certification et crédit d’impôt

Pendant le diner lors du colloque du RQOH (voir billets précédents), en attendant que le ministre de la santé vienne faire son petit tour, la question de la certification des OBNL d’habitation pour ainés est venue sur la table. Jusqu’où fallait-il diminuer les critères et exigences imposées aux milieux de vie et habitations collectives désignées (ou certifiées) par l’appellation « résidence pour ainés » — pour ce qui est des OBNL ?

La responsable d’une telle OBNL, qui avait obtenu la  certification, considérait qu’il ne fallait pas trop diminuer ces critères, dans l’intérêt et pour la protection des personnes âgées. Son organisme comprenait un certain nombre de places de CHSLD, ayant intégré si j’ai bien compris dans leur ensemble d’habitations un CHSLD conventionné. Ce qui peut expliquer que leur organisme n’ait pas eu de difficulté à se soumettre aux critères actuels de certification.

Mais pour les OBNL d’habitations pour ainés qui n’ont pas cette vocation (et le financement qui vient avec) de CHSLD, faut-il défendre une reconnaissance de ces milieux avec des exigences minimales ? Ou ne vaudrait-il pas mieux d’exiger un financement adéquat pour soutenir des exigences de service qui soient plus élevées ? Déjà les résidences privées qui offrent des services à des personnes en perte relative d’autonomie utilisent largement le crédit d’impôt pour maintien à domicile d’une personne de 70 ans ou plus. Les OBNL répliquent que leurs clientèles peuvent aussi obtenir un tel crédit remboursable… tout en affirmant que l’autonomie de leurs clients n’exige pas de services tels la surveillance 24h… Ce qui est probablement vrai pour la plupart des OBNL. Mais qu’en sera-t-il dans 5 ans ? Dans deux ans, lorsque Mme X. deviendra plus fragile ? Faudra-t-il la « mettre à la porte », ou la mettre en danger, parce qu’on se refuse à offrir des services « qui relèvent du secteur public » ?

Le problème se pose pour la transition d’un milieu où tous sont autonomes vers un milieu où une partie croissante de la clientèle a des besoins « légers » : surveillance, accompagnement, alimentation… Le problème se pose pour les populations qui n’ont pas ou peu de moyens de se payer de tels services — une population qui est justement celle qui est le plus souvent visée par les projets d’OBNL. Le fameux crédit d’impôt pour le maintien à domicile, qu’utilisent largement les personnes en résidence privée, est un moyen mal adapté aux personnes à faible revenu : ne remboursant que 30% de la dépense admissible, il oblige une contribution de 70% qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Pourquoi le RQOH ne demande-t-il pas que ce crédit soit rendu « à taux progressif »(remboursant une plus grande portion de la dépense lorsque le revenu est plus faible) ? Un tel levier permettrait d’offrir plus facilement les services requis par l’évolution des besoins d’une clientèle vieillissante. Sans pour autant que de tels services empiètent sur les responsabilités du réseau public de santé.

La surveillance (y compris de la médication), l’accompagnement dans les démarches et les transports, le soutien à l’alimentation, l’animation et l’information ne sont pas des soins de santé mais ce sont des services qui contribuent grandement au maintien de la santé et de l’autonomie. Il faut éviter de « médicaliser » les milieux de vie et protéger la liberté et l’autonomie des personnes résidant dans les ensembles d’habitations gérés par les OBNL, et respecter, tenir compte des processus et structures collectifs caractéristiques d’une l’OBNL. Le programme cadre de soutien communautaire en logement social reconnait une partie de ces besoins en accompagnement et animation, mais de l’avis même du RQOH, le financement disponible ne couvre les besoins que de manière très partielle et incomplète.

Si le crédit d’impôt devenait modulé en fonction du revenu, la réponse aux besoins des locataires serait facilitée, la demande serait « solvabilisée »… Mais comme le crédit est remboursé à l’individu, et non à l’organisme, il faut encore « vendre » le service, convaincre le locataire à payer sa part (même si elle n’est plus que de 25%) ou inclure le service dans le prix au moment de son arrivée en place. Le programme de soutien communautaire continue d’être nécessaire, en particulier pour le démarrage et les très petites OBNL. Dans la mesure où l’assiette de services s’élargie avec le nombre de résidents et le vieillissement, le crédit d’impôt gradué prend une place plus importante dans le financement du service.

