ce que tous devraient savoir

La présentation en début de ce panel (les 30 premières minutes) est claire, limpide. Elle vaut d’être écoutée, même si elle est en anglais.

J’ai extrait quelques graphiques de la présentation, qui décrivent à quel point la dernière période de 12000 ans, correspondant à l’avènement de l’agriculture et des grandes civilisations humaines, coïncide avec une période de très grande stabilité du climat.

Avant cette période les écarts et changements étaient si importants qu’ils obligeaient les groupes d’humains à une vie nomade.

Nous nous apprêtons à sortir de l’étroit corridor de climat tempéré qui a permis à l’humanité de croître et se développer comme elle l’a fait.

Le effets du réchauffement sur les régions les plus fertiles risquent d’être dévastateurs… le cercle vicieux de la chaleur, de la sécheresse et des feux risque de nous amener vers ce qui existait bien avant, cette période où la terre appartenait aux lézards et dinosaures, parce qu’il y faisait trop chaud.

Cette conférence était donnée dans le cadre du colloque Higher Ground organisé par le réseau New Cities, qui a tenu au cours de l’année plusieurs événements d’intérêt. New Cities est une OBNL internationale dont le siège social est à Montréal.

Fondée en 2010, NewCities (la Fondation Villes Nouvelles Canada) est un organisme indépendant à but non lucratif dont la mission est de façonner un meilleur avenir urbain et dont le siège est situé à Montréal, Québec. La Fondation réalise sa mission en créant des opportunités d’échange de meilleures pratiques entre les villes, les entreprises, et la société civile dans le monde entier. (Extrait du site de NC)

Merci à Sentier, pour le cue.

Si je me souviens, un des événement de l’année mettait en valeur les efforts de la Ville de Montréal dans la préservation de la biodiversité sur son territoire. Je n’ai pas trouvé le segment particulier du panel où Madame Laplante, mairesse de Montréal, devait prendre la parole. J’ai encore à prendre connaissance du Plan climat Montréal dont l’objectif : la carboneutralité en 2050. Mais 2050 c’est dans 30 ans. Et au cours des 30 dernières années l’humanité a produit plus de gas à effets de serre qu’elle ne l’avait fait depuis sa naissance.

Est-ce que le Plan comprend la protection et mise en valeur des ruisseaux de l’Est, comme on les décrit dans le document Corridor des ruisseaux

Comme le rappelait Joëlle Gergis, cette scientifique australienne, qui dit son désespoir, dans un article du Guardian, devant le peu d’impact sur les politiciens des appels des scientifiques à l’action climatique

As more psychologists begin to engage with the topic of climate change, they are telling us that being willing to acknowledge our personal and collective grief might be the only way out of the mess we are in. When we are finally willing to accept feelings of intense grief – for ourselves, our planet, our kids’ futures – we can use the intensity of our emotional response to propel us into action.

Faire le deuil de ce que nous avons perdu afin d’avoir le courage de sauver ce qui est encore sauvetable.

une convention citoyenne à la québécoise ?

Les programmes élaborés par les gouvernements provincial et fédéral ne sont pas assez ambitieux pour nous permettre d’atteindre les cibles nécessaires de réduction de gaz à effet de serre, même celles, déjà insuffisantes, du « consensus de Paris 2015 ». [On parle surtout du climat mais la protection de la biodiversité et des richesses halieutiques des hautes mers sont aussi des questions urgentes et complexes qui ne pourront se résoudre sans un impact lourd sur nos modes de vie.] 

S’il faut garder toujours un œil sur le compteur électoral en vue de la prochaine élection, il est compréhensible qu’aucun gouvernement n’ose formuler des politiques qui « font mal », en réduisant la liberté de certains choix, ou en incluant dans les choix d’aujourd’hui tous leurs coûts environnementaux… Aussi les politiciens ont de plus en plus recours à des assemblées citoyennes représentatives, des « processus délibératifs représentatifs » (representative deliberative processes).

« these deliberative bodies are well-suited to tackling long-term issues because citizens need not worry about the short-term incentives of electoral cycles, giving them more freedom than elected politicians. A minipublic can also embody a wide range of perspectives, an advantage for problems with complex trade-offs and value-based dilemmas. (…) minipublics are an excellent way to integrate public values with advice from scientists and ethicists. » 

Power to the people, Science, 30 octobre 2020. 

