herbe à poux ou armoise commune ?

J’ai été heureux de constater que ce que je croyais être des plans d’herbe à poux, dans la petite friche près de chez moi, mais vraiment beaucoup d’herbe à poux, se révèlent être des plans d’armoise. Bon je ne sais trop s’il s’agit d’armoise commune, annuelle ou vulgaire. Mais au moins ce n’est pas de l’herbe à poux, avec ce que cela impliquait d’allergènes bientôt relâchés dans l’air ambiant. En fait j’ai assez facilement identifié les plans de grande herbe à poux, dont le feuillage est très différent de la petite herbe à poux (ce dernier lien menant au site du gouvernement québécois). La confusion de l’herbe à poux avec l’armoise vulgaire semble fréquente (« L’armoise vulgaire peut être confondue avec la petite herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia) au stade végétatif« , dit le site de l’IRIIS).

Ainsi l’identification faite dans le premier relevé des plantes présentes sur le peitit « carré vert » (voir la 6e photo) nommait Petite herbe à poux (Ambroisie à feuilles d’armoise) ce qui s’est révélé, avec la maturation, être de l’Armoise vulgaire. (je vais bientôt change la description) En plus de la manière dont les graines sont disposées, (celles de l’herbe à poux sont beaucoup plus concentrées sur la tête) la coloration de la feuille de l’armoise est typique : presque blanche à l’endos.

Par ailleurs l’armoise semble une plante pleine de qualités : on la cultive même pour ses vertus médicinales. Certains l’appellent l’absinthe chinoise.

une riche petite friche

Je ne cesse de découvrir de nouvelles espèces de plantes, fleurs, arbustes ou arbres… dans ce petit terrain laissé en friche depuis plusieurs décennies. Voir l’album par ordre alphabétique déposé sur Flickr. Dominé par de grands peupliers deltoïdes, on y trouve des asclépiades, des cerisiers de Virginie, des carottes sauvages… et beaucoup d’herbe à poux et de vignes vierges. Un ou deux ormes d’Amérique, dont un qui a bien deux mètres… des « érables à Giguère » et un érable argenté…

Avec quelques voisins (et l’appui du propriétaire) nous aimerions avoir quelques conseils dans l’aménagement de cet espace afin d’y laisser croitre les « bonnes espèces » et faciliter la maturation d’un petit espace vert diversifié ayant le maximum d’impact positif sur la qualité de l’air, la faune aviaire… et la captation de carbone. Je me demande bien qui pourrait nous donner de tels conseils ? Un service de la Ville ou de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ? L’Institut de recherche en biologie végétale (situé au Jardin botanique) ? Le Conseil régional de l’environnement ? Je cherche ! Si vous avez des suggestions…

Hé oui, il y a même des cerisiers de Virginie…
Ce que ma mère appelait des « cerises à grappes ».

Merci au groupe Facebook La flore du Québec pour l’aide à l’identification de certaines. J’ai aussi utilisé les applications PlantNet, ainsi que les aides à la reconnaissance par images de Google et Bing. Pour les noms latin et anglais, j’ai eu recours à Canadensys.

Se battre pour ne pas désespérer

Comment garder espoir en l’avenir quand le gros des efforts semble se borner à ne pas reculer en quatrième vitesse ? Il nous faudrait un plan pour éliminer TOUS les VUS (véhicule utilitaire sportif) de nos routes d’ici quelques années (et non quelques décennies) et on continue d’ajouter des autoroutes, d’empiéter sur les terres agricoles… La publicité pour ces véhicules continue même d’occuper la première place sur les ondes télévisuelles. C’est « normal »  puisque ce sont les véhicules les plus vendus : ces « véhicules énergivores composaient  79,9% des nouveaux véhicules personnels vendus en 2020 », selon la dernière étude d’Équiterre.1 Comment prétendre préparer le changement alors qu’on continue de promouvoir les vieux modèles ? Ces publicités sont la meilleure preuve de l’incapacité du capitalisme à nous sortir de l’impasse, disait Bernard Perret, dans Quand l’avenir nous échappe, 2020.

