de nouvelles règles économiques

Les gens s’inquiètent devant les sommes “faramineuses” que les gouvernements s’apprêtent à investir pour compenser l’inactivité obligée et pour relancer l’activité, une fois la tempête passée. Ces milliers de milliards sont de grosses sommes, certes. Mais il est bon de rappeler certains faits. Notamment que les 500 plus grandes multinationales américaines ont dépensé 1 500 milliards au cours des seules années 2018-2019 en rachats de leurs parts afin de maintenir à la hausse leur valeur sur les marchés boursiers (et les salaires – eux aussi faramineux – de leurs dirigeants).

The largest 500 U.S. multinationals, for instance, spent over $1.5 trillion in 2018 and 2019 just buying back their own stock, to boost their share prices and their executive stock rewards. On top of that, they paid out nearly a trillion more in dividends.

Could the wealth in tax havens help us pay for the Coronavirus response?

Il est aussi bon de rappeler, comme le faisait Piketty avec Le capital au XXIe siècle, que les États ont diminué drastiquement les prélèvements d’impôts sur les plus hauts revenus depuis 40 ans.

le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu (applicable aux revenus les plus élevés) aux Etats-Unis est passé de 70% en 1980 à 28% en 1988.

Dans le passé, les taxes étaient de beaucoup préférées à l’emprunt quand il fallait soutenir un effort de guerre.

Taxes were preferred above borrowing or other measures at times when support for wars was high.
And from a justice perspective, we have to agree with Pope Francis.
« Those who do not pay taxes do not only commit a felony but also a crime: if there are not enough hospital beds and artificial respirators, it is also their fault. »

Tax justice and the coronavirus

Les règles qui se sont appliquées depuis 40 ans n’ont pas toujours été de mises ! Comme le rappelle Robert Boyer.

Le temps est venu d’une coordination par l’Etat des circuits économiques permettant de traiter avec efficacité et célérité l’urgence sanitaire. Il faut prendre au sérieux la métaphore de la « guerre contre le virus » et se souvenir que la comptabilité nationale, la modélisation macroéconomique et le calcul économique public, qui ont favorisé la modernisation de l’Etat, trouvent leur origine dans l’effort de guerre puis de reconstruction – primat de l’intérêt collectif sur l’individualisme, par la réquisition et le contrôle du crédit et des prix. Penser que le marché connaît la sortie de crise serait une naïveté coupable.

Robert Boyer, « Cette crise inédite adresse un redoutable avertissement aux économistes », Le Monde, 28 mars.

De quelle économie parle-t-on quand certains parle de retourner vite au travail pour “sauver l’économie” ?

So when they recommend Americans get back to work for the sake of the “economy”, they’re really urging that other people risk their lives for the sake of the bankers’ and billionaires’ own stock portfolios.

Ignore the bankers – the Trump economy is not worth more coronavirus deaths | Robert Reich | Opinion | The Guardian

Voir aussi sur les règles économiques internationales qui sont aujourd’hui remises en question : International Economic Law and COVID-19

2600 articles indexés

J’étais déjà abonné depuis quelques mois à la liste hebdomadaire d’articles publiée par Evgeny Morozov et son équipe, The Syllabus. Des articles rassemblés par thèmes : The Activist (on social justice), The Machinist (on technology), The Cosmopolitan (on global affairs), The Intellectual (on arts & culture), The Progressive (on political economy).

Depuis l’éclosion de Covid-19, cette même équipe s’est mise à publier une recension quotidienne d’articles sur la pandémie, Coronavirus Readings, comportant un nombre croissant d’éléments : une centaine au début (16 mars) elle en comportait 302 le 2 avril. Pour un total cumulatif (au 2 avril) de 2592 articles de journaux, de revues, podcasts, etc.

Cette somme impressionnante d’information est accessible par le biais d’un courriel quotidien auquel on peut s’abonner gratuitement mais aussi par à une interface de consultation des archives cumulées : The politics of Covid-19.

Interface de consultation des archives de la publication quotidienne Coronavirus Readings

On peut ainsi rechercher l’ensemble des articles cumulés par mot-clé dans le contenu des articles, par date, par source, par langue (8) ou par type de document (journaux, revues, podcast, vidéos…).

Pour vérifier si la recherche se faisait sur les titres ou sur le contenu des articles j’ai tenté une recherche avec « Gramsci » et j’ai trouvé un (1) article qui citait cet auteur : Morbid Symptoms: COVID-19 And Pathologies In The Body Politic.

