humilité et ouverture

Les humains, homo sapiens, sont une espèce exceptionnelle, aux capacités uniques. Oui, c’est vrai. Comme cela l’est aussi pour beaucoup d’autres espèces vivantes qui ont aussi des capacités exceptionnelles et uniques.

Il en aura fallu du temps pour que nous reconnaissions l’intelligence et la sensibilité des autres animaux. Pour reconnaitre que les grands prédateurs sont nécessaires à l’équilibre des écosystèmes. Pour comprendre que nous ne pouvons faire comme si les humains peuvent seuls occuper toute cette planète, sans se préoccuper des autres espèces… autrement que pour les mettre en cage dans des zoos ou des enclos.

Nous ne sommes pas les seuls animaux à avoir des principes, une morale ! (Voir Wild Justice)

Le dernier rapport de l’ONU nous annonce que les espèces disparaissent par million… que les écosystèmes marins sont au bord de l’effondrement…

Donc il nous faudra non seulement abandonner nos moteurs à combustion, réduire ou cesser notre consommation de viandes mais aussi devrions nous cesser de manger du poisson (Stop eating fish. It’s the only way to save the life in our seas) !

We all should be deeply concerned, perhaps even terrified, by what we have done and continue to do to our planet.

51myKocjhtLLa planète est résiliente, et pourtant elle a des limites que nous sommes allègrement en train de dépasser. Il faut réensauvager nos forêts, nos berges, nos fonds marins… et nos coeurs, dit Marc Bekoff, dans Rewilding our hearts. Parce que nous ne pourrons changer aussi radicalement qu’il le faut nos façons de vivre si nous ne changeons pas notre façon de voir le monde, si nous n’apprenons pas à partager ce monde avec d’autres espèces. Partager ce monde signifie en prendre soin, réparer ce que nous avons brisé. Voir le monde à partir d’un autre point de vue, d’autres intérêts que les nôtres.

Depuis 1950 la population humaine a triplé, passant de 2,5 milliards à plus de 7,6 milliards en 2019. À la fois cause et conséquence de la « révolution verte » : il fallait révolutionner les méthodes d’agriculture et intensifier la production de nourriture pour éviter la famine à ces milliards de bouches supplémentaires… et ces bouches, ayant survécu, se sont multipliées. Selon le site des Nations unies, la population mondiale devrait atteindre 9,8 milliards d’ici 2050. C’est dire qu’elle aurait quadruplé en un siècle.

[Compte à rebours, par Alan Weisman] Pourquoi le problème de la surpopulation n’est-il9782081240827_medium pas sur toutes les lèvres, n’a-t-il pas été partie intégrante des déclarations internationales sur l’environnement ? Pourquoi ce problème est-il devenu tabou ? D’après Weisman, l’Église catholique (et autres groupes chrétiens fondamentalistes) n’est pas étrangère au retrait de cette question de l’agenda de rencontres internationales : parler de contrôle des naissances c’est soulever la question de l’avortement… Mais aussi un discours féministe s’élève contre la mise de l’avant de la surpopulation de crainte de faire retomber sur les femmes la responsabilité du nombre d’enfants qu’elles mettent au monde.

C’est par l’éducation et, par là, une participation sociale et professionnelle des femmes plus grande que la réduction du nombre d’enfants par famille passe le mieux. L’exemple des femmes iraniennes est probant, en ce que le pays est passé d’une politique nataliste à une croissance presque neutre en quelques années seulement, grâce au haut niveau de formation et de participation sociale des femmes. Mais l’éducation ça ne se distribue pas comme une boîte de condoms. Il faut des années, des décennies pour construire les systèmes d’éducation et avoir un impact social mesurable.

À défaut de pouvoir élever rapidement, magiquement le niveau d’éducation des femmes dans les pays où le taux de croissance est supérieur à la capacité portante de l’environnement… il faudrait au moins reconnaître à toutes le droit à un accès libre et gratuit aux moyens de contraception. Une telle revendication devrait être soutenue par toutes les communautés (et cultures) religieuses responsables. Cela devrait être une condition pour que l’État reconnaisse à ces religions quelque privilège fiscal que ce soit.

