communs, action communautaire et politique

Un numéro spécial de la revue Community Development Journal : Commons Sense New thinking about an old idea. Tous les articles de ce supplément au numéro 49.2 de la revue sont d’accès libre (chose rare pour cette revue). [merci Kevin] Plusieurs articles font un lien explicite avec les pratiques d’organisation communautaire, d’autres relatent l’utilisation et l’utilité de cette “gestion des communs” comme alternative nécessaire aux deux modes dominants de gestion et d’usage des ressources : le marché et l’État.Communs

no real community could exist without commons. All persons in the community were responsible to maintain and care for the commons, even children. This responsibility was not enforced by formal law, because it was evident to everybody that people’s survival and subsistence depended on the commons and on free communal work.

Les médias ont cité l’appel à une révolution économique que lançait le plus récent rapport du GIEC soulignant, une autre fois, d’une autre façon, l’urgence de confronter la crise écologique qui s’amoncelle. Mais il n’y aura pas de révolution économique véritable sans révolution politique. À l’évidence une telle révolution politique ne peut compter sur les seules organisations et partis politiques traditionnels, axés sur le parlementarisme et l’électoralisme à court terme. Les défis qui nous font face ne pourront être confrontés et relevés que par une mobilisation “transformative” impliquant des changements dans nos modes de vie, de consommation, de travail et de loisirs.

Il nous faudra non seulement harnacher la prédation sans vergogne des ressources limitées de cette planète, en particulier les ressources et propriétés communes  (halieutiques, biodiversité, air et eaux), mais aussi arraisonner le rythme de consommation des individus et des communautés locales et régionales qui participent de cette prédation. De telles transformations ne se feront pas de haut en bas, après négociation de protocoles — en tout cas, pas d’abord. Il semble bien qu’elles devront se faire d’abord de bas en haut, avec une forte participation d’agents locaux, individuels ou collectifs, coopérant dans des associations et projets concrets, immédiats mais aussi inscrits dans des visions, des mouvements et projets régionaux, nationaux, continentaux, internationaux et globaux.

Comment construire et préserver des communs au niveau national ou international ?

Oui, historiquement les communs ont toujours eu un caractère essentiellement local, jusqu’à ce que les technologies numériques et l’Internet rendent possible la construction de communs translocaux autour de certains types de savoirs ou de créations culturelles. Créer les institutions et les principes juridiques nécessaires à la gestion de communs naturels globaux constitue l’un des principaux défis auxquels nous ayons à faire face aujourd’hui.

Nous sommes confrontés non seulement à l’absence de précédents historiques de communs gérés à une telle échelle, mais également au fait que les États-nations et les organisations fondées sur des traités internationaux ne sont pas particulièrement accueillants pour la logique des communs, dans la mesure où elle implique une décentralisation de l’autorité et de la gouvernance. Nous avons clairement besoin d’imaginer de nouvelles structures et de nouvelles manières de les construire – en dehors des modèles conventionnels nationaux, internationaux ou entrepreneuriaux. C’est un sujet que j’examine avec Burns Weston dans notre livre Green Governance : Ecological Survival, Human Rights and the Law of the Commons (« Gouvernance verte : Survie écologique, droits humains et le droit des communs », Cambridge University Press). Le nœud du problème est le suivant. On ne peut pas réellement concevoir de modèles opérationnels pour des communs globaux tant qu’on n’aura pas aussi des communs opérationnels au niveau régional et national, dans le cadre d’un emboîtement de communs situés à ces différentes échelles et coopérant entre eux. Mais une telle « hiérarchie emboîtée » de communs a peu de chances d’émerger tant que le Marché/État continue à régner d’une main de fer sur la manière dont les gens se gouvernent eux-mêmes et leurs ressources. [Tiré de David Bollier : « Les communs nous aident à sortir du carcan de l’économie néolibérale, à travers des alternatives concrètes »]

Des questions qui permettent d’éclairer ou d’encadrer  la série de trois articles publiée par Louis Favreau, s’achevant  avec Les défis politiques de l’action communautaire autonome aujourd’hui  (9 avril)  — après  deux articles publiés en mars et janvier 2014 (ces deux derniers articles traçant un état des lieux des relations entre coopératives, économie sociale et action communautaire autonome).

Publié par

Gilles Beauchamp

Formation en recherche culturelle, de 1973 à 1976, puis en sociologie de 1986 à 1993, à l'UQAM. Organisateur communautaire dans le réseau de la santé, CLSC Hochelaga-Maisonneuve puis CSSS Lucille-Teasdale, à Montréal, de 1976 à 2012.

Une réflexion sur « communs, action communautaire et politique »

  1. Une fois de plus, tu abordes un sujet ‘sensible’, comme on dit maintenant. La récente campagne électorale et son résultat n’a rien pour nous rassurer sur la volonté et la capacité de nos élus — et de celles et ceux qui les ont élus — de faire le virage écologique…

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