voyager avec Grescoe

Je termine la lecture de Straphanger, de Taras Grescoe. Tout un voyage ! Treize villes visitées, dont onze en présentant l’histoire du développement de leur système de transport en commun, en relation avec les enjeux politiques, technologiques et environnementaux soulevés : étalement urbain favorisé ou non; coeurs des villes dynamisés… 

Grescoe est un auteur canadien né à Toronto, ayant vécu à Vancouver et qui s’est installé à Montréal depuis… 20-25 ans ? Il en est à son 7e livre, avec Possess the air, paru en 2019, qui raconte de manière romancée la bataille pour le coeur des Romains et contre la Rome de Mussolini. Son 6e livre était aussi un essai romancé, racontant la ville de Shanghai durant les années 30. Je dis « romancé » mais ce n’est sans doute pas le mot juste pour dire de tels ouvrages appuyés sur d’amples recherches historiques et un grand travail terrain qui lui ont valu plusieurs prix dans la catégorie « non-fiction » utilisée dans le monde anglophone. Il se méritait d’ailleurs récemment (novembre 2020) le prix Mavis Galant pour le meilleur livre de non-fiction (essai) accordé par la Quebec Writers Federation. 

Ses livres racontent ses voyages, pour décrire le Québec (Sacré Blues), ou parler des nouveaux circuits touristiques (The End of Elsewhere: Travels Among the Tourists —  traduit chez VLB en Un voyage parmi les touristes) ou d’une tournée des produits interdits en racontant l’histoire des prohibitions (The Devil’s Picnic: Around the World in Pursuit of Forbidden Fruit — chez VLB : Le pique-nique du diable ) ou encore en racontant et goûtant les produits de la mer et les conditions de vie des pêcheurs qui subissent les contrecoups de la destruction rapide des ressources halieutiques (Bottomfeeder – How to eat ethically in a world of vanishing seafood — chez VLB : Notre mer nourricière). 

Straphanger, publié en 2012 chez HarperCollins, ne semble pas avoir été traduit malheureusement. Chaque ville visitée lui permet d’argumenter l’importance des choix structurels en matière de transport collectifs urbains en regard des effets qu’ils ont, ou pas, sur la qualité du vivre en ville ou en terme de freinage de l’étalement urbain : New York, Moscou, Paris, Copenhague, Tokyo, Bogotá, Phoenix, Portland, Vancouver, Toronto et Philadelphie. Bientôt dix ans depuis sa publication j’en terminais la lecture en me demandant ce que ce montréalais pouvait penser de cette intervention structurante (ou déstructurante) de la Caisse de dépôt avec son REM ? S’il exprime à plusieurs reprises de bons mots pour les formules « sans conducteurs » telle le Skytrain de Vancouver, par ailleurs l’importance de bien intégrer régionalement de telles interventions majeures, qui est une condition de réussite soulignée à plusieurs reprises dans son livre, n’est pas vraiment présente dans l’approche déployée par le REM. 

Et puis, comme les multiples exemples de son livre le montrent, il n’y a pas une seule formule gagnante : métro, train, tramway… SRB… l’important est l’articulation et la hiérarchisation (les formules légères alimentant les formes plus lourdes) et la fréquence-régularité-prévisibilité. Il n’y a aucune loi d’airin qui dit qu’il faut utiliser la forme la plus coûteuse (après le métro) pour desservir la banlieue est de Montréal. Ni celle de l’ouest d’ailleurs, mais là il est un peu tard. Pourquoi pas un tramway ? Ce serait bien un tramway, surtout qu’avec un peu de programmation intelligente des feux de circulation on pourrait assurer un débit élevé, sans pour autant gâcher l’environnement et créer des enclaves regrettables

Je suis un peu surpris de ne découvrir que maintenant les livres de cet auteur. Bon, les traductions françaises sont pratiquement toutes épuisées, sauf celle de son avant-dernier livre : Shanghai la magnifique, publié aux éditions Noir sur Blanc. Ça me donnera l’occasion de fouiner un peu chez les bouquinistes ! Un bon point cependant : le paquet de 3 de ses livres en langue originale en format numérique (The Devil’s Picnic, Bottomfeeder et Straphanger) se vend 14$ seulement (sur Amazon.ca) !

herbe à poux ou armoise commune ?

