quel point nos réponses à certaines questions simples sont biaisées et systématiquement moins bonnes que celles qu’aurait pu donner un chimpanzé (autrement dit que le hasard) !

La seconde partie de la conférence est donnée par le fils du Dr Rosling qui souhaite corriger, contrer ces biais de connaissances. Il nous présente quelques trucs, « rules of thumb » pour éviter les réponses biaisées par nos origines, notre formation… Il termine son intervention sur une donnée et un graphique : dans quelques 20 ans, les trois-quarts des consommateurs riches (et donc, influents) viendront de pays hors de l’Europe et l’Amérique du Nord.

Il me semble avoir rencontré récemment cette question : que faire quand les données à (moyen) long terme sont très encourageantes ? J’en retrouve trace dans mon fil Twitter.

Ce sont les 5 graphiques présentés par Max Roser sur le site Our World in Data, Histoire des conditions de vie de l’humanité en 5 graphiques (A history of global living conditions in 5 charts). Ici le graphique décrivant l’évolution sur 200 ans de la population soumise à l’extrême pauvreté.

On peut noter que ce n’est qu’entre 1970 et 1980 que la moitié de la population l’a plus été dans l’extrême pauvreté. La proportion, aujourd’hui’hui, vivant en situation d’extrême pauvreté (SEP) est d’environ 10%. Lorsqu’on regarde la courbe des nombres absolus, on note qu’à partir de 1970, le nombre absolu de personnes en SEP a commencé de diminuer.

Et cela malgré une courbe de croissance qui s’est grandement accélérée. Au cours des 40 années de 1850 à 1890, la population globale s’est accrue d’environ 300 millions de personnes, passant de 1,262 à 1,557 milliard, soit une croissance de 23% sur la période. De 1960 à 1999 la population aura augmenté de 100%, passant de 3,026 à 6,049 milliards de personnes. Et malgré cela, ou peut-être à cause de cela, le taux et le nombre absolu de personnes vivant dans la pauvreté extrême a été réduit drastiquement, passant de plus de 50% avant 1970 à moins de 9% aujourd’hui. Le nombre absolu passant de 2,218 milliards à 705 millions. Bon, c’est encore 700 millions de personnes en SEP mais il faut reconnaitre que pendant que la population doublait, ajoutant 3 milliards d’humains sur terre, la population extrêmement pauvre voyait non seulement sa proportion diminuer mais son nombre absolu fut divisé par trois.

On peut sans doute se dire que tout n’est pas si sombre, que le « progrès » n’a pas seulement conduit la planète au bord de la catastrophe… qu’il a aussi augmenté la littératie, la longévité, diminué l’extrême pauvreté.

Dans le même ordre d’idées, Rosling présentait il y a quelques années plusieurs cartes interactives sur la santé et l’évolution de la population mondiale. Celle-ci décrivant l’espérance de vie depuis 1850.

Mais je reste sceptique, considérant que les courbes tracées sur 200 ans recouvrent justement cette période de développement industriel rapide qui n’a accordé que peu d’attention aux effets qui s’accumulaient dans l’air, l’eau et les terres… Nous arrivons au bout de cette période de développement débridé et tout indique qu’il y aura des régressions (l’espérance de vie diminue aux USA) si des moyens ne sont pas mis en place pour harnacher ces forces qui ont, en effet, permis la croissance globale du niveau de vie et de l’espérance de vie.

Alors que les populismes de droite percent un peu partout, il faudrait dépasser les manifestations de bons sentiments (mouvements Occupy et autres carrés rouges) pour articuler un populisme de gauche apte à établir son hégémonie. Avec Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, j’y reviendrai prochainement.

pubs envahissantes

On s’apprête à illuminer le pont Jacques-Cartier pour le 375e anniversaire de Montréal, et on accepte que des panneaux publicitaires soient ainsi placés !

L’illumination du pont coûtera près de 40 millions$ et on en parle comme du « projet phare » des fêtes du 375e ! Mais on accepterait de masquer le pont avec de telles publicités !! C’est vrai que le panneau se trouve dans le quartier Centre-Sud…

La publicité dans le métro est devenue envahissante au point de parfois couvrir toutes les surfaces disponibles, wagons, planchers, guichets… Bientôt on nous étampera une pub sur le front comme condition d’entrée dans le métro !

Sur les rues commerciales, les publicités sont parfois agressives au point de défigurer l’environnement. L’exemple ci-bas d’une enseigne écarlate de dimension extravagante montre à quel point certains commerces méprisent les milieux dans lesquels ils s’implantent. N’y a-t-il pas de règles qui limitent la grandeur de telles enseignes ou si c’est seulement les taxes qui s’accroissent en fonction de la surface occupée ?


Encore une fois au royaume de l’inculture, le dollar est roi. Et pourtant, si on imposait des limites d’espace publicitaire, cela n’empêcherait pas la compétition entre les commerces, cela protégerait seulement (un peu) le milieu de vie.

la plume vaillante

J’ai voulu parcourir, plonger dans la richesse des articles publiés par l’ami Jacques et consignés sur son site Les chroniques de Jacques Fournier. J’en ai tiré ces quelques citations et liens vers des articles récents ou historiques.

Bien sûr, nous voudrions tous mourir dans une sérénité relative, mais il semble que l’on ne choisisse pas toujours. [Différentes façons de mourir, 2008]

Sur son implication en tant que rédacteur en chef d’Interaction communautaire.

