et maintenant le plan d’action

Un développement global

L’impression que donnait le reportage de Radio-Canada diffusé au moment de la sortie officielle de la Politique de développement social Montréal de tous les possibles ! le 7 juin dernier :

« La politique présentée mercredi définit de grandes orientations visant à inclure, à protéger et à rendre plus accessibles les services municipaux aux personnes et aux communautés vulnérables. »

Comme si le développement social ne concernait que les communautés vulnérables…

La place du développement social (DS) a fait l’objet d’un avis de la part du Regroupement québécois de développement social, en avril 2015. Le DS y est décrit comme s’adressant « aux individus et aux collectivités dans leur globalité de façon intégrée ».  Le DS est un des trois piliers définissant le développement durable (avec les dimensions environnementale et économique des activités de développement).

Pourquoi faut-il prendre le développement social par « le gros bout » plutôt que le petit ? Parce que les transformations de l’économie conséquentes aux nécessaires politiques de la Transition écologique déplaceront tant de monde, bousculeront tant d’habitudes que tous devront « mettre l’épaule à la roue ». Il ne peut y avoir de « liberté individuelle » de nier l’obligation de la Transition. Refuser de contribuer à l’effort collectif de transformation ou, pire encore, accroitre sa consommation et ses rejets dans la nature de gaz et produits toxiques, sont des positions répréhensibles qui devraient être punies si elles se manifestaient par des comportements délétères.

Le développement social doit aussi se faire en critiquant les comportements nocifs, les pratiques asociales, discriminatoires ou éco-destructrices. Punir ou réprimer les exagérations et pratiques ostentatoires relevait de la bienséance dans les sociétés traditionnelles. Mais nos sociétés ont tellement bien libéré les individus des pressions morales exercées par les communautés qu’il faut maintenant exercer ces pressions de manière législative et règlementaire. Mais attention de ne pas nuire au développement des capacités d’autocontrôle des collectivités ! (Collective Action and the Evolution of Social Norms (pdf), E. Ostrom, 2000)

De nouveaux pouvoirs

Alors que l’automne devrait amener les acteurs de la région à contribuer au futur Plan d’action qui mettra en œuvre la nouvelle politique, il est utile de garder en tête les nouveaux pouvoirs qui seront prochainement dévolus par le gouvernement provincial. Quelques-uns de ces nouveaux pouvoirs attribués à la Métropole, par la Loi 121  dont l’étude détaillée par la Commission de l’aménagement du territoire du Québec débute en aout :

  1. Le droit de préemption sur l’acquisition d’immeubles mis en vente sur son territoire ;
  2. Le droit d’acquérir, de gré à gré ou par expropriation, tout immeuble à l’égard duquel un avis de détérioration a été inscrit au registre foncier depuis au moins 60 jours et sur lequel les travaux exigés dans cet avis n’ont pas été effectués (Pouvoir de forcer l’entretien des immeubles détériorés par résolution) ;
  3. Pouvoir de rendre obligatoire l’inclusion de logements abordables ou familiaux dans les projets de développement résidentiel ;
  4. Pouvoir de créer des organismes sans but lucratif dont l’activité consiste à fournir tous les services, les avis, les matières, les matériaux et les équipements relevant des compétences de la Ville ;
  5. Pouvoir de mettre sur pied les instances consultatives nécessaires pour assurer le bon fonctionnement et la bonne gouvernance de la Ville.
  6. Pouvoir accru d’accorder des crédits de taxes;
  7. Pouvoir de céder ou de louer des immeubles à une valeur autre que la valeur marchande ;
  8. Pouvoir de subventions par le comité exécutif jusqu’à 150 000 $ pour les acquisitions et les aliénations d’immeubles.
  9. Une offre de services d’accompagnement des nouveaux arrivants sur son territoire grâce au BINAM (Bureau d’intégration des nouveaux arrivants à Montréal)

Ces pouvoirs devraient permettre à la Métropole d’exercer un leadeurship plus ferme et ne plus être à la remorque ou sans ressource devant les projets et actions des développeurs privés. Cela pourrait aussi favoriser la résolution de nombreux besoins d’espaces (commerciaux et de services) pour les organisations communautaires qui souhaitent desservir les communautés locales.

Il faudra demander au prochain maire de Montréal ce qu’il entend faire de cette capacité nouvelle (ou accrue) de créer suivant son bon vouloir des « OBNL de sous-traitance ». Est-ce à dire, par exemple, que dans l’exercice de sa plus grande autonomie en matière d’habitation, la Métropole pourra créer des OBNL qui agiront en lieu et place ou en concurrence avec les OBNL en habitation qui ont développé depuis des décennies une connaissance fine des territoires et des besoins et démontré des capacités éprouvées d’intervention ? Ou encore de nouveaux OBNL qui viendraient accompagner les nouveaux immigrants… Et les OBNL qui interviennent déjà, avec peu ou pas assez de reconnaissance et de soutien jusqu’ici, seront-elles seulement consultées ou si elles seront partenaires, coproducteurs dans ce nouveau champ de compétence métropolitain ?

Il y a de bonnes discussions à avoir à ce sujet et la manière dont ces discussions seront menées, les espaces où elles se tiendront ne sont pas innocents ou neutres. Il faut reconnaître les espaces démocratiques qui existent déjà, et continuer de les soutenir : Forum régional de développement social ; Tables de quartier.

Autres éléments de la conjoncture des prochains mois : la campagne électorale municipale de l’automne ; l’intention ferme du gouvernement fédéral de réinvestir dans le logement et de développer les « infrastructures sociales » ; la campagne électorale provinciale à l’horizon 2018.

Le développement ordinaire n’est plus possible…

S’il faut faire du développement social un plan commun à l’ensemble des « parties prenantes »; un objectif sociétal, un projet de société multisectoriel sachant tirer le meilleur de chacun…

Si on veut que les projets soient ancrés dans les territoires, soutenus par les communautés, permettant les impacts les plus durablement positifs;

Il faut gérer localement – autour de leadeurships ou de projets particuliers. Ce qui doit être géré régionalement, par la métropole, ce sont les règles, notamment fiscales et financières qui devront être négociées avec les niveaux supérieurs de gouvernement. Des outils pour faciliter l’agir et l’impact des initiatives locales.

Le premier plan d’action en développement social qui fera suite à l’adoption récente de la politique du même nom, ce sera un premier plan, à court-moyen terme. Mais le développement social, qu’on l’inscrive dans la Transition écologique ou pas, c’est un processus à long terme. C’est comme changer les habitudes alimentaires ou de déplacement d’une population. Il faut travailler sur les déterminants matériels et environnementaux qui conditionnent les habitudes sociales, préalablement et en même temps que de promouvoir de nouveaux comportements, de nouvelles valeurs. Ce premier plan d’action de 3 à 5 ans devrait s’inscrire dans un plan de 25 ans : Vers le 400e de Montréal !

