une certaine action collective

K, dont la devise est « le développement collectif dans tous ses états », dans un dossier spécial sur ledit développement, se demande si l’élan n’est pas brisé ? (le dernier numéro est en ligne). Il semble que non. Plusieurs plumes appellent à retourner aux sources, donnent une perspective historique, soulignent l’apport des contributeurs qui sont-seront touchés par les mise à pied, les réorganisations et fusions… Le développement collectif n’est pas le produit d’une structure ou d’un programme de subvention. C’est une obligation, une tendance naturelle, une dimension intrinsèque, inextricable de l’agir humain.

NousblogueDans le même esprit, avec certains des mêmes collaborateurs, l’initiative Nous.blogue est lancée ce midi. Pour rassembler les paroles de ceux qui veulent porter, malgré la morosité ambiante, un espoir, une certaine vision d’un avenir à partager. Un avenir qui n’est pas défini, qui reste à définir par celles et ceux qui croient encore qu’il y a autre chose que la peur et l’appât du gain pour nous orienter dans ce monde. Quelque chose de généreux dans cette ouverture au dialogue, dans cette idée folle qu’une responsabilité collective, une conscience commune peut faire la différence, et transformer le chaos, l’austère bêtise aveugle du chacun pour soi en quelque chose de viable, d’agréable même.

J’ai accepté de participer à ce Nous.blogue avec d’autant plus d’enthousiasme (et d’humilité) que la brochette de collaborateurs rassemblait déjà plusieurs dizaines de plumes respectées. Bon, oui je sais, le nom n’est pas fameux… Mais Nous. n’avons pas trouvé mieux… et il fallait bien passer à l’acte même avant d’avoir trouvé le parfait branding. Le message est plus important que le véhicule, quoiqu’en disait McLuhan. Quel message ? Une critique des politiques conservatrices actuelles ? Oui, sans doute. Mais il faudra plus que cela. Les politiques conservatrices ont pu bulldozer institutions et pratiques parce que les think-tanks conservateurs ont lavé les cerveaux plus blanc que blanc depuis des décennies.

Comme le soulignait Robert Laplante, directeur général de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), lors de sa conférence dimanche dernier sur la Dépossession tranquille, le lessivage des consciences est fait depuis si longtemps que les gouvernements de droite n’ont même plus à se justifier avant de déployer, à toute vitesse, leurs programmes de réformes. [Voir son article récent dans Le Devoir] On n’a même plus besoin de se donner un projet de société, il suffit de promettre qu’il y aura moins d’impôt et que la dette sera sous contrôle. Pour le reste, si on peut réduire en même temps ces services qui nous coûtent si cher, à nous les contribuables de la classe moyenne, et qui ne servent, finalement, qu’à entretenir des armées de fonctionnaires. Qui, par définition, sont inutiles et coûteux, quand ils ne sont pas nuisibles. Alors tout le monde est content.

Les CRÉ et autres CLD seront-ils enterrés comme l’ont été, sans plus de bilan ni cérémonie, les CLSC après 30 ans de développement. Trente ans de tergiversations et tâtonnements diront les critiques de ces « petites boîtes toutes croches » (si bien représentées par le logo au petit carré penché). Critiques au premier rang desquels étaient les boites de médecine privées… Il ne faut pas oublier cette première étape lancée par le PM Couillard alors qu’il était ministre de la santé. Ce sont des espaces de délibération et d’interface avec la société qui permettaient, justement, de rendre moins aveugles et bêtes les fonctionnaires… qui disparaissent l’un après l’autre.

Je ne voudrais pas, et je ne suis pas du genre à, me planter les talons et résister au changement. J’ai été de ceux qui ont tenté de faire vivre cette nouvelle « responsabilité populationnelle » lorsque les CLSC ont été intégrés aux CSSS. Mais je trouve un peu gênant qu’on puisse faire disparaître des outils et cadres institutionnels qui mobilisaient des milliers de bénévoles en plus d’employer des centaines de personnes (je parle ici des CRÉ et CLD) sans fournir le moindre bilan, la moindre justification à l’appui de telles réorganisations. Sinon cette idée confinant au préjuger qu’il y avait trop de structures, trop de réunions.

