Internet et santé : deux jours aux JASP

La première journée commençait par une présentation dynamique et informée de Christine Thoër, professeur au département de communication sociale et publique à l’UQAM et chercheur au GRMS (Groupe de recherche Médias et santé), groupe qui vient incidemment de publier un bouquin (disponible in extenso en ligne) : Les médias et la santé, de l’émergence à l’appropriation des normes sociales. L’ASPQ et le GRMS, principaux organisateurs de ces deux journées thématiques, ont publié un numéro spécial de la revue française Santé publique, reprenant les principales conférences de ce colloque. Malheureusement, il semble y avoir un petit problème technique avec Vous pouvez consulter ce numéro « hors-série ».

…pour « seulement » 5 € chaque article ! Ce n’est pas comme ça que j’avais d’abord interprété l’annonce sur la page d’accueil de la revue : «Les articles peuvent y être téléchargés en texte intégral».

Je ne tenterai pas ici de résumer des présentations qui seront d’ici peu disponibles sous forme de vidéos sur le site (des JASP ou du GRMS ?), j’insisterai plutôt sur les enjeux qui, selon ma lunette d’intervenant du réseau de première ligne, ont été mis en lumière.

Tout d’abord, les questions de santé intéressent les internautes. Avec leurs millions de visiteurs par mois, des sites comme passeportsanté et doctissimo sont là pour le prouver. Mais les professionnels de la santé, les médecins au premier chef, ne sont pas encore prêts à relever le défi que représente cette ouverture, cette soif d’informations de la part de leurs clients. Les commentaires en provenance de la salle lors de la première conférence de Mme Thoër, donnent le ton : Internet n’est pas « sécure »… l’information qu’on y trouve n’est pas scientifiquement validée… Pourtant, c’était une constante de la démonstration de la conférencière : la qualité de l’information est beaucoup plus solide qu’on aurait pu le craindre. J’aurais voulu faire à ce moment une intervention « impertinente » pour rappeler les études récentes (et moins récentes) sur la qualité des conseils prodigués par les médecins sur des conditions aussi communes que les céphalées, ou la dépression… mais je ne voulais pas inutilement rebrousser le poil des médecins présents.

La conférence du Dr Perreault à propos du développement du Guide Santé, dans le cadre du site du ministère de la santé québécois, tout en reconnaissant le peu de « sex appeal » de l’interface (comparée à celles des sites privés), ouvrait une porte intéressante : une expérimentation est en cours avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, où ceux-ci peuvent suivre leurs clients en lien avec les informations données sur le Guide santé… Je n’ai pas de détails mais c’est sûrement une expérience à suivre.

C’est dans un atelier faisant état de l’utilisation des ressources de l’Internet par l’hôpital Douglas que j’ai pu avoir, enfin, un exemple de ce qui est possible, même avec des moyens limités. Avec une petite équipe de deux personnes, animée d’une vision, l’hôpital a pu mettre à profit les différentes possibilités du « Web 2.0 » (interactivité, participation du personnel et des clientèles…) : 9 blogues (donc, avec flux RSS) animés par des professionnels de l’institution; une page Facebook; des podcasts, diffusés sur Youtube mais aussi sur iTunes; un fil sur Twitter

Malheureusement, si vous êtes dans le réseau de la santé (à Montréal en tout cas) vous n’aurez pas accès aux sites de Facebook, Youtube ou iTunes ! C’est à ce niveau de retard que nous en sommes quand il s’agit d’utiliser le réseau Internet dans la santé ! On se préoccupe plus d’interdire l’accès aux sites du Réseau qui pourraient distraire les employés que de soutenir une utilisation qui serait pertinente, éducative, interactive… et qui pourrait, enfin, tisser les liens qui devraient exister entre les institutions de santé et la population.