Les opportunités à saisir et à inscrire dans ce prochain plan d’action :
  • Les nombreux édifices institutionnels ou commerciaux qui devront changer de vocation (déplacement de communautés religieuses, fermeture d’hôpitaux, de CHSLD, d’usines et de centres d’achat désaffectés) sont une occasion de répondre au besoin en locaux exprimé par plusieurs OBNL offrant des services de proximité.
  • Les espaces en friche à inscrire au plan de préemption de la Métropole; les projets de développement à discuter avec les partenaires.
  • La mise à niveau du stock de logements locatifs en regard des nouveaux pouvoirs de saisie pour cause d’insalubrité.
    • Des reprises de possession qui devraient être données à gérer aux OBNL aptes et consentantes des quartiers ;
    • La demande accrue, dans ce contexte, de services de rénovation-entretien-réparation devrait permettre de soutenir la structuration d’une offre de service de qualité. Un secteur (rénovation-entretien) qui évolue souvent au noir, au détriment de l’intérêt collectif (pas d’impôt payé) et de l’intérêt du client (pas de protection ni contrôle de qualité). Raisons suffisantes pour soutenir publiquement (grâce aux programmes provinciaux actuels de réinsertion et de formation professionnelle en plus d’un soutien à l’innovation et aux infrastructures sociales fédéral) l’émergence d’entreprises d’économie sociales dans le domaine. (Voir autre article).
  • La création d’un dépôt d’informations stratégiques (fonds de cartes, données fiscales, immobilières, de recensement, de sondage, administratives) pour le développement social et urbain des quartiers montréalais. Comme le disait le comité exécutif dans sa réponse à la recommandation 26 du rapport Vers une Politique de développement social de la Commission sur le développement social et la diversité montréalaise :

« Le comité exécutif est favorable au développement de plateformes de diffusion d’analyses, de cartes, de données et de toutes formes d’informations brutes ou traitées permettant à ses partenaires en développement social de mieux comprendre les enjeux et de les utiliser à des fins d’amélioration des conditions de vie de la population montréalaise. »

  • La reconnaissance du Forum comme espace de discussion et de suivi du Plan.

Au delà du développement social, il faudrait mettre en place un groupe de travail sur la Transition afin d’articuler les dimensions sociale, écologique et économique de notre développement à plus long terme.

La campagne électorale municipale de l’automne permettra-t-elle de clarifier les enjeux qui traversent le champ du développement social montréalais ? Comment la prochaine administration municipale usera-t-elle de ses nouveaux pouvoirs ?  La manière dont le document Montréal de tous les possibles ! fut lancé, une semaine seulement avant la tenue du Forum qui devait en discuter, n’est pas pour rassurer les partenaires… Le Plan d’action qui devra mettre en oeuvre cette nouvelle politique devrait être celui de tous les montréalais.

La Métropole qui se dessine à l’horizon pourrait être l’occasion d’un renforcement de la vitalité des quartiers et de la vie démocratique municipale. Reprenons le titre de Jonathan Durand Folco, dans son Traité de municipalisme : À nous la ville !

la pauvreté mine les capacités cognitives

Une citation sur FB relatant un « billet d’humeur » de la chroniqueuse Véronick Raymond « La pauvreté mène à la pauvreté, et la neurologie peut l’expliquer » m’a fait retrouver ce brouillon d’article commencé il y a quelques mois… et resté à l’état de brouillon. Le voici donc.

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« A variety of studies point to a correlation between poverty and counterproductive behavior. The poor use less preventive health care, fail to adhere to drug regimens, are tardier and less likely to keep appointments, are less productive workers, less attentive parents, and worse managers of their finances. »

« The human cognitive system has limited capacity. Preoccupations with pressing budgetary concerns leave fewer cognitive resources available to guide choice and action. Just as an air traffic controller focusing on a potential collision course is prone to neglect other planes in the air, the poor, when attending to monetary concerns, lose their capacity to give other problems their full consideration. » Extraits de Poverty Impedes Cognitive Function, A. Mani & al,  Science, #341, 2013.08.30 – Résumé en termes moins techniques de la même recherche The Poor’s Poor Mental Power.

Plusieurs études ont noté une corrélation entre la pauvreté et des comportements néfastes à la santé ou à l’intérêt des personnes touchées : les « pauvres » sont moins fidèles à leurs prescriptions médicales, font moins attention à leur santé (moins de prévention) ou encore arrivent plus souvent en retard à leurs rendez-vous… Les capacités cognitives des humains sont limitées en quantité. De pressantes préoccupations budgétaires laissent peu de capacités cognitives pour guider les choix et l’action. Un peu comme un contrôleur aérien dont l’attention est centrée sur une collision potentielle imminente peut négliger les autres avions aux alentours, la personne pauvre préoccupée par des problèmes monétaires perd de sa capacité à donner l’attention nécessaire à d’autres problèmes.

Les deux textes cités plus haut rendent compte d’expériences réalisées en laboratoire et sur le terrain. Sur le terrain, ce sont des centaines de fermiers de l’Inde qui ont été questionnés à différents moments de l’année : alors que leur situation était précaire, avant la période de la récolte et au moment où leur situation s’était améliorée, juste après la récolte. On ne parle plus de corrélation mais bien de causalité entre les difficultés financières (pauvreté) et les capacités plus limitées de prendre les bonnes décisions. Ces constats portent les auteurs à recommander que certaines interventions publiques tiennent compte des capacités cognitives qui peuvent varier selon l’heure de la journée ou le moment dans l’année (ou dans le mois, ajouterons-nous).

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Autres articles similaires cités par madame Raymond :

biennale du développement social montréalais

Les 13 et 14 juin derniers le Forum régional sur le développement social de l’Île de Montréal (FRDSÎM) tenait sa deuxième Biennale au Collège Maisonneuve. Sous le thème « Montréal urbaine & sociale, croisons nos perspectives » (pdf) quelque 250 personnes se sont réunies pour discuter des enjeux du développement social pour la métropole. J’ai eu la surprise, et le bonheur, d’y participer en tant que « blogueur invité » ! Ce qui est heureux car le « budget colloque » de Gilles en vrac… avait été pas mal mobilisé ce printemps par les évènements du PhiLab (20-21 avril) et du CRISES (6-7 avril).

L’origine du FRDSÎM remonte à la fin des années ’90 alors que tout le Québec avait été mobilisé par le Conseil de la santé et du bien-être dans une vague de forums régionaux promouvant le développement social (pdf). L’historique du Forum régional retrace le parcours qui a conduit, de 1998 à 2015, jusqu’à la première Biennale. En préparation de cette rencontre, un bilan évolutif du développement social de 1998 à 2014 (pdf) avait été réalisé sous la direction de Juan-Luis Klein, de même qu’un Portrait statistique de la population montréalaise et comparaison avec quatre voisinages (doc), réalisé par Christian Paquin. Un bilan de cette première biennale de 2015 (pdf) donne une idée du dynamisme et de la mobilisation des acteurs autour de 16 stratégies dont la 16e s’énonçait « Élaborer une politique montréalaise de développement social ».