La Convention citoyenne sur le climat française ou encore le UK Climate Assembly au Royaume-Uni sont des exemples récents. De tels processus sont de plus en plus utilisés pour éclairer des enjeux complexes (planification urbaine, soins de santé, climat) par des gouvernements de niveau municipal, provincial ou fédéral. L’OCDE publiait récemment une synthèse tirée de l’examen de 289 processus menés dans le monde de 1986 à 2019 : Innovative Citizen Participation and New Democratic Institutions

Douze (12) modèles de délibération représentative. Tiré de  OECD (2020), Innovative Citizen Participation and New Democratic Institutions: Catching the Deliberative Wave.

Les 150 citoyens français ou les 110 du Royaume-Uni ont été choisis au hasard de manière à représenter, refléter la composition de la population du pays… et se sont vus confier des mandats de réflexion sur les enjeux climatiques à partir de présentations faites par des spécialistes, et des discussions en petits groupes. La manière dont ces groupes sont constitués et les processus délibératifs animés est déterminante. Ce qui a amené Fishkin, un pionnier de ces processus délibératifs, à déposer comme marque commerciale ses « deliberative polls (TM) » alors que les auteurs de la publication de l’OCDE développaient un guide des meilleures pratiques. “Fishkin trademarked the term “deliberative poll” partly to maintain quality control, and Chwalisz and her colleagues have published guidance on best practices.”

Mais qu’est-ce qui fait que ces processus délibératifs représentatifs feraient mieux que les formes plus traditionnelles de commission ou comités parlementaires ?  Ce sont des citoyens ordinaires, non des politiciens professionnels, ni des militants ou promoteurs d’une cause dans les enjeux examinés. Ces gens représentent ceux qui auront à vivre avec les conséquences des décisions à prendre. Les dernières décennies ont bien montré que l’exposition des faits et des données, les démonstrations scientifiques ne conduisent pas automatiquement à l’action appropriée.  Les processus délibératifs, lorsqu’ils sont bien menés, peuvent amener les gens à changer d’opinion, à identifier des points de convergence, des vecteurs consensuels. 

Encore faut-il que les consensus, les propositions issues de tels processus soient repris par les instances décisionnelles ou réglementaires afin d’être mis en pratique. Même lorsque l’initiative est issue du pouvoir central (comme la Convention française), le jeu des contre pouvoirs, des lobbys et des appareils administratifs peut contrecarrer l’application de telles résolutions. « La convention citoyenne butte, comme il était prévisible, sur l’appareil polico-administratif »

Ce qui fait dire à certains qu’il faudrait que de telles assemblées citoyennes soient décisionnelles (« Le climat, le citoyen et la convention : une fable à la française », Bonin et Baeckelandt, Nouveau projet #18). Mais ce serait trop simple de nommer (ou choisir au hasard) un groupe de personnes et s’imaginer que, par magie, les gens se plieront aux décisions prises par ce groupe. Surtout si ces décisions impliquent des changements comportementaux significatifs ou qu’elles touchent des groupes puissants.

Je crois que la seule manière de relever un défi comme le changement climatique est de mobiliser la population le plus largement et le plus profondément possible, en s’appuyant sur les réseaux déjà actifs dans la société civile. La création d’une assemblée, d’une convention citoyenne centrale serait nécessaire afin d’alimenter ce processus élargi, de fournir des propositions à débattre dans les régions et les quartiers. Le résultat de cet échange entre un centre et les réseaux, secteurs et régions du pays pourrait alors prétendre tracer un plan audacieux de changement qui soit à la hauteur des enjeux. 

La boîte noire, la magie qui opère (“Something magical happens”) dans les processus de délibération participative doit être expérimentée, vécue. Ce ne sont pas des choses qui peuvent être encapsulées dans une brochure ou une vidéo. Les gens doivent en faire l’expérience : être entendu, s’exprimer librement, entendre, écouter les autres, questionner et obtenir des réponses…  Autrement dit, ce sont cent assemblées citoyennes qu’il faut créer. 