Une plus grande participation sociale des femmes, libérées du fardeau de familles trop nombreuses, pourrait aider l’humanité à développer un sens du « care » pour la nature, pour les autres espèces. Il y a quelque chose de religieux dans l’émerveillement et l’humilité que nous devons retrouver pour ce qui est plus grand, plus complexe que l’humanité elle-même. En ce sens, même si nous devons confronter les croyances religieuses pour imposer le respect de certaines règles, de certains droits, nous ne devons pas antagoniser inutilement les relations. Nous avons à redéfinir ensemble le sacré, ce qui doit être protégé, respecté, chéri par tous.

société civile, espace public et… champignons

« La solution n’est pas d’inventer une nouvelle institution alors que les institutions se sont vidées depuis longtemps faute de société civile active »

Bruno Latour

Cette affirmation de Latour, dans le cadre d’une entrevue du magazine Reporterre, aura été l’impétusqu’il me fallait pour commencer ce billet. Cette affirmation et quelques autres du même genre : « [L]ʼÉtat aujourd’hui est totalement incapable d’anticiper ce quʼil faut faire pour passer du système de production visant le développement à lʼinfini, à un système qui suppose de pouvoir durer sur un territoire viable. » Ou celle-ci, encore plus forte : « [S]avoir si l’on va pouvoir se servir de la crise pour que la société civile s’empare de la situation et plus tard parvienne à «recharger»l’État avec ses nouvelles tâches et de nouvelles pratiques ».

Le phénomène des gilets jaunes en France est le prétexte de l’entrevue, fil jaune qui oriente les questions de l’interviewer alors que les réponses de Latour débordent largement ce phénomène pour poser la question de l’atterrissage de l’humanité, le retour sur terre des humains qui s’étaient envolés grâce à un mode de production insoutenable. (Voir Où atterrir ?) C’est moins à Mai 68 qu’il faut comparer les gilets jaunes qu’aux « cahiers de doléances » du mois d’août 1789. Les protestataires d’aujourd’hui devraient s’inspirer de ces cahiers, dit-il, (voir en annexe de l’article  les cahiers de Niort et de Travers), pour formuler des revendications qui soient moins générales que « faisons payer les riches » et une position qui soit moins attentiste à l’endroit de l’État.

J’ai aussi ce sentiment, devant l’urgence et l’ampleur de la Transition nécessaire, que la solution ne peut venir d’en haut. Non pas qu’il ne faudra pas en venir à un plan, à des programmes établis et financés… mais parce que ce plan exigera de chacun de tels engagements et changements qu’il serait contreproductif de vouloir les imposer du dehors ou d’en haut. Il faudra que ces changements viennent du dedans. Ou des voisins, des pairs… de là l’importance de cette société civile, et des organisations de la société civile (OSC). Comme disait Latour :

La transformation de la société, de son infrastructure matérielle, est une entreprise tellement colossale que ce n’est pas quelque chose à demander à l’État, ou au président.

Cependant, valoriser la société civile à l’encontre ou en dénigrant les pouvoirs publics, IMG_0804.png
c’est une orientation, un point de vue déjà présent chez Hayek, le maître à penser de nos gouvernements néolibéraux depuis 35-40 ans. Jean-Louis Laville le rappelle bien dans Civil Society, the Third Sector and Social Enterprise : Governance and Democracy (1) (pages 146-149, 160) et dans Associations et Action publique (2) (pages 551-557, 582, 600). Hayek préfère les mécanismes du marché, de l’agrégation des choix individuels aux mécanismes de la délibération et de l’action collective. Il met en valeur les OSC parce que ça coute moins cher, c’est plus souple, et qu’on les contrôle plus facilement que des programmes et institutions publiques. Laville et Salmon, en s’appuyant sur Habermas, Ostrom, Polanyi et Mauss, montrent que ces OSC peuvent se définir autrement que comme de simples producteurs de services moins chers, et plutôt comme des participantsà la création d’espaces publics, capables d’une action publique qui déborde les formes traditionnelles de l’action politique.

Espace public et économie

Nancy Frasercritique Habermas quand il rejette l’économie hors de la sphère publique. « La rhétorique de l’économie privée exclut certains sujets et intérêts du débat public en les plaçant dans une logique économiste, en considérant qu’ils sont déterminés par les impératifs impersonnels du marché ou qu’ils relèvent des prérogatives de la propriété “privée”, ou encore qu’ils constituent des problèmes techniques pour les managers et les planificateurs. » (3) Toujours citée par Laville (2), Fraser montre le « caractère inadmissible, du point de vue féministe, de la position habermassienne rapportant l’économie et l’État aux systèmes, l’espace public et la famille aux mondes vécus. » (4).