Il semble bien que l’homo economicus domine sans partage : celui qui ne pense qu’à son intérêt individuel à court terme. Après moi le déluge ! ou encore YOLO (You Only Live Once) résument bien sa philosophie. Pour d’autres, un peu moins cyniques en regard de l’avenir et des autres, ce sera : « Une dernière fois » — « C’est mon dernier VUS »… Pourtant il y en a déjà trop. Il faudrait tout mettre en oeuvre pour inventer de nouvelles solutions, expérimenter de nouveaux modes (de transport, de partage, de travail). Il faut arrêter de creuser parce que l’objectif est de sortir du trou !

La plus grande victoire des néo-libéraux depuis quarante ans aura été de nous convaincre de l’incompétence, ou pire de la nocivité, de l’intervention publique. Ce qui a conduit au recul systématique et sur tous les fronts de la légitimité de l’intervention publique, au nom des supposées plus grandes efficacité, flexibilité ou créativité de l’entreprenariat capitaliste. Comme souvent les meilleurs mensonges comportent une part de vérité, l’intervention publique de la fin des 30 glorieuses (fin des années ’70) était devenue pléthorique, trop puissante pour la qualité du projet social qu’elle proposait : de plus grands HLM, des polyvalentes encore plus immenses, des autoroutes encore plus larges passant par les quartiers les plus pauvres… Des investissements structurants qui ne menaient nulle part, ou ne savaient plus où aller. Mieux valait laisser l’argent entre les mains de « ceux qui  le produisait », comme on se plaisait à le colporter à l’époque : « Les services publics sont financés par la richesse produite par le secteur privé ». Heureusement de telles inepties sont moins populaires aujourd’hui : la richesse privée ne peut exister sans les multiples formes de soutien du public, du communautaire, du philanthropique, du religieux… La richesse privée n’existerait pas sans la culture commune qui fonde tant le respect de la loi que la croyance en la valeur des contrats ou de l’argent. 

Toujours est-il que pendant plus de quarante ans la bride a été laissée, en quelque sorte, sur le dos du capital, pendant que les États étaient amenés (forcés) à réduire leurs ambitions, l’ampleur et le caractère structurant de leurs interventions. Plutôt que de construire des institutions et des infrastructures on a distribué des prestations… à crédit. (Voir W. Streeck, Du temps acheté, 2014) Mieux valait laisser libre cours à la créativité des groupes d’intérêts. Regardez le progrès : tous ces iPhones qui se promènent avec un humain en laisse; et toutes ces livraisons d’Amazon qui arrivent magiquement sur le pas de nos portes. Toute cette richesse de créations culturelles qui siphonne par dizaines de milliards les poches des consommateurs : à qui les Disney, HBO, TV+, Netflix, Prime, et autres fourgueurs de rêves ? 

Autrement dit nous avons laissé se développer les industries du rêve et de l’illusion, un système producteur de «gadgets and profits », disait Fraser au dernier colloque du CRISES, plutôt que de nous préparer à ce qui était déjà annoncé il y a 50 ans (Halte à la croissance ?, 1972), et prévisible depuis plus longtemps encore. Le report de l’intervention à plus tard semblait justifié alors puisque la technologie allait, demain, résoudre plus facilement les problèmes soulevés par le développement (pollution, surpopulation, réchauffement, extinctions de masse…).  Aussi il  était difficile d’arrêter un modèle, un plan d’action. On a plutôt investi dans les technologies de l’information et des communications, la micro-informatique et la diffusion de masse, les réseaux et contenus « intelligents »… Le transport des marchandises et des personnes s’est aussi grandement développé au cours des dernières décennies. C’était la concrétisation de l’idéal néolibéral: plus de commerce à l’échelle du globe et la planète s’en portera mieux, avec moins de guerres et plus de développement dans les pays « du sud » ! Mais c’était aussi, pour beaucoup, le développement de « gadgets » profitables parce qu’orientés vers des clientèles solvables et nombreuses : les fameuses classes moyennes (3 graphiques tirés de Capital et idéologie de T. Piketty, et quelques commentaires). Des gadgets et des cabanes, avec des autoroutes pour s’y rendre. 