J’ai été heureux de constater que ce que je croyais être des plans d’herbe à poux, dans la petite friche près de chez moi, mais vraiment beaucoup d’herbe à poux, se révèlent être des plans d’armoise. Bon je ne sais trop s’il s’agit d’armoise commune, annuelle ou vulgaire. Mais au moins ce n’est pas de l’herbe à poux, avec ce que cela impliquait d’allergènes bientôt relâchés dans l’air ambiant. En fait j’ai assez facilement identifié les plans de grande herbe à poux, dont le feuillage est très différent de la petite herbe à poux (ce dernier lien menant au site du gouvernement québécois). La confusion de l’herbe à poux avec l’armoise vulgaire semble fréquente (« L’armoise vulgaire peut être confondue avec la petite herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia) au stade végétatif« , dit le site de l’IRIIS).

Ainsi l’identification faite dans le premier relevé des plantes présentes sur le peitit « carré vert » (voir la 6e photo) nommait Petite herbe à poux (Ambroisie à feuilles d’armoise) ce qui s’est révélé, avec la maturation, être de l’Armoise vulgaire. (je vais bientôt change la description) En plus de la manière dont les graines sont disposées, (celles de l’herbe à poux sont beaucoup plus concentrées sur la tête) la coloration de la feuille de l’armoise est typique : presque blanche à l’endos.

Par ailleurs l’armoise semble une plante pleine de qualités : on la cultive même pour ses vertus médicinales. Certains l’appellent l’absinthe chinoise.

une riche petite friche

Je ne cesse de découvrir de nouvelles espèces de plantes, fleurs, arbustes ou arbres… dans ce petit terrain laissé en friche depuis plusieurs décennies. Voir l’album par ordre alphabétique déposé sur Flickr. Dominé par de grands peupliers deltoïdes, on y trouve des asclépiades, des cerisiers de Virginie, des carottes sauvages… et beaucoup d’herbe à poux et de vignes vierges. Un ou deux ormes d’Amérique, dont un qui a bien deux mètres… des « érables à Giguère » et un érable argenté…

Avec quelques voisins (et l’appui du propriétaire) nous aimerions avoir quelques conseils dans l’aménagement de cet espace afin d’y laisser croitre les « bonnes espèces » et faciliter la maturation d’un petit espace vert diversifié ayant le maximum d’impact positif sur la qualité de l’air, la faune aviaire… et la captation de carbone. Je me demande bien qui pourrait nous donner de tels conseils ? Un service de la Ville ou de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ? L’Institut de recherche en biologie végétale (situé au Jardin botanique) ? Le Conseil régional de l’environnement ? Je cherche ! Si vous avez des suggestions…

Hé oui, il y a même des cerisiers de Virginie…
Ce que ma mère appelait des « cerises à grappes ».

Merci au groupe Facebook La flore du Québec pour l’aide à l’identification de certaines. J’ai aussi utilisé les applications PlantNet, ainsi que les aides à la reconnaissance par images de Google et Bing. Pour les noms latin et anglais, j’ai eu recours à Canadensys.

Les arbres-mères

Suzanne Simard explique ici, en 15-17 minutes, comment les arbres se parlent… et s’entraident, entre mères et enfants, mais aussi entre espèces ( entre bouleaux et sapins). Une présentation à la fois simple et scientifique. Magistrale. Le vidéo vient avec sous-titres en français.

Comment les arbres se parlent, et ce que nous devrions tirer de ce nouveau savoir dans notre rapport aux forêts, notre gestion de la forêt.

Je suis à lire son dernier livre : Finding the mother tree.

C’est tellement bon que je voulais voir de quoi elle avait l’air… et j’ai trouvé cette communication TED (ci-haut) qui date de 2016 ou 2017. Et aussi cette entrevue d’une heure, réalisée le 7 mai 2021 à l’occasion de la sortie du livre, avec une intervieweuse qui pose de bonnes questions (surtout à la fin). Elle répond entre autre à la question du « Pourquoi avez-vous écrit ce livre, alors que vos thèses, autrefois contestées, sont de plus en plus largement acceptées ».

