balados, webinaire, et cetera

Demain, le 26 janvier. Webinaire gratuit.

J’avais oublié ce webinaire, qu’on me rappelle ce matin. Organisé par l’Université de Moncton, il sera diffusé demain, 26 janvier (inscription gratuite) avec des données tirées du terrain (Bas-du-fleuve), pour l’intervention de M. Simard et une synthèse plus théorique, ce me semble, de la part de Mme Bouchard, mais une théorie ancrée dans une connaissance fine et profonde du terrain de l’économie sociale.

J’apprend par ailleurs l’existence de ce balado, Esprit de quartier, lancé en décembre dernier par la Coalition montréalaise des Tables de quartier. Comment se fait-il que je n’aie pas remarqué ? Bon… la boulimie d’information ? Mais je remarque, avec surprise, que je ne suis pas abonné au fil Twitter de la Coalition (@LaCMTQ) ! Je croyais l’avoir fait, mais c’est au fil de son coordonnateur (@YBellavance) que j’étais abonné. Voilà, c’est corrigé. Déjà 4 épisodes de balado de 30 minutes sont disponibles : Une ville (vraiment) abordable; Vivre le quartier ensemble; Sortir du désert alimentaire; Des quartiers verts et solidaires. Aussi 4 petits vidéos de 3-4 minutes, en provenance de St-Henri, Lachine, Pointe-St-Charles et Centre-Sud. Bravo !

La « newsletter » de la FLAC me rappelle que la plateforme collaborative Passerelle hébergera les archives de Bill Ninacs, ce grand militant et pédagogue du développement communautaire et de l’empowerment, décédé en décembre dernier. On peut aussi visionner une série de vidéos sur Billninacs.ca

Et la lettre mensuelle de l’association la Coop des Communs me fait connaitre cette émission de France Culture portant sur Elinor Ostrom, qui recevait en 2009 le prix Nobel d’économie « pour son analyse de la gouvernance économique, en particulier des biens communs ». Rosa Luxemburg, économiste révolutionnaire fait aussi l’objet d’une émission d’une heure.

regarder devant, hier en tête

Deux mois que je n’ai rien écrit sur ce carnet. J’ai bien dû commencer 2 ou 3 billets dont un particulièrement développé sur ce que j’ai retenu du dernier livre de David Graeber (The Dawn of Everything – Au commencement était), mais comme je n’ai pas encore fini de lire la version française (après avoir lu l’original en anglais), je dois remettre à plus tard mon commentaire sur ce livre important en anthropologie et préhistoire.

Je voudrais remercier certains auteurs qui m’ont stimulé ou questionné au cours de l’année et dont j’ai pu, ou pas, vous parler ici dans l’un ou l’autre des 18 billets publiés en 2021 sur Gilles en vrac…

Il faut parfois du courage pour écrire un livre. Un livre inscrit dans la conjoncture comme le fut celui de Daniel Sanger (Sauver la ville) qui portait sur l’histoire du parti Projet Montréal, et le déroulement de son premier mandat dont il pouvait témoigner en tant qu’employé de l’appareil politique de Projet Montréal depuis l’élection de Luc Ferrandez à la mairie du Plateau Mont-Royal. À la sortie de son livre, au début de la campagne électorale, alors que les sondages donnaient le candidat Coderre en avance sur la mairesse Plante, la franchise et la transparence de Sanger n’ont pas dû plaire à tout le monde ! Maintenant que madame Plante a été réélue, on peut penser que son pari n’a pas été vain et qu’il a pu contribuer à construire l’image d’un parti sain et ouvert. Reste à voir si un autre Sanger saura faire la chronique interne de ce deuxième mandat !

A l’aventure autour du monde avec Taras Grescoe, dont j’avais commencé l’avant-dernier livre, paru en traduction française en 2019 (Shanghai, la magnifique) qui fait la chronique des années 30 dans la ville de Shanghai à travers les yeux d’une écrivaine journaliste qui y a réellement vécu (Emily Hahn). Un style « docu-fiction » qu’il a repris dans son dernier livre, Possess the Air, où il retrace les années 20 et 30 d’une Rome sous Mussolini. À travers les témoignages de divers artistes, écrivains ou citoyens qu’il rassemble en une trame narrative bien vivante. Je n’avais pas terminé la lecture de Shanghai, la magnifiqueque je plongeais dans un autre de ses livres : Straphanger, une suite de reportages dans une quinzaine de villes à l’échelle internationale sur les enjeux du transport en commun. Ce document paru en 2012 aurait bien mérité une traduction française ! Mais après dix ans, cela devient improbable sans une mise à jour… qui pourrait être minimale car les leçons à tirer de l’histoire resteront les mêmes !

Quand je regarde le parcours de la dernière année, il me semble qu’une tendance, une impression se dégage : l’écoute de la « nature », la reconnaissance de sa diversité, de son intelligence. Suzanne Simard et sa démonstration du rôle des arbres-mères dans les forêts canadiennes. Anna L. Tsing, avec Friction, nous fait pénétrer la culture des Dayacs, sur l’île de Bornéo, et la relation de symbiose et de bénéfices mutuels que ces aborigènes ont développée avec les êtres des forêts. En même temps que je lisais Simard et Tsing, je me suis passionné pour l’identification des espèces qui fleurissent chaque année derrière chez moi dans une riche petite fiche. Avec quelques voisins on s’est même pris à rêver que certaines espèces et spécimens pourraient être protégés, encouragés afin de maximiser la captation de carbone et les abris d’oiseaux… mais les proprios ont tout rasé, comme à leur habitude, au mois d’août. Malgré une offre de collaboration faite aux propriétaires du terrain. Il est possible que la règlementation municipale concernant de tels terrains explique un tel comportement… Mais il est aussi possible que ce soit la manière la moins onéreuse, la plus expéditive de ne pas construire un terrain. 

L’ignorance de la nature, son exploitation, sa réduction à l’état de ressource, d’espace à occuper, à consommer… marquent notre prétention comme espèce à dominer la planète avec autant d’intelligence qu’un troupeau de cerfs sur une île aux thuyas. 

