Steve Hanley (Notre façon de concevoir l’énergie est irrationnelle. C’est un problème) me rapelle le rapport publié récemment par Ember concernant la comptabilité énergétique qui favorise le gaspillage, en valorisant de même façon les kilojoules bruts, qu’ils viennent du charbon ou d’un panneau solaire.

L’article de Hanley est assez court (2000 mots) et très pédagogique, mais si vous préféréz une version vidéo (12 minutes) sur le même sujet, dans un anglais clair et articulé :
glace lumineuse
Dans une même veine scientifique je me promet de lire cet article tiré de la dernière livraison hebdomadaire de la revue Science, que je viens de traduire Témoin de glace (2900 mots) qui tire de carottes glaciaires forées en Alaska des connaissances nouvelles sur une longue, la plus longue période interglaciaire.
Dans une revue sur le site de Nature1Incidemment plusieurs articles sont en accès libre, Humanities and Social Sciences Communications : La technologie ne suffit pas : repenser les politiques relatives aux marchés informels de l’eau souterraine dans un contexte de changement climatique (3700 mots) . Comment l’utilisation de nouvelles technologies (pompes alimentées par panneau solaire et réseaux numériques…) permet aux pays du Sud de s’adapter aux conditions changeante du climat, mais pourrait aussi accélérer la déplétion des ressources aquifères. [réf. The Syllabus]
beaucoup de mots pour peu de sens
Un article du G&M : Nous avons plus de contenu que jamais. Pourquoi n’arrivons-nous pas à y prêter attention ? (1700 mots) ma traduction, mais avec un lien-cadeau vers l’original) par un prof de philo de l’Université de Toronto. Il s’écoute un peu trop parler (se regarde écrire ?) mais quelques chiffres et sa réflexion de fond sont intéressants. Notamment sur la question de l’attention… que l’on mesure et triture sans trop savoir ce qu’elle est. [Une référence de Sebastien Provencher, blogueur de la première heure]
Dans le même ordre d’idées cet article de 2024, par Tim O’Reilly, Ilan Strauss et Mariana Mazzucato : Rentes algorithmiques d’attention (12 700 mots) développe le pouvoir des grandes plateformes qui monétisent notre attention. Une conscience qui amenait Daron Acemoglu et Simon Johnson à demander urgemment que la publicité numérique soit fortement taxée : 50% au delà des premiers 500M$ (The Urgent Need to Tax Digital Advertizing – pdf 8 pages). Ce qui représenterait beaucoup d’argent pour nos gouvernements appauvris quand les profits se chiffrent en centaines de milliards !
Ce même Acemoglu2lauréat du prix Nobel d’économie 2024 et professeur titulaire de la chaire d’économie au MIT, réalisait une entrevue avec Michael J. Sandel3lauréat 2025 du Prix Berggruen pour la philosophie et la culture, est professeur de sciences politiques à l’université Harvard le 6 mars : Reprendre la démocratie aux mains du marché (5800 mots). La version originale sur Project Syndicate. L’entrevue d’une heure vingt sur YouTube :
Une discussion intéressante (suivant l’article, je n’ai pas écouté la vidéo) qui souligne la disparition de l’espace commun, de la culture commune au profit d’une liberté de consommer… Mais les perspectives concrètes visant à « reprendre aux capital-risqueurs de la Silicon Valley le pouvoir de décider à quoi sert la technologie » sont minces.
Sur ce thème des superpouvoirs accumulés par les « sept magnifiques » l’article de Jessica Burbank me semble plus prometteur (je ne l’ai pas encore lu mais je l’ai traduit) : Les syndicats du capital (4000 mots). Une référence de la lettre dominicale de Patrick Tanguay, Sentiers.
À propos de l’IA
Le même numéro de Sentiers cite un article qui identifie trois types de savoirs :
Kevin Kelly explore ici ce qu’il considère comme trois modes de cognition distincts (Three Modes of Cognition) qui, ensemble, pourraient constituer l’intelligence. Le premier, le raisonnement par la connaissance, est le domaine dans lequel les grands modèles linguistiques actuels excellent : cette « super-intelligence » qui découle de l’assimilation de tous les livres et messages jamais écrits, voilà ce qui constitue l’essentiel des grands modèles linguistiques d’aujourd’hui. Le deuxième, la perception du monde, relève de l’intelligence spatiale : une compréhension du comportement des objets dans l’espace physique, intégrant la gravité, la continuité et le bon sens concernant la réalité physique. Il s’agit ici de modèles du monde et de robotique, un domaine en plein essor. Le troisième, l’apprentissage continu, est la capacité à s’améliorer progressivement à partir de l’expérience quotidienne et des erreurs — ce que les humains font constamment, mais dont les IA actuelles sont totalement dépourvues. Hormis les systèmes de mémoire et l’utilisation des données utilisateur pour les phases ultérieures de l’entraînement des modèles, le concept d’apprentissage continu n’est pas encore vraiment mis en pratique.
(ma traduction)
Ce qui peut mettre un peu de sourdine aux appels catastrophistes…
Mais ça n’empêchera pas beaucoup de prosélytes de l’IA de vouloir l’utiliser à toutes les sauces… y compris pour « renforcer la démocratie ». Utiliser les grands modèles de langage pour renforcer la démocratie (26 pages-pdf) fait le tour de telles initiatives pour conclure que
[L]e bilan est mitigé. En présence d’inégalités de fond en matière de pouvoir et de ressources, ainsi que de profonds désaccords moraux et politiques, nous ne devrions pas utiliser les LLM pour automatiser des composantes du processus démocratique qui n’ont pas de valeur instrumentale, ni être tentés de supplanter les procédures décisionnelles équitables et transparentes qui sont pratiquement nécessaires pour concilier des intérêts et des valeurs concurrents.
Les auteurs Seth Lazar et Lorenzo Manuali ajoutent cependant que l’IA peut être utile aux « commettants » afin de mieux suivre et demander des comptes à leurs représentants.
Toute cette « folie de l’IA »… c’est ben fatiguant ! La fatigue liée à l’IA est bien réelle, mais personne n’en parle (4500 mots).
En provenance de l’Écosse, de bonnes nouvelles ?
Dans L’Écosse montre la voie vers une nouvelle économie (956 mots), Neil Mclnroy nous précente une nouvelle loi récemment adoptée par le parlement écossais, la Community Wealth Building Act. Des outils pour soutenir le développement économique communautaire qui pourraient nous inspirer ici, non ? [en provenance de la lettre Substack de Project-Syndicate, tout comme l’entrevue de Acemoglu]
Une vidéo de sept minutes avec ce McInroy, avec un bel accent écossais !
Bon dimanche !