Enthousiaste devant une telle mine d’information, j’ai tenté de passer en revue, même rapidement, les articles proposés par ces listes quotidiennes pour en extraire un « best of » très subjectif, comme je l’ai fait dans mon dernier billet. Mais j’ai vite été dépassé. Il me faudrait plus d’une journée pour lire ne serait-ce qu’une fraction des 302 titres proposés hier, sans compter les heures nécessaires à sélectionner cette fraction ! Il est vrai que je me concentre sur les articles en français et en anglais. Ce qui fait tout de même 199 titres. Par ailleurs beaucoup des sources françaises sont réservées aux abonnés : Le Monde, Libération, Alternatives économiques… C’est d’ailleurs une suggestion que je ferais à l’équipe de Syllabus pour améliorer leur recension : identifier les articles qui sont réservés aux abonnés.

Je vais tout de même poursuivre ma revue de ces masses d’infos, tout en sachant qu’elle sera de plus en plus partielle !

l’entraide au temps… (3)

Une adresse des plus utiles actuellement : la Prestation canadienne d’urgence


Des 350 références colligées ces trois derniers jours par l’équipe de The Syllabus qui publie depuis 10 jours son Coronavirus Readings, j’ai retenu celles qui suivent. Rassemblées en 4 groupes : philosophie, politique, économie et transition.


Philosophie

Urgence ou crise ?

Une urgence (emergency) est une situation imprévue, qui amène des mesures temporaires visant à ramener la situation au “statuquo ante”, à la normale le plus tôt possible. Une crise peut être prévisible, et même annoncée. Elle se résout habituellement par des changements de rôles ou de structure qui feront que la situation ne sera plus pareil après qu’avant.

The appropriate response to a crisis is not temporary emergency powers but permanent, future-oriented transformation.

Yes, COVID-19 Is an Emergency : It’s Also a Paradigm Shift – Public Seminar

Questions pour temps d’épidémie

Peut-être comprendrons-nous que cette épidémie meurtrière nous offre l’occasion d’extirper de nous-mêmes des couches de graisse, d’avidité bestiale. De réflexion obtuse et aveugle. D’une abondance devenue un gâchis qui a commencé à nous étouffer (et pourquoi diable avons-nous accumulé tant d’objets ? Pourquoi avons-nous à ce point bourré et enterré nos existences sous des montagnes d’objets superflus ?).

Questions pour temps d’épidémie – Libération

L’épistocratie

La rationalité scientifique ne peut pas résoudre les dilemmes moraux !

Les sachants, l’exécutif et le Covid-19 : un triptyque révélateur de l’épistocratie ? | Le Club de Mediapart


The Plague That Killed Athenian Democracy

Want to know how disease can permanently alter a society? Read Thucydides.

Thucydides and the great plague of Athens have a lot to teach us in the age of the coronavirus.

Politique

Cette crise rend visibles ceux qui sont d’ordinaire invisibles

Notre société est quasiment à l’arrêt, cantonnée à ses fonctions essentielles – protéger, soigner, nourrir. Il y a des métiers entiers qui sont dehors pendant que la plupart d’entre nous sommes dedans : caissières, livreurs, soignants, éboueurs, gendarmes et policiers, boulangers… une armée de l’ombre s’occupe de leurs enfants après l’école ou nettoie leurs appartements.

On a beaucoup parlé de «société de la connaissance», il faut aujourd’hui inventer une nouvelle économie des rapports sociaux. Mais il faut défendre une idée extensive du «care» qui ne se limiterait pas au soin porté aux malades, aux personnes âgées et aux enfants. Nous devons l’étendre à toutes ces fonctions qui permettent à la société de tenir debout. La caissière du Monoprix parisien qui habite en banlieue et qui termine à minuit fait partie de ce «care».

«Cette crise rend visibles ceux qui sont d’ordinaire invisibles» – Libération

Grocery Stores Are the Coronavirus Tipping Point

Before he went into quarantine, the Atlanta Whole Foods worker I interviewed overheard a customer walk into the store and say into his phone, “I’m pretty sure I have it; I’m going to the doctor now. I just have to stop at Whole Foods first.”

