citations créatives ?

Jonah Lehrer, un jeune auteur (31 ans) dont j’ai apprécié les écrits, dans son blogue Frontal Cortex (qui a changé de port d’attache plusieurs fois au cours des ans)  et dans ses livres (Proust était un neuroscientifique, How We Decide, et plus récemment, Imagine) a démissionné de son poste au magazine New Yorker suite à l’aveu de fabrication de citations attribuées à Bob Dylan dans son dernier livre. Le livre en question (Imagine) a été retiré des tablettes de Amazon… La pression était trop forte sur ce jeune prodige ? À moins que ce ne soit l’illustration pratique de son dernier billet Why Smart People are Stupid ?

la conscience commence quand ?

En googlant autour de la matière grise, dont la quantité (dans la région temporo-pariétale) semble corrélée à la propension à l’altruisme – voir aussi l’article sur le site de l’Université de Zurich – je suis passé par le site Le cerveau dans tous ses états, où Bruno Dubuc annonçait le thème de la quatri`me École d’été de l’Institut des sciences cognitives (ISC) de l’Université du Québec à Montréal : L’évolution et la fonction de la conscience.

Gros évènement avec, entre autres, Daniel Dennett et Antonio Damasio pour la journée d’ouverture, John Searle pour la conférence de clôture, et un tas d’autres dont Joseph Ledoux. J’aurai manqué cette occasion de voir en personne ces gens que je lis depuis quelques années : la conférence se terminait mercredi le 11 juillet. Mais je l’aurais su que  je n’aurais sans doute pas déboursé les 600$ d’inscription.

Heureusement pour moi, et les autres dans mon cas, les conférences sont (ou seront) disponibles en format vidéo sur le site ! (voir aussi cette page) J’ai bien hâte de jeter un coup d’œil…

Ici la vidéo de la conférence de Joseph Ledoux, Emotion and Consciousness.

lectures

The problem with digital books is that you can always find what you are looking for but you need to go to a bookstore to find what you weren’t looking for, Paul Krugman

Sans parler du fait que tous les livres sont loin d’être disponibles en format numérique. Et c’est encore plus vrai pour les livres en français.

Ça faisait un bout de temps que je n’étais allé chez Olivieri. Et j’y ai mis la main sur deux livres qui me semblent intéressants. Le premier autour du thème Animal Thinking: Contemporary Issues in Comparative Cognition et le second, par Paul Churchland (dont j’ai déjà lu le Neurophilosophy at Work), Plato’s Camera How the Physical Brain Captures a Landscape of Abstract Universals. Si les films “animalistes” récents sont de moins en moins anthropomorphistes, c’est à dire qu’ils prêtent de moins en moins des sentiments et comportements humains à des animaux, la connaissance fine que nous avons de ces comportements (éthologie) nous fait mieux comprendre la profondeur et la complexité de l’intelligence chez les espèces non humaines. La puissance du langage humain, en particulier depuis l’invention de l’écriture, nous aura permis de, littéralement, déplacer des montagnes… mais les scories de cette entreprise associées à la courte vue et au narcissisme de notre espèce réduisent chaque jour la diversité et la beauté du monde.

P.S. La caverne de Platon… une allégorie encore pleine de sens.

raison, biais de confirmation et délibération

Hugo Mercier fait parler de lui (ici, ou ) et de sa thèse sur la raison argumentative, à la suite de la parution d’un article dans la revue Behavioral and Brain Sciences. Un chercheur que j’ai eu l’occasion d’entendre à Montréal, dans une conférence organisée par l’Institut es sciences cognitives de Montréal en 2009.

Si l’article de la revue BBS n’est pas disponible, on peut retrouver sur le Social Science Research Network (SSRN) deux articles reprenant l’essentiel de l’argumentation (!) sans avoir l’étendue de la thèse de 376 page de M. Mercier :

Jonah Lehrer résume assez bien l’intérêt de ces textes, dans son billet The reason we reason, alors que Chris Mooney, qui publiait récemment un texte sur un sujet similaire dans la revue Mother Jones, The science of why we don’t believe science, s’entretient avec Mercier dans un billet sur Discover Magazine.

La raison n’est plus ce qu’elle était ! Continuer la lecture de raison, biais de confirmation et délibération

esprit conscient ou l’inverse ?