Bon, malgré ce que je viens de dire en introduction, je ne peux m’empêcher de dire quelques mots de la « brique » (Au commencement était…) lancée par les deux David (Graeber et Wengrow) dans le miroir de l’histoire. Vous y découvrirez un Kondiaronk qui a eu un impact beaucoup plus grand que sur la seule Grande paix de Montréal. Une relecture de l’histoire à partir des données archéologiques récentes qui brise à tout jamais la conception linéaire du progrès amenant l’humanité des groupes de chasseurs-cueilleurs vers les premières cités d’agriculteurs, puis vers les États modernes… pour nous donner une idée, un aperçu de la diversité, la richesse des cultures dites primitives. Comment des récits, des appartenances totémiques pouvaient permettre des liens, des déplacements à l’échelle continentale. Comment des comportements aussi différents et opposés que les potlatch sur la côte Nord-Ouest américaine et ceux, pleins de sobriété des nombreux peuples de Californie peuvent coexister ? C’est à un tout nouveau récit des origines que nous convient les auteurs. Passionnant récit, certes, mais je me pose encore la question : en quoi cela change-t-il notre quotidien?

Peut-être cela changera notre façon de nous percevoir dans le temps, et dans notre environnement. 2022. Pourquoi pas 32022?1 Ces terres qui apparaissaient vierges aux colonisateurs des XVII-XVIIIe siècles, avaient été habitées et soignées depuis des millénaires grâce à des savoirs transmis oralement mais aussi inscrits le long des allers et venues des peuples qui y vivaient. Des savoirs qui ont été d’abord exploités (commerce des fourrures) puis éliminés, même pas assimilés. Oubliés. Pourquoi faire commencer la civilisation à la naissance du Christ ? Question incongrue, s’il en est, en ce temps des fêtes : L’Occident aurait-il suivi le même parcours, la culture gréco-romaine aurait-elle conduit aux développements technologiques et scientifiques des derniers siècles s’il n’y avait pas eu l’apport du christianisme ? Difficile à dire. Certains arguent même que l’émergence du christianisme a contribué à la chute de l’Empire romain (The Darkening Age: The Christian Destruction of the Classical World) 2. Une chose est certaine l’accès aux textes gréco-romains fut conquis de haute lutte par ces « aventuriers » de la Renaissance (Les aventuriers de la mémoire perdue, par Jean-Christophe Saladin). De même l’autonomie des sciences, puis de l’État par rapport à la religion n’ont été gagnées qu’après guerres et Inquisitions. Mais cela n’a-t-il pas surtout servi au désencastrement de l’économie, finalement ? Quoiqu’il en soit, avant de faire l’impasse sur deux millénaires de catholicisme, nous devrions en tirer quelques leçons, d’humilité, d’ouverture à l’autre et de respect de la vie (Faire confiance à la vie, Dieu existe-t-il ?, Hans Küng).

Ce vers quoi Graeber et Tsing me conduisent en ce début 2022 : Tending the WildArts of Living on a Damaged Planet ; Wild Dog Dreaming : Love and ExtinctionL’œil du maître : figures de l’imaginaire colonial québécoisParmi les arbres, essai de vie communeSur la piste animaleL’habitude des ruines; Par-delà nature et culturePrimauté du vivant (à paraître).

Allez ! Bonne année 32 022 tout le monde !

Une version de ce billet a aussi été publiée sur Nous.blogue

  1. Question déjà posée ici, en 2009 : troisième millénaire ou trentième ?  (retour)
  2. Par ailleurs, “Comment l’empire romain s’est effondré” donne sans doute une vision plus juste (et en français !) de la dite chute.  (retour)

empreinte et désirs

Réduire notre empreinte écologique, parce que la planète n’en peut plus. Parce que la planète c’est plus que des champs de maïs, de soya et des pâturages.
Mais pour réduire notre empreinte, il faut commencer par le vouloir ! À moins, bien sûr qu’on compte sur les prochaines crises pour nous forcer la main…
On pourrait commencer par cesser de titiller les désirs de chacun par la publicité. Comme disait Francis Vailles dans Nos cigarettes du XXIe siècle | La Presse :

Permettra-t-on encore longtemps aux constructeurs automobiles, qui font vivre les pétrolières, de vanter les vertus de leurs VUS polluants dans des publicités, les associant à montagnes et forêts, quand on sait les ravages des GES ?

Vous êtes pas tannés de voir des publicités de VUS quatre fois l’heure interrompre les bulletins de nouvelles ? Ou même les émissions consacrées à l’état déplorable de la planète ? Et si on commençait par interdire ces publicités insensées !

Ce ne sont pas que les automobiles qui pèsent dans notre bilan environnemental. Tous ces objets qui « coutent moins cher à remplacer qu’à réparer »… Hubert Guillaud, dans son Sans transition : de nos vies avec et dans les machines du quotidien | InternetActu.net :

[C’est] à partir des années 1990 que la délocalisation achève la réparabilité : désormais, remplacer un produit est moins cher que le réparer. (…)
Les appareils se dupliquent plutôt qu’ils ne s’économisent… Nous démultiplions chez nous les écrans comme nos machines à café. Nous démultiplions l’adoption d’appareils sans abandonner les précédents. (…)
Nous nous sommes fondus, identifiés à nos bardas d’objets essentiels et inutiles que la mondialisation et l’industrialisation ont rendus si facilement accessibles à tous. Perclus de confort, nous regardons encore devant nous pour nous demander… : pour combien de temps ?

Et cette pression sur l’environnement ne met pas seulement en danger notre confort. Dans les « zones frontières » du capitalisme, ce sont des cultures millénaires et une connaissance fine des fruits et équilibres de ces milieux de vie qui sont éradiqués pour faire place aux productions industrielles. Grâce à ses recherches sur le terrain étalées sur plus de 20 ans (1980-2004), et son approche à la fois anthropologique, philosophique et politique, Anna Lowenhaupt TSING nous fait vivre les tragédies, les drames et les espoirs de la vie dans les montagnes du Kalimantan du sud, sur l’île de Bornéo, en Indonésie. De Sukarno à Suharto, et son Ordre nouveau, l’Indonésie s’est de plus en plus intégrée au marché global (du contre-plaqué, d’abord, puis aujourd’hui, de la production d’huile de palme…). On a beaucoup entendu parler de la disparition des orang-outans que la culture des palmiers à huile déplace, mais qu’en est-il des populations humaines vivant dans les mêmes forêts ?