Can You Get Coronavirus from the Grocery Store? – The Atlantic

Continuer la lecture de l’entraide au temps… (3)

L’entraide au temps du corona*

Journaux et revues en accès libre

Le British Medical Journal donne accès gratuit à tous ses articles relatifs au COVID-19. L’importante revue médicale donne déjà accès libre en temps normal aux articles de résultats de recherche. S’ajoutent donc les articles plus conjoncturels sur l’actuelle pandémie. D’autres revues et journaux ont abaissé partiellement leurs “paywalls” afin de donner accès aux articles sur la crise sanitaire actuelle. Le Globe and Mail, la revue Science, les Carnets de science du CNRS français, le Centre d’information Covid-19 (le Novel Coronavirus Information Center) de Elsevier, le New York Times et sa section The Coronavirus Outbreak, d’accès libre (en donnant son adresse courriel), le Financial Times, The Atlantic, la revue Nature ? Quelques articles dont plusieurs sur le coronavirus semblent d’accès libre; la revue Esprit, annonçait — Covid-19 : nos articles en accès libre; le Centre Déclic : créé par 5 journaux québécois et la revue Québec Science “pour répondre à vos questions”, …

Santé publique ET climat

Les coûts et l’impact de COVID19 mettent en péril les actions climatiques nécessaires et urgentes. Les villes et villages peuvent faire une différence. Ils ont de l’imagination, des compétences, des solutions.

The cost and impact of coronavirus will imperil necessary action on the climate emergency. Towns and cities must use their collective imaginations to make a difference, The Guardian view on Europe’s green deal: stick to the plan


* vous me permettrez cette contraction en référence à L’amour au temps du choléra.

l’entraide au temps du covirus

Je me suis demandé si je ne devais pas me « la fermer », pour ne pas ajouter à la cacophonie et la surcharge d’information… Et puis je me suis rappelé ce que j’ai fait, depuis 25 ans sur Internet. Filtrer, commenter, redistribuer l’information que je trouvais pertinente sur le tout nouveau « WWW ».  Ce travail en est un de recherchiste, « fact checker » on dirait aujourd’hui. Mais c’est plus que fact checker, car ce n’est pas toujours en réaction à une parole publique ou influente. Il y a de la recherche, de l’exploration, de l’intuition dans cette activité de survol d’une quantité incommensurable d’information. 

Je pense que ce n’est pas le temps de me taire, même si je devrai faire preuve de discernement dans l’utilisation des différents canaux qui me sont accessibles. Ne pas inonder Facebook de ce qui sied plutôt au fil Twitter; utiliser mon blogue pour résumer, organiser les éléments déjà commentés sur T ou FB, ajouter sources et extraits plus substantiels. Chaque jour ? Chaque semaine ? On verra.

Les trois tests que les gouvernements ont à passer

Pour nous sortir le mieux possible de ce merdier, selon Michael Sabia, les gouvernements devront passer ces trois tests. Le premier : réussir à protéger les citoyens du virus. Le second test : assurer une descente contrôlée de l’économie vers le bas, vers la quasi inactivité. Le troisième test : profiter des efforts nécessaires pour relancer l’économie pour restructurer l’économie en fonction des besoins de demain.

Governments will need to lead on this. Leaving it to chance will only make the reignition process longer, more difficult and more haphazard. What’s more, we would forfeit a precious opportunity to shape our future economy. Remember Rahm Emanuel’s famous: “You never want a serious crisis to go to waste.”

That means governments need to begin thinking now about a new generation of infrastructure and spending on education. About clean tech and retooling our health-care system. And about refinancing for the long term a small and medium enterprise sector that will emerge from this crisis battered but still the engine of jobs in our economy.

Opinion: In this pandemic, governments will face three tests —including how best to restart the economy – The Globe and Mail

Je me demandais, dans un billet récent, qui avait dit ça. Sabia vient de répondre à ma question : Remember Rahm Emanuel’s famous: “You never want a serious crisis to go to waste.”

Même si nous n’en sommes pas encore aux mesures de relance (le 3e test) il semble bien que le gouvernement fédéral tentera en douce de soutenir l’avenir d’une industrie qui n’en a pas. “Ottawa prepares multibillion-dollar bailout of oil and gas sector“. Ne devrait-on pas plutôt inclure un tel financement public dans le programme général de reconstruction qui devra être élaboré ?

Ce que disait René Lachapelle sur Nous.blogue : “Est-ce que, cette fois, les fonds publics seront consacrés à rétablir la sacro-sainte croissance ou bien prendrons-nous un tournant vers le respect des ressources vitales?”

carpe diem

David Dayden soulignait avec ce graphique comment la crise actuelle allait faire, fait déjà des gagnants…

Ce à quoi répond Next System Project : ” Il sera essentiel d’offrir des contre-propositions favorisant l’acquisition sociale des entreprises en difficulté – reprises par les travailleurs, par les communautés, ou le public – si on ne veut pas que l’économie soit en core plus qu’avant aux mains des vautours de l’équité privée.

