marcher et fiction

La marche ramollit les certitudes, confie Laurent Lussier sur Spacing.

J’aime croire que la marche, à bien des égards, se rapproche de la lecture de fictions.

Un article récent rapporte que des chercheurs de l’Université de Toronto ont fait lire chaque soir à un groupe d’étudiants un texte de fiction pendant qu’un autre groupe lisait un essai. Chez les sujets qui lisaient de la fiction, les chercheurs ont noté un confort de plus en plus grand avec le doute et l’ambiguïté. « Lire de la fiction, remarque l’auteur de l’article, permet de se familiariser avec différents styles de pensée, et ce, même si l’on réprouve ceux-ci. » La fiction nous fait partager le point de vue de personnages déprimants et antipathiques et nous plonge dans des idées que l’on aurait autrement jamais considérées. Elle ramollit nos certitudes et nous rappelle que d’autres vies sont possibles.

La pratique de la longue marche produit un effet semblable parce qu’elle force à traverser des espaces que l’on aurait  autrement évités. Dans une traversée à pied de la région métropolitaine, le marcheur doit s’abandonner à ce qu’il voit. Si les lieux sont tristes, insignifiants ou sordides, il doit apprendre à contempler des lieux tristes, insignifiants ou sordides.  S’il n’y a pas de grand spectacle qui s’offre à son regard, il doit se concentrer sur la flore de bord d’autoroute, sur l’ombre des pylônes dans les champs et sur la vie quotidienne dans les cours arrière. Son déplacement lent et continu lui permet de replacer chaque élément dans son contexte à la fois vaste et microscopique. Et plus il marche, plus il entre dans cet état de grâce où tout devient digne d’intérêt.

C’est exactement ça… et plus. Car lorsqu’on traverse la ville à pied, ou certaines parties de la ville où les piétons sont rares ou minoritaires — c’est à dire de grandes portions  d’une agglomération comme Montréal — c’est comme pénétrer des territoires vierges ou partir à la conquête de nouveaux espaces.

C’est la troisième édition de Marcher la région. Tel que décrit dans cet article de SpacingMontréal, aujourd’hui les marcheurs de rendent de L’Assomption à Pointe-aux-Trembles; demain ils devraient traverser l’Île jusqu’au centre, pour atteindre, après-demain, le fameux quartier Dix30 sur la rive-sud.

Publié par

Gilles Beauchamp

Organisateur communautaire dans le réseau de la santé, CLSC Hochelaga-Maisonneuve puis CSSS Lucille-Teasdale, à Montréal, de 1976 à 2012.

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