« [P]ar rapport à Habermas qui s’insurge contre la technicisation des débats économiques les soustrayant à la discussion publique, Fraser (5) fait un pas de plus en identifiant la portée des formes économiques alternatives. Comme elle le note ‘ leur mise en débat dans l’espace public n’est pas séparée de ces pratiques mises en œuvre par les personnes concernées. Des activités sont organisées autour de biens communs comme l’eau, la santé sans qu’elles soient dissociables des espaces publics où elles sont abordées ‘. » (Association et Action publique, p. 597).

Il faut inclure l’économie dans l’espace public, non pas l’économie de marché (ou pas seulement) mais l’économie substantive, cette « autre acception de l’économie, qui insiste sur les interdépendances entre les êtres humains et avec les milieux naturels. Cette seconde définition substantive repose sur une anthropologie économique, qui fait alors apparaître des principes de comportements différents du marché, la redistribution où une autorité centrale a la responsabilité de répartir les richesses, la réciprocité qui correspond à la relation établie entre des groupes ou des personnes grâce à des prestations prenant sens par le lien social dont elles attestent, l’administration domestique structurant la production et le partage en vue de la satisfaction des besoins des membres de la famille. » (6)

Cette inclusion, ce réencastrement de l’économie dans la société prend une nouvelle dimension lorsqu’on veut tenir compte non seulement des besoins humains mais aussi des équilibres et besoins d’autres espèces vivantes et ressources de nos environnements. Latour, dans l’entrevue déjà citée : « Il faut refaire maintenant, avec la question écologique, le même travail de réinscription dans les liens et les attachements que le marxisme a fait à partir de la fin du XIXe siècle. Sachant que les êtres auxquels on est relié pour subsister, ce ne sont plus les êtres dans la chaîne de production ou dans les mines de charbon, mais tous les êtres anciennement « de la nature ». Et que c’est beaucoup plus compliqué, et donc, c’est mon argument, beaucoup plus nécessaire. »

Anthropologie et champignons

MatsutakeC’est à une telle lecture des attachements et liens interespèces, associée à une approche d’anthropologie économique que Anna Tsing se livre avec Le champignon de la fin du monde(7). Et, non, il ne s’agit pas du champignon atomique.

Il s’agit des champignons matsutake, qui ont la particularité de pousser sur les ruines, dans les forêts détruites. Aussi, l’auteure ira à la rencontre des cueilleurs de l’Oregon, vétérans des guerres américaines ou immigrants sans-papiers, qui vendent chaque soir les fruits de leur cueillette. Sur les ruines des forêts de grands pins Ponderosa, elle étudie comment sont organisés, souvent sur des bases ethniques et culturelles, les échanges d’un produit de luxe, le matsutake, qui se retrouvera finalement dans les épiceries fines japonaises. Son enquête l’amènera en Finlande, au Japon, en Chine, où l’on retrouve chaque fois la destruction d’une ancienne forêt et les conditions précaires de cueilleurs à la recherche d’un champignon qui pousse en relation symbiotique avec les premiers arbres (pins, le plus souvent) qui repoussent sur les ruines. C’est une saga interespèces où s’insèrent une leçon d’économie politique sur la chaine d’approvisionnement dans différents pays et une introduction à la mycologie où sont exposées les relations interrègnes de dépendance entre le monde végétal et celui des champignons.

 

En conclusion : s’il faut inclure l’économie dans nos débats et concertations, dans nos espaces publics, il faut la saisir dans toutes ses formes (marché, redistribution-services publics, réciprocité-coopération, domestique). La réintégration devenue nécessaire des « externalités » (pollutions, rejets divers, effets sur la nature et la société) dans le calcul des coûts-bénéfices ne pourra se résoudre que par la délibération des parties prenantes. Mais comment tenir compte, faire participer les espèces non-humaines à ces délibérations autour de communs à préserver ? C’est à une question semblable que Lionel Maurel tente de répondre dans une série d’articles sur son blogue S.I.Lex :

Bonne lecture !


(1) Jean-Louis Laville, Dennis Young, et Philippe Eynaud, éditeurs, Civil Society, the Third Sector and Social Enterprise : Governance and Democracy, Routledge, 2015
(2) Jean-Louis Laville et Anne Salmon, dir, Associations et Action publique, Desclée de Brouwer, 2015
(3) Nancy Fraser, Qu’est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et distribution, Paris, La Découverte, 2005
(4) Nancy Fraser, Le féminisme en mouvements. Des années 1960 à l’ère néo-libérale, Paris, La Découverte, 2013
(5) Madeleine HersentJean-Louis Laville et Magali Saussey, entretien avec Nancy Fraser, Revue française de socio-économie, n ° 15, 2015
(6) Jean-Louis Laville, Pleyers, Bucolo, Coraggio, dir., Mouvements sociaux et économie solidaire, page 10, 2017
(7) Anna Lowenhaupt Tsing , Le champignon de la fin du monde, 2017

minuit moins une… ou minuit et cinq ?