En effet, beaucoup d’entreprises en difficultés se feront racheter par les “grandes poches” qui n’auront d’autre idée que de rationaliser, optimiser et créer de grandes entreprises profitables pour de grands marchés qui seront d’autant plus fragiles lors de prochaines crises. C’est l’occasion de soutenir la mise en oeuvre d’alternatives à cette appropriation à rabais : coopératives de travailleurs, rachats communautaires ou acquisitions publiques.

Par ailleurs le “marché de l’emploi” et le marché capitaliste en général n’est pas composé que d’entreprises exemplaires en savoirs-faire et en produits de qualité… beaucoup de ces entreprises vivaient “à la limite de la rentabilité”, et ce n’était pas toujours la faute des banques ! La clientèle n’était pas au rendez-vous parce que le produit n’était pas satisfaisant… Aussi le soutien aux entreprises en difficulté ne devrait pas se passer d’une évaluation sérieuse de la valeur des acquis et du potentiel.

En fait il devrait y avoir des décisions et des orientations conscientes à dimension éthique : privilégier les secteurs à bas carbone et à valeur éducative ou roborative élevée. Soutenir le développement d’alternatives aux vacances à l’étranger : circuits locaux de découverte, d’activités, d’hospitalité couplés à des circuits régionaux de transport. Et des entreprises de rénovation et de mise aux normes climatiques des logements; des équipes volantes de formation à l’utilisation des outils de télécommunications (cartes de paiement électronique, interfaces d’utilisation des services gouvernementaux…); des entreprises de transport et livraison locales, pour les commerces locaux; des réseaux d’inclusion, d’accompagnement et de soutien aux personnes isolées, frêles ou malades…

Les programmes de compensation aux chômeurs et travailleurs qui perdront des heures ou des emplois ne pourraient-ils être expérimentés ou réfléchis dans le cadre d’un éventuel programme de revenu garanti ou minimum ? Une avenue d’autant plus nécessaire que la “remontée” sera plus longue et la crise profonde. Le soutien aux travailleurs et travailleuses qui migreront d’un secteur à l’autre dans le contexte d’une transition écologique et économique est un élément crucial pour une transition rapide et profonde.

Comme le dit Jacques Attali dans un billet récent, Que naîtra-t-il ? : « Chaque épidémie majeure, depuis mille ans, a conduit à des changements essentiels dans l’organisation politique des nations ». Ou encore :

Produire autrement, avec une division géographique du travail beaucoup moins dispersée et fragile. Et, en conséquence, promouvoir un tout nouveau mode de croissance, et de nouveaux secteurs économiques jusqu’ici, pour certains, négligés. Surtout ceux de la santé et de l’éducation, dans toutes leurs dimensions.

La pandémie permettra peut-être de comprendre que seul vaut le temps. – Jacques Attali

P.S. Je ne suis pas sûr que mon utilisation du fameux “Carpe diem” soit judicieuse ? Selon Wikipedia, “savourer le présent qui nous est donné (sans toutefois récuser toute discipline de vie) dans l’idée que le futur est incertain et que tout est appelé à disparaître“. Mais, bon. L’idée étant que les “vautours” ne se priveront pas de saisir toutes les bonnes affaires qui se présenteront… à “nous” de profiter de l’occasion pour favoriser les changements qui s’imposent pour ne plus revenir en arrière.

Difficile de parler d’autre chose…

Par définition une crise de santé publique, comme une période de guerre, chamboule toutes les habitudes, fait taire les vieilles chicanes et conflits politiques pour mobiliser et unir les efforts autour d’une direction concertée, centralisée. L’ennemi est clair, la stratégie fait consensus… ou presque. Nous avons la chance, au Québec, d’avoir un niveau élevé de confiance dans les institutions et les leaders en place. Nombre de fois j’ai entendu (ou lu) des non-caquistes souligner le « bon travail » accompli par le premier ministre Legault. Le dernier sondage Léger-Le Devoir donne 85% d’approbation pour le premier ministre québécois. Il y a clairement un abaissement du niveau critique devant un danger reconnu comme réel et autour de mesures reconnues comme nécessaires ou utiles. Il faut faire front commun, et si le niveau de critique s’abaisse à l’endroit de la direction collective, il s’élève et peut devenir agressif à l’égard des resquilleurs et des comportements égoïstes ou écervelés qui mettent en danger la collectivité.