Nous avons laissé se développer une infrastructure hypertrophiée des communications et du transport des marchandises au détriment d’une emprise plus fine qui soit respectueuse de la qualité des milieux de vie et des habitats mobilisés par la production marchande. De même les entreprises d’extraction (de minéraux, de bois, de produits végétaux, d’élevage et de la pêche) se sont développées sans égards (ou si peu) aux conséquences sur la viabilité à long terme de notre monde. 

Jusqu’à la chute du mur de Berlin, on pouvait prétexter, pour ne pas se préoccuper de la planète, des conceptions incompatibles du monde entre les protagonistes géants qui ne pouvaient avoir la confiance nécessaire à une telle entreprise commune. Mais après la chute ? Il n’y avait plus d’urgence, plus de menace extérieure questionnant la légitimité même du système capitaliste. Ne restait que la pression des associés et des compétiteurs, des groupes de citoyens et de consommateurs, des syndicats et des corporations professionnelles… Les États ont quand même poursuivi certaines discussions et négociations autour d’enjeux d’intérêt particuliers (droits des mers, pollutions spécifiques telle les HFC, changements climatique…) tout en préservant, valeur ultime, la libre circulation du capital

Ce qui nous donne un peu d’espoir, malgré tout

Les appels à l’action, « Au delà de la rhétorique », de la part d’agences ou d’instances qui sont plutôt discrètes habituellement : 

Les grands groupes financiers se font demander ce qu’ils ont de « valeurs viciées », de capitaux à risque de dépréciation rapide dans leurs coffre-forts et au coeur de leurs alliances industrielles. ( Mark Carney : Values: Building a Better World for All )

Les États aussi se feront demander ce qu’ils ont fait, au delà des discours et de la petite politique : Quels gestes ont été posés, avec quels résultats ? Plutôt que d’agir de manière défensive et tactique, un pied sur l’accélérateur et l’autre sur le frein, les États doivent renouer avec des missions mobilisatrices et audacieuses : il nous faudrait pour le climat l’équivalent du plan « Shot to the moon » lancé par Kennedy pour « atteindre la lune avant la fin de la décennie ». Voir Mariana Mazzucato et sa remise en valeur de l’action publique, de l’État (Mission Economy: A Moonshot Guide to Changing Capitalism, 2020 ; L’État entrepreneur 2020 [The Entrepreneurial State, 2011, 2013, 2015] ).

Mais ce qui me donne aussi de l’espoir, car on ne peut totalement se défaire de ses responsabilités sur le dos des élus et des riches… C’est qu’on était 500 000 dans la rue et que demain nous serons 1 000 000. C’est que l’action collective, la vitalité des engagements citoyens, communautaires, bénévoles ou philanthropiques ne cessent de m’épater. Les coalitions inédites et audacieuses se multiplient : les G15+, Québec ZéN, Alliance Ariane (sans parler des Équiterre et autres Fondation Suzuki qui agissent sur ce front depuis longtemps) sont essentielles car l’objectif n’est pas simplement de remplacer les F150 au pétrole par des F150 électriques ! Nos industries devront s’adapter — et elles le feront d’autant mieux que des balises, des limites dures, non-négociables seront établies. 

Les comportements et les choix individuels et locaux devront aussi s’adapter, évoluer. Il faut discuter et dénoncer les abus et promesses non tenues, débusquer les discours vides et trompeurs qui masquent l’inaction ou les actions contraires aux principes et à l’intérêt public. La critique et la dénonciation sont aussi nécessaires que l’encouragement et l’incitation. Les « malus » sont aussi importants que les « bonus ».  Encourager la vertu n’est pas suffisant, il faut dissuader les comportements nocifs… Saviez-vous qu’il n’y a pas si longtemps on pouvait fumer à bord d’un avion ou dans un autobus au long parcours, sans aucun remord ! Hé bien aujourd’hui l’autobus, c’est la planète. Oui, cette mince couche d’air qui entoure la terre et permet aux êtres vivant de respirer… on y rejette CO2 et autres polluants sans vergogne, parce que c’est permis, ou encore parce que « mon produit trouve des acheteurs‘.