Mon premier texte dans Interaction figure dans le numéro 3, en novembre 1987. Je suis devenu membre du comité de lecture au numéro 5, en février 1988. Ma première chronique du lièvre a été publiée dans le numéro 6 et s’intitulait « Encyclique de Jean-Paul III à toutes les femmes des CLSC », une parodie de Jean-Paul Belleau, le héros du populaire téléroman de Lise Payette, « Les dames de cœur ». (…) J’aurai donc eu la chance et l’immense plaisir d’être rédacteur en chef de 1988 (numéro 6) à 2007 (numéro 75), soit 19 ans.

D’où vient le nom de chronique du lièvre? C’est le totem scout qui m’a été donné à l’âge de douze ans. Le totem comprend un animal, qui nous décrit, et une qualité… à acquérir. J’étais le « lièvre réfléchi ». Ai-je enfin acquis cette qualité après 48 ans d’efforts? [La petite histoire d’Interaction communautaire, 2008]

Sur la militance, l’engagement des ainés… et des autres.

Petite prise de bec avec la ministre des Aînés, Marguerite Blais, à Brossard.

On entend parfois des bénévoles ou des militants (souverainistes, sociaux-démocrates, féministes, écologistes, altermondialistes, pacifistes, etc.) nous dire : j’en fais trop, cela n’a pas d’allure, je suis épuisé. Réfléchissons ensemble sur des moyens concrets pour éviter cela. (…) Si on veut militer longtemps, avec ténacité, et avec quelques succès, qu’il faut chercher, à tâtons et dans le doute constant, à concilier la capacité d’agir dans l’immédiat et dans le long terme. [Comment militer sans s’épuiser, 2010]

Depuis que je suis à la retraite, je participe davantage à des manifestations : contre la taxe santé uniforme de 200 $ (budget Bachand), contre la privatisation des ressources publiques d’hébergement, pour la défense de la langue française, pour une réforme du mode de scrutin (scrutin proportionnel), pour la fin de l’occupation illégale des territoires palestiniens par Israël, etc. Les bonnes causes ne manquent pas. [Est-il encore utile d’aller manifester?, 2011]

Amant des mots, des femmes et de la vie

Les billets les plus attendus et appréciés étaient sans doute ses Chroniques de la Saint-Valentin où Jacques savait tisser humour, philosophie et poésie. Il a lui-même rassemblé 16 de ces chroniques dans Seize chroniques de la Saint-Valentin. De 1994 à 2009, ces billets sont parus dans Le Devoir, La Presse ou Interaction communautaire. Ils ont été rassemblés en un document PDF unique pour plus de facilité de lecture. Jacques avait donné une valeur supplémentaire à la Saint-Valentin pour tous les lecteurs d’Interaction communautaire ! D’autres chroniques se sont ajoutées depuis 2009, notamment Saint-Valentin 2014 – La farandole des jeunes amours.

Horace a écrit ceci : il faut vivre heureux et, le temps venu, quitter la vie comme un convive rassasié quitte un banquet. [La mort : la fin d’un banquet ?, 2011]

Des réflexions philosophiques, sur la mort, l’engagement, la beauté, le bon, le bonheur, l’amour, la liberté… parfois à partir d’un geste (comme d’aller revoir pour les remercier deux professeurs, 45 ans plus tard) ou encore d’une conférence, lecture ou colloque.

Et à ces billets d’humeur et d’humour se sont ajoutés des dizaines de billets de critique et de suivi des projets de réforme et des transformations du réseau de la santé, des services aux ainés…

Et aussi, au coeur de plusieurs écritures et engagements, la question nationale.

De 2010 à 2016, exactement 200 articles et billets ont été consignés sur son blogue « Les Chroniques de Jacques », souvent après avoir été publiés ailleurs. La plupart des articles publiés durant ses 19 années à la barre d’Interaction communautaire n’y sont pas. Ce sont certainement plusieurs centaines de billets qui s’ajouteraient ! Ici un billet (2008) publié à l’occasion du 20e anniversaire du RQIIAC qui résume bien le rôle qu’il voyait pour ce bulletin  Interaction communautaire, un outil pour notre communauté de pratiques.

Nous n’avons pas fini d’explorer et de mesurer la richesse et la profondeur du matériau que nous a légué de sa plume vaillante ce grand humaniste. Merci Jacques.

adieu camarade

lievreJe viens d’apprendre le décès de  Jacques Fournier, cet infatigable motivateur, écrivain et poète, avec qui j’ai eu le plaisir de diriger le bulletin des organisateurs communautaires « Interaction communautaire » pendant une vingtaine d’années. C’est un choc, je n’en reviens tout simplement pas.

Sa Chronique du Lièvre aura éclairé et réjoui par son humour le réseau des organisateurs pendant des décennies. Depuis qu’il était à la retraite il s’était engagé (entre autre) à l’AQDR pour coordonner la publication de différents bulletins informant sur les droits des retraités. Son dernier message, reçu le 31 octobre, annonçait le dernier AQDR Express, numéro 112. Il écrivait aussi régulièrement dans L’Aut’journal.

On peut encore retrouver plusieurs de ses chroniques et articles des dernières années sur son blogue www.chronijacques.qc.ca

Mes plus sincères condoléances vont à Hélène, sa conjointe, à ses filles et gendres, et ses petits enfants qu’il chérissait.

Nous garderons le souvenir d’un homme dévoué, d’une probité exemplaire.

En réponse aux assaults imbéciles des derniers jours contre de petits commerçants du quartier… Un logo, des macarons (à venir).

Message Twitter d’origine diffusé par la SDC Hochelaga-Maisonneuve :

T’aurais pu organiser des campagnes de boycottage contre des multinationales […] Mais non. T’as préféré attaquer un salon de coiffure.