Et c’est au lendemain du lancement, le 7 juin, de sa Politique de développement social par la ville de Montréal que se tenait cette seconde Biennale du FRDSÎM. Un des leitmotivs de la journée était d’ailleurs de « contribuer au plan d’action » pour la mise en oeuvre la dite politique.

Voyons ce que cette seconde biennale du FRDSIM nous a présenté. Je compte revenir dans un second billet sur cette nouvelle Politique montréalaise.

L’évènement était animé par une équipe de Communagir, qui avait affaire à des participants motivés, dont plusieurs membres du FRDSIM qui ont participé au cours de la dernière année à la consultation sur la dite politique  en rédigeant quelque 50 mémoires. La qualité des présentations était à la hauteur des attentes – et parmi les techniques d’animation l’idée de l’Alvéole d’innovation était la plus porteuse de sens. D’autres techniques, comme le Mentimeter ou encore la traduction de concepts en constructions Lego m’ont semblé moins « porteuses ». Peut-être certaines questions d’atelier lors des « échanges de perspectives et modélisation » se transposaient-elles mieux que d’autres en petites créations de briques de couleurs… La nôtre, de question : « Au delà du logement social, des logements locatifs et abordables assurent un accès aux personnes à faible revenu« . Pour ce qui est du Mentimeter, la question sur les conditions de réussite comportait trop de choix… pour produire autre chose qu’une macédoine. Le vote sur les aménagements réussis illustré sous forme de nuage de mots était déjà plus parlant. 

Parmi les autres éléments remarquables de l’évènement : son emplacement ! Le jardin intérieur du Collège Maisonneuve, et ses arbres impressionnants, était l’endroit idéal pour le « parcours immersif » du premier matin (une bonne façon de prendre contact) et pour les pauses et le 5 à 7. La conférence « à la TED » de M. Louis-Félix Binette ? Je l’imaginais bien à un colloque sur les nouvelles technologies d’affaires… Mais le physicien-linguiste qui se présente comme philosophe de la collaboration a bien su captiver son audience autour de 4 lentilles pour lire la complexité de notre société en réseaux qui fait « exploser notre capacité d’interagir ».

  1. La conversation globale : une seule et même conversation sur Terre.
  2. La cathédrale et le bazar : le modèle propriétaire et figé de la cathédrale VS le bazar flexible de la collaboration. (Voir le document éponyme à l’origine de cette comparaison. GB)
  3. Le versioning : la culture comme OS (système d’opération) de la société. Comment se font les mises-à-jour et l’innovation à notre culture commune ?
  4. La Ville comme caisse de résonance de la conversation globale. Le potentiel d’innovation des connexions faibles. La Ville comme accélérateur des connexions faibles.

Après la conférence de M. Binette, des connexions se sont-elles faites dans les ateliers de modélisation ? Les participants s’étaient à l’origine inscrits dans l’un des trois profils : Vivre ensemble la diversité; Vivre le quartier et Vivre la ville intégrée. Les personnes d’un même profil étaient invitées à se répartir autour de tables qui avaient chacune à répondre à une question différente. Des personnes de différents horizons (municipalité, OMH, organisations communautaires, économie sociale…) devaient « croiser leurs regards pour construire des solutions innovantes et réalistes ». Après deux périodes de discussion, avant et après le diner de mercredi, le travail en petit groupe de 6-7 personnes n’a pas permis de produire une innovation très éclairante… Bien que… Je reviendrai dans un prochain billet sur une idée surgie sur cette enclume. Toujours est-il que, après deux étapes de synthèse et distillation, ce qui a pu être présenté en plénière de clôture était plutôt général, genre voeux pieux.

Heureusement qu’il y avait l’Alvéole de l’innovation pour donner, à la séance de clôture, une présentation un peu cohérente du développement social et des enjeux des prochaines décennies : Que sera Montréal à son 400e ? Telle est la question qui a aiguillonné les travaux d’un groupe de personnes choisies, experts issus de divers réseaux engagés chacun à sa manière dans le développement social…

Les membres de l’Alvéole d’innovation (gauche à droite) : Maxim Bragoli, co-fondateur, La Pépinière I Espaces collectifs​, Gérard Beaudet, urbaniste émérite, professeur et chercheur, École d’urbanisme et d’architecture de paysage et l’observatoire Ivanhoé- Cambridge du développement urbain et immobilier de l’ Université de Montréal​, Marie-France Raynault, médecin de santé publique et directrice, Centre de recherche Léa-Roback​, Veronica Islas, directrice générale, Cric Centre Sud​, Antonin Labossière, architecte et associé, Rayside Labossière​, Mario Régis, vice-président, développement social, Centraide du Grand Montréal​, Alain Meunier, conseiller en recherche et développement, Communagir​, Cédric Constantin, chargé de projet, Groupe Mach, Véronique Fournier, directrice générale, Centre d’écologie urbaine de Montréal​ et Johanne Derome, directrice du Service de la diversité sociale et des sports, Ville de Montréal​ (absente de la photo).

Ils ont cogité durant deux jours, alimentés par les rapports d’atelier, et des échanges avec des citoyens du quartier… C’était bien de se voir rappeler que les villes, les quartiers ne se développent pas entre deux élections, mais bien sur des décennies. Les actes du Forum devraient nous permettre de retrouver le détail de cette présentation faite à plusieurs.

En après-midi de la première journée la formule de deux périodes d’atelier sur des « pratiques inspirantes » suivies d’un « fishbowl » rassemblant plusieurs ateliers où les participants étaient invités à se joindre spontanément au « bocal » de 4 ou 5 personnes afin de commenter ce qu’ils venaient d’entendre. Je n’ai pas pris beaucoup de notes dans cette partie, étant trop souvent « dans le bocal »… Mais les conférences de M. Gravel sur Piéton Québec et celle de M. Rondia, sur le projet ILEAU, ont été plus qu’inspirantes… encourageantes. Je connaissais Piéton Québec, à titre d’abonné de la page Facebook de l’organisme. Les lobbys de l’automobile sont encore très puissants et la défense et promotion de villes et de quartiers pensés d’abord pour les piétons avant que d’être des lieux de circulation et de stationnement de mécaniques dangereuses et polluantes (mes qualificatifs) doivent être soutenues et encouragées. Emmanuel Rondia, du Conseil régional de l’environnement de Montréal, nous présentait le projet Interventions locales en environnement et aménagement urbain (ILEAU) réalisé dans l’est de l’Île : concours d’aménagement des espaces autour des arrêts d’autobus; les bûcherons d’asphalte… Je vous le dis, plus qu’inspirantes, enthousiasmantes.