Idéalement les services offerts par une OBNL pourraient s’ouvrir sur le milieu et rejoindre les personnes des alentours (repas à domicile, liens sociaux et invitation aux activités éducatives et de loisir, transport…). Il y a encore beaucoup à inventer… et les OBNL d’habitation pour ainés doivent s’équiper pour cela. Le RQOH doit les aider en exigeant un programme de crédit d’impôt plus équitable : modulé selon le revenu.

logement social et investissement privé

Quatre ateliers et deux conférences en plénière plus tard…(voir billet précédent) Ce cinquième colloque du RQOH était bien rodé. Il faut dire que les installations du Château Champlain sont intéressantes… même s’il a fallu un bon 15-20 minutes à nos hôtes pour régler un problème de son lors du premier atelier (on entendait dans les haut-parleurs du plafond l’exposé donné dans un autre atelier !) Le 5 à 7 au Caf-conc et les conférences et le diner à la « salle de bal » étaient très bien. Et les ateliers ont donné l’occasion d’échanger et de débattre, la plupart du temps.

La conférence de Jean-Paul L’Allier, ce jeune vieux de 76 ans, fut dynamique et donna à réfléchir. À propos de la négociation (du monde communautaire) avec les élus, des politiques néo-libérales des dernières décennies… Citant Stiglitz (Le triomphe de la cupidité) mais aussi Roland Arpin (Territoires culturels) cet ancien ministre des Communications et des Affaires culturelles (aussi ministre de la Fonction publique), dans le premier gouvernement Bourassa en 1970 (il avait 31 ans) est surtout connu par les plus jeunes pour son passage à la mairie de la capitale nationale. Il ne faut pas se présenter devant les élus avec un problème. C’est toujours mieux quand on arrive avec une solution à un de leurs nombreux et pressants problèmes. Selon lui, il y a 4 piliers à la manière, la culture (je ne crois pas qu’il ait utilisé le mot « modèle ») québécoise : L’État; l’action coopérative; le syndicalisme et la capacité démocratique.

Durant le diner nous avons pu entendre pendant une dizaine de minutes le ministre de la santé M. Barrette, venu saluer le travail des milliers de bénévoles et travailleurs du Réseau québécois des OSBL d’habitation. Il en a profité pour rassurer le mouvement concernant le maintien du programme de soutien à l’action communautaire en logement social, qui ne subira pas de compression (mais pas d’augmentation non plus !) et aussi à propos d’une révision en cours de la règlementation sur la certification des résidences privées pour ainés dont la nouvelle mouture, élaborée en collaboration avec le RQOH, devrait mieux reconnaitre la situation des OBNL dans le secteur.

L’atelier sur la gestion des réserves (hypothécaire, immobilière, mobilière et de gestion) donné par Mme Andréanne Gingras m’aura appris que la constitution de ces réserves, qui est pourtant une obligation contractuelle (pour certaines des réserves) d’un programme comme Accès-Logis, n’est pas une dépense admissible du point de vue de la régie du logement pouvant justifier une augmentation de loyer… Je me demande comment font les administrateur pour remplir leur obligation ? Un guide sur la gestion des réserves sera bientôt disponible sur le site de la SHQ.

J’ai trouvé un peu décevant l’atelier sur le financement des projets, avec des porte-paroles de la SHQ, de la SCHL et d’un projet communautaire « La rue des femmes ». Trop de présentations générales et pas assez de place à la discussion. La présentation longue sur le projet de La rue des femmes mettait en lumière la difficulté de financement, la longue marche vers une certaine stabilité de l’organisme… mais il aurait mieux valu séparer la présentation des programmes de financement généraux du projet particulier. Ce qui aurait peut-être laissé de la place pour un peu d’information sur la situation au Fonds québécois pour le logement communautaire, où se cristallise (et reste gelée pour le moment) une bonne part de la capacité d’ auto-développement du mouvement.

