science sociale fiction

Je voulais écrire une courte nouvelle décrivant une collaboration idéale, inspirée de situations réelles ou fictives, articulant des partenaires indépendants (publics, privés, philanthropiques, communautaires, municipaux, nationaux) autour d’objectifs de développement économique et social. Une collaboration créative autour d’un but : la croissance optimale des enfants de 0 à 5 ans. Améliorer la qualité de l’éducation et du support accordés aux enfants de cet âge est un des investissements les plus rentables qui soit. [ voir les rapports “Early Years Study”] Plus de santé = de meilleurs résultats à l’école = moins de décrochage scolaire = une meilleure intégration au travail = moins de pauvreté, moins d’enfants négligés… Entre la chronique sociale, la politique-fiction et l’essai sociologique.

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Les acteurs concrets ne sont pas idéaux. Les acteurs concrets ont des motivations multiples dont plusieurs sont cachées aux acteurs eux-mêmes, inconscientes. Issues de l’histoire plurigénérationnelle de familles, clans, corps, intérêts.

S’il peut être utile de formuler, d’expliciter les motivations et objectifs des réseaux d’acteurs il serait présomptueux de tenter de tout contractualiser. La part d’implicite sera toujours la plus importante. Autrement dit, il y a un capital de confiance (ou de méfiance), préexistant à la relation d’aujourd’hui, que cette relation viendra renforcer ou dilapider. Un capital de confiance issu de l’histoire récente (les actions et rôles passés des acteurs présents) ou plus lointaine (savoirs incorporés dans des institutions, des organisations, des capitaux).

De nouveaux acteurs ont fait irruption dans le réseau local, acteurs qui avaient les moyens de s’acheter un capital de confiance. Notamment, nous pensons à une importante fondation, issue du capital amassé grâce à un monopole de distribution accordé par l’État. Un nouvel acteur philanthropique qui veut soudain aiguillonner, orienter l’intervention publique : des partenariats public-privé seront proposés, investissements à parts égales de l’État et de la Fondation.  Déjà de semblables partenariats avaient été expérimentés entre Centraide,  la Ville de Montréal et l’Agence de la santé de Montréal.

Il faut un minimum d’explicitation pour justifier ou orienter une politique sociale ou économique. Une base théorique ou une éthique commune, un cadre de référence définissant les motivations des acteurs en présence. Il me semble que Stoker, dans son Public Value Management: A New Narrative for Networked Governance ? abordait cette question…

The key point in understanding public value management is that it is premised on a different core understanding of human motivation compared to traditional public administration and new public management. It starts with the understanding that preferences are not formed in a vacuum and should not be taken as given. Part of the challenge of public managers is to engage the public in a dialogue about their preferences but in a way that allows for deliberation about choices and alternatives. Car users might favor more spending on public transport if it is clear that their interests are served by such a move because it might lower congestion, and if they had the scope to recognize that if the system was improved, they might use the public transport provided. People are capable of changing their position, the public value management paradigm assumes.

Ce qui distingue les différents modes, différentes tendances en gestion des affaires publiques est non seulement une question de style de gestion, de leadership, mais aussi de conception de l’homme et de ses capacités d’apprentissage, de changement.

Une approche de collaboration, de recherche de l’intérêt public, de construction du choix collectif – se distingue de la simple addition des intérêts individuels. Elle s’appuie sur une éthique partagée du service public. (An open-minded, relationship approach to the procurement of services is framed by a commitment to a public service ethos.— Stoker, 2006)

Une collaboration qui ne peut être réduite à l’application de normes et de prescriptions car elle ne peut être totalement contractualisée. Elle doit reposer sur une confiance mutuelle, un respect et un soutien accordé aux choix et décisions individuelles, et organisationnelles tout en reconnaissant qu’il faut éduquer, former les citoyens et les organisations afin qu’ils exercent leur pouvoir, accèdent aux ressources et réalisent leurs droits.

Les partis politiques sont des véhicules plus ou moins démocratiques — plus ou moins autocratiques. Les mouvements sociaux, les réseaux d’acteurs, les organisations, syndicats, et autres groupements d’influence; ces différents acteurs mobilisent, éduquent, informent et forment les citoyens à exercer leurs droits, dire leur mot, prendre leur place…

Publié par

Gilles Beauchamp

Organisateur communautaire dans le réseau de la santé, CLSC Hochelaga-Maisonneuve puis CSSS Lucille-Teasdale, à Montréal, de 1976 à 2012.

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