C’est pour rendre accessibles au plus grand nombre et pour donner un contexte à la science qu’elle a développée — répond-t-elle. Ce qui explique le caractère autobiographique important du livre : les connaissances qu’elle présente de manière très accessibles, pédagogique, ne sont pas nées en laboratoire. Elles viennent de loin, de ses grands-parents, de la vie passée dans, avec les forêts de la côte ouest canadienne. Ça sent le sapin et l’humus à plein nez ! Et aussi, un peu, la « bécosse », en bon québécois. Le chien qui tombe dans le trou de la bécosse et le grand-père et l’oncle qui doivent creuser un trou d’accès sur le côté, mettant à nu un tissu multicolore de racines et réseaux fongiques que la jeune Suzanne de 9-10 ans n’aurait pas imaginé. De là sa fascination pour le sou-sol des forêts…

Bon, ce n’est pas si simple… elle a dû y croire, dur et fort, pendant longtemps, pour prouver ce qu’elle avançait, avec des budgets de bouts de ficelles… Dans une autre vidéo de 19 minutes, Suzanne Simard redit encore ses découvertes et ses espoirs, mais témoigne aussi des écueils et difficultés rencontrées. Un cancer, notamment, qu’elle a pu guérir grâce à la solidité de son réseau familial et amical.

Un amour de la forêt, un respect et une curiosité qui l’ont conduit à créer The Mother Tree Project. L’objectif de ce projet à long terme :

[I]dentifying sustainable harvesting and regeneration treatments that will maintain forest resilience as climate changes in British Columbia.

« [I]dentifier les récoltes soutenables et les traitements de régénération qui maintiendront la résilience de la forêt alors que le climat change en Colombie-Britannique. »

Bon, je n’ai pas encore fini de lire Finding the mother tree, mais je voulais déjà partager ces vidéos.


[Ajout-13 juin] Deux articles récents dans les journaux que je lis, dont l’un de Suzanne Simard dans le G&M

Se battre pour ne pas désespérer

Comment garder espoir en l’avenir quand le gros des efforts semble se borner à ne pas reculer en quatrième vitesse ? Il nous faudrait un plan pour éliminer TOUS les VUS (véhicule utilitaire sportif) de nos routes d’ici quelques années (et non quelques décennies) et on continue d’ajouter des autoroutes, d’empiéter sur les terres agricoles… La publicité pour ces véhicules continue même d’occuper la première place sur les ondes télévisuelles. C’est « normal »  puisque ce sont les véhicules les plus vendus : ces « véhicules énergivores composaient  79,9% des nouveaux véhicules personnels vendus en 2020 », selon la dernière étude d’Équiterre.1 Comment prétendre préparer le changement alors qu’on continue de promouvoir les vieux modèles ? Ces publicités sont la meilleure preuve de l’incapacité du capitalisme à nous sortir de l’impasse, disait Bernard Perret, dans Quand l’avenir nous échappe, 2020.

Il semble bien que l’homo economicus domine sans partage : celui qui ne pense qu’à son intérêt individuel à court terme. Après moi le déluge ! ou encore YOLO (You Only Live Once) résument bien sa philosophie. Pour d’autres, un peu moins cyniques en regard de l’avenir et des autres, ce sera : « Une dernière fois » — « C’est mon dernier VUS »… Pourtant il y en a déjà trop. Il faudrait tout mettre en oeuvre pour inventer de nouvelles solutions, expérimenter de nouveaux modes (de transport, de partage, de travail). Il faut arrêter de creuser parce que l’objectif est de sortir du trou !

La plus grande victoire des néo-libéraux depuis quarante ans aura été de nous convaincre de l’incompétence, ou pire de la nocivité, de l’intervention publique. Ce qui a conduit au recul systématique et sur tous les fronts de la légitimité de l’intervention publique, au nom des supposées plus grandes efficacité, flexibilité ou créativité de l’entreprenariat capitaliste. Comme souvent les meilleurs mensonges comportent une part de vérité, l’intervention publique de la fin des 30 glorieuses (fin des années ’70) était devenue pléthorique, trop puissante pour la qualité du projet social qu’elle proposait : de plus grands HLM, des polyvalentes encore plus immenses, des autoroutes encore plus larges passant par les quartiers les plus pauvres… Des investissements structurants qui ne menaient nulle part, ou ne savaient plus où aller. Mieux valait laisser l’argent entre les mains de « ceux qui  le produisait », comme on se plaisait à le colporter à l’époque : « Les services publics sont financés par la richesse produite par le secteur privé ». Heureusement de telles inepties sont moins populaires aujourd’hui : la richesse privée ne peut exister sans les multiples formes de soutien du public, du communautaire, du philanthropique, du religieux… La richesse privée n’existerait pas sans la culture commune qui fonde tant le respect de la loi que la croyance en la valeur des contrats ou de l’argent. 