Il en faudra pourtant des réunions et des structures pour que nos entreprises puissent rencontrer les normes européennes dans le cadre du prochain pacte d’échanges. Il en faudra aussi pour que nos quartiers et régions ne soient plus développés à l’aveugle pour répondre à la dernière poussée du cours de l’or ou du bitume. Nous avons la chance de pouvoir compter sur des ressources incomparables d’énergie verte, des réseaux publics de santé et d’éducation qui sont des atouts et non des fardeaux, sans compter les richesses mobilisées par nos entreprises, nos professionnels. Nous avons de quoi contribuer de manière productive et créatrice à la solution des problèmes qui se posent avec acuité non seulement dans nos quartiers, nos villes, nos régions mais à l’échelle de notre globe.

Il faudrait arrêter de pisser dans la soupe. Tous les fonctionnaires ne sont pas des paresseux, pas plus que tous les entrepreneurs des fraudeurs. Nous devons trouver un modus vivendi acceptable à tous les joueurs quels que soient leurs couleurs, leurs religions, leurs langues. C’est là que je décroche du discours, par ailleurs très solide et éclairant, de Robert Laplante, lorsqu’il insiste lourdement sur l’iniquité des transferts fédéraux et le statut de minorité du Québec dans l’ensemble canadien. Je ne conteste pas l’iniquité, elle est d’autant plus prévisible que notre machiavélique Stephen n’a pas eu besoin du Québec pour se faire une majorité. Et que le traitement à la dure des minorités récalcitrantes lui fait sans doute des gains auprès de sa base conservatrice anglo-saxonne. Je conteste la présomption qu’un statut de minorité implique nécessairement un rapport défavorable à la nation. Oui, je sais que j’ouvre une boîte de pandore à aborder ainsi la question nationale… mais c’est aussi une action collective. De même que celles qu’il nous faudra articuler avec des ensembles encore plus grands que le Canada.

Incidemment, pendant la période où nous discuterons d’action collective locale et régionale, il y aura peut-être des actions à l’échelle nationale et internationale qui mériteront notre attention. La campagne électorale fédérale ne devrait pas nous laisser indifférent. Le NPD saura-t-il rassembler une majorité autour d’un projet de société qui ne soit pas une version libérale de centre-gauche ? Peut-on imaginer une majorité électorale constituée des provinces centrales et maritimes qui porterait un programme qui ne soit pas extractiviste ? Je crois que c’est possible, mais pas en 2015… et pas dans un seul pays (qu’il soit Québec ou Canada). Si nous voulons prendre au sérieux les avertissements de plus en plus pressants que nous lance la Terre (combien d’oiseaux avez vous entendus récemment ?) nous devrons développer des actions collectives de grande envergure.

Parlant d’initiatives citoyennes d’envergure je m’en voudrais de passer sous silence, même si je m’en veux d’en parler aussi tardivement, l’appel De peuple à peuple lancé par quelques activistes d’Europe pour soutenir l’action locale des collectivités grecques soumises à un régime d’austérité plus que drastique. Il ne reste que 3 jours pour atteindre un objectif… encore lointain. Jusqu’où et à quelles conditions de telles initiatives peuvent venir influencer les structures et forces politiques en place ? Il y a clairement un potentiel, comme l’a démontré l’appel de Nadeau-Dubois lancé à l’émission Tout le monde en parle contre les oléoducs. En quelques jours près de 400 000$ ont été amassés par socio-financement. À défaut de s’engager dans des partis ou groupes militants, il semble qu’on veuille bien soutenir financièrement des causes. Et pourquoi pas, c’est un premier pas qui conduira peut-être à d’autres formes d’engagement. Et même s’il n’y conduit pas, il aura au moins soutenu ceux qui y sont allés.

Finalement, moi qui voulais simplement souligner l’ouverture d’un nouveau blogue collectif… Je vous invite donc à suivre les débats et contributions de la vingtaine, bientôt trentaine de collaborateurs qui s’élancent aujourd’hui sur Nous.blogue [aussi sur FB].  À noter que ce billet que vous venez de lire ne présage nullement de l’orientation que prendra la conversation sur cet espace nouveau… C’était, comme (presque) toujours sur Gilles en vrac… une réflexion personnelle livrée de manière spontanée, à moins que ce ne soit une réflexion spontanée livrée de manière personnelle 😉