la pauvreté mine les capacités cognitives

Une citation sur FB relatant un « billet d’humeur » de la chroniqueuse Véronick Raymond « La pauvreté mène à la pauvreté, et la neurologie peut l’expliquer » m’a fait retrouver ce brouillon d’article commencé il y a quelques mois… et resté à l’état de brouillon. Le voici donc.

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« A variety of studies point to a correlation between poverty and counterproductive behavior. The poor use less preventive health care, fail to adhere to drug regimens, are tardier and less likely to keep appointments, are less productive workers, less attentive parents, and worse managers of their finances. »

« The human cognitive system has limited capacity. Preoccupations with pressing budgetary concerns leave fewer cognitive resources available to guide choice and action. Just as an air traffic controller focusing on a potential collision course is prone to neglect other planes in the air, the poor, when attending to monetary concerns, lose their capacity to give other problems their full consideration. » Extraits de Poverty Impedes Cognitive Function, A. Mani & al,  Science, #341, 2013.08.30 – Résumé en termes moins techniques de la même recherche The Poor’s Poor Mental Power.

Plusieurs études ont noté une corrélation entre la pauvreté et des comportements néfastes à la santé ou à l’intérêt des personnes touchées : les « pauvres » sont moins fidèles à leurs prescriptions médicales, font moins attention à leur santé (moins de prévention) ou encore arrivent plus souvent en retard à leurs rendez-vous… Les capacités cognitives des humains sont limitées en quantité. De pressantes préoccupations budgétaires laissent peu de capacités cognitives pour guider les choix et l’action. Un peu comme un contrôleur aérien dont l’attention est centrée sur une collision potentielle imminente peut négliger les autres avions aux alentours, la personne pauvre préoccupée par des problèmes monétaires perd de sa capacité à donner l’attention nécessaire à d’autres problèmes.

Les deux textes cités plus haut rendent compte d’expériences réalisées en laboratoire et sur le terrain. Sur le terrain, ce sont des centaines de fermiers de l’Inde qui ont été questionnés à différents moments de l’année : alors que leur situation était précaire, avant la période de la récolte et au moment où leur situation s’était améliorée, juste après la récolte. On ne parle plus de corrélation mais bien de causalité entre les difficultés financières (pauvreté) et les capacités plus limitées de prendre les bonnes décisions. Ces constats portent les auteurs à recommander que certaines interventions publiques tiennent compte des capacités cognitives qui peuvent varier selon l’heure de la journée ou le moment dans l’année (ou dans le mois, ajouterons-nous).

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quartiers pauvres mais riches ?

Bien dans mon quartier, bien dans ma tête ? Un colloque à l’hôpital Douglas sur les liens entre l’environnement et la santé mentale. Les media ont tôt fait de conclure de manière plutôt déterministe : Quand le quartier est parsemé de bâtiments décrépis ou abandonnés, que les espaces verts y sont inexistants et qu’y pullulent la restauration rapide et les commerces vendant de l’alcool, la vie y est plutôt déprimante et surtout stressante, voire anxiogène. (article du Devoir)

Pourtant les choses ne sont pas aussi simples. Le fait d’habiter un quartier défavorisé donne aussi accès à certains services, à des ressources qui sont distribuées en priorité dans ces quartiers; les organisations de ces quartiers ont parfois développé une approche, une offre qui veut tenir compte de cette concentration de pauvreté. Ce qui correspond en partie à ce que Small appelle les liens sociaux organisationnels. Dans son étude Unanticipated Gains il examine les relations sociales que nouent les utilisatrices des garderies à New-York et les conditions mises en place par ces services de garde pour soutenir les parents. Un adage dans les milieux de garde américains dit qu’on ne peut prendre soin d’un enfant sans prendre soin de sa famille.
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éliminer la pauvreté au Canada

Un rapport du comité permanent de la Chambre des communes — Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées (HUMA) — était déposé cette semaine : le Plan fédéral de réduction de la pauvreté : travailler en partenariat afin de réduire la pauvreté au Canada.

Ce rapport fournit des arguments en appui au projet de loi C-545, déposé en première lecture en juin dernier, qui se veut une Loi sur l’élimination de la pauvreté. Un projet de loi qui reconnaît le statut particulier du Québec en la matière :

Compte tenu de la nature spéciale et unique de la compétence du gouvernement du Québec en matière d’élimination de la pauvreté dans la société québécoise et par dérogation aux autres dispositions de la présente loi, le gouvernement du Québec peut choisir de se soustraire à l’application de la présente loi et peut, s’il choisit de le faire, recevoir le paiement de transfert complet qui lui aurait été versé par ailleurs sous le régime de la présente loi. [Article 4, alinéa (4)]

Un projet qui créerait un Commissaire à l’élimination de la pauvreté, dont le mandat serait de surveiller l’application de la Stratégie d’élimination de la pauvreté adoptée, suivant le projet de loi, après consultation du Conseil national de la pauvreté et de l’inclusion sociale (ancien Conseil national du bien-être social).

Le rapport du comité HUMA est salué par la campagne Dignité pour touTEs; par le NPD

La loi québécoise — Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale — fut adoptée en 2002, après quatre années de mobilisations importantes dans toutes les régions et d’animation pédagogique par le Collectif pour un Québec sans pauvreté. La mobilisation récente – Retour à l’expéditeur – contre le dernier Plan d’action gouvernemental 2010-2015 (prévu par la Loi contre la pauvreté) rappelle que l’adoption d’une Loi ne marque pas la fin mais bien le début du processus !

En fait, après que le Québec ait inspiré le Canada dans la formulation de son projet, on se demande si une indépendance plus grande du processus de développement et d’application d’une Stratégie de lutte à la pauvreté, comme le prévoit le poste de Commissaire du projet de loi C-545, ne devrait pas maintenant inspirer le gouvernement québécois… pour faire en sorte que les exercices de bilans et planifications prévus par la loi servent véritablement à mobiliser la société plutôt qu’à dorer le blason gouvernemental.

Incidemment, je me demande pourquoi on a mis en place un Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion, plutôt qu’un Observatoire tel que la Loi (chapitre 5) le prévoyait ?

données diverses

lutte à la pauvreté

Le Québec affiche un dossier exemplaire, comparativement aux autres provinces canadiennes. Voir ce texte de Marie-Renée Roy, Guy Fréchet et Frédéric Savard du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec qui expliquent les différentes mesures prisent au cours des dix dernières années. Publié dans le numéro de septembre de Options politiques, revue de l’Institut de recherche en politiques publiques, dont le thème est Travail et pauvreté au Canada.