« Rendues possibles par la militarisation du tiers-monde en pleine guerre froide et la puissance grandissante des entreprises transnationales, les zones-frontières de ressources se développent là où les entrepreneurs et les militaires sont en mesure de défaire les liens entre la nature et les écologies et modes de subsistance locaux, « libérant » ainsi des ressources naturelles que bureaucrates et généraux offriront comme matière première aux entreprises. »
Cela au détriment des « Dayaks meratus, qui y vivent depuis des temps anciens et dont les moyens de subsistance dépendent des cultures itinérantes et de la cueillette en forêt. »
« La zone-frontière se fait sur le terrain instable entre légalité et illégalité, propriété publique et privée, viol brutal et charisme passionné, collaboration ethnique et hostilité, violence et loi, restauration et extermination. » (Friction, de Anna L. Tsing)

La culture du palmier, pour son huile, est responsable de la destruction des forêts de Bornéo. Voir le site : nopalm.org

Oui, il fallait augmenter la productivité agricole pour soutenir la croissance démographique… mais cette dernière a appelé et soutenu une croissance économique exponentielle. Et puis, jusqu’où pouvons-nous laisser libre cours aux « tendances naturelles » à l’imitation et à la consommation ? Saviez-vous que si les humains se « convertissaient » à une alimentation végétale, on pourrait réduire de 75% les surfaces consacrées au pâturage et à l’agriculture pour nourrir les bêtes ? Même en ne visant pas un régime 100% végétal, tout de suite, on voit qu’il y a de la place à l’amélioration !

Pas que des interdictions et des restrictions

Pour les privilégiés que nous sommes, dans les pays « développés », la transition écologique peut avoir des airs de punition : pas de viande, pas de gros char, pas de voyage en avion…

Mais quand on cessera de voir les forêts comme des arbres à couper et les marais comme des « swamps » à assécher et à construire… pour découvrir ce qui s’y passe vraiment et toutes les espèces vivantes qui habitent ces milieux, on pourra peut-être goûter de nouveaux plaisirs.

Le « progrès » tel que nous le connaissons maintenant n’est pas ou n’était pas inéluctable. Ce progrès s’est fait au détriment d’autres modes de relation au monde. La terre a cessé de nous parler parce que nous avons cessé de l’écouter et d’apprendre d’elle (Comment la terre s’est tue, David Abram). C’est à une mise à jour de nos conceptions des sociétés et cultures préhistoriques que David Graeber et David Wengrow nous convient avec The Dawn of Everything — A New History of Humanity. Le développement de l’agriculture et l’urbanisation des sociétés de chasseurs-cueilleurs ne se sont pas faits simplement, parce que c’était ça le « progrès ».

La relation de symbiose qui existait entre les humains et leurs milieux de vie vient d’être illustrée de surprenante manière par la découverte récente (Grizzly bear DNA maps onto Indigenous language families, Science, 2021.08.13) de la coïncidence géographique entre des groupes linguistiques amérindiens de Colombie-Britannique et des sous-espèces de grizzly. Comme si les deux espèces avaient appris ensemble à se partager un milieu.

Rêver un autre monde

En sortant du cinéma hier soir, pour y voir Dune, de « notre » Denis Villeneuve, j’étais déçu. Une bande sonore tonitruante (cela trahit peut-être mon âge) qui alourdit le discours, des batailles moyenâgeuses (à coups d’épées et de poignards !) et une psychologie à 5 cents de proies et prédateurs… de vengeances et de vendettas. Bon, c’est sûr que le monde imaginé par Frank Herbert en 1965 était stimulant et audacieux par les liens qu’on faisait avec la lutte des Palestiniens (ou autres populations soumises à l’occupation) et aussi avec les drogues psychédéliques.

Mais franchement, on ne peut pas imaginer une autre science-fiction, qui utiliserait les centaines de millions qu’on investit dans de telles superproductions pour imaginer autre chose que les guerres ou les invasions ? Et si on imaginait une culture, un futur qui respecte la nature, qui la soigne et apprend d’elle, comme le font encore certains Dayaks meratus sur l’île de Bornéo… Nos enfants connaissent plus de marques de chars ou d’espadrilles que d’espèces végétales. Dans une société où l’on prend plus souvent l’avion qu’on ne se promène en forêt, comment voulez-vous qu’on sacrifie un peu de son confort pour une nature que l’on ne connait pas ?

Aussi publié sur Nous.blogue

la saga des livres numériques

En septembre dernier j’ai acheté un livre (The Power of Us) au format numérique « Livres », de Apple, à lire avec l’application du même nom. Mais encore une fois, cette version avait la fonction « copier » bloquée… chose que j’ai plus d’une fois remarqué et dénoncé. En plus, cette fois, les notes inclues dans le texte se révélèrent toutes vides ! Je décidai donc de déposer une plainte à l’éditeur.

Le 28 septembre, j’avais réussi à trouver une adresse courriel chez l’éditeur Hachette-USA  où déposer ma plainte :

I have two complaints, after reading a few pages.

First, the Notes included in the text do not have any content. The only thing we see when clicking on it is the repetition of the number. (see the screen grab attached)

And Two : When I highlight a line or a phrase, I can’t copy it ! I can only make a note. But it is a good part of the interest of having a digital copy of a book : to be able to comment and work on extracts and citations. 

I suppose the Amazon version of your book would permit this kind of phrase copying… because I noticed this difference before in other books. 

Can I ask for a reimbursement of my Apple Books copy so I can buy an Amazon copy to be able to work with it ? And Can I Ask You, as publisher, to signal this very annoying difference in the format of the ebooks, that, nonetheless we pay the same price !


Le 21 octobre je recevais comme réponse :

Hello Gilles, 

I am sorry to hear about the difficulty you are experiencing with your Apple version of The Power of Us.  Unfortunately, we are not able to assist with the technical difficulties you are experiencing with Apple. You will need to contact the customer support team at Apple to help resolve your issue or issue a refund.

Thank you,

Nicole C.
Fulfillment Coordinator
Hachette Book Group

À quoi je répliquai, dans la journée, avec CC à applebooks.apple.com :

This is really annoying. I thought the publisher would care to know his books were not as useful and correctly rendered in one of the ebook standards where they are published. 

I am sending this reply to AppleBooks, but I suspect they will simply say that it was the choice (or the error) of the publisher ! Because it is not the Book app that does not permit the copying of a phrase. I have read lots of Books from other publishers in this format that don’t block this function. 