Toujours est-il que pendant plus de quarante ans la bride a été laissée, en quelque sorte, sur le dos du capital, pendant que les États étaient amenés (forcés) à réduire leurs ambitions, l’ampleur et le caractère structurant de leurs interventions. Plutôt que de construire des institutions et des infrastructures on a distribué des prestations… à crédit. (Voir W. Streeck, Du temps acheté, 2014) Mieux valait laisser libre cours à la créativité des groupes d’intérêts. Regardez le progrès : tous ces iPhones qui se promènent avec un humain en laisse; et toutes ces livraisons d’Amazon qui arrivent magiquement sur le pas de nos portes. Toute cette richesse de créations culturelles qui siphonne par dizaines de milliards les poches des consommateurs : à qui les Disney, HBO, TV+, Netflix, Prime, et autres fourgueurs de rêves ? 

Autrement dit nous avons laissé se développer les industries du rêve et de l’illusion, un système producteur de «gadgets and profits », disait Fraser au dernier colloque du CRISES, plutôt que de nous préparer à ce qui était déjà annoncé il y a 50 ans (Halte à la croissance ?, 1972), et prévisible depuis plus longtemps encore. Le report de l’intervention à plus tard semblait justifié alors puisque la technologie allait, demain, résoudre plus facilement les problèmes soulevés par le développement (pollution, surpopulation, réchauffement, extinctions de masse…).  Aussi il  était difficile d’arrêter un modèle, un plan d’action. On a plutôt investi dans les technologies de l’information et des communications, la micro-informatique et la diffusion de masse, les réseaux et contenus « intelligents »… Le transport des marchandises et des personnes s’est aussi grandement développé au cours des dernières décennies. C’était la concrétisation de l’idéal néolibéral: plus de commerce à l’échelle du globe et la planète s’en portera mieux, avec moins de guerres et plus de développement dans les pays « du sud » ! Mais c’était aussi, pour beaucoup, le développement de « gadgets » profitables parce qu’orientés vers des clientèles solvables et nombreuses : les fameuses classes moyennes (3 graphiques tirés de Capital et idéologie de T. Piketty, et quelques commentaires). Des gadgets et des cabanes, avec des autoroutes pour s’y rendre. 

Nous avons laissé se développer une infrastructure hypertrophiée des communications et du transport des marchandises au détriment d’une emprise plus fine qui soit respectueuse de la qualité des milieux de vie et des habitats mobilisés par la production marchande. De même les entreprises d’extraction (de minéraux, de bois, de produits végétaux, d’élevage et de la pêche) se sont développées sans égards (ou si peu) aux conséquences sur la viabilité à long terme de notre monde. 

Jusqu’à la chute du mur de Berlin, on pouvait prétexter, pour ne pas se préoccuper de la planète, des conceptions incompatibles du monde entre les protagonistes géants qui ne pouvaient avoir la confiance nécessaire à une telle entreprise commune. Mais après la chute ? Il n’y avait plus d’urgence, plus de menace extérieure questionnant la légitimité même du système capitaliste. Ne restait que la pression des associés et des compétiteurs, des groupes de citoyens et de consommateurs, des syndicats et des corporations professionnelles… Les États ont quand même poursuivi certaines discussions et négociations autour d’enjeux d’intérêt particuliers (droits des mers, pollutions spécifiques telle les HFC, changements climatique…) tout en préservant, valeur ultime, la libre circulation du capital

Ce qui nous donne un peu d’espoir, malgré tout

Les appels à l’action, « Au delà de la rhétorique », de la part d’agences ou d’instances qui sont plutôt discrètes habituellement : 

Les grands groupes financiers se font demander ce qu’ils ont de « valeurs viciées », de capitaux à risque de dépréciation rapide dans leurs coffre-forts et au coeur de leurs alliances industrielles. ( Mark Carney : Values: Building a Better World for All )

Les États aussi se feront demander ce qu’ils ont fait, au delà des discours et de la petite politique : Quels gestes ont été posés, avec quels résultats ? Plutôt que d’agir de manière défensive et tactique, un pied sur l’accélérateur et l’autre sur le frein, les États doivent renouer avec des missions mobilisatrices et audacieuses : il nous faudrait pour le climat l’équivalent du plan « Shot to the moon » lancé par Kennedy pour « atteindre la lune avant la fin de la décennie ». Voir Mariana Mazzucato et sa remise en valeur de l’action publique, de l’État (Mission Economy: A Moonshot Guide to Changing Capitalism, 2020 ; L’État entrepreneur 2020 [The Entrepreneurial State, 2011, 2013, 2015] ).