Finalement, et contrairement à ce que je laissais entendre plus haut, l’homo œconomicus n’est pas le seul modèle d’humain raisonnable. Elinor Ostrom, dans Collective Action and the Evolution of Social Norms, montre bien qu’en plus de l’égoïste rationnel (homo œconomicus) il existe au moins deux autres types de personnes : le coopérateur conditionnel et le châtieur (punisseur) volontaire [willing punishers]. Et si l’égoïste rationnel peut profiter, ou exploiter un temps la situation, seule l’existence des deux autres types de personnalité permet de construire des sociétés durables. L’égoïste rationnel ne peut pas être le seul modèle de rationalité, pas plus que le secteur privé n’est le seul producteur de richesse.

Billet aussi publié, le 2 juin, sur Nous.blogue

  1. Voir les recommandations d’Équiterre pour réduire notre dépendance aux VUS.  (retour)

en complément

Citations et portions de textes laissés sur la table du billet précédent une convention citoyenne à la québécoise ?

Québec

«interrogés en juin dernier par Léger Marketing, 67 % des Québécois faisaient passer l’amélioration de la qualité de vie, de l’environnement et de la santé bien devant la croissance de l’économie comme priorité au sortir de la pandémie.»

Les fondations philanthropiques s’adressent à M. Legault : Pour une relance verte, solidaire et prospère,

France

La Convention est une des formules imaginée par le président de la République pour sortir du conflit ouvert par les Gilets jaunes. Elle reposait sur deux spécificités : le mode désignation de ses membres par tirage au sort ; les propositions à faire pour réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. La Convention citoyenne relance la question démocratique – C6R

Elle a remis son rapport en juin dernier, après des travaux qui se sont étalés sur 9 mois, d’octobre 2019 à juin 2020.

Royaume-Uni

L’assemblée pour le climat du Royaume-Uni remettait son rapport en septembre dernier : The path to net zero. Le chemin vers la neutralité carbone en 2050.

Amid often polarised political debate, ordinary people were able to judge evidence and ideas against their own experiences. They arrived at judgements that balanced competing values, such as freedom of choice and fairness to different social groups.

[T]he kind of climate action the general public are willing to accept when they have the opportunity to learn and deliberate together.

L’efficace de la délibération

Extraits de Power to the people, Science, 30 octobre 2020.

[M]inipublics are an excellent way to integrate public values with advice from scientists and ethicists. “Scientists don’t have a monopoly on public values,” he says. says John Dryzek, a political scientist at the University of Canberra

With facilitators making space for everyone to chime in, Wali says no one dominated in the small group discussions. A poll of members found that 94% felt their views were respected, even when others disagreed, and 95% felt they were given “ample opportunity” to express their views. In an age of polarization, a willingness to respectfully hear other views, and the reasons people hold them, changes the hostile dynamic of politics entirely, says Alice Siu, a political scientist at Stanford University: “Something magical happens.”

[W]ith high-quality information, facilitators to keep discussions on track, and rules to enforce civility, it is possible to steer people away from group biases, van der Linden says. (…) most of the people in a minipublic have no history of activism or involvement with an issue, and so they’re in a good position to reflect on what they hear.”

Fishkin trademarked the term “deliberative poll” partly to maintain quality control, and Chwalisz and her colleagues have published guidance on best practices.

But in an analysis of data on the policy impact of 55 minipublics, Chwalisz and her colleagues found that, 75% of the time, public authorities implemented more than half the citizens’ suggestions. Only six minipublics in the sample saw none of their recommendations implemented.

Keeping minipublics in an advisory role, rather than enabling them to produce binding recommendations, is more truly democratic, says Cristina Lafont, a political philosopher at Northwestern University.

Dryzek agrees that democracies should not blindly defer to the decisions of minipublics. But they still offer a critical piece of information for policymakers that experts can’t provide, he argues: a meaningful gauge of public values.


Peut-on imaginer des dizaines d’assemblées citoyennes, comme je le suggérais dans le dernier billet : Autrement dit, ce sont cent assemblées citoyennes qu’il faut créer ? La difficulté est d’autant plus grande que plus on s’approche du terrain (secteurs, régions et quartiers urbains) et plus il devient difficile de trouver des gens qui ne sont pas parties prenantes des enjeux liés aux industries de la région ou du secteur. Mais en même temps, si les changements que nous devons envisager à nos modes de transport, de production et de consommation relèvent vraiment d’un « changement de paradigme » plutôt que d’un simple accommodement, alors il n’est pas inutile de prévoir des modalités de réflexion et de planification qui dépassent le « business as usual« .