Thanks for the reply, anyway. 

Gilles Beauchamp

À quoi, Nicole C. (de Hachette Books) me répondait quelques 30 minutes plus tard :

I apologize, Gilles. I understood it to be an Apple specific issue only. I am sending this along to our team that handles ebook files to ask them to review. 

Entre temps j’avais déposé deux « questions » sur les forums d’usagers de Apple, en français et en anglais.:

Copier un mot ou une phrase dans l’application Livres

Il m’est arrivé d’acheter un livre au format Livres où je peux souligner des mots, une phrase, mais ne peut la copier (la fonction « copie » n’est pas activée). Ce que je trouve très ennuyeux car je travaille avec ces livres et je veux en citer des extraits… J’ai trouvé cela tellement ennuyeux que j’ai dû acheter le même livre chez Amazon, et là la fonction « copier » n’était pas bloquée.

Comment expliquer cela ? Est-ce l’éditeur qui décide de bloquer cette fonction ? Est-ce Apple qui ne permet pas la copie (d’un mot, une phrase – pas du livre en entier ? J’ai écrit à l’éditeur (Hachette) la dernière fois que cela m’est arrivé, et on m’a répondu qu’il fallait m’adresser au responsable de l’application, soit Apple.

Devrais-je éliminer tout achat d’un livre dans le format Livres à l’avenir ? Pourtant je peux lire certaines publications avec l’application Livres de Apple sans que la fonction « copier » soit bloquée. Il faudrait au moins que cette limitation soit apparente avant l’achat !

Merci,

Un lecteur frustré de devoir toujours acheter ses livres chez Amazon !!
Quelques 245 titres sur les 1450 livres de ma bibliothèque sont numériques.

Copying a phrase in Books

Some books I bought in Apple Books format can’t be copied (the function « copy » is greyed), but for the SAME BOOK bought in Amazon, the copy function is operating.

I know because I bought two versions of a book a few times : when I want to work with a book, it is pretty annoying not to be able to copy a citation.

The last time I bought a book in Apple’s format that blocked the copy, I contacted the publisher: it was Hachette. They finally answer my complaint: it is the app’s fault !

But it is not all the Books read in the Apple’s app that have this limitation, so…

And why a publisher would decide to limit an Apple version of his book and not limit it in the Amazon version ?

At first I thought it was a gimmick from Amazon… I am, finally, buying most of my books in Amazon’s format because of the limitation of the Apple’s format.

Or… is it another kind of limitation : a kind of counter limiting the proportion of copy you can make in Amazon’s books (I was told) that doesn’t exist in Apple’s format… and the publisher would block the copy function to prevent too much copying ? Is it ?

please can somebody enlighten me ?

Gilles

Finalement, comme je le disais en fin de l’évaluation de la transaction avec Apple — qui fut très réactive dans sa réponse : moins de 24 heure :

« j’ai été remboursé pour un livre, OK. Mais le fait que le livre au format Apple (Livres app) soit moins utile et convivial (la copie du texte interdite) que le format Kindle reste inexpliqué et ennuyeux : je suis obligé d’aller vers UN SEUL FOURNISSEUR : AMAZON. « 

En conclusion de cette histoire : j’ai été remboursé (rapidement) par Apple mais, après avoir acheté une copie Kindle du même titre, j’ai pu constater (encore une fois) que la fonction « copier » n’y est pas bloquée.

Pourquoi donc ? J’espère qu’un utilisateur sur les forums d’Apple pourra me répondre… Ou le service technique de Hachette ? Qui sait, d’ici Noël je recevrai peut-être une réponse ?

préoccupations pré-post-électorales

Je suis préoccupé par la polarisation des opinions dans le cadre de la prochaine élection municipale. Une polarisation d’autant facilitée que l’élection ne mobilise  qu’une minorité de la population en terme d’intérêt et de participation.

Préoccupé parce que les grands enjeux qui traversent et déchirent le territoire ne sont pas entre les mains de nos élus municipaux. Ce sont des initiatives qui appartiennent à d’autres niveaux de gouvernement quand ce ne sont pas  simplement des entités privées qui décident d’investir des centaines de millions pour construire des tours d’habitation ou encore des milliards, à même nos épargnes collectives, pour s’assurer d’une rendement financier à long terme sans égard à la planification de nos transports collectifs.

Si les enjeux qui vont façonner l’aménagement urbain des prochaines décennies sont entre les mains du gouvernement provincial alors il faudrait que… nous développions des alliances avec les autres centres urbains québécois qui pourrait avoir des intérêts similaires aux nôtres. De telle manière, que nous puissions faire valoir ces intérêts d’une manière coordonnées et même majoritaire lors de prochaines élections provinciales.

Nos valeurs

Nos élus reflètent nos valeurs, nos choix, nos limites.

Parfois, dans des circonstances extraordinaires, ils peuvent nous surprendre et montrer la voie, défendre des principes ou nous tirer vers une vision généreuse ou progressiste de l’avenir. 

Mais de manière générale, en démocratie, les tensions et contradictions entre groupes, classes, régions empêchent que des changements importants soient accomplis rapidement. 

Sauf quand le désir de changement s’est construit lentement, comme un ressort qui se tend. Je pense à la période de « révolution tranquille » où des changements rapides et importants ont pu se produire et transformer profondément la société et ses institutions. Cette période a été possible parce qu’un grand retard avait été accumulé sur la « modernité » et que le changement apparaissait nécessaire au plus grand nombre. De plus, les axes et pistes à suivre étaient assez clairs : il fallait rejoindre les rangs des sociétés modernes. 

C’est bien d’avoir des leaders qui savent rassembler et rassurer dans des périodes de crise où le danger est imminent. C’est plus difficile de rassembler quand il ne s’agit plus de rester chez soi et d’attendre son chèque mais de décider si on construira une autoroute ou un parc; si on doit vendre le patrimoine pour abaisser les taxes ou réduire les écarts de richesse et construire des villes et villages sains. 

Il nous faut construire, pierre à pierre, un nouveau consensus porteur de nouvelles valeurs, de nouvelles pratiques sociales de protection, d’éducation et de solidarité. Dénoncer les extravagances et le gaspillage qui sont encore la marque de la réussite dans nos sociétés. Promouvoir la sobriété, le « care » et le soin dans nos quartiers, nos villages, nos régions. 

