la prévention contre l'équité ?

Un article très provocateur tiré du très réputé British Medical Journal, écrit par une omnipraticienne anglaise, Iona Heath : In defense of a National Sickness System. J’avais conservé sur mon bureau ce court article d’une page, dont je vous cite donne ici un assez long extrait :

A National Health Service committed to prioritising the prevention of sickness above its treatment would accelerate the pursuit of biometric risk factors for this or that disease and the development of statistically effective treatments for each one in turn. This process legitimises investment in the wholesale drug treatment of healthy people and the increasing costs of this begin to pose a very real threat to the provision of universal healthcare systems that are available and accessible to all. No universal healthcare system, funded through taxation, can possibly pay for the pharmaceutical treatment of all risks to health. An excessive and unrealistic commitment to prevention of sickness could destroy our capacity to care for those who are already sick; everyone, in time, must become sick and die. One of the ambitions of preventive health care is that it will reduce the gap between rich and poor, but health inequalities reflect wider societal inequalities and cannot be solved by a health service operating within a persistently unequal society. As Peter Skrabanek asked many years ago, why does poverty matter only when it creates illness and disease? Why are we not appalled by poverty because it is “cruel, demeaning and unjust” long before it manifests itself as ill health? Through recent advances in psychoneuroimmunology, we begin to understand how the chronic psychosocial stress of finding oneself at the bottom of society’s pile leads to compromised immunity, disordered metabolism, and premature disease. The primary solution should not be medication but a genuine commitment to fairness and justice in a humane society. [BMJ]

Je ne suis pas certain que l’article soit accessible aux non abonnés au site (de là la longue citation). C’est un discours plutôt iconoclaste que de défendre un « système de maladies ». Sûr que la prévention n’est pas suffisamment développées dans nos systèmes encore très médico-pharmaco-hospitalocentrés. Mais il n’est pas inintéressant de se rappeler que le développement de méthodes massives de dépistage et de traitements précoces peuvent amener non seulement une médicalisation (préventive) de la société entière – le pouvoir des ayatollahs de la santé publique – mais aussi une certaine dimminution de l’équité dans l’accès aux soins pour les malades, en contexte de ressources limitées. N’est-il pas évident que plus il y aura de systèmes élaborés de prévention et de pressions sociales pour des comportements sanitaires… plus il y aura en corollaire une certaine stigmatisation des malades ? Et sa note sur la connaissance (psychoneuroimmunologique) de plus en plus fine que nous avons des processus qui conduisent ceux qui sont au bas de l’échelle sociale à devenir plus malade plus tôt nous rappelle que l’équité en matière de santé passe plus par la justice sociale et économique que par la prévention.

la transparence radicale

Radical forms of transparency are now the norm at startups – and even some Fortune 500 companies. It is a strange and abrupt reversal of corporate values. Not long ago, the only public statements a company ever made were professionally written press releases and the rare, stage-managed speech by the CEO. [Wired]

Une des questions que nous abordions, cette semaine au CSSS, lors d’une discussion sur l’approche et la responsabilité populationnelles (documents du MSSS: cadre de référence du projet clinique; Le projet d’intégration des services) . En effet, comment élever le niveau de confiance entre acteurs locaux, en particulier de ceux qui ont une grande méfiance à l’égard des « bureaucrates du gouvernement » ? Ici je ne pense pas seulement aux organisations communautaires, dont une frange est particulièrement et ouvertement critique… mais aussi aux cliniques médicales privées, aux petites entreprises du domaine de l’hébergement des aînés…

La transparence, telle fut l’une des réponses à cette question. Il faudra que cette immense et nouvelle institution (nous étions 240 employés au CLSC, nous sommes maintenant 2500 au CSSS) « mette ses trippes sur la tables ». Enfin, ça sera peut-être pas aussi laid (et odorant) ! Mais il faudra quand même changer l’attitude, traditionnelle et normale pour toute organisation, de fermeture et secrets pour une autre qui saura convaincre que nous sommes sincères et n’avons pas d’agenda caché. Sûr que pour certains « paranos », plus nous mettrons d’efforts à « être transparents » plus nous aurons quelque chose de gros ou de grave à cacher… Mais pour les autres, les autres producteurs de services sociaux et de santé sur le territoire local, c’est la seule façon de construire ce qu’on appelle le réseau local de services, un réseau qui doit assumer, volontairement, une responsabilité populationnelle à l’égard de l’état de santé et de bien-être de la communauté locale. Utopie ? Un beau défi dirais-je. Et ça me rassure de lire des articles comme ceux du magazine Wired qui nous montrent que cette orientation vers la transparence n’est pas une lubie de fonctionnaire ou un truc retors de politicien mais bien une stratégie de plus en plus utilisée, même par les corporations privées.

Faire preuve de « transparence radicale », c’est dire aller plus loin que d’ouvrir la porte sur un ou deux placards… L’enjeu de cette responsabilité populationnelle partagée interpelle les CSSS dans leur capacité à mettre en place une nouvelle gouvernance.

(Cette g)ouvernance s’exerce dans un réseau d’acteurs et d’organisations qui ne sont pas soumis à une autorité hiérarchique simple et clairement définie [conférence de Jean-Louis Denis, à l’AQESSS 2006]

bénévolat et dons en France, au Canada

Publications du Centre d’Etudes et de Recherche sur la Philantropie (CERPHI): « Pour ceux qui s’intéressent à la vie associative en France, le Cerphi publie sur son site le résultat d’enquêtes détaillées sur le bénévolat, les dons aux associations, etc. »(Via AkaSig.)