L’initiative de Radio-Canada était intéressante hier soir, on peut d’ailleurs la revoir sur Tou.tv ou encore sur Youtube (ci-haut). Des opinions mais surtout des faits, des données, des exemples de solutions déjà mises en pratique ailleurs (Oslo, par exemple !) ou même ici… Cependant, aussitôt l’émission terminée, on revient à “la normale”, pour Radio-Canada : un journal télévisé interrompu à tout bout de champ par des publicités… pour les 8 derniers modèles de F-150, tous plus gourmands les uns que les autres; pour des voyages dans le sud, qu’Air Transat présente quasiment comme une obligation !

Il n’y a pas de meilleure illustration de notre inconséquence collective.

2018 : écologie, histoire, philosophie

Si l’année 2017 avait été quasiment frénétique en termes de colloques, 2018 s’est avéré plus sage, avec seulement deux évènements remarquables : en début d’année, le colloque sur Intelligence artificielle et mission sociale, et en mai celui sur La Grande Transition.

Ce qui m’a permis de poursuivre lectures et réflexions autour de grandes questions : écologie, philosophie-religion, histoire, économie-politique. Mais je n’ai pas pris le temps de résumer ou commenter ces lectures, par ailleurs des plus stimulantes. Aussi je présenterai ici, même succinctement, les textes qui ont accompagné mon année.

Écologie

Où atterrir ?, par Bruno Latour, sociologue, anthropologue et philosophe, publié en 2017. Dans une plaquette (160 pages) polémique Latour s’élève contre un monde dont l’élection de Trump n’est que le dernier symptôme. Ce qui m’a conduit à lire les 8 conférences qu’il donnait en 2015 et publiait la même année sous le titre Face à Gaïa. Une lecture stimulante mais difficile à résumer… parce que l’auteur déconstruit les conceptions habituelles. “Gaïa n’est pas le Globe, ni une figure globale, mais l’impossibilité de s’en tenir à une figure du Globe”. J’ai apprécié son appel à toutes les formes de leadership qui devront “délimiter le territoire qu’ils sont prêts à défendre”. “Que la religion, en se limitant, apprenne à conspirer avec les sciences et la politique pour redonner un sens à la notion de limite”. Il oppose les Terrestres aux Humains, ouvrant ainsi la porte au partage avec d’autres vivants que les humains.

C’est ce qu’annonce Lionel Maurel, dans “Accueillir les Non-Humains dans les Communs“, qui promet un développement, au cours des semaines à venir, autour de ces questions cruciales : quels droits accorder à la “nature” ? Comment en définir les règles ? Au delà de la question du climat, mais en lien avec elle, la protection des écosystèmes se pose avec acuité dans des espaces qui “n’appartiennent à personne”, comme les hautes mers… qui recèlent pourtant des richesses dont dépendront grandement les générations à venir, des humains comme d’autres espèces terrestres. J’ose reprendre ici la citation de Bruno Latour, proposée par Maurel (ou Calimaq, de son nom de plume) en ouverture de son article :

Que serait un homme sans éléphant, sans plante, sans lion, sans céréale, sans océan, sans ozone et sans plancton, un homme seul, beaucoup plus seul encore que Robinson sur son île ? Moins qu’un homme. Certainement pas un homme.

Bruno Latour

Au delà des écrits et des paroles, les gestes posés par des citoyens, dont les pas de
50 000 d’entre eux lors de la marche du 10 novembre, dans le cadre de La Planète s’invite au parlement, sont à retenir. La plupart avaient sans doute signé Le Pacte.

259 799 personnes avaient signé Le Pacte, en date du 5 janvier 2019

Économie-politique

Avec The Value of Everything : Making and Taking in the Global Economy, Mariana Mazzucato donne une leçon d’économie et met en valeur ce qui a depuis des décennies été sous-évalué pour ne pas dire masqué : les services publics, la valeur et l’importance des investissements publics. De même elle dénonce avec verve l’ampleur démesurée prise par le capital financier… apte à extraire de la valeur créée par les autres.