Car ce dont il est vraiment question, finalement, c’est de reconstruire une économie.  Une étude finlandaise publiée il y a un an, Ecological reconstruction, évaluait qu’une société comme la Finlande devrait réduire sa consommation de ressources des deux-tiers pour atteindre un niveau soutenable pour la planète. (Finnish use of natural resources (both domestic and imported) will decrease to a globally sustainable level – roughly one third of the average per capita level in 2019.)

Les crises environnementales qui s’accumulent, en plus du changement climatique : perte rapide et importante de biodiversité; dégradation des océans; pertes de terres arables et d’autres ressources difficilement renouvelables… 

Il n’y a plus de temps à perdre, il faut se presser, mais lentement et ensemble. Comme disait Laure Waridel dans Une économie vert très pâle, “toutes nos décisions individuelles et collectives [devraient être] passées au crible de leurs impacts sur l’avenir de nos enfants. Cela nous fera immanquablement agir pour protéger l’environnement.

Voir aussi :


Aussi publié sur Nous.blogue

voir aussi En complément, écrit avec les citations et extraits non utilisés

en complément

Citations et portions de textes laissés sur la table du billet précédent une convention citoyenne à la québécoise ?

Québec

«interrogés en juin dernier par Léger Marketing, 67 % des Québécois faisaient passer l’amélioration de la qualité de vie, de l’environnement et de la santé bien devant la croissance de l’économie comme priorité au sortir de la pandémie.»

Les fondations philanthropiques s’adressent à M. Legault : Pour une relance verte, solidaire et prospère,

France

La Convention est une des formules imaginée par le président de la République pour sortir du conflit ouvert par les Gilets jaunes. Elle reposait sur deux spécificités : le mode désignation de ses membres par tirage au sort ; les propositions à faire pour réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. La Convention citoyenne relance la question démocratique – C6R

Elle a remis son rapport en juin dernier, après des travaux qui se sont étalés sur 9 mois, d’octobre 2019 à juin 2020.

Royaume-Uni

L’assemblée pour le climat du Royaume-Uni remettait son rapport en septembre dernier : The path to net zero. Le chemin vers la neutralité carbone en 2050.

Amid often polarised political debate, ordinary people were able to judge evidence and ideas against their own experiences. They arrived at judgements that balanced competing values, such as freedom of choice and fairness to different social groups.

[T]he kind of climate action the general public are willing to accept when they have the opportunity to learn and deliberate together.

L’efficace de la délibération

Extraits de Power to the people, Science, 30 octobre 2020.

[M]inipublics are an excellent way to integrate public values with advice from scientists and ethicists. “Scientists don’t have a monopoly on public values,” he says. says John Dryzek, a political scientist at the University of Canberra

With facilitators making space for everyone to chime in, Wali says no one dominated in the small group discussions. A poll of members found that 94% felt their views were respected, even when others disagreed, and 95% felt they were given “ample opportunity” to express their views. In an age of polarization, a willingness to respectfully hear other views, and the reasons people hold them, changes the hostile dynamic of politics entirely, says Alice Siu, a political scientist at Stanford University: “Something magical happens.”

[W]ith high-quality information, facilitators to keep discussions on track, and rules to enforce civility, it is possible to steer people away from group biases, van der Linden says. (…) most of the people in a minipublic have no history of activism or involvement with an issue, and so they’re in a good position to reflect on what they hear.”

Fishkin trademarked the term “deliberative poll” partly to maintain quality control, and Chwalisz and her colleagues have published guidance on best practices.

But in an analysis of data on the policy impact of 55 minipublics, Chwalisz and her colleagues found that, 75% of the time, public authorities implemented more than half the citizens’ suggestions. Only six minipublics in the sample saw none of their recommendations implemented.

Keeping minipublics in an advisory role, rather than enabling them to produce binding recommendations, is more truly democratic, says Cristina Lafont, a political philosopher at Northwestern University.

Dryzek agrees that democracies should not blindly defer to the decisions of minipublics. But they still offer a critical piece of information for policymakers that experts can’t provide, he argues: a meaningful gauge of public values.