Nos moyens, nos stratégies

La pandémie et la longue période de confinement (dans nos maisons, dans nos frontières) nous ont permis de redécouvrir nos parcs, nos régions : à quel point ces coins de pays et bouts de nature urbaine sont précieux et pas assez nombreux. On a pris conscience de la place extravagante prise par l’automobile dans nos villes. De l’importance des parcs régionaux, des équipements nécessaires pour accueillir et faire connaitre ce beau et grand pays à nos propres concitoyens. 

Au parc Bellerive, alors que la distanciation était encore de mise…

Le fait de ne plus pouvoir aller passer une semaine dans le sud, tous frais compris, l’avion itou, pour le prix de quelques jours dans une auberge d’ici… ça nous a fait redécouvrir nos régions. Et comme il serait souhaitable que l’utilisation de l’avion ne soit plus aussi accessible que le taxi… on peut souhaiter que les québécois prennent le goût des vacances chez eux, et que les ressources d’hébergement et de loisirs se développent en conséquence. 

Les associations de mise en valeur de la nature, du patrimoine, de l’histoire, des territoires sont nombreuses et essentielles. Il faut les encourager.

Nos villes et villages doivent être mieux financées pour remplir leur mandat de gouvernements de proximité. 

Faire du logement autre chose qu’un capital : un enracinement dans une communauté, dans un territoire. 

  • Le « cash » ne devrait pas être le principal vecteur, le premier principe d’organisation et de planification urbaine… 
  • Une taxation municipale qui ne porterait pas que sur le foncier mais bien sur tout le capital des contribuables (y compris les avoirs financiers qui constituent la plus grande part des avoirs des + riches)
  • Qu’est-ce qui fait d’un ensemble de logements un milieu de vie, une communauté ? Des entreprises, des institutions, des services, des ressources. Nous devons donner aux OBNL en logement les moyens de faire du développement autonome. 

Il est inacceptable que les projets stratégiques pour le développement de la région passent par-dessus toutes les agences de planification et processus de consultation habituels et nécessaires (REM, tunnels, autoroutes, échangeurs…).

  • Comment contrer ces manœuvres d’un gouvernement provincial qui représente très mal la métropole ?
  • En développant une stratégie alternative métropolitaine : la Ville et ses banlieue, dans une vision polycentrée de l’avenir… Que pourrait-on faire, à Montréal ou à Québec, avec 10 G$ en matière de transport non seulement vers le centre mais aussi entre les pôles des couronnes urbaines? 
  • En développant les liens entre métropole-capitale-régions. La période de pandémie et la restriction des voyages hors frontières ont permis de valoriser, faire redécouvrir les régions québécoises… mais sans que celles-ci aient les moyens d’accueillir ce supplément de visiteurs. Un financement qui ne soit pas basé uniquement sur le foncier donnera aux capitales régionales un nouvel élan. 

Twitter + RSS

Suivre différents fils d’actualités

Je n’étais pas stimulé ce matin par la lecture du fil Twitter, après avoir lu mon quotidien et jeté un oeil sur les dernières parutions de mes quelques 300 amis FaceBook. Peut-être devrais-je prendre l’habitude de suivre l’ordre chronologique de publication, plutôt que de laisser l’algorithme de Twitter me suggérer « ce qui m’intéressera le plus ».

Mais cela m’aura donné l’occasion de renouer avec mes abonnements RSS, suivis grâce à un agrégateur (NetNewsWire sur Mac ou iPad ou encore Feedly sous Windows). Quelques 2500 publications accumulées depuis ma dernière visite ! Ou plutôt non lues encore, car elles resteront « non-lues » tant que je n’aurai pas décidé de les lire ou de les considérer telles.

J’ai ainsi eu le bonheur de lire quelques pages de carnets qui ne sont pas accessibles autrement : ni sur FaceBook ni sur Twitter. Je pense aux Carnets de La-Grange, publiés depuis… mars 2000 ! Quel style ! À chaque billet (presque quotidien) une image originale, issue des pérégrinations de l’auteur dans les rues de Tokyo; une courte citation d’un livre lu actuellement; quelques phrases aux accents poétiques ou philosophique; en plus de quelques notes plus techniques, reliées à ses intérêts scientifiques ou professionnels.

Jean-Christophe Courte continue d’animer son Urban Bike, qui se compose plus souvent, maintenant, de courts billets reprenant, archivant les gazouillis de l’auteur, que je suis par ailleurs sur Twitter. Mais de visiter son carnet m’a donné une meilleure vision de son parcours récent et un rappel de son esthétique bien à lui !

J’ai eu aussi beaucoup de plaisir à lire les dernières productions de Hubert Guillaud, sur InternetActu. Dé-monopoliser l’internet par l’interopérabilité; Sans transition : de nos vies avec et dans les machines du quotidien; Pour un féminisme des données; Application de suivi de contact : quel bilan ?… Quel souffle ! Des présentations détaillées et fouillées sur des questions pertinentes.

J’ai été surpris de ne pas avoir remarqué les annonces de ces billets de InternetActu dans Twitter ni dans Facebook. Il faut croire que mes interactions avec ces sources (« like » et partages) n’ont pas été suffisamment intenses pour que les algorithmes me les proposent ! J’ai tenté de remédier à la chose en « likant » les articles les plus appréciés, sur les pages InternetActu dans les deux environnements. Je verrai si cela fait évoluer l’algorithme…

Ma petite escapade hors des sentiers habituels, avec les bons vieux fils RSS m’aura permis d’échapper quelques heures à la cohue préélectorale ! Il me faut cependant y retourner car demain je participe au webinaire « Entre deux votes, faudrait faire quelque chose » !

politique municipale

Notes en marge de Sauver la ville, de Daniel Sanger

Les municipalités et villes sont des « créations des gouvernements provinciaux ». La Cour suprême du Canada vient de le réaffirmer en refusant d’invalider la décision, pour le moins maladroite et grossière, du gouvernement Ford de réduire drastiquement le nombre d’élus au conseil municipal de Toronto, cela en pleine campagne électorale en 2018 ! Un geste qui avait toutes les allures d’une revanche de la part d’un ancien élu municipal devenu premier ministre.