Kate Raworth résume dans le “TEDtalk” ci-haut, en moins de 16 minutes, sa théorie du beigne… Il faut développer des outils de contrôle et planification économiques qui nous permettent de viser l’épanouissement plutôt que la simple et funeste croissance du PIB. Le “donut” de madame Raworth illustre les limites entre lesquelles doit évoluer la société humaine pour à la fois répondre aux besoins essentiels tout en respectant les limites et capacités de restauration de l’environnement. Beaucoup de besoins ne sont pas encore comblés même si les limites de l’environnement sont déjà dépassées sur plusieurs plans. Voir Doughnut Economics (la version française n’est pas arrivée encore ce côté de l’Atlantique).

Finance sociale

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Urgence-climat… 

A Londres, c’est l’heure de la rébellion contre l’extinction

Après des années de déni, nous devons enfin accepter la terrible vérité – ceux qui détiennent l’autorité vont nous tuer – infliger des souffrances inimaginables à des milliards de personnes innocentes. C’est ce qui est prévu – ouvertement et volontairement. Il n’y a pas de plus grand crime.

À Montréal, nous étions quelques centaines dans les rues, avec La planète s’invite au parlement, le 8 décembre. Faudra-t-il aussi bloquer les ponts, comme à Londres ?

L’économie circulaire, le nouveau modèle à adopter

L’entreprise québécoise de jus et de bières Loop Mission se démarque par son approche d’économie circulaire, revalorisant des denrées autrement gaspillées.

 

Comment l’alimentation végétarienne peut changer le monde (vidéo en anglais)

 

Nous sommes tous des pays en développement… Aucun pays ne peut prétendre répondre aux besoins de sa population en respectant les limites des ressources de la planète.

Doing the Doughnut at the G20 ?

We are all developing countries now. The Doughnut challenge turns all countries – including every member of the G20 – into ‘developing countries’ because no country in the world can say that it is even close to meeting the needs of all of its people within the means of the planet. […]

Merci à Sentiers, pour certaines références.

grand-papa, est-ce que tu crois en Dieu ?

L’autre soir mon petit-fils de 8 ans était à ses devoirs de vocabulaire et d’arithmétique quand il releva la tête pour me demander « Grand-papa, est-ce que tu crois en Dieu ? ».

Bon, je ne l’avais pas vue venir celle-là ! Ça dépend de ce que tu entends par « dieu », ai-je commencé par lui répondre. Les choses ont bien changé de ce côté-là depuis que j’avais ton âge. En fait, j’étais à peine plus vieux que toi et non seulement j’allais à la messe tous les dimanches mais aussi j’étais « servant de messe », c’est-à-dire que j’aidais le prêtre, en avant de l’église, dans sa célébration : je lui versais de l’eau sur les doigts pour les laver, avant qu’il ne prenne l’hostie dans ses mains… je lui versais du vin dans son beau verre (le calice).

encensoir

Mais ce que j’aimais par-dessus tout, c’était de balancer l’encensoir (image ci-contre) autour de l’autel pour que ça sente bon. Je donnais aussi les répliques, en latin s’il-vous-plait !

L’Église catholique a toujours été friande de fêtes, de célébrations et de processions. Noël et Pâques étaient les deux plus grandes fêtes de l’année, précédées de plusieurs semaines de préparation pendant lesquelles prêtres et religieuses nous apprenaient ou remémoraient des histoires et paraboles tirées de la bible. Ces récits comportaient souvent des leçons utiles : la générosité, la protection des petits et des faibles… Mais la morale catholique avait de la difficulté à s’adapter à l’évolution de la société, en particulier autour des questions liées à la sexualité et au contrôle des naissances. Comme disait Gregory Baum « Un groupe de vieillards célibataires [les évêques et le pape]  ne devrait pas prétendre enseigner l’éthique sexuelle au monde entier. »

Aujourd’hui les seules « processions » auxquelles je participe sont des manifestations pour dire aux élus et dirigeants qu’ils doivent agir, MAINTENANT, pour sauver la planète. La seule religion à laquelle j’adhère en est une de respect de la biodiversité, de la vie sous toutes ses formes, et pour plus d’égalité des chances et des conditions pour les humains de toutes origines. Il y a 50 ou 60 ans, l’Église catholique était encore responsable des hôpitaux et des écoles au Québec, c’est-à-dire que c’était des religieuses qui étaient infirmières ou enseignantes.