Ron Rayside, de Rayside Labossière et Lyndsay Daudier, de la Maisonnée l’innovation sociale, durant leur conférence-dialogue d’ouverture

Parmi les autres moments inspirants je compte les interventions de Ron Rayside, en conférence-dialogue d’ouverture et aussi en introduction des ateliers du profil Ville intégrée. La firme Rayside-Labossière a contribué, à mon avis, du meilleur mémoire lors de la consultation conduisant à la Politique de développement social. De nombreux projets structurants sont sur la table à dessins de la Métropole actuellement. Seulement dans le sud de l’arrondissement Ville-Marie, on parle de 17,000 logements qui seront construits. De nouveaux quartiers à construire qui devront tirer leçon de Griffintown et prévoir, réserver tôt dans le processus de développement les espaces publics et communautaires qui seront nécessaires à ces nouvelles collectivités. Avec la création des deux centres hospitaliers universitaires, la délocalisation de plusieurs communautés religieuses, de multiples édifices institutionnels à valeur historique devront être réhabilités et convertis à d’autres vocations. C’est l’occasion de prévoir, et réserver pour des fins de services de proximité une partie de ces espaces en transition. Le mémoire de Rayside-Labossière met en lumière la complexité inhérente aux dynamiques de quartier (coeurs, pôles) pour Ville-Marie. On se prend à rêver d’un tel portrait pour l’ensemble de Montréal. C’est aussi un des rares mémoires à avoir analysé sérieusement l’importance du transport collectif du point de vue des travailleurs à bas salaire, qui n’ont d’autre choix que d’utiliser les transports en commun. Le seul aussi à s’être prononcé sur le Réseau électrique montréalais (REM)  et l’occasion manquée de réduire l’inégalité en matière de transports collectifs qu’il représente en l’état actuel.

En séance de clôture, nous avons eu droit aux conférences de monsieur Richard Massé, directeur de la santé publique de Montréal, de madame Lili-Anna Peresa, PDG de Centraide,  et de monsieur Denis Coderre, maire de Montréal. Le premier nous a rappelé les trois axes d’intervention de la direction de santé publique à Montréal.

  1. La réduction des inégalités est au coeur des programmes et orientations de la DSP. Une politique de développement social axée sur l’équité – Vers une réduction des inégalités sociales de santé à Montréal : tel est le titre du mémoire déposé dans le cadre de la consultation Vers une politique de développement social . Logement abordable, transport abordable, aménagement du territoire, services à la petite enfance, accueil des immigrants qui accueillent eux-mêmes 50 % des enfants du territoire, alors qu’ils représentent 30% de la population.
  2. Renforcer le pouvoir d’agir des communautés, notamment en poursuivant le soutien accordé aux Tables de quartier (Initiative montréalaise de soutien au développement social local). Mais aussi en donnant accès à des données de surveillance à l’échelle locale (entre autres, les résultats de l’enquête TOPO).
  3. Par son troisième axe d’intervention la DSP souhaite contribuer à l’adoption de politiques publiques favorables à la santé. Par ses études et mémoires et par les efforts déployés en évaluation d’impact.

Lili-Anna Peresa, PDG de Centraide du Grand Montréal, rappelle le virage vers une approche territoriale réalisé en 2010. Centraide se veut un agent de changement, soutenant la synergie de tous les acteurs. « Nous sommes fiers du programme de soutien aux Tables de quartier ». Le PIC (Projet impact collectif), lancé par Centraide et 8 autres fondations de la région a reçu un prix canadien du réseau des United Way. « La réduction de la pauvreté passe par les communautés ». Le déploiement du « 211 » (Information sur les services communautaires, publics et parapublics) à l’échelle de la communauté métropolitaine constitue le legs de Centraide à l’occasion du 375e.

Pour monsieur Denis Coderre, maire de Montréal, « L’avenir passe par les villes ». Il faut reconnaître, dit M. Coderre, que Montréal s’est construite sur un territoire Mohawks traditionnel non-cédé. La 375e devrait être l’année de la réconciliation. La reconnaissance du statut de métropole de Montréal de même que les nouveaux pouvoirs dévolus aux municipalités comme gouvernements de proximité seront « le moteur des dix prochaines années ». Le maire affirme vouloir travailler avec les organisations qui existent, afin de favoriser l’inclusion et célébrer, tirer parti de la diversité montréalaise. La mise en place du Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal (BINAM) devrait contribuer à cet objectif. Le maire confirme l’importance de l’habitation et du logement abordable et social. Il faudra créer de nouveaux quartiers et utiliser tous les outils disponibles (Accès-logis, les programmes de rénovation, de lutte à l’itinérance). Le maire assure et rassure que tous les grands projets de développement feront l’objet de consultations menées par l’OCPM, l’Office des consultations publiques de Montréal.  Il glisse un mot sur les espaces excédentaires qui devront trouver de nouvelles vocations, citant le Children’s Hospital, en soulignant l’importance de la mixité sociale.

La deuxième Biennale aura réuni près de 250 intervenants, partenaires du développement social montréalais et permis, certainement, de croiser les perspectives. Est-ce qu’on a pu, vraiment, alimenter le prochain Plan d’action qui devrait concrétiser la Politique lancée quelques jours avant la tenue du Forum ? Je ne crois pas. Il faudra trouver d’autres moyens ou occasions et la campagne électorale de l’automne devrait en fournir quelques uns.

Je reviendrai dans un second billet sur la richesse de la consultation qui a précédé la Politique lancée le 7 juin et sur les questions et enjeux que la Politique n’a pas résolus mais qui devraient être éclairés par le prochain Plan d’action.

philanthropie et changement social – 2

une banque d’infrastructure sociale ?

L’idée d’une Banque d’infrastructure sociale était avancée par M. Stephen Huddart, PDG de la fondation McConnell, lors du colloque de PhiLab le 21 avril dernier. Il s’agirait de favoriser l’action conjointe des investissements privés, publics et philanthropiques autour d’objectifs de développement social.

Dans le contexte du débat entourant la mise en place de la Banque de l’infrastructure du Canada, dont on vient d’annoncer que les bureaux seront à Toronto, cette proposition d’une Banque de l’infrastructure sociale devient doublement intéressante. Il est important de répondre à des besoins distincts qui exigent des compétences particulières (on ne développe pas des infrastructures sociales comme on développe des ponts ou des systèmes de distribution électriques) avec une ressource, une banque qui possède une telle expertise. Et cette expertise se trouve nettement plus développée au Québec.

Les investissements « dans l’apprentissage et la garde des jeunes enfants, dans le logement abordable, dans les soins à domicile, et dans les infrastructures culturelles et récréatives» sont des infrastructures sociales visées par le budget fédéral 2017 et sont des secteurs où la longue expérience du Québec pourrait être mise à profit pour un développement pan-canadien. L’expérience avancée du Québec dans le domaine de l’économie sociale et solidaire devrait aussi être mise à profit dans le cadre d’une éventuelle Banque d’infrastructure sociale (BIS).