Les municipalités du Québec ont aussi connu leur lot de brassage des cartes quand il y eut les vagues de fusions, imposées par un gouvernement du Parti Québécois — ce qui, pour la Ville de Montréal permettait, enfin, d’unifier un patchwork de petite municipalités indépendantes sur l’île. L’initiative de Jean Charest, prise dans le feu de la campagne électorale de 2003, de promettre la possibilité de se défusionner, à la surprise1 du Parti Libéral et des maires des anciennes villes de l’ouest de l’île qui s’étaient faits à l’idée et avaient trouvé leur place dans la nouvelle Grande ville… montre bien que la planification et la rationalité ne sont pas toujours présentes dans ces décisions qui structurent (ou déstructurent) nos gouvernements de proximité.

par Daniel Sanger

La lecture, que j’ai trouvée passionnante, de cette chronique relatant la montée vers le pouvoir d’un nouveau parti politique montréalais, Projet Montréal, donne à penser sur la nature même de l’engagement et des affiliations politiques au niveau municipal. Le nombre de transfuges, la facilité avec laquelle de nouveaux partis sont créés à la veille d’une élection… la facilité, relative, avec laquelle on tente ou prévoit fusionner ces partis, derrière des portes closes… cela donne vraiment l’impression que les partis sont, pour certains, d’abord des véhicules pour l’atteinte d’objectifs personnels : prendre et conserver le pouvoir, obtenir une place au conseil exécutif… avec les émoluments qui s’y rattachent. C’est vrai que le « parti », à l’échelle municipale, se résume souvent à un rassemblement autour d’un maire potentiel, autour d’une marque, d’un slogan, d’une image. Et même, parfois, ce rassemblement trouve sa force principale dans le fait d’être « contre », de vouloir simplement déloger l’équipe en place. L’étude des politiques, la base militante et le membership sont alors de peu d’importance.

On pourrait dire la même chose de partis politique provinciaux ou fédéraux… La personnalité du chef et quelques slogans tiennent parfois lieu de programme lorsque la conjoncture s’y prête. Mais tous les partis n’ont pas cette même évanescence ou la même centration autour de la figure du « chef ». Les partis de gauche ou sociaux-démocrates ont sans doute une meilleure tradition de démocratie intérieure, avec des instances locales et régionales dynamiques favorisant la discussion et la réflexion. Mais les grands cultes de la personnalité à la Staline ou Mao viennent infirmer cette perception. Et la militance de droite, en particulier depuis l’antagonisation de la vie politique américaine, me semble bien vivante.

L’obligation devant laquelle nous nous trouvons, collectivement, de changer de régime, de « paradigme« , devant les dangers et catastrophes qui s’annoncent devrait-elle favoriser l’ancrage des pratiques politiques dans des structures plus démocratiques et ouvertes ? C’est ce que je me dis parfois : il faudra plus que des fonctionnaires compétents et des élus allumés pour amener les gens, avec leurs familles et leurs entreprises, à effectuer un virage, un changement relativement radical dans leur manière de vivre, de travailler, de consommer, de se déplacer. Pourtant on a parfois l’impression que la base militante d’un parti devient une nuisance lorsqu’il s’agit de gérer l’appareil gouvernemental : il est plus facile de se replier sur un exécutif serré pour agir d’une main ferme et ordonnée. Les débats et tendances contradictoires peuvent devenir paralysants lorsque les questions sont complexes et les intérêts multiples.

Cette complicité entre élus et membres (et sympathisants) d’un parti est non seulement importante pour porter et développer le programme du parti, mais aussi pour influencer les autres instances, dimensions de l’action citoyenne : pour que Montréal soit branchée sur la province, sur le pays. Pour que tous les Québécois se sentent Montréalais. Et vice-versa.

À la fin de son livre Brève histoire de la gauche politique au Québec, qui comprenait une description assez détaillée de la naissance et des premières victoires électorales de Québec Solidaire, François Saillant se questionnait :

« Plusieurs dizaines de personnes s’activent désormais à sa permanence et auprès de son aile parlementaire. Une partie d’entre elles peut se consacrer à temps plein au travail du parti, ce que peu de membres ont la possibilité de faire. (…) Comment est-il possible, dans une telle situation, de faire en sorte que les membres conservent le plein contrôle de leur parti et que leur contribution lui demeure essentielle? »

Jonathan Durand Folco, dans le dernier numéro de la revue Relations,2 critique l’orientation sociale-libérale de Projet Montréal, qu’il définit comme combiner des mesures sociales et écologiques à une politique économique relativement orthodoxe capable de s’accommoder du statu quo néolibéral. Mais face au possible retour de Denis Coderre, il est préférable, dit-il, d’appuyer Projet Montréal et Valérie Plante, afin d’avoir une « administration plus ouverte aux idées progressistes, avec laquelle il sera plus facile de dialoguer et la convaincre de réaliser des changements plus radicaux… à condition bien sûr qu’il y ait des forces sociales pour la pousser à bousculer le statu quo. »

Ces fameuses forces sociales sans lesquelles aucun parti, aucun gouvernement ne peut faire autre chose que de gérer le stock de chaises (et la playlist) sur le pont du Titanic. C’est une autre manière de nouer, soigner les relations entre société civile et société politique qu’il nous faut, et vite !

Valérie Plante nous a prouvé qu’elle savait être « L’homme de la situation » au cours de son premier mandat. Saura-t-elle être « La femme de la situation » dont nous avons un urgent besoin ?

  1. Sauver Montréal, p. 67  (retour)
  2. Article repris pour l’essentiel dans Le Devoir du 5 octobre  (retour)

Quelle ville, demain ?

Je souhaiterais discuter avec quelques lecteurs intéressés les enjeux soulevés par le prochain plan d’urbanisme de Montréal. À cette fin, et pour plus de facilité de consultation, j’ai réuni ici des liens vers les principaux documents déjà publiés . J’ai aussi rassemblé ces documents dans un « Bloc-notes » de l’application (gratuite) OneNote de Microsoft. Pour ceux et celles qui seraient intéressés d’expérimenter ce mode de discussion et de travail, et qui ont déjà installé cette application, je pourrais vous transmettre le lien vers ce Bloc-Note. Il vous suffit de me communiquer votre intérêt (gilles.beauchamp[at]gmail.com).