L’atelier de ce matin, portant sur les relations possibles entre les OBNL d’habitation et les processus de gentrification, avec Mme Bélanger de l’UQAM, est surtout venu conforter, comme je le craignais, une vision généralement négative de ce phénomène associé aux efforts de revitalisation dans les quartiers populaires. Non pas que je nie que l’arrivée dans les quartiers anciens de populations ayant plus de moyens (et d’exigences) peut avoir des effets pervers, en terme de hausse de la valeur des logements… Mais je suis « tanné » de voir opposer radicalement le logement communautaire à propriété collective (OBNL et coopératives) et toute forme de propriété privée, mettant dans le même bain les grands entrepreneurs constructeurs de condos et propriétaires immobiliers et le petit propriétaire d’une unifamiliale ou d’un duplex, qui peut et doit être un allié dans la préservation et la construction de quartiers sains.

Le dernier atelier auquel j’ai assisté, portant sur les Obligations à impact social, était présenté par James Mc Gregor, ancien VP à la SHQ qui a eu une longue carrière dans le développement de logement social. Son exposé m’a rappelé un texte que j’ai vu passer récemment, La mobilisation des capitaux privés pour le bien public. Ce type de programme, mobilisant des capitaux dans des projets sociaux, où parfois le gouvernement remboursera le financier (souvent une fondation) suivant l’atteinte d’objectifs sociaux désirés, ne semble pas près de se développer ici au Québec. Mais je ne suis pas sûr que l’atelier ait permis de clarifier vraiment les enjeux. S’il s’agit de remplacer une intervention publique par un investissement privé qui mettra l’accent sur l’atteinte d’objectifs sociaux mesurables, il y aura certainement des résistances. Mais s’il s’agissait plutôt de mobiliser de nouvelles ressources financières privées capables d’attendre 8-10 ans pour voir des résultats ?

La mobilisation du capital privé, dans des projets collectifs de développement local et d’habitation, peut prendre la forme de projets d’auto-promotion (voir cette publication et cette vidéo  de Vivre en ville) où des groupes de futurs propriétaires pourraient être accompagnés par les GRT qui ont toutes les compétences et expérience nécessaires dans la définition et la construction d’habitation à plus haute densité qui seraient mieux inscrites dans le tissus urbain (et moins couteuses) que les actuels projets de condos… L’ouverture des acteurs du monde du logement social et communautaire à l’endroit de tels projets pourrait briser la tendance au replis sur soi du secteur communautaire et permettre de définir des quartiers qui seraient dessinés pour tous, où les ressources de l’État, du monde communautaire mais aussi celles de l’épargne personnelle mises dans l’achat d’une maison pourraient être mobilisées.

Somme toute, ce fut un colloque intéressant, et je remercie l’équipe du RQOH et les conférenciers et responsable d’ateliers ! Ce fut très stimulant de rencontrer des gestionnaires d’OBNL en habitation de partout au Québec.

logement

Le RQOH, Réseau québécois des OSBL d’habitation, tient son 5e colloque bi-annuel, sous le thème : Parce que l’avenir nous habite.  Suivant le rapport annuel, cet un avenir radieux qui se présente, même si le Fonds communautaire continue d’être bloqué, que le contrat avec l’Hydro-Québec n’a pas été renouvelé (alors qu’il « couvrait une part importante des dépenses courantes »)…

Le Ministère de la santé a au moins « mis sur pied un comité », dont on attend une meilleure reconnaissance de la spécificité des OSBL pour ainés dans la règlementation pour la certification des résidences pour ainés.

echoquartiersJe devrai cependant manquer la soirée « Coup de coeur de l’habitation communautaire, si je veux assister à la conférence, organisée par Vivre en ville, de Matthias Schuster, expert des quartiers modèles allemands (écoquartiers) et de l’autopromotion. J’en profiterai pour me procurer l’étude tirant des Leçons des collectivités viables du Baden-Württemberg en Allemagne : Donner vie aux écoquartiers.

Je participerai à quatre ateliers au cours des deux jours du colloque du RQOH : sur l’importance des réserves; les bailleurs de fonds et le financement; l’interaction entre la gentrification et les OSBL d’habitation; et les nouvelles « obligations à impact social » du fédéral. C’est à titre d’administrateur bénévole des Habitations communautaires Loggia que je participerai à ces deux jours.