Actuellement, le projet gouvernemental prévoit investir des milliards, des dizaines de milliards, « 21,9 milliards de nouveaux investissements sur 11 ans», sans utiliser le moyen d’une « banque d’infrastructure ».  Qu’est-ce qu’une BIS apporterait de plus ? La possibilité de mobiliser des fonds privés et ceux de l’épargne collective (fonds de travailleurs, fonds de pension) de manière concertée autour de projets d’envergure visant un développement social intégré. Ne plus voir l’investissement public dans le domaine social comme venant réparer les pots cassés par le développement privé mais comme un levier pour impulser, avec les ressources collectives, communautaires et philanthropiques des investissements responsables orientés vers la Transition écologique et sociale.

Les fondations subventionnaires canadiennes ont l’obligation de donner, chaque année, à des organisations charitables 3,5% de leur capital. Le reste, soit 96,5% des 46,2 G$ qu’ils possèdent (Lévesque, 2017), est investi afin de générer des revenus (le 3,5%) qui seront distribués ou accumulés. Certaines fondations ont pris le virage de la responsabilité : Béati ou McConnell investissent leurs capitaux non seulement afin de produire des revenus, mais aussi afin d’avoir un impact social qui soit congruent avec la mission qu’ils poursuivent avec leur « 3,5% ». Une Banque d’infrastructure sociale pourrait faciliter, favoriser ce virage vers des investissements responsables de la part des fondations mais aussi de la part des fonds collectifs que sont les fonds de pension et fonds de travailleurs.

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Plusieurs textes des présentations faites lors du colloque du 20-21 avril dernier sont maintenant disponibles sur le site de PhiLab. Voir aussi synthèse des enjeux par Nancy Neamtan: Quel rôle pour la philanthropie dans la transition sociale et écologique,  sur le site TIESSS.

de la charité à la solidarité

C’est le chemin que je voulais parcourir, en passant d’un parvis d’église à l’autre sur cette rue Adam – dans le cadre des Promenades Jane Jacobs – où plusieurs lieux de culte ont été transformés en centres communautaires. Cliquez le lien ci-haut pour voir le détail du parcours de 3 km.

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L’église Saint-Clément-de-Viauville, coin Viau et Adam


Il y a une filiation de la charité catholique traditionnelle vers le travail communautaire, le travail social auprès des démunis, des poqués  de la société. La générosité et l’entraide, basées auparavant sur le sentiment d’appartenance à la même communauté religieuse et locale, générosité et entraide qui trouvaient à s’exprimer à travers des occasions et activités organisées par la paroisse ou une de ses nombreuses organisations de bienfaisance, ont migré, se sont transformées. L’ampleur des crises et l’enrichissement collectif de l’après-guerre ont amené l’établissement de programmes publics d’assurance et de soutien à la formation et la réinsertion des déplacés ou expulsés du marché du travail. Une intervention étatique qui arrivait à point nommé pour remplacer la ferveur chancelante de la charité catholique. Mais l’invention, sur le terrain, des modèles d’assistance et d’intervention profiteront de l’expertise et de l’engagement de plusieurs religieuses et religieux. Ils et elles ont été souvent des pionnières au coeur de plusieurs initiatives communautaires qui ont remplacé ou succédé aux anciennes soupes populaires et paniers de Noël.

Naturellement ces initiatives communautaires n’ont pas que remplacé la bienfaisance catholique, elles ont été portées et soutenues par des acteurs et des valeurs qui n’étaient pas que catholiques : démocratie, création, expression, liberté, autonomie, dignité, justice… Des valeurs portées par de nouvelles générations, croisées comme fers aux précédentes. Puis alliées entre elles contre la bêtise, la discrimination, le chauvinisme, l’égoïsme ou la bureaucratie…

Finalement je ne suis pas sûr que nous soyons passé de la charité à la solidarité. Il y a plutôt eu ajout, de solidarité à la charité, et des ajouts aussi de formes nouvelles de l’une et l’autre. Ce qui n’a pas empêché les frictions, les tensions d’être grandes lorsqu’il s’est agi de disposer d’un patrimoine collectif historique. Quelles levées de fonds a-t-il fallu faire pour racheter ou remodeler les lieux de culte désertés de Saint-Mathias et Saint-Barnabé ! Jusqu’où les fonds recueillis par la collectivité aujourd’hui doivent-ils être versés pour racheter à la Fabrique et l’Église ce qui a déjà été payé par la collectivité d’hier ? — plutôt que versé pour la transformation et la préservation du patrimoine ? Ces questions n’ont pas été faciles à résoudre, mais elles l’ont été, à l’évidence dans ces deux cas. Reste celui de l’église Saint-Clément… et de beaucoup d’autres sans doute ailleurs !

Il ne faut pas réduire la valeur historique de ces églises à leurs pierres et vitraux. Continuer la lecture de « de la charité à la solidarité »

philanthropie et changement social – 1

Un colloque était organisé par le PhiLab (Laboratoire montréalais sur la philanthropie canadienne), les 20 et 21 avril dernier sur le thème Crises socioéconomique et environnementale : rôles et responsabilités des fondations subventionnaires, de la réflexion à l’action… (programme en PDF)

Plus d’une centaine de personnes ont participé aux ateliers et plénières des deux jours.

Un thème plutôt costaud qui interpellait à la fois les fondations mais aussi les partenaires (communautaires, étatiques, privés, universitaires) avec qui ces fondations sont appelées à définir leurs stratégies et moyens d’action.

Je ne tenterai pas de résumer les 13 conférences(*) qui ont ouvert le colloque, préparé aux ateliers ou conclu l’évènement. Seulement quelques mots, autour de certaines questions posées (ou non) par quelques uns  des conférenciers.

La place (ou l’absence) du politique, de l’État

Même si la ministre du Revenu du Canada, madame Diane Leboutillier, a ouvert la conférence et qu’elle est même restée pour la plus grande partie du colloque, cela n’a pas tout à fait comblé le vide (ou le peu de présence) des autres paliers de gouvernement. Le ministère de la santé, qui a depuis longtemps développé des alliances et programmes conjoints avec des fondations, aurait été pertinent avec une réflexion sur les leçons qu’il en tire. Mais peut-être le thème « crises socioéconomique et environnementale » n’était pas assez « santé » pour notre médecin de ministre.

Je n’ai pas épluché la liste des inscriptions mais je n’ai pas vu beaucoup de gens de la santé publique, qui gèrent (avec des représentants de la Ville, parfois) pourtant d’importants programmes de subvention conjointement avec de grandes fondations.

La ministre Leboutillier nous informait, pour sa part, que plus de 20 000 personnes ont participé à la consultation lancée l’automne dernier par son ministère sur les activités politiques des organismes de bienfaisance. Le rapport synthèse devrait être bientôt rendu public.