Une réflexion citoyenne sur les manières de réduire notre impact sur le climat ne devrait pas être étrangère aux efforts que nous devrions déployer pour mieux planifier notre développement urbain (ici je parle pour Montréal). Il est grand temps que Montréal refasse un exercice de véritable planification, en intégrant les considérations environnementales et climatiques d’aujourd’hui. Cela éviterait peut-être que nous laissions simplement les promoteurs définir la ville de demain, en oubliant tout ce qui ne leur rapporte pas : écoles, services de proximité, parcs…

Intéressant de comparer les grandes villes canadiennes en tant que « villes du quart d’heure » (15 minutes cities).

Proportion de la population vivant dans des quartiers avec services à proximité, permettant plus de déplacements à pied ou à vélo. Ce pourcentage monte à 72% pour Vancouver et n’est que de 10% pour Ottawa ou Halifax.

Il ne faut pas voir la « densification » uniquement comme une contrainte, mais plutôt comme une libération de notre dépendance aux transports motorisés… et un « réensauvagement » possible de certains espaces. Ce sont des sujets qui mériteraient grandement qu’on s’y penche avec sérieux, en intégrant les données scientifiques et nos valeurs, celles que nous désirons léguer à nos petits-enfants.

boulimie de lectures

Une boulimie de lectures, depuis quelques mois, comme pour tenter de trouver un fil conducteur, une formule d’interprétation. Mais non, je ne l’ai pas encore trouvée mais ça avance… Quand je regarde tout ce qui est étalé sur mon bureau, (et ma tablette), je me sens privilégié d’avoir pu lire ces réflexions et aborder ces philosophes, chanceux d’avoir eu le temps (comme retraité) de me nourrir sinon me gaver de ces oeuvres. Je me sens aussi une obligation de partager, même maladroitement, ce que j’ai pu retenir de ces nombreuses lectures… Un partage qui s’est fait plutôt rare ces derniers mois sur ce blogue : aucun billet en août, un seul en septembre… et si je ne fait gaffe, il n’y en aura pas non plus en octobre ! Et dire qu’il fut un temps ou j’écrivais plusieurs fois par jours.

Ci-contre, la liste de ces livres « sur ma table », extraite de ma base Bookpedia.

TITRES AUTEURS PAGES
+ 4 °C: Le climat change… Et vous ? Xavier Montserrat 214
L’avènement de la démocratie:  Tome 4, Le nouveau monde Marcel Gauchet 749
L’aventure Fraternelle des Capucins à Hull, 1967-2014: Annoncer L’Évangile Autrement Claude Auger 160
Dire non ne suffit plus: Contre la stratégie du choc de Trump Naomi Klein 302
The enigma of reason * Hugo Mercier 408
Entre Concile et Révolution tranquille: les religieuses au Québec, une fidélité créatrice Dominique Laperle 294
Et jamais l’huile ne tarit: histoire de mon parcours théologique Gregory Baum 271
Étonnante Église : l’émergence du catholicisme solidaire Gregory Baum 227
Guy Paiement, Prophète du Pays Réel Nelson Tardif, Élisabeth Garant 334
L’Utopie de la solidarité au Québec – Contribution de la mouvance sociale chrétienne Lise Baroni, Michel Beaudin, Céline Beaulieu, Yvonne Bergeron, Guy Côté – 2011 364
Illusion financière Gaël Giraud 184
Introduction à l’éthique islamique* Tariq Ramadan 230
Justice sociale, ouverture et nationalisme au Québec Élisabeth Garant 294
Mahomet* W. M. Watt 614
Mouvement communautaire et État social Louis Favreau 166
Out of the Wreckage: A New Politics for an Age of Crisis George Monbiot 184
Portes ouvertes Marc-André Tardif 92
La Quatrième hypothèse Maurice Bellet 144
Le règne de l’homme Rémi Brague 398
Une relecture d’une vie de Petite soeur de l’Assomption Annette Benoît, p.s.a. 81
The River of Consciousness Oliver Sacks 320
Sécurité, territoire, population: cours au Collège de France, 1977-1978 Michel Foucault 435
Vérité et pertinence: Un regard sur la théologie catholique au Québec depuis la Révolution tranquille Gregory Baum 276
Vie secrète des arbres (La) Wohlleben Peter 253
Il y manque ces quelques recueils dirigés par Fernand Dumont sur l’histoire des idéologies au Québec (de 1850 à 1976) qui sont disponibles in extenso sur le site des Classiques de l’UQAC. Je n’ai fait que commencé la lecture des titres marqués d’un astérisque.

