des idiots ?

Ils nous prennent pour des idiots. C’est ce qu’on se dit, en entendant Tony Clement, le ministre responsable (enfin, pour autant que quelqu’un d’autre que Harper puis l’être sous ce gouvernement) de la décision d’abandonner le formulaire long du recensement, exhorter les Canadiens à remplir volontairement le sondage qui le remplacera . Il exhorte, mais en même temps, coupe de moitié les frais de promotion prévus ! Idiots, je vous dit !

Cette décision a détruit l’indépendance d’une institution publique canadienne réputée, une indépendance sans laquelle il lui sera difficile de fournir aux différentes composantes de la société une information crédible se situant au dessus des débats partisans. Comment, en effet, après un tel coup de force, ne pas induire que les données produites dorénavant — qui n’auront plus cette base d’interprétation solide que constituait le recensement — seront non seulement biaisées parce que reflétant une portion seulement de la population… mais biaisées aussi parce que la marge d’interprétation, élargie par la disparition de l’étalon de base, aura été colorée par l’emprise affirmée sans vergogne du gouvernemental sur l’institutionnel.

Comment fournir des données fiables pour orienter l’action de l’État, des municipalités jusqu’au gouvernement fédéral, mais aussi des entreprises et autres institutions de la société civile, si l’indépendance de l’organisation à la source de ces données, qui avait été respectée jusqu’ici sur la base de la tradition, est bafouée et qu’est détruite la principale base de données fondant son objectivité ?  Le Conseil européen de la statistique en a tiré des leçons appropriées : il faut inscrire l’indépendance des institutions chargées du recensement dans la loi.

En attendant, non seulement le sondage remplaçant le formulaire long du recensement n’aura, au mieux, qu’un taux de réponse de 65-70 % (comparé à près de 100% auparavant) mais tout le débat entourant le « droit de refuser » et le discrédit jeté sur un État jugé « trop curieux » et invasif auront certainement des effets sur le taux de réponse du recensement court lui-même ! Pour ma part, je n’ai pas l’intention de remplir le « sondage long » si jamais je devais être parmi les 30% des ménages choisis. C’est comme si on avait tout à coup décidé que les impôts devenaient volontaires, et qu’on incitait les gens à les payer… Pour quoi ? Au nom de quoi ?

J’espère simplement que le taux de réponse à ce #!*&#! sondage sera tellement bas qu’il faudra revenir au recensement, au plus tôt. Ou encore mieux, que le prochain gouvernement effacera cette idiotie : que ça fera partie de la plate-forme commune que les 3 partis d’opposition se donneront afin d’éviter qu’un autre gouvernement Harper poursuive et approfondisse sa destruction des institutions démocratiques qui ont fait ce pays. Si le Bloc québécois a pu jouer durant un temps le rôle de l’opposition officielle à Ottawa, pourquoi ne pourrait-il jouer celui de l’allier d’un gouvernement composite, seul capable de mobiliser la diversité canadienne contre le plombage et le coulage des institutions qui a été la constante insidieuse des gouvernements Harper depuis 5 ans ?

Publié par

Gilles Beauchamp

Organisateur communautaire dans le réseau de la santé, CLSC Hochelaga-Maisonneuve puis CSSS Lucille-Teasdale, à Montréal, de 1976 à 2012.

Qu'en pensez vous ?