Peut-on imaginer des dizaines d’assemblées citoyennes, comme je le suggérais dans le dernier billet : Autrement dit, ce sont cent assemblées citoyennes qu’il faut créer ? La difficulté est d’autant plus grande que plus on s’approche du terrain (secteurs, régions et quartiers urbains) et plus il devient difficile de trouver des gens qui ne sont pas parties prenantes des enjeux liés aux industries de la région ou du secteur. Mais en même temps, si les changements que nous devons envisager à nos modes de transport, de production et de consommation relèvent vraiment d’un “changement de paradigme” plutôt que d’un simple accommodement, alors il n’est pas inutile de prévoir des modalités de réflexion et de planification qui dépassent le “business as usual“.

Une réflexion citoyenne sur les manières de réduire notre impact sur le climat ne devrait pas être étrangère aux efforts que nous devrions déployer pour mieux planifier notre développement urbain (ici je parle pour Montréal). Il est grand temps que Montréal refasse un exercice de véritable planification, en intégrant les considérations environnementales et climatiques d’aujourd’hui. Cela éviterait peut-être que nous laissions simplement les promoteurs définir la ville de demain, en oubliant tout ce qui ne leur rapporte pas : écoles, services de proximité, parcs…

Intéressant de comparer les grandes villes canadiennes en tant que “villes du quart d’heure” (15 minutes cities).

Proportion de la population vivant dans des quartiers avec services à proximité, permettant plus de déplacements à pied ou à vélo. Ce pourcentage monte à 72% pour Vancouver et n’est que de 10% pour Ottawa ou Halifax.

Il ne faut pas voir la “densification” uniquement comme une contrainte, mais plutôt comme une libération de notre dépendance aux transports motorisés… et un “réensauvagement” possible de certains espaces. Ce sont des sujets qui mériteraient grandement qu’on s’y penche avec sérieux, en intégrant les données scientifiques et nos valeurs, celles que nous désirons léguer à nos petits-enfants.

effrayant record

Un écart à la moyenne des dernières années de près de 13° F (6° C) pour la température de janvier 2016 en Arctique fait la manchette de Slate comme du Washington Post. Les records sont fracassés (Shattering the Global Warming Monthly Record) et les scientifiques sont effrayés ou jetés par terre (Scientists are floored by what’s happening in the Arctic right now).

amaps-1Cette carte produite par la NASA a en effet de quoi donner… froid dans le dos ! Et il semble qu’on ne puisse pas vraiment accuser El Niño pour le plus gros de cet écart.

 

les impacts du réchauffement

On trouve cette carte animée sur le site du Monde, publiée le 27 septembre. On peut y faire apparaître séparément ou ensemble les effets tels la baisse ou l’augmentation des précipitations, hausse du niveau de la mer, zones de surpêche (dégradation de la ressource halieutique)…

effets du réchauffement

 

Le “résumé pour décideurs” du Ve rapport (à venir en janvier 2014) du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

climat et élections américaines

Trop tard pour que les candidats prennent des engagements ? Malgré une année record de température et de sécheresse, malgré une vitesse de fonte des glaces arctiques qui a surpris même les plus pessimistes, le changement climatique ne semble pas faire partie des préoccupations américaines. À moins que ce ne soient les pétrolières qui étouffent toute prise de position conséquente comme la National Rifle Association empêche tout questionnement intelligent sur la question des armes…

Our two presidential candidates have managed to slog through a summer of campaigning that carried them through the hottest month in U.S. history (July) and across a heartland enduring an epic drought.

As they talked, the Arctic melted at a speed that astonished even the most pessimistic climatologists. But it appeared they somehow hadn’t noticed—it was as if they’d acquired some special weatherproof coating. (…)

Just as the NRA has terrified politicians of talking sensibly about gun laws, so the fossil fuel industry has imposed an effective muzzle on discussions of carbon. [ the daily beast]

Faudra compter sur l’action de la société civile et non sur la société politique pour empêcher le massacre !

It’s simple math: we can burn 565 more gigatons of carbon dioxide and stay below 2°C of warming — anything more than that risks catastrophe for life on earth. The only problem? Fossil fuel corporations now have 2,795 gigatons in their reserves, five times the safe amount. And they’re planning to burn it all — unless we rise up to stop them. [http://math.350.org/]