La conférence suivante était donnée par monsieur Tim Draimin, directeur du SIG, Social innovation generation. Elle avait pour titre : Foundations’ Emerging Roles Tackling Grand Challenges (pdf). Décrivant l’évolution du rôle et de l’agir des fondations qui sont aujourd’hui moins discrètes, et ont une approche, une philosophie plutôt basées sur l’investissement que la levée de fonds. Elles  ont développé des collaborations hybrides, reliant les silos. Ces collaborations sont passées du mode transactionnel au transformationnel. On voit venir le « collective impact 3.0« , où l’on construit un mouvement plutôt que de simplement gérer des organisations; où l’on partage des aspirations et non seulement ses agenda; où l’on fait des apprentissages stratégiques et non seulement partager des règles et des données; où les collaborations visent aussi le changement et non seulement le renforcement mutuel . L’innovation sociale doit être vue comme un projet de société s’inscrivant dans une vision écosystémique (Mondragon).

Une planche résume l’écosystème de l’innovation sociale, selon M. Draimin.

M. Draimin termine sur un programme visant la transformation des stratégies et des objectifs des fondations en 5 points :

  • Pour le personnel des fondations : passage de la gestion des subventions à l’établissement de relations profondes aptes à soutenir des écosystèmes de solutions des Grands défis du Canada
  • Les fondations développent les capacités trans-sectorielles en partageant outils et approches avec les acteurs du privé/secteur public/société civile afin d’accroître la capacité de tous à travailler ensemble
  • Les fondations identifient les trous et manques dans l’écosystème de l’innovation et se font catalyseurs de nouvelles infrastructures sociales pouvant combler ces manques
  • Les fondations deviennent promoteurs d’un agenda canadien de l’innovation s’attachant à résoudre les inégalités sociales et le changement climatique
  • Les fondations deviennent pro-actives dans la promotion d’un nouveau régime de régulation des organisations charitables qui sache libérer les capacités innovatrices des fondations et de leurs partenaires.

« …Canada’s current systems, structures, policies and legislation could be viewed as risk-averse, outdated and constraining, limiting opportunities for innovation, experimentation, revenue generation and cross-sector collaboration. » Extrait de Charting a Path Forward Strengthening and Enabling the Charitable Sector in Canada.

Le troisième conférencier lors de cette plénière d’ouverture était Benoît Lévesque, professeur de sociologie émérite de l’UQAM, qui nous propose une communication (pdf) en trois points :

  • La transition sociale et écologique (TSÉ) ouvre un espace d’innovation et de transformation des besoins de base
  • La philanthropie est doublement interpellée par cette transition
  • Comment institutionnaliser (pérenniser) les innovations utiles à la TSÉ ?
  1. La transition sociale et écologique vers un développement durable repose sur un nouveau paradigme, une nouvelle vision du monde qui s’est construite depuis le début des années ’70 (Halte à la croissance, rapport Bruntland) jusqu’à s’incarner dans des lois sur le développement durable. Des constats de plus en plus irréfutables imposent de transformer nos modes de production, de consommation et d’occupation du territoire. De nombreux passages s’imposent pour atteindre une économie qui soit soutenable : de l’énergie fossile aux énergies renouvelables; du gaspillage à un usage raisonné des ressources naturelles; besoins à repenser : alimentation, mobilité, logement…Une transition qui a un caractère d’urgence pour contrer l’irréversible.Une transition qui doit être sociale, et conduire à plus d’équité parce que les plus défavorisés sont plus durement touchés par la crise écologique; parce que la pauvreté réduit l’ouverture au changement, et que la grande richesse des uns accroit la pression sur l’environnement. Ce à quoi j’ajouterais, personnellement, qu’une plus grande équité favorise l’engagement du plus grand nombre dans cette transformation sociale nécessaire qui sera d’autant plus rapide et profonde qu’elle sera volontaire. Ces transformations sociales élargissent le champ des activités de bienfaisance et imposent un repositionnement de la philanthropie.
  2. Malgré leur faible poids économique (elles fournissent 5% des revenus de l’ensemble des oeuvres de bienfaisance) les fondations ont un impact élevé. Notamment grâce à leur grande flexibilité dans l’utilisation de leurs fonds, et leur capacité d’innovation et de réflexivité et de recherche. Aussi grâce à leur réseautage, leur liens politiques et d’affaires.Les fondations sont doublement interpellées par la TSÉ. D’abord en tant qu’entreprises socialement responsables qui doivent se doter de politiques environnementales internes et accepter les modes de transparence, de reddition de compte et d’audit impliqués par cette responsabilité sociale.Mais aussi comme bailleurs de fonds, en tant qu’investisseurs responsables, les fondations devront redéfinir leurs alliances et activités, accompagner et soutenir les organisations et programmes dans lesquelles elles investissent…
  3. Les innovations sociales nécessaires à la TSÉ devront être stabilisées, institutionnalisées. Des acteurs multiples, à l’échelle individuelle et organisationnelle devront agir en réseau et combiner diverses logiques institutionnelles.Le triangle suivant met en lumière les différents types d’organisations (publiques, privées, formelles, informelles, à but lucratif ou non) et les organisations mixtes qui peuvent agir à la frontière de deux secteurs. La place particulière du tiers-secteur reliant ou participant des trois types fondamentaux (État, marché et communautaire).
    M. Lévesque termine son intervention en invitant les fondations à soutenir les innovations et leur institutionnalisation : comprendre ce qu’est la TSÉ au regard de sa mission; favoriser la constitution de niches d’innovation radicales et d’incubateurs; comprendre le rôle indispensable de l’État dans la TSÉ dans sa capacité à définir l’intérêt général et le bien commun avec l’aide de la société civile; devenir des acteurs réseau dans l’écosystème; contribuer à l’ajustement d’un nouveau cadre juridique et de nouvelles modalités de financement vers un nouvel âge de la philanthropie.

En conclusion du pannel, M. Jean-Marc Chouinard, président de la Fondation Lucie et André Chagnon, y allait de quelques commentaires inspirés par les conférences. Il y a urgence de travailler ensemble à la solution des crises. Tous les besoins de base doivent être revus. Il faut redéfinir l’action de chacun, les contours étant devenus plus flous entre l’État, le marché et la société civile. Mais le travail collaboratif et collectif est peu encouragé. En perspective : Il faut rester à l’écoute du terrain, organiser une réflexion systémique. Les fondations n’ont pas les clefs, elle ne peuvent être que des facilitateurs, des catalyseurs. Il terminait en soulignant le message contradictoire que reçoivent les fondations : « Prenez des risques, innovez » mais lorsqu’on en prend, on nous questionne :  « Quelle est votre légitimité pour ainsi orienter l’action ? »

La première question posée par une participante en ouverture de la discussion  « Et les 96,5 % des fonds que gèrent les fondations sont-ils investis de manière responsable, conséquente aux principes et intentions soulevés par la TSÉ ? » Il faut se rappeler que la loi canadienne sur les fondations fait une obligation à celles-ci de distribuer sous forme de dons et subventions à des organisations de bienfaisance un minimum de 3,5% de leurs avoirs. Ainsi une fondation qui est dotée d’un capital de 500 millions devra distribuer annuellement au minimum 17,5 millions $. Et cette question m’a semblé cardinale, à poser à l’ensemble des acteurs présents.

