minuit moins une… ou minuit et cinq ?

L’initiative de Radio-Canada était intéressante hier soir, on peut d’ailleurs la revoir sur Tou.tv ou encore sur Youtube (ci-haut). Des opinions mais surtout des faits, des données, des exemples de solutions déjà mises en pratique ailleurs (Oslo, par exemple !) ou même ici… Cependant, aussitôt l’émission terminée, on revient à « la normale », pour Radio-Canada : un journal télévisé interrompu à tout bout de champ par des publicités… pour les 8 derniers modèles de F-150, tous plus gourmands les uns que les autres; pour des voyages dans le sud, qu’Air Transat présente quasiment comme une obligation !

Il n’y a pas de meilleure illustration de notre inconséquence collective.

2018 : écologie, histoire, philosophie

Si l’année 2017 avait été quasiment frénétique en termes de colloques, 2018 s’est avéré plus sage, avec seulement deux évènements remarquables : en début d’année, le colloque sur Intelligence artificielle et mission sociale, et en mai celui sur La Grande Transition.

Ce qui m’a permis de poursuivre lectures et réflexions autour de grandes questions : écologie, philosophie-religion, histoire, économie-politique. Mais je n’ai pas pris le temps de résumer ou commenter ces lectures, par ailleurs des plus stimulantes. Aussi je présenterai ici, même succinctement, les textes qui ont accompagné mon année.

Écologie

Où atterrir ?, par Bruno Latour, sociologue, anthropologue et philosophe, publié en 2017. Dans une plaquette (160 pages) polémique Latour s’élève contre un monde dont l’élection de Trump n’est que le dernier symptôme. Ce qui m’a conduit à lire les 8 conférences qu’il donnait en 2015 et publiait la même année sous le titre Face à Gaïa. Une lecture stimulante mais difficile à résumer… parce que l’auteur déconstruit les conceptions habituelles. « Gaïa n’est pas le Globe, ni une figure globale, mais l’impossibilité de s’en tenir à une figure du Globe ». J’ai apprécié son appel à toutes les formes de leadership qui devront « délimiter le territoire qu’ils sont prêts à défendre ». « Que la religion, en se limitant, apprenne à conspirer avec les sciences et la politique pour redonner un sens à la notion de limite ». Il oppose les Terrestres aux Humains, ouvrant ainsi la porte au partage avec d’autres vivants que les humains.

C’est ce qu’annonce Lionel Maurel, dans « Accueillir les Non-Humains dans les Communs« , qui promet un développement, au cours des semaines à venir, autour de ces questions cruciales : quels droits accorder à la « nature » ? Comment en définir les règles ? Au delà de la question du climat, mais en lien avec elle, la protection des écosystèmes se pose avec acuité dans des espaces qui « n’appartiennent à personne », comme les hautes mers… qui recèlent pourtant des richesses dont dépendront grandement les générations à venir, des humains comme d’autres espèces terrestres. J’ose reprendre ici la citation de Bruno Latour, proposée par Maurel (ou Calimaq, de son nom de plume) en ouverture de son article :

Que serait un homme sans éléphant, sans plante, sans lion, sans céréale, sans océan, sans ozone et sans plancton, un homme seul, beaucoup plus seul encore que Robinson sur son île ? Moins qu’un homme. Certainement pas un homme.

Bruno Latour

Au delà des écrits et des paroles, les gestes posés par des citoyens, dont les pas de
50 000 d’entre eux lors de la marche du 10 novembre, dans le cadre de La Planète s’invite au parlement, sont à retenir. La plupart avaient sans doute signé Le Pacte.

259 799 personnes avaient signé Le Pacte, en date du 5 janvier 2019

Économie-politique

Avec The Value of Everything : Making and Taking in the Global Economy, Mariana Mazzucato donne une leçon d’économie et met en valeur ce qui a depuis des décennies été sous-évalué pour ne pas dire masqué : les services publics, la valeur et l’importance des investissements publics. De même elle dénonce avec verve l’ampleur démesurée prise par le capital financier… apte à extraire de la valeur créée par les autres.

Kate Raworth résume dans le « TEDtalk » ci-haut, en moins de 16 minutes, sa théorie du beigne… Il faut développer des outils de contrôle et planification économiques qui nous permettent de viser l’épanouissement plutôt que la simple et funeste croissance du PIB. Le « donut » de madame Raworth illustre les limites entre lesquelles doit évoluer la société humaine pour à la fois répondre aux besoins essentiels tout en respectant les limites et capacités de restauration de l’environnement. Beaucoup de besoins ne sont pas encore comblés même si les limites de l’environnement sont déjà dépassées sur plusieurs plans. Voir Doughnut Economics (la version française n’est pas arrivée encore ce côté de l’Atlantique).

Finance sociale

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