Mais ce qui me donne aussi de l’espoir, car on ne peut totalement se défaire de ses responsabilités sur le dos des élus et des riches… C’est qu’on était 500 000 dans la rue et que demain nous serons 1 000 000. C’est que l’action collective, la vitalité des engagements citoyens, communautaires, bénévoles ou philanthropiques ne cessent de m’épater. Les coalitions inédites et audacieuses se multiplient : les G15+, Québec ZéN, Alliance Ariane (sans parler des Équiterre et autres Fondation Suzuki qui agissent sur ce front depuis longtemps) sont essentielles car l’objectif n’est pas simplement de remplacer les F150 au pétrole par des F150 électriques ! Nos industries devront s’adapter — et elles le feront d’autant mieux que des balises, des limites dures, non-négociables seront établies. 

Les comportements et les choix individuels et locaux devront aussi s’adapter, évoluer. Il faut discuter et dénoncer les abus et promesses non tenues, débusquer les discours vides et trompeurs qui masquent l’inaction ou les actions contraires aux principes et à l’intérêt public. La critique et la dénonciation sont aussi nécessaires que l’encouragement et l’incitation. Les « malus » sont aussi importants que les « bonus ».  Encourager la vertu n’est pas suffisant, il faut dissuader les comportements nocifs… Saviez-vous qu’il n’y a pas si longtemps on pouvait fumer à bord d’un avion ou dans un autobus au long parcours, sans aucun remord ! Hé bien aujourd’hui l’autobus, c’est la planète. Oui, cette mince couche d’air qui entoure la terre et permet aux êtres vivant de respirer… on y rejette CO2 et autres polluants sans vergogne, parce que c’est permis, ou encore parce que « mon produit trouve des acheteurs‘.

Finalement, et contrairement à ce que je laissais entendre plus haut, l’homo œconomicus n’est pas le seul modèle d’humain raisonnable. Elinor Ostrom, dans Collective Action and the Evolution of Social Norms, montre bien qu’en plus de l’égoïste rationnel (homo œconomicus) il existe au moins deux autres types de personnes : le coopérateur conditionnel et le châtieur (punisseur) volontaire [willing punishers]. Et si l’égoïste rationnel peut profiter, ou exploiter un temps la situation, seule l’existence des deux autres types de personnalité permet de construire des sociétés durables. L’égoïste rationnel ne peut pas être le seul modèle de rationalité, pas plus que le secteur privé n’est le seul producteur de richesse.

Billet aussi publié, le 2 juin, sur Nous.blogue

  1. Voir les recommandations d’Équiterre pour réduire notre dépendance aux VUS.  (retour)

le long de la voie maritime à vélo

Il existe une piste cyclable le long de la voie maritime du St-Laurent qui longe la rive sud, entre l’île Notre-Dame et la ville de Ste-Catherine. On y accède en passant par le pont Jacques-Cartier, quand on vient de l’est de Montréal, ou par le (nouveau) pont Champlain.

J’ai enregistré la randonnée avec une petite caméra attachée au guidon de mon vélo. J’ai par la suite ajouté un peu de musique et des commentaires sur une version accélérée (8X) de la vidéo produite avec iMovie. Ce qui donne ceci:

Petite pause le long de la piste cyclable de la voie maritime, en chemin vers Ste-Catherine

des livres numériques inégaux !

Je suis un lecteur vorace, un peu thésauriseur : j’achète plus de livres que je peux en lire ! Ma bibliothèque, c’est un peu ma cave à vin ! 

Ça fait un bout de temps que je me promets d’écrire ce billet et je profite de cette « journée des libraires indépendants » pour, finalement, m’exécuter. 