J’y reviendrai dans un prochain billet.

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(*) Plusieurs textes des conférences sont disponibles sur le site de PhiLab. Voir aussi synthèse des enjeux par Nancy Neamtan: Quel rôle pour la philanthropie dans la transition sociale et écologique,  sur le site TIESSS.

la promenade du 6 mai

Les choses se précisent et plusieurs personnes se sont déjà inscrites à notre promenade Jane Jacobs du 6 mai sur la rue Adam. Des messages ont été envoyés aux différentes organisations et paroisses installées le long de cette rue dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Déjà la paroisse St-Nom-de-Jésus offre d’ouvrir ses portes pour que nous puissions y jeter un coup d’oeil en passant.

Qu’est-ce qu’une Promenade Jane Jacobs ? Une façon de faire valoir et mieux connaître le riche patrimoine architectural de Montréal, une façon de partager son savoir : il s’agit de conversations entre voisins et citoyens et non d’un cours donné par un spécialiste. Une façon de célébrer le printemps en marchant sa ville, pour en découvrir un nouveau coin, ou revoir des lieux remplis de souvenirs ou de promesses d’avenir…

J’ai été organisateur communautaire au CLSC Hochelaga-Maisonneuve de 1976 à 2012. Depuis 40 ans j’ai eu la chance de voir naître ou se transformer plusieurs des institutions et organisations qui sont logées le long de la rue Adam dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. J’ai répondu à l’invitation de 150 conversations en marche, en proposant cette promenade d’environ 2 Km.

Un parcours où se juxtaposent les œuvres et les installations du Dr Julien, celles de deux paroisses catholiques (Saint-Rédempteur et Saint-Nom-de-Jésus), et de nombreuses organisations communautaires dont plusieurs ont des racines plongées dans l’action de communautés religieuses (Carrefour familial Hochelaga, Resto Pop, CAP St-Barnabé). On soulignera au passage le presbytère qui fut le siège social du CLSC pendant 30 ans avant d’être converti en la Maison des ainés Hochelaga-Maisonneuve en 2003. Une mission d’habitation à but non lucratif avec services que la Maison souhaite poursuivre avec un autre projet de conversion qui est toujours en discussion : la belle église St-Clément, sise au coin de Viau et Adam.

Coopératives et OBNL d’habitation, projets de la SHDM, de l’OMH, et projets privés de condominium ont participé à la réhabilitation du patrimoine industriel dont témoignent les ensembles entourant et incluant l’ancienne usine Viau, coin Ontario et Viau. Poursuivant sur la rue Viau jusqu’à l’emprise de l’ancienne voie ferrée récemment transformée en voie piétonne et cyclable, nous bifurquerons à l’ouest pour rejoindre le Marché Maisonneuve, non sans un coup de chapeau au Garage à musique, une autre organisation de la fondation du Dr Julien, logé dans un édifice de style Art Déco.

Pour vous inscrire : c’est gratuit mais le nombre de place est limité à 15.

Ici une affichette (format Word à imprimer) qui reprend les informations essentielles.

Durée de la promenade : une heure et demi.

Heure de départ : 10h00 au parc Hochelaga, coin Lafontaine et Davidson (H1W 2W4)

Voir photos du parcours dans le billet précédent.

conversation en marchant sur la rue Adam

J’ai proposé une promenade parmi les dizaines qui se tiendront les 5-6-7 mai prochain dans le cadre des 150 conversations en marche, l’édition 2017 des Promenades de Jane Jacobs . La mienne se tiendra le 6 mai de 10:00 à midi. L’activité est gratuite mais il faut s’inscrire.

Nous suivrons la rue Adam, d’ouest en est de Davidson à Viau, où plusieurs églises, presbytères et Caisses populaires ont été transformés en centres communautaires ou servent à des organisations communautaires. Une promenade de 2,5 km sur la rue Adam qui se terminera, après avoir remonté la rue Viau et longé les nouveaux développements, au marché Maisonneuve, après avoir longé d’est en ouest l’ancienne voie ferrée maintenant aménagée pour piétons et cyclistes. [Cliquez sur l’image pour voir l’album de 59 photos]

Promenade JJ Rue Adam
Photos prises le long du parcours suivi le 6 mai prochain. Avec vous ? Inscrivez-vous !

Qui est Jane Jacobs ?

Huit principes de gestion des communs

Il me fallait écrire un article pour Nous.blogue (y sera publié le 5 avril). C’était (déjà !) mon tour d’y aller d’un couplet…

Et je suis pris (les deux bras jusqu’aux coudes) dans un processus particulier d’accompagnement d’un organisme local, lui-même aux prises avec des difficultés plutôt éloignées des débats théoriques. Pourtant j’ai trouvé appui dans la lecture de ce recueil Initiatives locales et lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Publié en 2011 sous la direction de Klein et Champagne, on y trouve de nombreuses descriptions de projets développés en, par différents milieux (urbains, ruraux, de banlieues),  et aussi des essais de théorisation, de synthèse tirées de ces expériences toutes plus idiosyncrasiques les unes que les autres. Notamment la conclusion sous la plume de Jean-Marc Fontan et autres, intitulée Conditions de réussite des initiatives locales.

Ces conditions me parlent quand je regarde la situation d’un organisme plein de fougue et de créativité mises au service des plus pauvres et exclus de la communauté… mais qui doit, devra articuler son leadership individuel et organisationnel à celui de sa communauté, au leadership socioterritorial dans lequel il s’est développé historiquement. Ces trois niveaux de leadership se sont articulés pour favoriser l’émergence et la réussite des initiatives décrites dans le recueil cité.

De plus, ces initiatives ont su articuler différentes sources économiques (subventions publiques, économie sociale, bénévolat et dons) tout en apprenant collectivement à gérer les conflits (internes ou avec le milieu). Fontan parle et insiste sur l’importance de l’articulation aux pouvoirs (et programmes) publics et sur le caractère essentiel de l’économie sociale. Et sur la « construction d’une identité positive et d’un sentiment d’appartenance ». Si les frictions et tensions entre l’organisme local et les instances publiques font partie du nœud, l’économie sociale et le sentiment d’appartenance ne vont pas nécessairement résoudre ou trancher ce nœud. En fait, même si l’organisme fait quotidiennement dans l’économie sociale par son articulation fine des contributions salariées et bénévoles, publiques et privées dans les produits et services déployés, notamment en matière de logement, j’ai eu l’impression que la direction hésitait à se placer, s’identifier au terme « économie sociale ». Un jour peut-être ferons-nous  la généalogie de cette dissonnance.