« Il n’y a rien de pire que de gâcher une bonne crise. »

Qui a dit ça ? Peu importe, ce qu’il voulait dire c’est que les périodes de crise sont des moments propices aux changements, aux ruptures, aux innovations. Il faut saisir l’occasion de changer des processus ou des habitudes, des manières de faire (ou de compter?) que nous savions devoir changer. Le télé-travail, qu’on expérimente actuellement de manière plus poussée que jamais, peut être vu à plus long terme comme une contribution à l’atteinte des objectifs de carboneutralité. La relation par courriel entre médecin et patient, essentielle à une gestion du risque et des déplacements pourrait devenir la signature, le privilège de la relation avec son médecin de famille. La reconnaissance du travail accompli par les éducateurs, qu’on se trouve à remplacer temporairement, avec les moyens du bord… et dont on mesure tout à coup l’immense talent et l’incommensurable dévouement. 

Mais, diront certains, tout le monde est chamboulé, boulversé, déstabilisé… c’est peut-être pas le temps d’établir de nouveaux standards ! Oh que si !! Comme le rappelait ce matin Francine Pelletier dans Le Devoir, « On l’a vu après chaque grand conflit où des mesures d’exception sont ensuite devenues la règle. Pensons aux femmes dans les usines en 1939. »

Cependant, pour établir de nouvelles règles, il faut commencer par s’abstenir de tout investir nos ressources, notre marge de manoeuvre dans le sauvetage des anciennes règles. Il faut profiter du recul obligatoire qui nous est offert pour se demander, enfin : “Est-ce bien essentiel que je puisse faire le tour de la boule une fois par an pour aller me faire dorer la couenne quelques jours ?” Avant d’investir des milliards, comme s’apprête à le faire notre voisin du sud, le clown en chef, pour sauver les pauvres compagnies aériennes.

N’est-il pas temps de se demander pourquoi les pandémies se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu ?

Contre les pandémies, l’écologie. Sonia Shah, Le monde diplomatique. Voir aussi : Coronakrach.

Les bourses ont déjà perdu 30%, et les faillites en cascade dues aux décisions récentes de fermetures et de réduction d’activité n’ont pas encore été prises en compte… Le fonctionnement “à flux tendu” de nos économies, sans stockage ni provisions, s’avère bien fragile lorsque les chaines internationales d’approvisionnement hoquettent.

For decades, individual firms’ relentless efforts to eliminate redundancy generated unprecedented wealth.

Will the Coronavirus End Globalization as We Know It?, Foreign Affairs

Parlant de flux tendu, si les gouvernements décident d’assouplir les dates de remise des impôts et prélèvements fiscaux, qu’en est-il des compagnies de crédit ? Les dûs sur les cartes de crédit seront-ils facturés à des taux de 20% comme d’hab ? Une cascade de faillites est aussi à prévoir de ce côté.

Pour terminer sur une note plus gaie, la réduction des pressions sur l’environnement est déjà visible : les canaux de Venise montrent une eau claire ; les dauphins reviennent au port, en Sardaigne;

La pollution dans ses différentes formes atteindra sans doute des minima dont nous devrions prendre note précieusement, consciemment. Ce sont des seuils de stress et de pression sur l’environnement que nous voudrons ramener à l’avenir, mais de manière ordonnée et planifiée. Comme l’expliquait bien Philippe Bihouix, le “décalage des points de référence” empêche les générations de prendre vraiment conscience de la détérioration drastique de notre monde.

« les scientifiques prennent comme point de référence l’état des stocks et la composition en espèces qu’ils connaissent au début de leur carrière ; quand une nouvelle génération démarre, les stocks ont décliné et le point de référence s’est donc décalé (107). Ce concept peut être appliqué à l’environnement (on parle alors d’amnésie environnementale : les enfants ne s’affolent pas du manque de papillons, ni les Grecs de l’absence de lions…). Mais surtout, généralisé à tous les domaines »

Jusqu’où le monde peut-il s’éroder ?, in Collapsus : Changer ou disparaître ? Le vrai bilan sur notre planète.

Comment profitez-vous de cette brisure dans les habitudes pour faire avancer certaines transformations souhaitables de nos habitudes et manières ? Une formation pour une utilisation plus poussée (et positive) des médias sociaux ? Le développement de services de livraison à domicile pour les ainés et personnes fragiles ?