Nobels révolutionnaires

C’est moi qui souligne… dans le titre de cet article du Guardian sur onze prix Nobel qui soulignent la nécessité urgente d’un virage radical.

Nobel laureates call for a revolutionary shift in how humans use resources
Eleven holders of prestigious prize say excessive consumption threatening planet, and humans need to live more sustainably 

TCETC’est le mot qui me revenait en tête plusieurs fois, en lisant This Changes Everything de Naomi Klein même si je ne suis pas certain qu’elle ait elle-même utilisé le terme : révolution. Un virage révolutionnaire, radical qui mettra à mal certaines valeurs dominantes, « naturelles » actuelles, telle la liberté d’entreprendre et d’extraire du profit des ressources (mines, énergies, industries) possédés par des intérêts privés.

« The state of affairs is “catastrophic” », « more damage to the Earth in the next 35 years than we have done in the last 1,000 », « our exponentially growing consumption of resources, required to serve the nine billion or so people who will be on planet Earth by 2050, all of whom want to have lives like we have in the western world », « the climate impact of Asia’s rapid urbanisation », « humanity is living absurdly beyond its means ». [extraits du billet sur le Guardian]

Mais ces « intérêts privés » ne sont pas uniquement les grosses poches et conglomérats internationaux… ce sont aussi nos épargnes collectives, nos fonds de pension, mutuelles et coopératives financières. La place, le poids des petits épargnants est-il toujours conservateur et peu enclin au changement, aux « révolutions » ? Ou si, comme pour les grands groupes financiers et capitalistes, on peut concevoir des stratégies perturbatrices et transformatrices qui soient aussi génératrices de valeur.

Si nos épargnes collectives ont un poids réel [ et quel est-il, justement, vis-à-vis des fortunes privées ? ] il peut être mobilisé par les collectivités agissantes, démocratiques ou intentionnelles. C’est ce qui pourrait « tout changer », selon Klein, cette mobilisation de mouvements divers mais convergents qui visent à divertir les investissements (divest) de l’économie carbonée vers (invest) une autre économie, plus verte, vivante, sociale.

Le dernier livre de Klein ne propose pas de « solution globale » et concentre son attention sur les batailles locales, régionales ancrées dans les cultures et histoires des peuples… notamment amérindiens. Si cette approche a le mérite de donner du sens, de faire voir les convergences dans la multitude des mouvements, toutes les communautés ne sont pas « assises sur des rivières à saumon ». Beaucoup de communautés urbaines doivent et devront compter sur un accès à des ressources qui n’appartiennent à personne : qui ne peuvent être défendues à la manière d’un patrimoine ancré dans telle culture, nation, tribu. Et c’est justement parce qu’il n’appartient à personne qu’elles sont en danger. J’ai été surpris de voir Klein « piquer » la théorie des communs (page 347) : « These truths emerge not out of abstract theory about « the commons » but out of lived expérience. » Bien qu’elle réutilise le concept plus loin de façon positive.

L’Appel de Paris pour la haute mer afin que cette dernière soit considérée comme un bien commun de l’humanité et géré comme tel.

santé financière de qui ?

Je recevais par courriel une invitation à appuyer une pétition qui demande l’exclusion de certains régimes de l’application de la loi no 3 (Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur municipal).

  • parce que « respecter les contrats qu’on a signé est une chose importante dans notre société »

Mais qui peut croire, honnêtement, que les contrats collectifs négociés avec des entités aussi puissantes que les policiers, les pompiers (je suis assez vieux pour me rappeller une fin de semaine infernale dans Centre-Sud)… n’ont pas été biaisés au profit de ces corporations professionnels puissantes ? Un peu comme le pouvoir des médecins, mais avec plus de muscle et moins de tête.

  • parce que « projet de loi no 3 pourrait avoir des impacts négatifs sur la situation financière des personnes retraitées et des conjoints survivants; »

Mais exclure les régimes X et Y de l’application du projet de loi n° 3 n’aura-t-il pas un impact négatif sur les autres personnes retraitées et leurs conjoints ? Tous les régimes qui ne sont actuellement pas du tout ou très mal indexés gagneront-ils en équité parce que les privilégiés le resteront ? Ou perdront-ils tout espoir d’une amélioration de leur sort parce que les régimes qui étaient indexés ne le seront plus ?

