fondations et développement communautaire

L’arrivée, il y a quelques années, de la Fondation Lucie et André Chagnon (FLAC) sur le terrain du développement social et communautaire québécois a soulevé beaucoup de questions, notamment parce que la principale stratégie déployée par cette organisation a pris la forme d’ententes décennales avec le Ministère de la santé et des services sociaux totalisant des centaines de millions d’investissements auprès des jeunes et de la petite enfance. Dans une période où les nouveaux projets et budgets de développement sont rares plusieurs questionnaient le pouvoir de cette fondation privée d’influencer ainsi l’orientation des politiques publiques sur un long terme. Un questionnement qui devint irritation lorsque les interventions du premier rejeton de cette fondation (Québec en forme) montrèrent peu de respect pour les pratiques déjà ancrées de concertation dans les milieux. Il n’en fallait pas plus pour que, dans certains réseaux, le nom de Chagnon devienne synonyme d’une intervention de droite.

Le texte récent (juillet 2012) du LAREPPS, intitulé Fondations et philanthropie au Canada et au Québec : influences, portraits et enjeux (pdf), pose les bases d’une discussion intelligente à propos de l’action des fondations en matière de développement social et communautaire. « Cette discussion sur la question des fondations et de l’approche de l’économie plurielle nous a permis d’affirmer avec plus d’assurance l’appartenance des fondations (qu’elle soient publiques ou privées) à l’économie sociale et au tiers secteur. » Ce qui ne les empêche pas de « questionner l’influence qu’ont de telles fondations sur la dynamique démocratique d’élaboration et de mise en oeuvre des politiques publiques ».

« [Les fondations] appartiennent au tiers secteur d’abord parce qu’elles ont le statut d’OBNL et qu’à ce titre, elles répondent au critère de non-lucrativité cher aux tenants de l’approche du non-profit sector. Mais une fois cette condition remplie, que pouvons-nous dire sur le rôle qu’elles jouent dans les sociétés où elles sont implantées ? Quelle vision ont-elles du développement social et économique ? Quels types de pratiques favorisent-elle à la fois dans leurs propres instances et à l’égard des projets et des populations qu’elles supportent ? Quel type d’innovation sociale supportent-elles ? En d’autres termes, quelle orientation tentent-elles d’insuffler aux rapports sociaux dans nos sociétés ? À cet égard, l’expérience montre que le critère de non-lucrativité ne suffit pas à lui seul à caractériser le sens pris par les pratiques d’une organisation, même si cette caractéristique de non-lucrativité a toujours constitué un puissant signal de confiance auprès des utilisateurs de services et des partenaires des OSBL. Pour répondre adéquatement à ces questions, il faut pousser plus loin l’examen des dimensions organisationnelles et institutionnelles de ces organisations et faire appel davantage à la tradition de l’économie sociale et solidaire. C’est à partir des dispositifs théoriques mis de l’avant par cette approche qu’il est alors possible de scruter avec plus d’attention leurs pratiques et leurs modes de gouvernance, d’établir leur conformité aux principes collectifs et démocratiques et d’analyser leur rôle en tant qu’acteur social porteur d’un projet d’intérêt général plus ou moins alternatif ou innovateur dans leur milieu respectif. » [P. 57]

En effet ce sont les pratiques qu’il faut regarder. Est-ce que les interventions philanthropiques respectent les dynamismes des milieux, contribuent à construire la résilience, la confiance, les capacités des milieux; est-ce que les interventions philanthropiques contribuent au développement des ressources et à l’émergence de politiques publiques « saines », au rayonnement d’une action collective qui atteigne les familles et les enfants ? Est-ce que ces pratiques sont influençables, est-ce qu’elles sont apprenantes ou si elles agissent comme des boîtes noires imperméables à la critique ? Comme le souligne le texte du LAREPPS, il y a eu une évolution dans l’intervention de la FLAC (une recherche plus récente semble montrer une certaine évolution des pratiques de cette fondation suite à ses premières expériences de concertation et de partenariat avec le tiers secteur), entre la mise en place de Québec en forme et celle de Avenir d’enfants. Dans le second cas nous avons vu sur le terrain une prise en compte plus respectueuse des modes de collaboration déjà en place dans les communautés.

Dans un domaine particulier tel les services à la petite enfance, comment s’articuleront l’intervention publique (programmes SIPPE, périnatalité, maternelles et CPE), celle d’une organisation comme Avenir d’enfants avec celles des réseaux communautaires intervenant auprès des familles ? Les moyens déployés par la fondation permettront-ils de « changer la donne » ? Ou plus simplement contribueront-ils à soutenir des efforts et expérimentations, des innovations qui ajouteront quelques fils au tissu humain entourant nos enfants ?

Extrait (3 pages) de « Le point sur la petite enfance 3 » à propos de la fondation Avenir d’enfants. J’ai extrait ces quelques pages d’un rapport canadien (lien vers le rapport complet – en français) sur la situation des services à la petite enfance qui résument l’orientation stratégique et les principes d’action de la fondation publique Avenir d’enfants. Les principes sont clairs, alléchants même. Est-ce que les bottines suivent les babines ? À vous d’y voir…

Publié par

Gilles Beauchamp

Organisateur communautaire dans le réseau de la santé, CLSC Hochelaga-Maisonneuve puis CSSS Lucille-Teasdale, à Montréal, de 1976 à 2012.

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