Tiens, j’avais ceci en réserve depuis un certain temps… Depuis novembre en fait ! Dons de charité, 2005: « Les contribuables canadiens ont encore fait preuve de générosité en 2005. Plus de 5,8 millions de contribuables ont fait des dons pour un total de 7,9 milliards de dollars, soit un montant inégalé jusqu’à présent. » (Via Statistique Canada.)

dépenses de services à domicile

De 1994 à 2004, l’évolution des dépenses de services à domicile (pdf), répartition par province, au Canada. Le Québec se situe dans le peloton de queue, juste devant le Nunavut et le Yukon… Cependant lorsqu’on distingue soins à domicile et soutien, il fait un peu mieux en matière de soins. C’est dire que le Québec accorde plus d’importance aux soins qu’au soutien. Notez qu’il s’agit toujours des services publics. Est-ce que l’économie sociale est inclue ou exclue de ces calculs ?? Un rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé. Une référence su Bulletin sur le vieillissement et les changements démographiques.

P.S. Jacques F. vient de m’informer que : « Non, le PEFSAD n’est pas inclus. Ni le crédit d’impôt pour le soutien à domicile. » Ce qui explique au moins en partie l’écart Canada-Québec.

contrer le Dilemme du prisonnier ?

Collective behaviour and climate change: why would anybody bother?: « And now I’m just catching up with a recent study by CDX and the Centre for Sustainable Energy
on Mobilising individual behavioural change through community initiatives. The study investigated ‘what kinds of local and community initiatives are most effective at influencing changes in behaviour and at what levels, and whether any lessons learned from these are transferable to the issue of climate change.’The report provokes thinking about important issues. The key message seems to be that what is lacking is ‘a realistic sense of agency,’ and this is the problem to be solved. Part of the argument is that people are not motivated to take action (jointly or individually) on an issue which is not local, where their action has no immediate impact (or indeed any significant impact), and where the scale of any action taken is dwarfed by the impact of the inaction of others. »(Via Neighbourhoods.)

Pour ceux qui ne connaissent pas, le Dilemme du prisonnier est cet exemple de la théorie des jeux qui fait que deux participants (prisonniers) sont conduits à accepter des peines non négligeables pour éviter le risque d’une peine très longue, même si la collaboration entre les deux leur assurerait pratiquement la liberté…

Je ne sais si cet exemple s’applique vraiment à notre situation actuelle devant la menace de catastrophe écologique ? Ne pas agir maintenant garantie des lendemains plus douloureux… mais agir seul, sans impact suffisamment massif pour avoir quelque chance de changer les choses, c’est non seulement avoir des lendemains douloureux mais un présent aussi ! En effet, s’imposer des restrictions environnementales coûteuses dans une économie de marché ouverte… c’est s’exposer à perdre son marché… à moins que… celui-ci évolue vers plus d’éthique ?

Tout seul ?! Faudra-t-il attendre que la situation nous chauffe vraiment les fesses pour que démocratiquement les décisions soient prises ? J’ai l’impression qu’on n’est pas tellement loin de ça… mais encore, les décisions contraignantes à l’échelle internationale, qui les prendra ? Y a-t-il des précédents qui nous permettraient d’espérer ? L’interdiction de certains produits chimiques ? L’exemple de notre incapacité collective à gérer les ressources halieutiques… n’est pas rassurant.

À creuser : gène égoïste (Richard Dawkins), animaux altruistes; Éthologie et écologie comportementale (un cours d’Alain Lenoir, Université de Tours)… finalement, les animaux ont peut-être plus à nous apprendre, en matière de survie ?!

abeilles recherchées

Les abeilles disparaissent des champs, mettant en danger les récoltes qu’elles pollénisaient. On parle de fungus ou autres maladies… mais il me semble avoir lu récemment que les abeilles étaient sensibles aux champs électromagnétiques, ou aux ondes radio… qui les désorientent…

Me semblait aussi qu’on pouvait pas continuer à multiplier comme ça la pollution électromagnétique sans endommager quelque chose…

P.S. Je pense que l’article d’origine de ce fil fut publié par le College of Agricultural Sciences de l’Université de PennState. Une page de Wikipedia a même été rédigée sur le phénomène du Colony Collapse Disorder, ou ce que la BBC appelle de son côté le Vanishing Bee Syndrome.

cultures dépendantes des abeillesA Cornell University study has estimated that honeybees annually pollinate more than $14 billion worth of seeds and crops in the United States, mostly fruits, vegetables and nuts. « Every third bite we consume in our diet is dependent on a honeybee to pollinate that food, » said Zac Browning, vice president of the American Beekeeping Federation.The bee losses are ranging from 30 to 60 percent on the West Coast, with some beekeepers on the East Coast and in Texas reporting losses of more than 70 percent. [International Herald Tribune]

Autres articles sur la question de la disparition des abeilles… et d’un certain réseau de communication à basse fréquence ( Ground Wave Emergency Network) utilisé pour la sécurité aux État-Unis… mais ici, les grands médias ne semblent pas avoir acheté l’idée d’une cause électromagnétique…