Et qu’est-ce que ça veut dire, ne pas indexer les pensions, quand l’inflation n’est qu’à 2 % ? Ça veut dire, sur 15 ans, une diminution de la valeur de la pension de… 25%, et de 32 % au bout de 20 ans. Et si l’inflation monte à 2,5 %, les diminutions respectives de pouvoir d’achat de 30 % et 38 % — pour des familles, rappelons-le, qui n’ont qu’une fraction d’un salaire moyen inférieur pour vivre.  Et si les fonds qui couvrent ces pensions se targuent d’avoir des revenus qui dépassent l’inflation trois, quatre, cinq fois… Ils pourraient bien, s’ils le voulaient, couvrir l’inflation pour les retraités.

Mais les tables actuarielles qui permettent de « couvrir » ces pensions sont-elles bien ajustées pour la prolongation de l’espérance de vie ? Ce n’est pas un nouveau phénomène et les tables ont certainement été ajustées pour en tenir compte. C’est la baisse du rendement moyen, le freinage du taux de croissance de l’ensemble de la société qui est le facteur nouveau… exerçant une pression à la baisse sur les revenus. Avec quel % moyen de croissance des placements les fonds de pension planifient-ils ?

Les rendements boursiers et financiers des dernières décennies ont été marqués par plusieurs bulles qui mobilisaient les surplus d’épargne et de liquidité (des individus, des corporations) générés à l’époque par les programmes de reconstruction et de relance, de modernisation et d’urbanisme des années 45-75. Ces bulles (immobilière, technologique, financière) ont permis de « tondre » les petits épargnants pressés ou gourmands, ou imprudents tout en renflouant les grandes bourses, créant au passage de nouveaux riches occupant de nouvelles niches économiques et technologiques. [Quand un gouvernement ou une société accepte et promeut l'indépendance financière et la responsabilité des individus face à leur avenir économique tout en réduisant la responsabilité publique, il laisse à la bourse et ses aléas émotifs le soin de préparer l'avenir, décider des investissements à faire, dessiner les contours de la société de demain ou de la société qui sera possible. Il laisse à la bourse le soin d'orienter la société avec un seul principe à la clé : le rendement financier prévisible, à court terme si possible.]

Lorsqu’un fonds est plus riche, il a plus de moyens de se payer des conseillers, d’élaborer des stratégies à long terme. Ce qui amène de meilleurs résultats. (Voir Piketty, sur les rendements des fondations universitaires p. 716 — 10,2 % VS 6,2 %)

 * * *

G. Fillion cite un rapport de l’ISQ : « la rémunération globale (salaires et régimes de retraite) de l’administration québécoise est en retard de 38 % sur celle de l’administration municipale ». Quand on ne considère que les salaires, le « retard » n’est que de 18 %. Autrement dit, la richesse des régimes de retraite accompagne, s’ajoute à la richesse (toute relative) des salaires actuels. Et si j’ai un meilleur salaire, je peux en mettre de côté une plus grande portion… surtout si pour chaque dollars que je mets de côté,  il y en a deux qui sont ajoutés par le patron !

 * * *

 Jusqu’où ces dérangements et branle-bas au nom de « l’assainissement des finances publiques » ne serviront-ils d’abord l’intérêt du parti au pouvoir, comme les conservateurs le démontreront si bien au cours de la prochaine année électorale : après des années de restrictions, de coupures dans les droits et services qui conduisent à des surplus, on peut alors se conduire en monarque, décrétant des baisses d’impôt et lançant de nouveaux programmes, plus ciblés dont on contrôle mieux les retombées politiques.

Un petit discours devant l’ONU — déjà d’y être, c’était une affirmation, par les temps qui courent — promouvant la bourse du carbone. Et nous voilà absout ! Ce serait trop facile.