Vers le Plan d’urbanisme et de mobilité 2050

Le processus de préparation du prochain plan d’urbanisme de la Ville de Montréal est déjà enclenché depuis 2019, avec des diagnostics en matière de mobilité, des groupes de discussion citoyens… Voir : Créer ensemble le prochain plan…

La ville déposait en juin dernier sa vision : Projet de ville (73 pages). Aperçu des propositions (19 pages)


Les travaux préparatoires à la rédaction de ce Projet de ville ont été nombreux et ont donné lieu à plusieurs rapports

Contexte régional 

L’actuel plan d’urbanisme de la Ville de Montréal fut adopté en 2004. Depuis cette date un Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) du Grand Montréal (221 pages) — résumé dynamique — fut adopté en décembre 2011, dont on faisait le bilan en mars 2021 après 10 ans d’application : SUIVI DU PMAD (90 pages). De plus, un Schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération de Montréal (218 pages) était adopté en 2015. 

La ville de Montréal doit concerter, articuler son propre développement aux autres municipalités reconstituées de l’Île de Montréal, ce qui constitue l’Agglomération de Montréal qui est administrée par le Conseil d’agglomération.

L’agglomération est elle-même partie de la Communauté métropolitaine de Montréal, la CMM. Quelques 82 municipalités, une douzaines de MRC composent les 5 secteurs géographiques dans la CMM. 

Déjà quelques questions :

  • 2050, n’est-ce pas un peu loin, quand on dit que les dix prochaines années seront déterminantes d’un point de vue climatique ?
  • Les plans d’aménagement régionaux déjà adoptés (CMM, 2015, Agglo. 2011) sont-ils contraignants pour le plan montréalais ou s’ils peuvent être amendés, ajustés en fonction d’une conjoncture qui évolue vite ?
  • La dynamique du développement régional ne se limite pas à la CMM. Le développement à la périphérie est grand, comme le soulignait cette Note de l’Observatoire Grand Montréal : Le phénomène de l’urbanisation périmétropolitaine en progression au pourtour du Grand Montréal. Comment intégrer cette 3e couronne aux plans de développement métropolitain s’il n’y a pas d’instance formelle ?
  • Et comment la planification montréalaise s’inscrit-elle dans le processus visant l’élaboration d’une stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires lancé par le gouvernement du Québec ?
  • Une autre question « stratégique » : comment des initiatives telles le REM s’insèrent-elles dans les plans d’urbanismes de Montréal, de l’agglomération et de la CMM ?

changer de paradigme

« Oui à l’environnement mais pas au détriment de l’emploi »

Ainsi parlait M. Legault, notre mononcle en chef, le 12 août dernier. C’est ce qu’ont dit les gouvernements depuis qu’existe un ministère de l’environnement ! Ce qui fait dire à certains que le ministère des Forêts du Québec défend d’abord les compagnies forestières plutôt que l’intérêt public québécois. 

« Pour atteindre sa cible de préserver 17 % du territoire en 2020, Québec a créé 34 nouvelles aires protégées, situées majoritairement dans le nord de la province, où les forêts n’ont pas tellement de valeur commerciale. » 

Ces aires protégées ne représentent nullement la diversité des milieux forestiers du pays, comme la convention internationale signée par le Québec  l’enjoignait de faire. Seulement « 1% du territoire protégé se trouve au sud du 49e parallèle. » comme le souligne Richard Desjardins : 17% d’aires protégées… Ah oui?. (Voir aussi Régime forestier: le Québec se fait passer un sapin! et les interventions de Action boréale)

Les vieilles forêts sont des écosystèmes beaucoup plus complexes que ce que les ingénieurs du ministère mesurent : 

« Parmi les 28 000 espèces vivantes interconnectées qui constituent une forêt, ils en ont étudié cinq ou six : des arbres « commerciaux ». Puis ils ont appris à modéliser leur abattage dans une dévastation mécanique de l’entourage. » (Idem)

Affirmer que l’économie ne doit pas être freinée par les considérations écologiques, c’est une belle illustration de la philosophie économiste qui nous a conduit à la crise environnementale actuelle. Oui, c’est vrai qu’il faut continuer de favoriser le développement économique mais d’une nouvelle façon. 

Il faut changer de paradigme.

Des citoyens envisagent un recours collectif contre le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Nous n’en sommes pas encore à nous enchaîner collectivement sur les chemins forestiers, comme le font les militants écologistes et autochtones à Fairy Creek, sur l’île de Vancouver ! 

Parler de changer de paradigme, c’est dire qu’il faut changer notre conception du développement, notre manière de mesurer le progrès, notre manière de tenir compte des effets de l’action humaine sur l’environnement, sur l’avenir. 

Changer de paradigme c’est protéger les vieilles forêts tout comme les fonds marins parce que ces milieux vivants abritent et nourrissent des multitudes d’espèces. Il faudra des dizaines, voire des centaines d’années à un fonds marin dévasté par le raclage actuel pour se rétablir. On commence à peine à mesurer l’importance des « arbres-mères » dans les forêts matures, de même que les relations de commensalisme qui s’établissent, non seulement entre un arbre-mère et ses rejetons mais aussi entre espèces : les travaux de Suzanne Simard sont éloquents.

Changer de paradigme c’est abandonner celui qui a présidé à la Grande accélération. Le changement peut être difficile : il semble, en effet, plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ! Pourtant même les banquiers et assureurs commencent à reconnaître que les gouvernements devront reprendre le contrôle des économies, qu’ils avaient délaissé pour laisser libre cours à la dite Grande accélération. Il faudra se faire à l’idée de plus de contrôles, plus de taxes et de règlements… (A climate plan for a world in flames, Financial Times; Values, de Mark Carney)

Ce qui implique de la part de nos politiciens qu’ils recommencent à prendre leur rôle au sérieux. Il faut cesser d’élire des clowns ou des entrepreneurs sur le retour. Mais surtout il faut cesser d’attendre des sauveurs. Oui, les élus de demain devront oser reprendre du pouvoir pour orienter l’économie… mais ils ne feront pas cela simplement parce qu’ils ont reçu l’onction sainte de l’élection mais bien parce qu’ils sauront tisser des liens, mobiliser les communautés et leurs organisations dans la construction de ce nouveau paradigme. 