Sur les 1450 titres que compte ma bibliothèque personnelle, quelques 225 sont des livres numériques. Une grande partie de ces derniers sont au format Kindle, vendu par Amazon. Étant sensible à la situation précaire des libraires j’ai choisi, de plus en plus souvent, de me procurer le format numérique en passant par un libraire plutôt que la plateforme Amazon. Comme je ne lis pas sur une « liseuse » Kindle, mais plutôt une tablette (iPad), l’utilisation d’un autre format que Kindle ne devrait pas poser problème, non ? Et pourtant oui, ça pose problème.

Utiliser un format numérique plutôt que papier présente des avantages et des inconvénients. Parmi les inconvénients, le principal me semble le fait de ne pouvoir prêter ou revendre un livre que j’ai lu. Un inconvénient en partie compensé par le prix réduit… mais pas assez réduit, à mon humble avis. Un des avantages du format numérique tient à la possibilité d’en souligner et copier des extraits… de rechercher à partir d’un mot… Pour ce qui est de la navigation entre les chapitres, je préfère encore le format papier, mais comme je souhaite souvent commenter mes lectures sur mon blogue, le fait de pouvoir extraire des phrases ou paragraphes me porte souvent vers le format numérique. 

Le problème : certains formats numériques que j’achète, par exemple, sur le site de la librairie Gallimard de la rue Saint-Laurent à Montréal, ne me donne pas autant de droits, en tant que lecteur, que le format numérique acheté sur Amazon. Le droit de copier ou non une phrase dans un livre numérique est une décision qui relève de l’éditeur, dixit la libraire. Je présume en effet que le libraire n’a pas le choix du format numérique qu’il peut distribuer : il prend ce que l’éditeur lui fournit. Mais comment, alors, expliquer que le format numérique d’un même livre permet la copie lorsqu’il est vendu par Amazon et l’interdit lorsqu’il est vendu en ePub par le libraire indépendant ? Et oui, j’ai bien acheté plusieurs copies numériques de certains livres pour vérifier ! 

Soyons clair : tous les formats numériques achetés chez les libraires indépendants n’interdisent pas la copie. Je dirais même que la plupart le permettent. Mais je n’ai aucun moyen de le savoir d’avance ! Et parfois, ce qui semble permis ne l’est qu’à moitié : le fichier PDF du livre de François Morin « L’économie politique du XXIe siècle » permet la copie d’un paragraphe mais toutes les lettres accentuées sont remplacées par un « . » !

Donc, sur les 10 livres numériques achetés sur le site de la librairie Gallimard au cours des deux dernières années, quatre ne permettent pas la copie. 

J’ai acheté parfois directement de l’éditeur, comme les Presses de l’Université du Québec. Et, là encore, on a des surprises : le tome 1 de Le management municipal de Gérard Divay permet la copie, mais pas le tome 2 ! Ici il s’agit peut-être d’une erreur de l’éditeur *, car la plupart des livres publiés par les PUQ permettent la copie de paragraphes. Ceux publiés par Écosociété, ou DelBusso aussi… 

Alors, que faire ? Il faudrait au moins que les droits (déjà très limités par l’interdiction de prêter ou de revendre) soient affichés clairement. Une icône pourrait indiquer que la copie partielle (il existe parfois une limite quantitative, par exemple 10%) est possible. Cela pourrait inciter plus de lecteurs à acheter chez leur libraire indépendant plutôt que chez Amazon ! 

Par ailleurs je ne m’explique pas encore pourquoi le même livre permet la copie dans son format Kindle alors que sous ePub il ne le permet pas ! J’ai pu vérifier à deux reprises une telle incongruité. Le livre Less is More de Jason Hickel et Intuition de la vie de Georg Simmel, sont « copiables » sous Kindle, mais pas en format ePub lisible avec l’application Livres (de Apple) ou Adobe Digital Edition. Une telle différence est clairement à l’avantage de Amazon ! Je me demande même s’il n’y a pas une manoeuvre de cette dernière corporation pour… avantager l’éditeur s’il lui donne l’exclusivité de cette fonctionnalité ? Je ne peux demander à Georg Simmel mais à Jason Hickel, oui : sait-il que la copie de son livre vendue par Amazon est plus utile et fonctionnelle que celle qu’on peut acheter sur le site de Apple ?

Et je me demande ce qu’en pensent les libraires indépendants ?


* Je viens de recevoir des PUQ une copie corrigée (« copiable ») du tome 2 de Management municipal. Merci d’avoir répondu si rapidement !