Nous devons apprendre à « partager la tarte » d’une planète aux ressources finies avec les générations futures. La logique du marché a fait s’emporter les machines industrielles dans la production d’objets répondant à des besoins, eux-même stimulés par les machines promotionnelles et de vente et soutenus par les machines de l’information et de l’éducation… La richesse apparente créée par le maelstrom de l’après-guerre (conversion de la puissance industrielle militaire en industries civiles; reconstruction; capacité d’innovation et d’investissement des capitaux américains accumulés pendant la guerre) façonne le mode de vie de certains pays : étalement urbain, société de l’automobile, de la résidence familiale en banlieue…

Est-ce qu’il faut appeler ça transition, rétrogradation ou regrès, post-développement ? Il faudra toujours réduire, et rapidement, la consommation de métaux et autres ressources peu renouvelables. Il faut réduire, encore plus rapidement, la consommation énergétique carbonée. Une telle transformation impliquera de recycler des usines, des industries, des métiers. Des recyclages qui ne sont jamais faciles, rarement décrétés. Mais des recyclages qui seront facilités par une planification à moyen-long terme. Une planification valorisant les métiers et secteurs économiques moins couteux en ressources matérielles et plus axés sur les services aux personnes et aux environnements.

Le manifeste convivialiste, cette déclaration d’interdépendance, identifie des principes, ce « plus haut dénominateur commun » qui doit mobiliser les groupes politiques, sociaux, religieux.

*

Un petit billet échevelé : ça fait longtemps que j’ai publié (près d’un mois) et j’essaie de dire trop de choses en même temps. En vrac, quoi !

bizarre de clôture

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On a rénové récemment la structure de métal et de verre qui fait le charme de la station de métro Préfontaine. Il était temps car à chaque pluie ou chute de neige il pleuvait à l’intérieur de la station, de plus en plus.

Mais, bizarrement, on a construit une clôture du côté sud de la station, comme pour empêcher les gens de s’approcher de la structure. Il n’y en avait pas auparavant, comme on peut le voir ici. Il y avait, cependant, un genre de grillage qui empêchait de grimper sur le toit de verre.

Je ne sais si tel est l’objectif de l’actuelle clôture… dans la mesure où il n’y en a pas du côté de la rue Hochelaga, seulement du côté donnant sur le parc Préfontaine.

Mais le plus bizarre dans cette construction, c’est qu’elle est doublée, sur une dizaine de mètres. Comme si on l’avait construite en suivant un parcours, pour ensuite changer d’idée en laissant le premier parcours.

À moins que ce soit parce que l’entreprise avait trop de piquets (et de budget) ?

les vagues vertes de Copenhague

Imaginez que les feux de circulations soient synchronisés à 20 km heure pour faciliter la circulation des bicyclettes. C’est ce que font Copenhague (The Green Waves) et quelques autres villes.

Mais si les circuits utilisés ne sont pas éloignés des circuits automobiles, la pollution inhalée par les cyclistes est comparable à celle que les automobilistes subissent. C’est ce que démontre l’étude réalisée à Londre, London air pollution: which mode of transport has the highest exposure? – video.

À quelle quantité de pollution atmosphérique sont exposés différentes personnes utilisant des moyens de transport différents (automobile, autobus, bicyclette, à pied) ou des routes alternatives (pour les cyclistes et piétons) pour se rendre du point A au point B. Les usagers des moyens motorisés passent plus de temps dans un milieu plus exposé que les cyclistes. Autrement dit la carcasse de métal ne protège pas des polluants… et n’est pas plus rapide. Naturellement ce sont les parcours à bicyclette et à pied sur des circuits alternatifs et plus tranquilles (côté circulation) que les niveaux d’exposition sont les moins élevés mais les temps plus longs de déplacement. Mais prendre son temps pour se déplacer, ça peut faire du bien. À tout le monde !

Le cycliste (la ligne vert foncé) sur la voie directe a atteint (beaucoup) plus rapidement sa destination que les usagers de l’automobile et de l’autobus, avec un niveau d’exposition comparable au piéton et au cycliste ayant emprunté le circuit plus tranquille.

convergence et bifurcation

J’ai terminé, deux fois plutôt qu’une, la lecture de La grande bifurcation qui porte en sous-titre En finir avec le néolibéralisme. Rien de moins, en 188 petites pages !