L’esprit est-il venu avant la conscience ou si c’est l’inverse ? Ici j’ai (encore) l’impression que la traduction de “mind” par le mot esprit amène une confusion… Car il y a, dans ma compréhension d’amateur (non spécialiste), une connotation “spirituelle” à ce mot… comme s’il était un peu question de l’âme (le soul en anglais) alors que le mot “mind” ne me paraît pas porter une telle connotation. Lorsque Damasio trace les étapes de l’évolution vers la conscience de l’homme, il fait précéder cette forme d’esprit conscient de formes plus primitives d’esprit, des formes non conscientes. C’est bizarre, j’aurais fait l’inverse : c’est la conscience qui a évolué vers une forme plus élevée, plus spirituelle ou intellectuelle. Je trouve plus facile d’admettre l’existence d’une conscience animale, évoluant de formes très proche de l’auto-protection du vivant jusqu’à la création de formes complexes.  Est-il possible que cette confusion soit le fait d’une traduction précipitée ? En effet le texte de Damasio, à ma grande surprise, est paru en même temps en français et en anglais ! Pourtant, Odile Jacob, l’éditeur de la version française, n’a pas l’habitude du travail bâclé ! Surpris car j’avais déjà acheté le volume en langue anglaise sans même me demander s’il était disponible en traduction, puisqu’il venait juste de paraître. Alors je vais peut-être retourner ma copie anglaise… à moins que je ne la conserve pour pouvoir y aller voir, dans la langue originale, de temps en temps durant ma lecture du texte français (qui m’est, même si je lis beaucoup en anglais, tout de même plus facile à lire).

Et en plus, je trouve le titre de la traduction tellement insipide — L’autre moi-même : les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions ! Alors qu’en anglais —  Self comes to mind : Constructing the Conscious Brain. Oui, je crois vraiment qu’on a un problème de traduction du terme mind. Je n’en suis encore qu’au début de ce livre qui s’annonce passionnant, j’y reviendrai certainement.

neurosciences et liberté

Le débat sur la nature de l’esprit humain entre les déterministes-réductionnistes et les tenants d’autre chose (dualistes nouveau genre ?) a remplacé, poursuivi l’ancien débat dualiste / monistes ou encore idéaliste / matérialiste. Mais, à part remplir les étalages des libraires de parutions érudites, quels sont les enjeux de tels débats ? Cela fera-t-il vraiment une différence que l’une ou l’autre tendance l’emporte ? En fait les positions radicalement opposées sont souvent le fait de procédés rhétoriques : il a toujours été plus facile de valoriser son point de vue quand celui de l’adversaire conduit le monde au cataclysme !

Mais les méchants ne sont pas toujours ceux qu’on pense. Ainsi le caractère profondément dualiste, imposant une séparation essentielle entre le corps et l’esprit, du point de vue de Descartes, qu’on a critiqué avec raison, aura sans doute été le plus grand contributeur, facilitateur du développement de la position matérialiste / scientifique d’aujourd’hui : en isolant de manière quasi étanche le monde de la matière de celui des idées, de l’âme, cela aura permis de dégager l’expérimentation scientifique de la tutelle de l’Église et ainsi facilité le développement rapide des sciences et de la position matérialiste-moniste. (suite sur la page Neurosciences et liberté – I)

entre le cerveau et l’esprit

En terminant la lecture de ce petit (199 pages) bouquin (My brain made me do it : the rise of neuroscience and the threat to moral responsability) par Eliezer Sternberg, je suis à la fois satisfait tout en restant sur ma faim.

L’auteur fait un bon et accessible résumé des théories actuelles mais il pousse un peu trop loin la rhétorique de “confrontation” avec les sciences neurologiques, décrites comme déterministes et, donc, incompatibles avec un respect de la libre volonté (free will) et la responsabilité morale des individus. En fait c’est comme si, selon lui, on ne pouvait qu’être totalement déterministe ou pas du tout. Alors que j’ai plutôt l’impression qu’en ces matières, il y a lieu d’être «déterministe-probabiliste». Est-ce qu’on accuse les météorologues ou les climatologues d’être non-scientifiques parce qu’ils ne peuvent prévoir de façon certaine, mécanique, les développements du prochain ouragan ?

Parce que les facteurs déterminant une décision ou une pensée sont très nombreux (Edelman parlait de populations neuronales ou de darwinisme neuronal) il est aussi impensable de représenter mécaniquement ce processus que de dessiner le mouvement de chaque molécule d’un système météo. Et encore, dans ce dernier cas, les variables en jeu semblent plus limitées que celles qui déterminent qu’un neurone réagira à la prochaine stimulation ou simplement ajoutera celle-ci à son potentiel d’action cumulé… C’est parce qu’il y a un espace d’incertitude, un temps d’arrêt pendant lequel le travail réflexif peut être fait, que peut s’exercer le libre arbitre et la responsabilité.

Une autre faiblesse de cette vision opposant de manière un peu factice les déterminants matériels et la liberté de pensée réside dans la réduction de la conscience au seul discours intérieur… interdisant d’autant la possibilité d’une conscience non-humaine… et plus encore d’une morale animale. Pourtant… Continuer la lecture de entre le cerveau et l’esprit