À l’heure où le réseau montréalais est à réviser l’ensemble de ses sites web, il serait peut-être temps de les rendre un peu plus dynamiques et interactifs ? Sûr que les intervenants de première ligne ne sont pas tous rapides sur l’écriture et qu’il serait sans doute difficile d’obtenir qu’UN CSSS ouvre à lui seul 4 ou 5 blogues sur des questions de santé ou de bien-être… mais ne sommes-nous pas un réseau ? Pour avoir été moi-même webmestre du site des organisateurs communautaires en CLSC du Québec, je sais à quel point il n’est pas facile de faire prendre la plume à un intervenant. Mais à 12 CSSS dans la région, ne pourrait-on imaginer qu’on puisse nourrir quelques carnets dynamiques sur des questions d’actualité comme la nutrition, les soins aux enfants, le soutien aux aînés… la santé mentale… l’éducation des enfants, la sexualité des adolescents… toutes des questions sur lesquelles nos professionnels ont une expertise et une responsabilité reconnues ?

Il faudrait pour cela que les CSSS ne conçoivent pas leurs sites en silos, mais bien en réseau. À ce chapitre la mise en place de diverses communautés de pratiques (entre conseillères en santé, infirmières cliniciennes…) soutenues par la direction de la santé publique régionales pourrait être une source, ou un réseau utile à cette fin. Encore faudrait-il que les entités corporatives (agence, responsable de l’infrastructure Web; la santé publique, côté contenus; les CSSS en lien avec les populations locales…) acceptent de s’articuler de manière productive ! Ce sont de grosses machines… mais ces machines ont, collectivement, une responsabilité : elles représentent LE RÉSEAU PUBLIC EN SANTÉ.

Il est temps que ce réseau prenne la place qui lui revient sur le Réseau des réseaux !

Publié par

Gilles Beauchamp

Organisateur communautaire dans le réseau de la santé, CLSC Hochelaga-Maisonneuve puis CSSS Lucille-Teasdale, à Montréal, de 1976 à 2012.

5 réflexions au sujet de « Internet et santé : deux jours aux JASP »

  1. Bonjour,

    Votre lecture de ces 2 journées des JASP sur le thème Internet et santé est particulièrement intéressante et je partage votre commentaire sur la nécessité pour le réseau de la santé, institutions et professionnels, d’être plus présents en ligne. Ils demeurent une source crédible et importante sur la santé pour la population.

    Simplement, un petit point : Ce n’est pas moi mais Lise Renaud, directrice du Groupe de recherche Médias et santé qui vient de publier l’ouvrage :
    «Les médias et la santé, de l’émergence à l’appropriation des normes sociales». L’ouvrage que je viens de publier avec 3 autres collègues (Leboucher, Levy et Sironi) s’intitule : «Médias, médicaments et espace public». La question de la présence croissante des médicaments sur Internet y est abordée.
    Je vous l’accorde, la proximité des titres est trompeuse et tous deux sont publiés aux Presses de l’Université du Québec !
    http://www.puq.ca/catalogue/livres/medias-medicaments-espace-public-447.html
    C.Thoër

  2. Merci de ce commentaire, Mme Thoër. J’étais conscient de la « maternité » du document, mais ma formulation portait effectivement à confusion. J’ai corrigé en conséquence l’entrée. Je suis certain que votre livre collectif sur les médicaments et l’espace public sera intéressant bien que je regrette qu’il ne soit pas, lui, disponible in extenso !

    Incidemment, en tant que co-auteure du numéro de Santé Publique, peut-être pourrez-vous aviser qui de droit à propos du « bogue » empêchant qu’on y accède actuellement…

    Merci encore pour la qualité de vos interventions lors du colloque.

  3. Excellent billet Gilles !
    Je ne peux être que d’accord avec toi sur la nécessité que le Réseau apprenne à utiliser les sites de _réseautage_!
    Encore ici l’approche répressive (bloquer des sites) montre sa limite. Les gestionnaires ne savent pas qu’on peut twitter avec son téléphone ou aller sur Facebook ?
    Ce n’est pas en bloquant qu’on va apprendre l’éthique du travail à ceux qui en manquent.
    J’ai dit ! 😉

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