Extraits de la présentation par l’éditeur : [U]ne enquête sur la dynamique historique du capitalisme depuis un siècle. (…) [U]ne structure de classes non pas bipolaire mais tripolaire – comprenant capitalistes, cadres et classes populaires -, qui fut tout au long du siècle dernier le terrain de différentes coalitions politiques. 

Une analyse de classe qui me ramenait aux années ’70, avec Poulantzas et Althusser. Une description concrète des mouvements et intérêts du capital financier international, dominé par les Finances anglo-saxonnes; des coalitions et compromis politiques et sociaux qui ont marqué l’évolution depuis la guerre, particulièrement en Europe où les nations ont évolué différemment sur l’échiquier continental et international tout en construisant l’espace institutionnel politique et économique européen.

Les auteurs, Gérard Duménil et Dominique Lévy, promeuvent une nouvelle alliance, à gauche, pour remplacer la néo-libérale (propriétaires-financiers et gestionnaires) qui a dominé les dernières décennies. À l’évidence on ne pourra se passer de gestionnaires, pour administrer une société industrielle complexe même si on trouvait moyen de la simplifier, de la ralentir. Pour créer cette alliance de gauche (des gauches faudrait-il parler : la gauche économique et sociale [syndicats, mutuelles], la gauche écologiste et la gauche « transformatrice immédiate » [économie solidaire, finance solidaire, développement local]), il faudra briser la domination des finances sur la gestion. Mettre des freins aux transferts de capitaux, aux ventes forcées d’entreprises encore rentables, à la spéculation et même à la sacro-sainte libre circulation des biens et services… ça risque de faire fuir les capitaux… mais cela rendrait les entreprises ainsi dévaluées plus facile à racheter, par des coalitions nationales et régionales de gauche !

On ne peut pas attendre la création d’un parti, ou de partis nationaux… pas plus qu’il ne semble pour le moment possible de créer une gouvernance démocratique mondiale. Mais les coalitions qu’il s’agit de créer, d’impulser ne sont pas tactiques ou à court terme. Elles devront viser des enjeux et des objets qui dépassent, justement, l’électoralisme de courte vue pour construire… des alliances au delà d’un horizon électoral. Des alliances qui devraient être portées par une mouvance, des mouvements d’éducation, de transformation, de conscience et d’engagement.

Mais comment éviter de créer des partis politiques ? Il ne s’agit pas d’éviter de créer de tels partis, mais bien de ne pas s’imaginer qu’un parti règlera, une fois pour toutes, les questions d’orientation et d’alliances. Créer un nouveau parti ou investir un de ceux qui sont en place et attendre de prendre le pouvoir pour réaliser le programme souhaité ? Ou identifier les réformes et actes législatifs et réglementaires à mettre en oeuvre, à la fois immédiatement et graduellement ? Des réformes et des actes qui devront transgresser les lignes de parti et les frontières nationales pour avoir quelque chance de relever les défis nombreux et profonds qui se posent. Non ?

Voir aussi :

Ajout (septembre 2014) : un manifeste dont je ne connaissais l’existence, en août dernier :

LinkedIn, je débarque !

Je me suis rendu compte récemment que mon compte LinkedIn communiquait avec des amis et connaissances en mon nom pour leur demander de rejoindre mon réseau sur LinkedIn. C’est la goutte de trop.

Déjà qu’au moment de la création de mon compte le processus était tellement obscur et alambiqué que j’ai acquiescé sans m’en rendre compte à une procédure qui a envoyé à TOUS mes contacts Gmail une invitation à répétition… sans que je puisse corriger cette erreur ou arrêter ces messages facilement. Apprendre que cette pratique se perpétue plusieurs années après avoir ouvert mon compte, j’en suis abasourdi !

Je ne tenterai même pas de comprendre ou de demander des explications… je débarque !

Mais je voudrais m’excuser auprès des personnes qui auraient reçu de ces invitations répétitives et insistantes de la part de LinkedIn comme si c’était moi qui les envoyais : je n’étais absolument pas conscient de telles pratiques.

Étant donné que mon « réseau LinkedIn » n’existe plus, de telles communications involontaires ne seront plus possibles.