C’est dans la suite du précédent billet (1952) et surtout de celui de mai (de la charité à la solidarité) que j’ai poursuivi une réflexion autour de trois centres d’intérêt. L’histoire de l’Occident (Gauchet, Foucault, Brague), histoire de la religion (Watt, Benoît, Laperle, Baum) et histoire du Québec (Baum, Dumont, Paiement); autour de l’écologie-économie (Montserrat, Wohlleben, Giraud, Favreau); et autour de la conscience comme phénomène physiologique (Mercier, Sacks), spirituel (Baum, Ramadan, Bellet) et social (Monbiot, Klein, Brague).

En juin dernier j’ai rencontré Grégory Baum, au lancement de son dernier livre Et jamais l’huile ne tarit. La mort récente de ce nonagénaire encore alerte il y a quelques mois m’a poussé à fouiller un peu plus loin la pensée de ce théologien oecuméniste. J’ai aussi rencontré il y a quelques semaines une autre nonagénaire, religieuse longtemps active dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve : Annette Benoît, Petite soeur de l’Assomption, qui a partagé avec moi les témoignages qu’elle a recueillis auprès de ses consoeurs au moment où elle prenait sa retraite, il y a 13 ans, à l’âge de 81 ans.

Je me demande encore si le passage d’une société québécoise dominée par une église catholique trop présente et oppressante vers une société séculière ne nous a pas fait perdre quelque chose. Quelque chose d’un peu plus grand que les droits et libertés que que nous chérissons avec raison. Quelque chose comme une éthique de la vie. J’essaierai de préciser mon cheminement de pensée au cours des prochains billets.

populisme de gauche – démocratie radicale

Le problème est qu’il semble que nous ne pouvons pas arrêter, ni même ralentir. C’est le choix ultime et fatal du capitalisme: nous devons détruire l’avenir de nos enfants pour nous accrocher à nos emplois aujourd’hui. (Richard Smith, Six Theses for Saving the Planet – ma traduction)

*  *  *

La victoire de Trump aux États-Unis mais aussi la victoire du « Brexit » en Grande-Bretagne ont mis en lumière à la fois la montée de l’influence d’un populisme de droite et la faiblesse de la gauche à rejoindre et unifier les différentes fractions et luttes populaires.

La gauche (y compris, en fait principalement la gauche social-démocrate) n’a pas su construire une alternative crédible, une unification hégémonique génératrice de l’identité d’un « peuple » (Laclau, 2016). C’est en s’opposant au statuquo et à la bureaucratie de Washington que Trump s’est gagné des appuis populaires. Même si ses affirmations étaient peu précises, souvent peu crédibles du point de vue des experts, elles savaient toucher les points sensibles et préjugés des classes populaires notamment la méfiance à l’endroit des experts (et des immigrants). Durant le règne de Harper on l’a vu souvent jouer de cette corde anti-intellectuelle, anti-experts.

Ernesto Laclau et Chantal Mouffe se sont fait chantres d’un populisme de gauche, acceptant de confronter les connotations péjoratives du terme « populisme » pour en retenir la capacité de mobilisation, d’articulation dans ce « moment horizontal » des équivalences entre les différentes luttes populaires. Premier moment dans création d’une alternative, cette « logique équivalentielle » permet l’émergence d’une solidarité entre les revendications exclues, insatisfaites. Une articulation horizontale « constitutive du peuple en tant qu’acteur collectif »(1). Le second moment de l’établissement de ce « populisme de gauche » étant celui d’un processus d’identification autour d’un leader, où une fraction de l’ensemble exerce un leadership permettant l’établissement d’une nouvelle relation hégémonique capable de remplacer l’ancienne.