Si ta maitresse d’école ne porte plus ni voile ni cornette aujourd’hui, deux sœurs de ton arrière-grand-mère ont été religieuses et ont soigné et enseigné dans des régions éloignées… et la tante de ton arrière-grand-mère (la tante de ma mère), sœur Praxède, a été responsable (mère supérieure, comme on dit) de la communauté des sœurs de la Providence, après avoir passé 40 ans à développer des hôpitaux dans la région de Vancouver. Cette communauté a fait beaucoup pour soigner les malades mentaux et les sourds-muets. Les sœurs de la Providence étaient responsables de l’hôpital St-Jean-de-Dieu, aujourd’hui renommé en Louis-Hyppolite-Lafontaine.

La plupart des québécois ne vont plus confesser leurs péchés, avouer leurs fautes à un prêtre dans le confessionnal à l’église. Est-ce à dire qu’ils ne font plus de fautes ? Je ne parle pas de faute d’orthographe ici, tu l’auras compris… mais de paroles ou de gestes qui peuvent blesser un frère, un ami ou même un inconnu ou encore toute la société. Par exemple une personne qui ne paie pas sa part d’impôts en plaçant son argent dans un « paradis fiscal » commet une faute morale. L’homme qui vole son voisin ou trompe sa femme commet toujours une faute morale même s’il ne croit plus que cela le mènera en enfer après sa mort. En général les conséquences de sa faute se présenteront bien avant sa mort et, éventuellement, il devra divorcer de sa femme ou rembourser son voisin… Mais ce sont les fautes collectives, celles que tout le monde commet sans trop s’en rendre compte, qui sont peut-être les plus dangereuses et dommageables.

Pendant longtemps les humains ont cru que les dieux existaient dans l’Olympe ou le Paradis. Depuis que la science a permis de comprendre ce qui apparaissait auparavant comme des miracles, les humains ont cessé peu à peu de croire en Dieu. Mais parce que leurs procédés chimiques et leurs tracteurs devenaient de plus en plus puissants ils ont pu croire, un instant, que tout était possible et qu’il n’y avait pas de limite à ce qu’ils pouvaient extraire de richesses et d’énergie de la terre. Ils avaient oublié que l’humanité est elle-même le produit d’une longue évolution de multiples formes de vie et que la richesse et la diversité de ces formes de vie est ce qui a permis de passer de l’homme des cavernes à l’homme des villes.

Il faudra beaucoup d’humilité, de dialogue, de compréhension et de respect, de générosité et de patience pour changer nos façons de faire, en particulier pour les collectivités « riches » comme la nôtre au Québec. Si nous voulons éviter que les inégalités dans le monde et les catastrophes écologiques ne conduisent à de graves conflits. Et le dialogue, la paix, l’amour des humains et le respect des équilibres de la nature sont aujourd’hui des valeurs que je partage avec beaucoup de gens qui croient toujours en Dieu. Si nous ne pouvons nous entendre sur ce qui se passera après la mort, nous pouvons, nous devons nous entendre et travailler ensemble pour améliorer notre vie et notre maison communes.

la révolution sera télévisée, finalement *

Elle ne se fera pas sans que les gens s’en aperçoivent, la Transition. La Grande transition. Nous avons « pôké » les dieux… poussé le bouchon un peu (beaucoup) trop loin et perdu d’autant notre capacité d’agir plutôt que de réagir. La présence, même maladroite et juvénile, de QS sur l’échiquier provincial donne un caractère d’urgence et de radicalité aux enjeux. Et c’est tant mieux. Mais si cette urgence reste encastrée à la marge, dans l’opposition et la minorité, elle ne pourra changer radicalement le monde. Et c’est tout un paquebot qu’il s’agit de ralentir et réorienter…

Et puis, il ne faut pas que l’implantation d’un vote proportionnel conduise à donner simplement plus de pouvoir à des négociations des partis derrière des portes closes (J-Y Thériault). Le programme d’un gouvernement de Transition s’élaborera sur plusieurs cycles électoraux et devrait viser à rallier les forces (civiles, économiques, politiques) autour d’une nécessaire et profonde réévaluation de notre régime de consommation d’un bassin de mieux en mieux connu de ressources limitées. Regardons un peu plus loin, pour une fois, que la prochaine élection, et même plus loin que la prochaine génération.

Posez-vous la question : comment votre élu local participera-t-il-elle à ce processus de ralliement ?

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* The revolution won’t be televised