Mais c’est peut-être aux réseaux communautaires de les amener à un tel changement. Eux-mêmes, ces réseaux doivent tisser des liens et combattre l’action en silo. (The Social Sector Needs a Meta Movement)

Canal Lachine et vue sur Griffintown et centre de Montréal (© Gilles Beauchamp)

Changer de paradigme en ville… ça pourrait vouloir dire d’appliquer un principe de précaution ou de préservation des rares espaces naturels encore présents sur le territoire municipal montréalais 

  • Plutôt que de laisser détruire des friches vieilles de 50 ans (coin Marseille et Assomption), au nom de la sacrosainte propriété privée, alors que des terrains de stationnement à peine utilisés existaient à côté… 
  • Plutôt que de laisser asphalter la moitié d’un espace vert (le golf d’Anjou), qui pourrait faire parti d’un futur grand parc de l’Est, alors que des espaces industriels à redéployer existent juste à côté — mais ils ne sont pas dans le même arrondissement, ou de la même municipalité et ces dernières sont en compétition pour les projets de développement… 
  • Plutôt que de laisser disparaitre des aires de diversité biologique extraordinaires… (le Technoparc)  parce que cet espace a été « tagué » industriel il y a 40 ans.

Incidemment il est grand temps que la Ville se dote d’un nouveau plan d’aménagement car le dernier date d’une époque où les sensibilités et les urgences n’étaient pas ce qu’elles sont. À coup de « PPU », de projets particuliers d’urbanisme, on laisse s’implanter des mégastructures (ensembles de tours — genre Griffintown; ou pylônes de béton — genre REM) sans avoir un cadre général adapté aux objectifs critiques et urgents de la transition écologique pour décider et orienter ces PPU. 

Il est inconcevable que la structuration du transport collectif régional pour le prochain siècle soit laissée entre les mains d’un financier privé (CDPQ Infra) sans inscrire cette intervention lourde dans la planification collective des transports. Quand on dit qu’il faut prendre son rôle politique au sérieux, c’est aussi ça : respecter les autres instances politiques et niveaux de représentation et d’expression de l’intérêt public. 

Billet publié d’abord sur Nous.blogue

voyager avec Grescoe

Je termine la lecture de Straphanger, de Taras Grescoe. Tout un voyage ! Treize villes visitées, dont onze en présentant l’histoire du développement de leur système de transport en commun, en relation avec les enjeux politiques, technologiques et environnementaux soulevés : étalement urbain favorisé ou non; coeurs des villes dynamisés… 

Grescoe est un auteur canadien né à Toronto, ayant vécu à Vancouver et qui s’est installé à Montréal depuis… 20-25 ans ? Il en est à son 7e livre, avec Possess the air, paru en 2019, qui raconte de manière romancée la bataille pour le coeur des Romains et contre la Rome de Mussolini. Son 6e livre était aussi un essai romancé, racontant la ville de Shanghai durant les années 30. Je dis « romancé » mais ce n’est sans doute pas le mot juste pour dire de tels ouvrages appuyés sur d’amples recherches historiques et un grand travail terrain qui lui ont valu plusieurs prix dans la catégorie « non-fiction » utilisée dans le monde anglophone. Il se méritait d’ailleurs récemment (novembre 2020) le prix Mavis Galant pour le meilleur livre de non-fiction (essai) accordé par la Quebec Writers Federation. 

Ses livres racontent ses voyages, pour décrire le Québec (Sacré Blues), ou parler des nouveaux circuits touristiques (The End of Elsewhere: Travels Among the Tourists —  traduit chez VLB en Un voyage parmi les touristes) ou d’une tournée des produits interdits en racontant l’histoire des prohibitions (The Devil’s Picnic: Around the World in Pursuit of Forbidden Fruit — chez VLB : Le pique-nique du diable ) ou encore en racontant et goûtant les produits de la mer et les conditions de vie des pêcheurs qui subissent les contrecoups de la destruction rapide des ressources halieutiques (Bottomfeeder – How to eat ethically in a world of vanishing seafood — chez VLB : Notre mer nourricière). 

Straphanger, publié en 2012 chez HarperCollins, ne semble pas avoir été traduit malheureusement. Chaque ville visitée lui permet d’argumenter l’importance des choix structurels en matière de transport collectifs urbains en regard des effets qu’ils ont, ou pas, sur la qualité du vivre en ville ou en terme de freinage de l’étalement urbain : New York, Moscou, Paris, Copenhague, Tokyo, Bogotá, Phoenix, Portland, Vancouver, Toronto et Philadelphie. Bientôt dix ans depuis sa publication j’en terminais la lecture en me demandant ce que ce montréalais pouvait penser de cette intervention structurante (ou déstructurante) de la Caisse de dépôt avec son REM ? S’il exprime à plusieurs reprises de bons mots pour les formules « sans conducteurs » telle le Skytrain de Vancouver, par ailleurs l’importance de bien intégrer régionalement de telles interventions majeures, qui est une condition de réussite soulignée à plusieurs reprises dans son livre, n’est pas vraiment présente dans l’approche déployée par le REM. 

Et puis, comme les multiples exemples de son livre le montrent, il n’y a pas une seule formule gagnante : métro, train, tramway… SRB… l’important est l’articulation et la hiérarchisation (les formules légères alimentant les formes plus lourdes) et la fréquence-régularité-prévisibilité. Il n’y a aucune loi d’airin qui dit qu’il faut utiliser la forme la plus coûteuse (après le métro) pour desservir la banlieue est de Montréal. Ni celle de l’ouest d’ailleurs, mais là il est un peu tard. Pourquoi pas un tramway ? Ce serait bien un tramway, surtout qu’avec un peu de programmation intelligente des feux de circulation on pourrait assurer un débit élevé, sans pour autant gâcher l’environnement et créer des enclaves regrettables

Je suis un peu surpris de ne découvrir que maintenant les livres de cet auteur. Bon, les traductions françaises sont pratiquement toutes épuisées, sauf celle de son avant-dernier livre : Shanghai la magnifique, publié aux éditions Noir sur Blanc. Ça me donnera l’occasion de fouiner un peu chez les bouquinistes ! Un bon point cependant : le paquet de 3 de ses livres en langue originale en format numérique (The Devil’s Picnic, Bottomfeeder et Straphanger) se vend 14$ seulement (sur Amazon.ca) !