Chantal Mouffe critique la « démocratie délibérative » (en référence à Habermas) comme masquant la dimension conflictuelle du politique et la dénonce comme porteuse d’une illusion consensuelle (L’illusion du consensus) qui sert d’abord les intérêts néo-libéraux : comme si tous les intérêts pouvaient être inclus dans une approche pluraliste inclusive et résolus par la seule délibération rationnelle. Pourtant « les questions proprement politiques impliquent toujours des décisions qui exigent de faire un choix entre des alternatives qui sont indécidables d’un point de vue strictement rationnel ». (Politique et agonisme,  Chantal Mouffe, 2010)

Sa référence à Gramsci et son concept d’hégémonie me semble bien adaptée à l’obligation de changement de paradigme devant laquelle nos sociétés se trouvent. Nous devrons  changer profondément nos manières et valeurs, alors que les forces populaires semblent plus que jamais divisées en un patchwork de luttes, réseaux et communautés intentionnelles. Chantal Mouffe insiste sur l’importance du conflit comme élément constitutif du politique, créateur d’un « nous » qui se définit contre un « eux », sans lequel il n’y a pas de démocratie véritable.

*  *  *

Nous devrons faire plus que changer de gouvernement, nous devrons changer de mode de vie. Il y a urgence en la demeure. Il faut « sauver la maison commune » disait le pape François dans son encyclique Laudato Si. Continuer la lecture de populisme de gauche – démocratie radicale

du sable bitumineux vert ?

Can Canadian oil green-clean itself ? – Tel est le titre d’un article « punch » de Margaret Atwood dans le G&M ce matin. Comment traduire ce titre ? Le pétrole canadien peut-il se verdir ? Se rendre acceptable écologiquement ? Toujours est-il que j’ai tellement aimé cet article, où elle ne ménage ni Harper ni les pétrolières canadiennes, que je vous en propose une traduction…

« Le pétrole canadien a un problème. Ou plutôt il en a plusieurs. Ces problèmes sont : 1. Le bas prix du pétrole; 2. L’image de « pétrole sale » qui colle aux sables bitumineux; 3. Le leadership politique inepte; 4. Les nouvelles formes d’énergie qui arrivent chaque jour.

Parce que le pétrole canadien a des problèmes, le Canada en a aussi. Les deux ont été « joints à la hanche » : si l’un est dans la m… l’autre aussi y est. Ou dans une sorte de m… Que faire ?

Le premier problème – le bas prix du pétrole – est hors de notre contrôle mais l’étendu de nos investissements dans le secteur ne l’est pas. Malheureusement pour nous le gouvernement Harper a trop investi dans le pétrole. Ce qui a pu sembler comme un pari défendable, ce qui explique sans doute que nous n’ayons pas réagi quand Stephen Harper a soutenu le secteur avec des tas (sack-loads) de subventions  : 34 milliards $ par an, selon le Fonds monétaire international, correspondant aux coûts sociaux de cette industrie au Canada. Les emplois et la prospérité seront grands, nous assurait-on. Quiconque osait souffler mot contre le flot de subvention était vu comme non patriotique et quasiment traité comme un terroriste.

Le retour n’a jamais été à la hauteur de l’investissement, mais qui était là pour faire le décompte ? Maintenant que le prix du pétrole est dans la cave et que le dollar a été entrainé à sa suite, signifiant que la plupart de nos importations nous coûtent maintenant 30% de plus. Si on avait diversifié nos investissements sur plusieurs secteurs on aurait aujourd’hui plus d’atouts en main.

Le second problème est l’image de « pétrole sale ». Le sable bitumineux s’est attiré une « aura beurk » (Yuck aura) malgré les efforts faits pour les cadrer comme un pétrole plus éthique que d’autres et les réassurances concernant la sécurité des pipelines, l’efficacité des nettoyages etc. Qu’est-ce qu’une pétrolière intelligente pourrait faire ? Continuer la lecture de du sable bitumineux vert ?