Et j’ai comme une certaine réticence quand on me parle du sentiment d’appartenance à développer chez les utilisateurs de l’aide « de dernier recours ». Peut-on appartenir à quelque chose qu’on souhaite quitter le plus vite possible ? Et si les clientèles ne souhaitent plus quitter, sortir de leur situation n’est-ce pas là la marque d’un échec dans la mission de l’organisme qui devrait aider les gens à sortir de la pauvreté ? Mais les choses ne sont pas si simples. On ne sort pas de la pauvreté comme on sort du métro. Il y a des gens pris dans des trappes, des cercles vicieux, des maladies… Il y a la culture de la pauvreté, les familles pauvres de mère en filles, de père en fils…

Le fil peut être coupant entre la pauvreté à long terme et celle, temporaire et conjoncturelle, dont on sort. Ceux qui s’en sortent peuvent en vouloir aux autres, vouloir se distinguer et accuser les autres de ne pas faire autant d’efforts que soi… Ceux qui ont connu la pauvreté ou l’ont côtoyée de près, ceux qui ont vécu, quoi, assez longtemps pour savoir que les choses ne sont pas noires et blanches, mais aussi que le noir et le blanc existent, ceux-là soutiennent l’effort collectif pour soulager la pauvreté.

Il y a une collectivité vivante autour de cette organisation. Une collectivité généreuse, industrieuse même, pour ce que j’ai pu en observer. Une collectivité où les tensions et interactions ne passent pas toujours par la délibération civilisée, où les actions ont plus de poids que les paroles, où le poids de la justice se mesure en kilos et en accès concret. Comme le disait Fontan dans sa conclusion, la gestion des conflits fait partie des apprentissages collectifs essentiels. Conflits internes et conflits entre partenaires qui sont aussi  parfois des concurrents. Il faut renforcer – établir – le consensus autour du problème que la collectivité territoriale reconnaît être au cœur de la mission de l’organisation. Établir le consensus sur la manière d’agir, les stratégies de développement et les innovations portées par l’organisation. Sur la base de ce consensus, clarifier les partenariats locaux et sectoriels.

Cette question de la gestion des conflits comme élément critique ou essentiel dans le maintien d’une collectivité résiliente a été développée par Elinor Ostrom comme un (plusieurs) de ses 8 principes clés (eight key design principles for successful commons).  Dans un article de septembre dernier j’utilisais la traduction proposée par Hervé Le Crozier (2012) de ces 8 principes :

  • des groupes aux frontières définies ;
  • des règles régissant l’usage des biens collectifs qui répondent aux spécificités et besoins locaux ;
  • la capacité des individus concernés à les modifier ;
  • le respect de ces règles par les autorités extérieures ;
  • le contrôle du respect des règles par la communauté qui dispose d’un système de sanctions graduées ;
  • l’accès à des mécanismes de résolution des conflits peu coûteux ;
  • la résolution des conflits et activités de gouvernance organisées en strates différentes et imbriquées.

Règles, règles, frontières, conflits, sanctions… cela semble plutôt punitif et prescriptif comme orientation ! Mais ce sont des leçons tirées par Ostrom de modes de gestion des communs qui ont traversé les âges. Ces communs, qui sont parfois limités, identifiés par les commentateurs (ou traducteurs) aux seules ressources naturelles partagées(1),  correspondent d’abord à la manière plutôt que la matière. Il s’agit moins d’un bien commun que d’une façon de Faire en commun. Un verbe (commoning) plutôt qu’un nom (commons) .

It is less a noun than a verb because it is primarily about the social practices of commoning—acts of mutual support, conflict, negotiation, communication and experimentation that are needed to create systems to manage shared resources. [Commoning as a Transformative Social Paradigm]

On pourrait traduire ce commoning par communage, tiré de communagir !

Mais peut-on vraiment appliquer ces 8 principes de développement à une organisation locale, ses clients et partenaires, son territoire ? Si les communs traditionnels étaient des lieux de pêche ou des réserves aquifères gérées collectivement par les agriculteurs ou pêcheurs utilisateurs, pourquoi pas les ressources de charité publique et privée mises à disposition des personnes dans le besoin d’un territoire ?

Cet article intitulé Patterns of Commoning: Eight Design Principles for Successful Commons, reprend les 8 principes en les développant minimalement : une phrase par principe. Cela les rend un peu plus clair mais reste encore beaucoup centré sur la gestion de biens mis en commun (l’acronyme CPR signifiant common-pool ressource). Alors que plusieurs promoteurs de la « révolution des communs » mettent l’accent sur l’application des principes de gestion des commun à des ressources intangibles ou inappropriables (internet, espace public, savoirs). Dans cet autre article, aussi tiré de la série Patterns of commoning, on reprend les 8 principes mais à partir du point de vue du commoner, celui qui gère, produit, défend, négocie au quotidien le maintien de ces communs : Patterns of Commoning: Eight Points of Orientation for Commoning.  La traduction française proposée à la fin de l’article pêche par une qualité déficiente et une tendance (encore) à réduire les commons aux biens communs. Et l’article original, par David Bollier, date du mois d’août 2012.

Depuis ce temps, David Bollier a publié Think like a commoner, traduit en français : La renaissance des communs (2014) . Et Patterns of commoning (2015). Et tout récemment, le compte-rendu d’un atelier tenu en 2016, rendu public en mars 2017 : Re-imagining Value: Insights from the Care Economy, Commons, Cyberspace and Nature.

Appliquer cette approche des « commons » où les utilisateurs d’une ressource ont leur mot à dire sur les critères d’accès, les règles d’utilisation, les mécanismes de contrôle… Une ressource qui est loin d’être « naturelle » mais qui peut être spoliée, polluée, ou protégée, développée… Une ressource qui a bénéficié d’un appui important des pouvoirs publics, et de donateurs privés. Qui doit assurer son maintien, la résilience de son fonctionnement, comme la poursuite de l’apport des sources extérieures, publiques ou privées.

Là où la communauté des utilisateurs peut être faible en matière de capacités délibératives, où le leadership individuel ou organisationnel peuvent parfois manquer de tact ou d’expérience… le leadership territorial et la supervision collaborative des instances publiques locales pourraient favoriser l’apprentissage collectif en soutenant des démarches réflexives et de résolution de conflits. L’intégration de ces apprentissages et des consensus renouvelés sur les objectifs pourraient se traduire par une gouvernance locale améliorée, reflétant mieux le système d’action local mobilisé.

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(1) l’éditeur français a traduit le texte fondateur de Ostrom, dont le titre original était Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action (Political Economy of Institutions and Decisions) par La gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles

Go Nomades Go !

En finale canadienne du basketball collégial, les Nomades du Collège Montmorency affronteront les Bruins de Sheridan College à 19:00 ce soir (20:00 heures à Charlottetown, PEI).

A voir en direct en suivant ce lien :

https://player.communitylive.ca/player/GetEvent/3644#

 

Et pourquoi pas ?

L’entraîneur de l’année (selon l’Association canadienne du sport collégial) pourrait bien mener son équipe au championnat canadien !

<Ajout 2017.03.19> « Les Nomades du Collège Montmorency ont remporté la médaille d’or au championnat canadien de basketball de l’ACSC. Les Nomades ont gagnés le titre grâce à une victoire de 68-64 aux dépens des Sheridan Bruins. » Association canadienne du sport collégial </>